M. Royer-GoUard à M. de Serre
Ce mercredi 5 avril 1820.
Je ne veux pas, mon cher ami, répondre à xotM^*^^^ dernière lettre ; nous serions conduits à écrire dm^ ^ volumes. Je vous dirai seulement que nous ne nouJC-i^ entendons pas toujours, parce que nous chsins^eomziis sans cesse de terrain. Par exemple, nous passoK :^s de la théorie pure aux faits et des faits à la théori^3, sans avertir dans quelle hypothèse nous raisonnon ss> Que Dieu me donne un mois de bonnes conversi3i'tions avec vous, et, s'il nous reste quelque différenotd'opinion, cette différence ne sera pas dans nos esprits, elle viendra de nos organes ; c'est que noUî5 ne verrons pas de la même manière ce qui se pasr^^ sous nos yeux. Il n'y a pas d'évidence possible six^ la meilleure composition abstraite des collèges électoraux, ou, du moins, cette évidence ne serait qu'une vérité géométrique; Y évidence que j'aî» c'est qu'il est impossible de faire pénétrer dans i^ notre système électoral l'inégalité des suffrage^, Lie
ans ramener dans la société un principe certain de évolution. Dès à présent la disposition générale es esprits le témoigne assez. Je donnei'ais ma vie oiir me tromper; mais il me semble que de jour 'È, jour la France se sépare de son gouvernement, Lx'elle croit incapable de la protéger, ou même en itelligence avec ses ennemis; et nous aurons peut- :x*e le spectacle nouveau d'un pays se gouvernant Lx-même par des associations pourvues de chefs n î seront les vrais magistrats, les dépositaires réels & la force, tandis qu'il ne restera au gouvernement ixe le nom et la forme de l'autorité ; et le jour ne eut manquer de venir où il s'écroulera devant ses cinemis cgmme un misérable château de cartes.
C'est de vous surtout, cher ami, que je veux vous >a.rler. Votre situation devient étrange au sein de ce nînistère ouvertement allié au côté droit. Ce n'est pas là ce qu'il y a de plus remarquable ; mais vous ûe pouvez pas ne pas voir que vous êtes immolé dans cette alliance. Ainsi il est établi comme article de foi du nouveau symbole que tout le mal vient de la session dernière, et particulièrement de la loi antisociale de la presse et des principes désorganisat^ars sur lesquels elle est appuyée. Si vous êtes invaincu que vous étiez, l'année passée, un jacobin, vous {)ouvez vous replacer au banc des minis- *^s sous la protection de votre repentir; mais, si ^ous n'êtes pas résolu de vous désavouer, vous ferez une étrange figure. C'est à quoi je vous de- ^^nde de penser. Il s'agit d'une palinodie complète. Jusqu'à quel point vous convient-elle? Je III. 11)
n'ai pas besoin de vous dire qu'on ne s'arrête poii^xt: dans un mouvement de cette espèce; le système cX^ compression dans lequel le ministère est engagé 'Xr^^ droit à la contre- révolution ou au gouvernemôr^t militaire. Si l'on ne périt pas en chemin, on pérîr*,a au moins dans le succès ou par le succès. C'est poijB. r la France du goîivernement de Ferdinand tout Quoi qu'il arrive, je ne serai pas dans le camp d( vainqueurs. J'ai fait un beau rêve : j'ai songé l'aJ liance de l'ordre et de la liberté, de la légitimité de la Révolution ; je suis réveillé. Je ne dis pî qu'on ne puisse traîner misérablement ; mais il n' a pas de raison de s'en mêler.
Un mot des élections. Le travail de la commissio *^ touche à sa fin ; elle pourra nommer son rapportei vers la fin de cette semaine. Quel qu'il soit, il prendra pas moins d'un mois pour un travail cette importance. Ainsi on ne discutera pas avî la mi-mai; mais on espère, et vous devez le savoi mieux que moi, qui ne sais rien du tout, que le pn jet sera retiré et qu'on proposera à la place un syi tème de candidature avec un collège de droit, c'es' à-dire la honte toute pure. J'aime cent fois miei^ -^ vos deux collèges, mille fois mieux le despotîsir:::»^ militaire. Guéri des doctrines comme je le suis, J5^ réduis toutes mes objections contre vos deux coi'' léges à ces deux points : la division des électeu**^ par l'inégalité est un principe de révolution; X-^ Chambre, formée de cette manière, serait infailli^ blement la Chambre la plus factieuse que la FranC5^ puisse donner.
Adieu, mon très-cher ami ; j'ai plus besoin de votre amitié que je ne puis vous le dire. Vous êtes aujourd'hui pour moi tout le dehors, tout le nonmoi; je ne compte qu'avec vous. Mais comment dire en queltjues misérables pages tout ce qu'on sent, ce qu'on pense, ce qu'on voit? Je vous aiderai sm moins à me comprendre en vous disant que je le suis point changé, bien moins encore dans mon na.ltérable affection pour vous. On me donne souent des nouvelles de votre santé ; soignez-la bien our tant d'intérêts et aussi pour moi.