M. de la Boulaye à M. de Serre
Paris, mercredi 8 mars 1890.
Vous avez raison de regretter notre ami : il vous a été constamment dévoué ; il vaut mieux que tous ses adversaires.
Nous vous attendrons, je le crois fermement, sinon pour telle ou telle autre loi, du moins pour siéger honorablement au Conseil. Ne vous tourmentez point, écrivez peu et laissez faire.
Je vous remercie de vos tendresses. Oui, je suis
un ami solide, et, quoique fort au-dessous de tous nos grands esprits, j'ai la vue plus nette.
Mon bon ami, nous nous débattons sur la loi de sûreté. Le côté droit et le côté gauche sont aux prises. Je vous renvoie, une fois pour toutes, au Moniteur et aux journaux significatifs. Ils sont donc en présence et bec à bec, les héros des deux bords ; ce pauvre centre n'est plus là pour intercepter leurs coups, et ce que j'avais prévu arrive; nos amis se taisent et sont pitoyablement effacés; aussi commencent-ils à sentir vivement tout l'embarras, tout le faux de la position. De nouvelles combinaisons, de nouvelles intrigues s'organisent. Les prétentions du côté droit fourniront des prétextes, et Ton croira ne pas manquer d'appuis. Mais, si cet édifice s'élève, ce sera sur la concession, par la doc- Irine, de la loi de sûreté, de la censure, et sur l'abandon à la doctrine de la loi d'élection. Une foule d'incidents et d'intérêts divers peuvent s'opposer à ce plan, qui n'est qu'ébauché. Au nom de Dieu, mon cher ami, laissez-vous tout dire, tout écrire, même par les plus intimes, et gardez le silence; conservez- vous tout entier.
Si le côté droit entendait ses intérêts, il prendrait patience. La réconciliation avec le centre s'effectuerait peu à peu. Les coryphées du côté gauche for- ^ meraient une opposition populaire, ou populacière, qui serait victorieusement combattue. En somme, il faut de la monarchie, et l'on n'en peut faire qu'avec des royalistes ; de la monarchie légitime, et l'on n'en
peut avoir qu'avec les Bourbons. MM. de la gauche n'y veulent ou n'y peuvent rien entendre.
Vous avez vu le Drapeau blanc du 6 : Foy, Benjamin d'un côté, et, du banc des ministres, M. Siméon, ont fait impression sur la Chambre. M. Pasquier doit parler aujourd'hui ^
Nos petites filles sont en joie et en santé. D'ailleurs vos parents se portent bien .
Mille tendresses, mes bien chers amis.