M. Germeau à M. de Serre
Paris, le 8 mars 1820.
J'ai parlé, dans ma dernière lettre, de placards, écrits et discours séditieux que nous annonçait notre correspondance des départements. Celle des deux derniers jours nous a aussi appris un très-grand nombre de faits de ce genre. A Besançon, on vend publiquement dans les cafés une liqueur appelée Vèlixir de Sainte-Hélène qui porte une gravure où se trouve le dessin de l'île et de l'ex -empereur représenté dans toute la vérité de son ancien costume, le tout surmonté d'une aigle éployée. On a trouvé aussi d'autres liqueurs dont les étiquettes étaient :
* Voyez les Discours de M. Pasquier, t. II, p. 93-112.
170 COURESPONDANCE.
le Champ (Tasile, la Valeureuse, etc. Le tout a été expédié de Lyon par la maison Plucy. J'ai sous les yeux la gravure de Télixir de Sainte-Hélène; l'impudence de ses auteurs est aussi trop forte.
Indépendamment de ce fait, et par une autre lettre, le procureur général de Besançon^ fait connaître une foule de mots atroces et séditieux qui lui ont été dénoncés à l'occasion du meurtre du duc de Berry , et qui, si l'on eût été informé à temps, auraient renforcé les citations qu'a faites hier M. Siméon à la Chambre des députés dans le discours que vous lirez au Moniteur d'aujourd'hui.
Je parlais dans ma lettre du 6 d'un placard affiché à Caen et que je n'osais rapporter; nous en recevons un à l'instant qui a été affiché dans la ville du Vigan, et dont j'ai l'honneur de vous adresser une copie. Celui de Caen était bien, dans mon opinion, l'œuvre d'un jacobinisme dégoûtant; mais je ne serais pas étonné que celui-ci fût l'ouvrage du parti contraire : son style et l'esprit du lieu où il a été affiché me conduisent à cette idée, et c'est pour mettre Votre Excellence à portée d'en juger ellemême que j'en ai fait faire une copie figurée*.
^ M. Meyronnet de Saint-Marc. H entra comme conseiller A la Cour de cassation le 18 fëyrier 183^.
* Copie d*un placard affiche au Vigan le S5 février 18!t0 :