‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 20 sur 247 · M. de la Bonlaye à M. et à M™« de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Bonlaye à M. et à M™« de Serre

Dimanche 50 février 1820.

Je reçois, mes chers amis, votre lettre de Nice du là. Vous avez reçu les miennes du h et du 5; elles vous sont arrivées en huit jours : il n'y a rien à dire. J'écris et j'écrirai tous les jours quels que soient les événements. Suivez les dates, et vous verrez si notre correspondance n't^prouve aucun échec. J'adresse-

rai désormais vos paquets à Antîbes. Nous avions songé aux inconvénients de la frontière, et il a été donné des ordres pour qu'un sei-vice de gendarmerie fût organisé afin d'y pourvoir. Je songe perpétuellement à vous, et, sans entrer dans d'inutiles détails, croyez que je ne néglige rien de ce qui vous intéresse.

Nous avons été en corps hier rendre à notre malheureux prince de lugubres devoirs. La première personne que j'ai vue dans ces chambres nrdenles est la marquise de la Ferté, dans les bras de laquelle ma fille est morte il y a cinq ans. Je n'avais pas besoin de ce souvenir de douleur.

J'ai passé une partie de la journée d'hier chez M. Decazes, qui vous est sincèrement et tendrement dévoué. Il a dû voir le Roi hier au soir. Il avait quelque espoir que le duc de Richelieu ne persévérerait pas dans ses refus. Une personne de la cour m'a mandé ce matin à neuf heures que le duc refusait même la simple présidence du Conseil. Noms sommes menacés d'un ministère ultra dans lequel figureraient provisoirement MM. Roy et Latour- Maubourg .

Voilà ce qu'ont produit les doctrinaires et les intrigues de nos bons amis. Cependant le danger ouvre les yeux. Seul à la réunion Ternaux, j'ai exposé les inconvénients de la conduite que l'on nous imposait. Le lendemain MM. Royer, Courvoisier, Camille Jordan, Germain, Barante, etc. , réunis chez M. Decazes, ont seiiti la nécessité de quelque atermoiement. Les meneurs, parmi lesquels je devais placer M. Beu-

gnot, se sont concertés hier au soir au nombre de neuf chez Ternaux, où nous aurons ce soir grande réunion. On m'a écarté de ce petit comité : je sais trop le dessous des cartes. Mais ce soir il faudra revenir sur le terrain où je voulais placer la réunion. Tout se colore avec des phrases. Je préfère la droite simplicité du cœur aux tours de force de Tesprit. Il est bien tard d'ailleurs pour commencin* ce genre d'escrime.

J'ai remis vçtre lettre à M. de Grandchamp\ qui portera celle à M"*^ de Dortan. Les autres vont être expédiées.

Je vous quitte pour aller chez M. Decazes, bien intéressant et bien malheureux. Nous vous expédierons probablement une estafette. Portez-vous do mieux en mieux. Mille tendresses.

* François-Marie Picher de Grandchamp, ne' à Lyon le 25 octobre 1788. Entre à TÉcole polytechnique en 1807, à TÉcole de Metz en 1809> il fut nomm^ lieutenant au 5® régiment d'artillerie le l®*" mai 1811 et capitaine le 28 juin 1813. Sa santë ayant été ruinée par la campagne de Russie, il dut, après celle de 1815, renoncer au service actif des régiments ; il fut attache, en 1816, à la manufacture d'armes de Tulle, et, un peu plus tard, nomme chef

. du service du matériel de Tartillerie au ministère de la Guerre, fonctions qu'il exerça jusqu'à l'époque de sa mise à la retraite on 18/»9. 11 obtint le grade de lieutenant-colonel en IShO et celui de colonel en lSh6. En IS/iQ, il devint commissaire du gouvernement prés le Conseil de révision de la V^ division militaire, et conserva

• ces fonctions judiciaires jusqu'au commencement d^ 1859. 11 mou-> nit à Paris le 1®' novembre de cette même année. Il était commandeur de la Légion d'honneur depuis 1853.

5h CORRESPONDANCE.

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