‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 7 sur 241 · M. de Sarre au comte Decazes · texte numérisé non relu

M. de Sarre au comte Decazes

i Nice, 16 femcr 1830.

Je reçois, cher ami, votre paquet du 9. \'ous voilà donc revenu à mon premier plan. Je ne le crois pas assez altéré piar les modifications que vous y faites pour qu'il ne présente pas encore plus de sécurité que les trois collèges sur lesquels vous aurez vu que je n'étais pas pleinement rassuré. La division en collèges de département et d'arrondissement a l'avantage d'être fondée sur la circonscription territoriale et d'avoir existé vingt ans. C'est très-fort. Elle laisse àla grande propriété, aux influences locales toute leur action. Le choix par les électeurs d'arrondissement est assez restreint pour ne pas leur donner trop d'influence sur les collèges de département, et les efforts que feront naturellement les éligibles pour être portés sur les listes d'arrondissement se lieront très-bien à leur action sur ces mêmes collèges pour la nomination de leur député. Dans les moments les plus difficiles, on peut compter pour la monarchie la presque totalité des députés de département et la moitié, au pire le tiers, des députés d'arrondissement. C'est beaucoup plus que la majorité. Je répète que je cave au pire. Seulement ce

système me paraît un peu moins facile à défendre. Mais vous êtes là pour juger les esprits. Le résultat sera bon, c'est l'essentiel.

Votre solution du renouvellement intégral me paraît ingénieuse, autant toutefois que je la comprends. Entendez-vous que, après une dissolution, la Chambre durerait cinq ans, et qu'alors pourrait recommencer le renouvellement par cinquième, de sorte que la première série ferait neuf ans? C'est un alliage assez bizanx? des deux systèmes. Ça se défend mieux par la lettre de la Charte que par le raisonnement. Mais je dirai encore : Si cela entre dans les esprits, le résultat est bon ; in omnibus respice finem, bien que je regrette fort et les sept ans et le double vote pur et simple. Enfin,, j'attendrai le projet pour vous écrire plus en détail.

Voici une remarque égoïste : dans ma série de calculs vous deviez porter le projet le 10, vous ne l'aurez porté que le 1% peut-être le lA. Si tous les délais s'allongent de même, j'y serai. Le cheval me fait du bien. Il est vrai que ma poitrine sera faible pour tout le reste de la session. Je sens qu'il faut que l'été passe dessus. Tout ce qu'il me faut, c'est de ne pas quitter le printemps que j'ai ici, et, si la discussion vient après Pâques, je trouverai le printemps à Paris. Quand, dans un moment difficile, je ne vous donnerais que dix minutes de tribune, que maboule même, c'est toajoiu*s ça. Votre amitié, mon cher, m'est une consolation bien grande dans la douleur d'avoir été arrêté en xm pareil moment; jamais je ne l'oublierai.

Remerciez le Roi, du fond de l'âme, de ses bontés pour moi. Je me regarde comme responsable d'une santé à laquelle il veut bien prendre intérêt et qui peut être de quelque utilité à son service.

Il n'y a pas à balancer pour accorder au duc d'Angouléme la grâce du général Gilly. Il est trop heureux que la politique nous commande ce que la générosité inspire à ce vertueux prince.

J'espère bien que Beugnot parlera pour nous. S'il osait parler contre, ce serait contre sa conscience, et je serais homme à lui dire des injures en pleine Chambre.

Au revoir, cher ami. J'ai rêvé aux affaires d'Espagne, et, si j'ai le temps par ce courrier, je vous enverrai une note spéciale.

• La mission du duc de Richelieu me paraît trèsbien sous tous les aspects, elle resserre les anciens liens qui unissent le Roi au nouveau roi d'Angleterre; elle permet de différer la nomination d'un ambassadeur et de pressentir, sur ce point, le cabinet de Londres.

Je ne sais si de loin on juge avec plus de calme et mieux; mais je compte sur le succès de nos affaires. Le temps me paraît avoir usé les résistances. Le pouvoir qui a raison et qui veut fermement et constamment a bien des chances de succès. C'est au Roi et à sa persévérance au milieu des difficultés sans cesse renaissantes que la France devra d'être tirée de cette crise.

Ma femme vous remercie de votre aimable souvenir. Tous deux nous vous faisons nos tendres

amitiés, sous la réserve toutefois que les miennes le sont beaucoup plus que les siennes.

H. DE Serre.

Pour ne pas perdre un courrier, je viens de jeter sur le papier, à plume courante , mes idées sur l'Espagne ^ Vous me garderez copie de toutes mes notes; je n'ai pas le temps de la prendre.

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