M. Germeau à M. de Serre
Paris, le 3 avril 1820.
Monseigneur,
Si Votre Excellence a remarqué depuis quelqu ^ temps une lacune dans ma correspondance, je 1 ,s prie de vouloir bien ne pas se méprendre sur 1( motifs de cette interruption. J'ai eu l'honneur lui écrire plusieurs fois à des époques assez rappn chées, lorsque la gravité des circonstances et l'ii portance des événements semblaient m'en faire devoir; depuis, les choses se sont calmées, et je suis contenté de faire part de tout ce que j'appi nais d'intéressant pour vous à M. de la Boula^^ qui jugeait mieux que je ne l'aurais pu faire de qu'il y avait de plus ou moins nécessaire à vous prendre. J'avouerai de plus que, ayant eu l'honnou^r d'écrire plusieurs fois à vous, monseigneur, etizï^e fois à M"'^ de Serre sans que rien m'apprît si m^s empressements étaient agréés, j'ai craint de m'être trompé en quelque chose ou d'avoir été mal sei'^"^ par mon zèle.
J'ni l'honneur d'adresser à Votre Excellence vina note sur le sieur X., dont elle m'a adressé la cl^' mande.
Il n'a paru de journaux aujourd'hui que le Mo^^^' tciir^ et encore n'a-t-il paru qu'à cause de deux ^^' ticles ofiiciels qu'il contient ; je suis surpris que '^^ autres feuilles n'aient pas voulu profiter du dertii^^
joixr de liberté qui leur reste ; car, selon toutes les apparences, la censure va s'établir aujourcrhuî rnême^
On n'a encore nommé que huit censeurs, et sept sorit au Moniteur de ce jour; je ne sais pourquoi îl Sk. omis le huitième, qui est un M. Rothe de Nugeixt, protégé de M. le duc de Richelieu, mais qui n'est pas fort connu dans les lettres. Ces huit promîors choix sont généralement bons, et ce qui m'étonne, c'est qu'on ait pu déterminer des hommes tels ^11 '-Auger^, Mazure*^ et d'Andrezel*, à accepter; il
* « Une ordonnance royale du 1®' avril crëa à Paris, auprès du Dfiix^istre de 1 Intérieur, une commission chargée de Texamen P^^si-lable de tous les journaux et écrits périodiques, compose'e de dovize censeurs et qui ne pouvait prendre de décisions sans lapréserioe de cinq de ses membres au moins, et, dans chaque chef-lieu *^® «département, une commission de trois censeurs. Pour sur- ^^^lîerles censeurs et leurs opérations, la même ordonnance institua, un Conseil de neuf magistrats tirés des Cours supérieures, ^^cjuel la commission de Paris devait rendre compte dô ses déci- ^*Otis au moins une fois par semaine et les commissions des dé- Ps-i^tements une fois par mois, et qui prononcerait, quand il y aurait lieu, sous Tapprobation du ministre de la Justice, la sus- Pension provisoire des journaux ou écrits périodiques. » (Histoire ^® la Restaurât ioriy par M. de Viel-Castel, t. VIII, p. /<55.)
* Louis-Simon Auger, né à Paris le 29 décembre 1772, se fît connaître par ses critiques dans le Journal de V Empire et par les commentaires dont il accompagna les œuvres de quelques .luteurs classiques. L'Académie française lui ouvrit ses portes en 1816 et 1® nomma secrétaire perpétuel en 1822. Un suicide termina ses jours en janvier 1829.
I^—A.-J. Mazure, né à Paris en 1776. D'abord recteur, puis "ispecteur de l'Académie d'Angers, il devint, en 1817, inspecteur général de TUniversité. Il mourut à Paris le 8 novembre 1828.
Barthélémy-Philibert Picon d'Andrezel, né à Salins (Jura), ^*t le petit-fils du vicomte d'Andrezel, ambassadeur à Constan-
est vrai que la censure, étant collective, aura moins •de désagrément pour les censeurs. Il en reste encore six ou huit à nommer. Le retard vient de la difficulté des choix : les hommes dont on voudrait le plus sont ceux qu'on peut le moins obtenir, et ceux <{ui s'ofifrent sont ceux dont on voudrait le moins. Lacretelle le jeune et Vanderbourg^ n'ont point voulu être nommés, et cela se comprend.
tinople et fondateur de TEcole française des langues orientales. U entra dans les ordres et devint srand vicaire de M. de Cic^, archevêque de Bordeaux. Il ^migra en 1792, revint sous le Consulat et, peu après la création de TUniversitë, fut nommé inspecteur gênerai; il conserva ces fonctions jusqu'en 182/i, et mourut à Versailles le 12 décembre 1825. — Voyez la Biographie universelle (Michaud), nouvelle édition, 1. 1®^ p. 671.
* Charles Lacretelle, fils de Sébastien Lacretelle, un des plus <;élébres avocats du barreau de Metz, naquît en cette ville le 3 septembre 1766. n vînt à Paris en 1787. Rédacteur du Journal des DébatSf puis du Journal de Paris, il se distingua par son zélé pour la monarchie constitutionnelle et, après le 18 fructidor, passa vingt-trois mois en prison. II devint, en 1800, membre du bureau de la presse et, en 1810, censeur impérial. Il avait été nommé, en 1809, professeur d'histoire à la Faculté de Paris, et occupa cette chaire jusqu'en 18i*8. En 18IA, il caccueillit avec joie le retour des Bourbons et, en 1815, suivît le Roi à Gand. Il obtînt, en 1822, des lettres de noblesse. En 1827, l'Académie française, dont il était membre depuis 1811, protesta, sur sa proposition^ contre la loi concernant la presse que présentait M. de Peyronnet -^ M. Lacretelle perdit la place «de censeur dramatique qu'il avai^ reçue sous la première Restauration. 11 mourut à Mâcon le 1855, laissant plusieurs œuvres historiques dont la plus est V Histoire du XVIII^ siècle.
Son frère aîné, Pierre -Louis Lacretelle, naquît à Metx ^»^ 1751 , se fit connaître comme avocat, littérateur et publiciste» Timl membre de l'Assemblée législative (1791-170S), du Corps légiste" tif (1801-1802), de l'Académie française (1803) et mourut à
Le Conservateur a fini, et de ses débris sort un journal intitulé le Défenseur^ qui ne paraît pas destiné à fournir une carrière longue et brillante. La Minerve va, dit-on, cesser de paraître. Fiévée a quitté la Quotidienne^ au moins pour la rédaction; il en reste toujours propriétaire pour un tiers. Il voulait, quelque chose qu'on pût lui dire et malgré son parti, continuer d'attaquer le ministère ; il 4a. menacé de ne plus travailler à la Quotidienne^ •et on l'a pris au mot. Il est furieux et prétend maintenant que les jacobins valent mieux que les royalistes. Quant à moi, je le comprends et l'aime mieux parmi les premiers que comme auxiliaire de la cause royale.
Il paraît certain que quelques troubles ont eu lieu à Rennes. On a voulu, et je crois fort à tort, faire crier : Vive le Roi ! aux troupes de la garnison; le régiment d'artillerie, déjà fort mal disposé, comme le sont en général presque tous les corps de cette arme, a refusé de se soinnettre à l'ordre qu'on îui donnait. Pendant ce temps les jeunes gens de la
en ISâii. Sur les deux frères, consultez les articles insères dans la Nouvelle biographie générale (Didot), t. XXVIII, p. 567-582.
^^rtin-Marie-Charles de Boudens, vicomte de Vanderbourg,
^^ ^ Saintes le 8 juillet 1765. Lieutenant de vaisseau en 1788, il
^**^gra en 1793, passa plusieurs années en Allemagne, revint en
^^^ et s'occupa de liitërature et de philologie : il est surtout connu
^^ la publication des Poésies de ClotUde de SurviUe (1803), sur
^^^entîcitè desquelles on a tant discute. Il devint, en I8I/1,
®*^bre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. 11 mou-
* ^e 16 novembre 18S7. — Voyez la Nouvelle biographie oéné-
ÇDidot), t. XLV, p. 911.
Ûk'^ CORRESPONDANCE.
'' ville, rassemblés en grand nombre, les encourageaient dans leur désobéissance par des cris aflfec — tés de : Vive la Charte ! Le général Rognîat a ét^ tout de suite envoyé à Rennes. Notre correspoa — dance du ministère de la Justice ne nous appreact encore rien de cela.
Nous avons adressé aux procureurs généraux un circulaire pour les engager à faire connaître Tes prit qui règne dans leur ressort ; si leurs réponse fournissent quelques renseignements importants, j'aurai l'honneur de les porter à votre connais sance.
Je suis avec respect, monseigneur, votre très humble et très-obéissant serviteur,
Germe AU.