‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 54 sur 241 · M. de la Boulaye à W^ et à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Boulaye à W^ et à M. de Serre

Paris, jeudi 2 mars 1890.

Très-chère dame,

Je viens de lire avec de doux battements de cœur votre lettre du 23. Je vous remercie d'être touchée et convaincue de Tamitié que je vous ai vouée. Comptez-y comme je compte sur vous.

Vos lettres vont être expédiées. Le paquet pour le duc de la Châtre est gros, et je serais bien aise qu'il contînt une lettre de notre ami pour le Roi. D'autres circonstances y auront donné lieu, s'il n'en est pas ainsi.

Très-cher ami, nous avons eu hier une séance orageuse . on vous envoie des journaux qui vous la dépeindront. J'aurais voulu que M. Pasquier prît la parole. Il me semble qu'il pouvait le faire honorablement, et je lui avais d'avance communiqué mes idées. Pourquoi n'aurait -il pas dit : « M. Decazes a consommé son sacrifice. La plus grande, la plus efficace consolation qu'il puisse recevoir, c'est que son nom ne serve dans cette Chambre de prétexte à aucun dissentiment, c'est qu'on ne l'emploie pas à susciter des ennemis au gouvernement du Roi. Une accusation téméraire a été intentée publiquement, et publiquement la Chambre en a fait justice. Une

autre accusation en termes plus mesurés a été proposée et retirée par son auteur. S'il en eût été autrement, M. Decazes eût attendu la décision de la Chambre avec confiance. Il n'y a nul inconvénient à terminer ces déplorables discussions comme le bureau <le la Chambre le propose ^ »

On n'a rien dit, et 1S2 voix contre 117 ont fait flétrir au procès-verbal Clausel de Coussergues, qui du reste l'a bien mérité.

Il a annoncé qu'il développerait son accusation : c'est ce que l'on veut. Il s'agit d'attaquer tout le gouvernement en lui répondant et de reprendre les choses depuis la Restauration. Tous ceux qui depuis trois mois travaillent si efficacement à renverser M. Decazes veulent à présent le relever. C'est recommencer M. Necker; être élevé sur le pavois des Benjamin et des Chauvelin, quel triomphe ! Nous sonunes fous.

Quel que soit le cours des choses, je vous le répète, ne vous pressez pas d'écrire ; rétablissezvous. Nos dangers sont grands, mais reprenez vos forces, et vous nous apparaîtrez comme Achille aux portes du camp des Grecs. Réfléchissez.

Le duc de Richelieu est plein d'honneur et de courage : vous nous sauverez peut-être ensemble.

Mille tendresses, mes très-chers amis.

Je vais remettre votre lettre à Wendel.

' Sur les motifs qui déterminèrent M. Pasquîer et les antres ministres à garder le silence en cette occasion, voyez YMistoire de laUestaurationypsTTA. de Viel-Castel, t. VIII, p. 361-36A.

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