‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 209 sur 247 · Le duo Decazes à M. de Serre · texte numérisé non relu

Le duo Decazes à M. de Serre

La Grave, ce 15 juin 1820.

Honneur à vous, cher ami ! je suis ravi de la conclusion inespérée que vous avez obtenue. Vous avez une loi bien meilleui*e qu'il n'était permis de l'espé- T&r, et avec une majorité imposante qui rend le triomphe deux fois plus utile .

Je regrette beaucoup les 500 francs. Si vous avez pu les obtenir^ vous regretterez de ne pas l'avoir fait. Les partis ont trop d'intérêt maintenant à travailler les arrondissements > et vous verrez avec iquelle facilité ils obtiendront des succès dans un asaez grand nombre. Je comprends que les intérêts personnels ont été un obstacle pour le vote, mais TOUS auriez peut-être pu y remédier en donnant plus d'extension, et en ajoutant au domicile politique la naissance dans le département, l'occupation de fonctions publiques durant tant d'années, et surtout la possession actuelle des fonctions législatives, et reconnaissant à tout cela le même effet qu'au domicile politique pour l'élection sans le payement des 500 francs.

J'ai vu àJissi avec beaucoup de peine que vous avez laissé mettre les Conseils généraux dans cette affaire, non pour la chose en elle-même qui est fort indifférente, mais pour les principes et les consé-

USh CORRESPONDAxNCE.

quences : si les Conseils généraux mettent le nez dans la politique, je ne sais pas où cela pourra nous mener.

Quelqu'un m'écrit que vous auriez pu obtenir, à la fin de la discussion, la quinquennalité ou septennalité. Je me suis dit : Ils ne l'ont pas pu ou n'ont pas cru qu'ils le pouvaient, car ils n'y auraient pas manqué. Si vous l'aviez obtenu, mon cher ami, je crois que vous auriez rendu le plus grand service qu'homme ait jamais rendu à son pays. On y reviendra, mais quand on le pourra, et certes je conçois qu'on y regardera à deux fois. Ce sont de ces questions, les questions de Charte, qu^on n'agite qu'une fois ; aussi, lorsqu'elles sont en discussion, faut-il les emporter pour n'y plus revenir.

J'espère que vous voilà tout à fait sorti des mouvements et que vous aurez pu pénétrer au fortd des choses. Il y a, sous tout cela, d'autres gens que ceux dont les journaux nous donnent l'a.rrestation ; et la correspondance de G. était un fil qui, s'il ne vous a pas échappé, a dû nécessairement vous donner la clef de ce labyrinthe.

J^ compte partir à la fin de cette semaine, et j'espère vous trouver en bon état. Tout le monde m'assure que vous soutenez les fatigues de la tribune à merveille. Je vous engage bien à rentrer maintenant dans votre coquille et à vous réserver pour les occasions indispensables : votre santé est aussi utile à VVAat qu'elle est chère à vos amis.

Je vous arriverai avec un bon et gros rhume, qui n'cmpecherapasque jene sois en état devons donner

ANiNÉE 18S0. i*85

encore une bonne dose de santé, ce que je ferais d'aussi

bon cœur que je vous embrasse.

Votre ami,

Decazes.

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