‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 74 sur 241 · K. d» la Boulaye à M. de Serre · texte numérisé non relu

K. d» la Boulaye à M. de Serre

Paris, dimanche IS mars 18âO.

Votre lettre du h m'arrive, cher ami, et me prouve que vous avez reçu les miennes des â/^, S15 et 26. Tout est donc en ordre jusque-là.

Vos petites filles sont propres, gentilles, gaies. Je les embrasse pour vous et pour moi. JSUes m'ai-

ment. Adèle ^ et la nourrice en ont ^rand soin. Je reverraî aujourd'hui Louise rue d'Enfer. On se porte bien sur les hauteurs du faubourg Montmartre.

C'était hier jour de poste. Royer et M. Pasquier vous ont écrit. Le premier vous a développé toutes ses combinaisons nouvelles. Choisissez.

M. le duc de Richelieu vous écrira.

Nous n'avons pas pu finir hier notre loi ; mais le ministère a toujours eu la majorité.

M. Decazes a été trahi par certaines gens, mais il n'a pas été renversé par eux, il l'a été par d'autres. 11 y a des forces dans la Chambre pour résister à

* Femme de chambre de M™* de Serre.

ANNÉB 18910. 191

toutes les exagérations. U ne faut que s'entendre. Maïs l'extrême gauche est inconciliable ; toute communication avec elle donne des forces à l'autre côté. Ce centre si méprisé peut se grossir et devenir formidable, s*il reçoit dans son alliance la majeure partie du côté droit, qu'il contiendra.

Il faut marcher pas à pas dans la carrière du gouvernement représentatif; nous reculons pour avoir été trop vite; le pouvoir royal ne peut pas rester désarmé en présence de tant d'ennemis. L'opposition doit être désormais populaire ; toutes les fois qu'elle se montrera assez forte pour envahir, elle inquiétera la France et l'Europe. Qui peut la contenir? Un homme tel que vous. Soit ; mais la chance est hasardeuse, les plus habiles y ont échoué. Aurez-vous de la santé? y serez- vous toujours?

Je suis sans passions, sans intérêts privés, sans orgueil de caste, et je suis convaincu que les doctrinaires nous conduisent ou à la perte de la liberté ou à la perte des Bourbons. Leurs intentions sont pures, leur esprit les trompe.

Je suis mal avec les libéraux, vous ai-je dit. Vous savez que les meneurs de ce côté m'ont toujours fait horreur. Toutefois les menés me caressent, et les Ternuucc ont peut-être à présent, du moins en grande partie, plus de confiance en moi qu'en d'autres.

Nous nous parlons à cœur ouvert, et de part et d'autre il faut tout entendre. Vous savez du moins que vous avez sur qui compter.

Je ferai part à Rpyer de vos tendresses.

Je VOUS embrasse, mes très-chers amîs.

M. Decazes et sa famille se portent bien.

Nous vous avons envoyé l'exposé des motifs. Les tableaux et tous les journaux vous seront expédiés désormais.

Page 1