M. de Mézy à M. de Serre
Mercredi 15 mars 1830.
Monsieur,
Je vous remercie encore beaucoup du petit mot que vous avez bien voulu m'écrire. Je suis charmé que les difficultés, au lieu de vous décourager, vous
cable qu'à celui qui aurait eu l'intention d'insulter ceux dont je m'honore d'avoir fait partie, et qui partagent encore mes sentiments.
M. de Corday descend de la tribune au milieu du mouvement gënëral d'adhésion et de satisfaction de l'Assemblde, et s'avance vers le gënëral Foy, place sur le premier banc de la gauche, et tous deux se serrent la main Le mouvement de l'Assemblée se prolonge pendant que M. de Corday va reprendre sa place. (Moniteur de 185iO, p. 3h5.)
« Mais au dehors, tant dtait grande alors l'irritation réciproque des partis, l'effet fut loin d'être le même, remarque M. de Hauranne. Les journaux de la droite aussi bien que ceux de la gauche rendirent compte de l'incident, brièvement, froidement, îronîcpiement même, et de manière à montrer que l'arrangement leur déplaisait fort. Certes on ne pouvait mettre en doute le courage du ge'nëral Foy ni celui de M. de Corday. On imputait donc à quelque transaction politique les marques d'estime qu'ils s'étaient données, et le Censeur alla jusqu'«\ annoncer que le général Foy allait probablement être appelé à remplacer, comme ministre de la Guerre, M. de Latour-Maubourg. n *
inspirent un plus vif désir de les surmonter. Au reste, ne vous pressez pas de revenir avant le temps. Il est évident que le travail de la commission sur la loi d'élection sera très-long. Ils ne sont nullement pressés d'en finir, et les doctrinaires, qui y dominent, disent hautement que le rapport n'aura pas lieu avant la fin d'avril. S'il devait avoir lieu plus tôt, nous serons bien instruits et vous serez averti à temps.
Nous avons eu hier un excellent discours de Siméon et trois déclamations jacobines de Martin de Gray^, Basterrèche et Benjamin. Ils sont au dernier degré de fureur, et cela ne fera qu'augmenter. La loi passera cependant, et j'espère sans les amendements de la conmiission qui l'ont défigurée. On fera tout ce qu'on voudra pour celle de la presse ; mais les difficultés seront grandes pour celle d'élection, et tout votre talent et votre juste influence seront bien nécessaires.
M. Decazes'm'a écrit ce matin; il est arrivé en assez bon état, mais un peu fatigué. Il fait sérieu-
^ Le baron Alexandre Martin de Gray, fils de François Martin, avocat au Parlement, puis membre de la Constituante, naquit à Besan<;on le $5 avril 1775. En I8O/1, il 8ucc<^da à son père comme maire de Gray. De 1806 à 1811, il futmepibredu Corps Tt^gislatif. 11 exerça de nouveau les fonctions de maire du SI juin au l/i juillet 1815, et, dans une ëmeute, sauva la vie au prëfet de son département. Dëputë de la Haute-Saône en 1817, il siégea sur les bancs de la gauche et obtint quelques succès oratoires ; mais la perte de la vue l'obligea, en 18â0, de renoncer à la carrière législative. Il est mort à son château de Gray le 8 février I8Ô/1. Une notiee sur sa vie a éié écrite par M. Jules Sauzay. Besançon, I8Ô/1.
sèment ses préparatifs pour TAngleterre, où il sera reçu à merveille, si l'on peut s'en rapporter à la lettre du roi d'Angleterre, que le Roi a bien voulu me montrer hier. On ne peut rien imaginer de plus flatteur et de plus aimable. Vous aurez su que le jour de l'affaire du procès-verbal relatif à Clausel <le Coussergues, le Roi avait fait venir Sainte- Aulaîre pour l'inviter à ne pas parler sur ce sujet, ce qui fait que les ministres et Sainte-Aulaire luimême se sont levés pour l'ordre du jour. Heureusement que Clausel a fourni ensuite l'occasion de le rappeler à l'ordre à une immense majorité, sans quoi le silence obligé des ministres sur la première question aurait paru un peu gauche.
Je vous quitte pour me rendre à la Chambre. Pasquier parlera aujourd'hui et l'on clora la discussion. Demain on ira aux voix sur les articles.
Recevez de grâce la nouvelle assurance de tous mes sentiments de dévouement et de haute considé^^ ration.
DUPLEIX DK Mêzy.