‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 98 sur 241 · M. de Bontems^ à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. de Bontems^ à M. de Serre

Orlëans, le 2d mars 1820.

La lettre de votre femme m'a fait un bien sensible plaisir, mon cher ami. J'avais appris que, comme je l'avais craint, l?t funeste nouvelle vous avait fait

beaucoup de mal Enfin, malgré les maux passés

et les inquiétudes présentes, votre bonne constitution surmonte le mal, et nous vous verrons revenir avec une provision de santé et vous remettre au timon de l'État, qui a tous les jours plus besoin d'une main ferme. Combien, dans cet affreux événement, j'ai pensé à vous! Je me suis mis à votre place; j'ai compris vos regrets personnels : vous deviez avoir connu cette grande et belle âme que la mort seule a dévoilée à la multitude En votre noble confiance

« Voyez t. P^ p. 100.

dans le beau caractère français, vous avez souvent . méconnu les dangers d'une liberté trop précoce, trop peu restreinte, vous n'avez souvent vu que le danger de la faction ultra-monarchique, danger trèsréel, j'en conviens, mais qui ne devait pas fermer les veux du ministère sur les vieux brouillons de la République et de l'Empire. Mais pourcjuoi vous retracer ce que vous savez mieux que moi ? Maintenant, les jalons qui marquent les précipices de l'un et de l'autre côté sont bien visibles, et je pense qu'aucune tourmente nouvelle ne les fera plus perdre de vue.

Je ne puis néanmoins m'empêcher de déplorer que le ministère perde un temps précieux à discuter les deux lois d'exception, tandis que c'est la loi des élections qu'il faut emporter, finir le budget, puis laisser calmer les esprits avant les nouvelles élections. La marche actuelle tient la France dans un état de fièvre dont les accès peuvent devenir funestes, et retarder la confection des lois qui sont urgentes, et l'organisation des communes et des provinces qui l'est bien aussi.

Toutes ces lenteurs, au reste, doivent vous déterminer à prendre le temps nécessaire pour achever votre guérison. Vous ne pouvez plus songer à reparaître dans cette session. Ainsi je persiste dans mon idée qu'un petit voyage d'agrément serait un complément nécessaire, et aucune tournée ne me paraîtrait vous présenter plus de plaisir et de santé que celle de Gênes, Alexandrie, Milan, les îles Borromées, le Simplon, Genève, Dijon, etc. A Genève,

ANNÉE 18m ^1

VOUS consulteriez le docteur Butini, auquel ou vient des quatre parties du monde

Mon bonheur intérieur est grand; ma femme a Je meilleur caractère possible ^

Est-il vrai que vous ayez avec vous M. de Montlosler? J'en serais bien aise. J'ai lu dernièrement sa Monarchie française depuis la seconde Restaura- Jion^. J'y ai trouvé de très-bonnes idées au milieu d'opinions systématiques et de doctrines métaphysiques peu applicables. Au fait, il est royaliste sans être ultra, et veut que la société soit organisée pour qu'elle puisse marcher, ce qui est fort bien pensé, à mon avis. Je suis seulement étonné qu'on n'ait pas senti cette vérité avant de donner la Charte.

Je n'ai pas besoin de vous dire que, si vous alliez à Genève, ma mère^ et ma sœur (M^® d'Ivernois)* se chargeraient de vous rendre votre séjour aussi

* M. de Bontems s'dtait marie, en 1819, avec M"® Colladon- Martin et en avait eu deux filles. Devenu veuf, il dpousa, en 1837, M'*® Salomon, qui avait été gouvernante de la princesse Hëléne de Mecklembourg-Schwerin,(M>°® la duchesse d'Orléans).

* Cet ouvrage avait été publié en 1818.

^ La mère de M. de Bontems était une demoiselle le Fort, petitefille de Jean le Fort (1685-1739), conseiller privé du roi de Pologne, électeur de Saxe, et son envoyé extraordinaire prés la cour de Russie . Jean le Fort était le propre neveu de François le Fort, l'ami du czar Pierre 1*'.

* Son mari> sir Francis d'Ivernoîs, après avoir joué un rôle dans les affaires publiques de Genève au XVllI* siècle, se fit connaître en Angleterre par des ouvrages de politique et d'économie politique. De retour à Genève, en 1811» il fut député, par cette république, au Congrès de Vienne, avec MM. Ëynard et Pictet de Rochemont.

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