M. de la Boulaye à M. de Serre
Paris, vendredi 10 mars 18320.
Nous pensons à cru, comme vous dites, très-cher ami. Je donne suite à mes idées d'hier. Comment aurais-je pu vous servir à la suite de la doctrine? M'unir à ceux qui blâmaient tout, à ceux qui ne voulaient que l'âge et le renouvellement intégral, à ceux qui sont en transaction perpétuelle avec les libéraux ? Biaiser, mollir sur votre compte ? Non .
Ils ont agi en étourdis. M. Decazes eût résisté sans leur abandon. Ils l'ont renversé; ils en gémissent.
Maintenant que veulent-ils? M. de Villèle peut être appelé au ministère; l'invasion de la droite les effraye; les conseillers actuels du Roi peuvent échouer ; il faut songer à un ministère dont ils feraient partie, où la gauche n'entrerait pas et dont vous seriez le chef. Il faut pour cela que, dès qu'il sera question de M. de Villèle, vous vous retiriez.
Le ministère n'échouera pas. Il aura les deux lois d'exception et des changements, quels qu'ils soient, à la loi d'élection, dont nous parlerons plus tard.
î^e côté droit est fidèle à ses engagements ; s'il persévère, satisfaction doit être donnée avec mesure à ses chefs. Ni le Roi ni M. le duc de Richelieu ne veulent se mettre sous leur dépendance; mais aucun * homme d'honneur ne peut abandonner le duc de Richelieu tiint qu'il marchera sur cette ligne. On Ta pressé, supplié d'accepter; tout le monde s'en est mêlé : il se doit à tous.
Pourquoi la droite ne se modifierait-elle pas? Et dans ce cas ne vaut-il pas mieux la prendre dans nos rangs et marcher avec elle constitutionnellement que de s'appuyer sur un tiers parti faible, incertain, sans cesse meurtri par les deux côtés, dont vous seriez à peu près le seul champion et qui est en majeure partie toujours prêt à passer du côté du plus fort. Autant et plus que qui que ce soit, vous voulez la monarchie des Bourbons ; comment l'établir «ans royalistes ?
Examinons d'ailleurs la situation de l'Europe et particulièrement les affaires d'Espagne, qui vont de mal en pis. Nous serons débordés par les libéraux pour peu que nous perdions de temps. Le commun danger doit rallier tous ceux qui ne veulent ni de république, ni d'usurpation. A droite on peut s'arrêter, à gauche la pente est irrésistible.
Royer ne voulait-il pas il y a trois mois un ministère mixte, amalgamé? Ses idées actuelles sur la loi d'élection, les voici : deux degrés, les électeurs de chaque canton réunis au chef-lieu de canton pour choisir parmi eux ceux qui devront être envoyés au chef-lieu de département et y nommer les députés.
Il se modifie en effet et il est prêt à beaucoup accorder pourvu qu'on n'attente pas à Tégalité des droits. Comme il serait possible que la droite proposât que les électeurs de 300 francs à 1 ,000 francs nommassent dans les arrondissements des candidats qui seraient triés au département par les électeurs de 1,000 francs et au-dessus, je n'objecte rien à la contre-batterie.
Rien n'est encore fait pour la droite, sauf M. Capelle* et un changement à l'état-major de la place. Je ne vous parle donc que de ce que je croîs probable.
Nous finirons aujourd'hui ou demain la loi sur la liberté individuelle. Il faut une quinzaine pour arriver à celle sur les journaux.
Germeau va vous envoyer divers journaux.
Voici une lettre de M"*® Royer.
Nos petites filles sont dans le meilleur état ainsi que grand-père et grand'mère.
J'ai dît à Ternaux que vous me parliez de lui. Il
' Guillauine Capclle, dont le përe ëtait avocat au Parlement, naquît à Salles-Curan (Aveyron)le 3 septembre 1775. Après avoir été prëfet de la Mëdi terrante (Livourne) en 1807 et du Léman (Genève) en 1810> il reçut de Louis XVllI en ISlh (10 juin) la prd> fecture de TAin, et en 1815 suivit le Roi à Gand. Au retour il devint préfet du Doubs, en 1816 (!•' janvier) conseiller d'État, en I8âD(^ février) secrétaire général du ministère de l'Intérieur, en 1838 (janvier) préfet de Seine-et-Oise, en 1830 (19 mai) ministre des Travaux publics. Signataire des ordonnances de juillet, il parvînt à quitter la France et n'y revint qu'en 1836 après ramnislio. Il mourut à Montpellier le 25 octobre I8h3. Il était baron de l'Empire.
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est touché de votre souvenir, et vous offre ses remerciments, ses v<bux et ses respects.
Je vois beaucoup Portai.
Benjamin veut nous faire changer de manière de voter.
Chevauchez, rétablissez-vous, laissez dire et revenez bien portant pour la loi d'élection; nous tâcherons de nous entendre.
Mille tendresses, chers amis.
Je dînerai dimanche chez Royer avec Corbière.