‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 241 sur 247 · M. de la Boulaye à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Boulaye à M. de Serre

Paris, vendredi 28 juiUet 1820.

Très-cher,

J'adresse par le courrier de ce jour à M. Millet de Chevers, vôtre ami, l'extrait en forme du rôle des contributions constatant que vous payez ici 176 francs.

Je reçois votre lettre du 2A. La sagesse du docteur et la docilité du patient me donnent les meilleures espérances.

M. Esmangard quitte le Conseil. Trois messieurs

partis du même point, tous trois de Versailles, tous trois ayant débuté il y a quarante ans à la suite de leurs pères dans le même service et dans la même branche de service, se trouvent, après des fortunes fort diverses, réunis au comité de marine et, en quelque sorte, autour de leur berceau. Forestier^ et Jurien* sont du nombre ; vous savez le nom du troisième. Le ministre de la Marine aime assez ce trio; il aimerait mieux un quatuor dans lequel interviendrait un amiral, et je crois que c'est sur notre collègue le comte d'Augier qu'il porte ses vues. Il m'a prié de vous dire quelques mots sur la nécessité de joindre un bon officier de mer à ce petit Conseil de marine, et, s'il s'agit en effet de d'Augier, il me

^ Le baron Forestier, conseiller d'Etat en service ordinaire, membre du comité de la marine et des colonies.

2 Charles-Marie Jurien, ne à Paris le SIt mars 1763, ëtait le fils d'un premier commis de la maison du Roi. Il fut admis, en 1783, dans les bureaux de la Marine. Le 10 août 1793, grenadier du bataillon des Filles-Saint-Thomas, il combattit et fut laisse pour mort dans la cour des Tuileries. En 1793, il se rendit à l'armée du Nord et dirigea les transports militaires. En I8O/4, il organisa la flottille de Boulogne. Le 3 avril 181/«, le gouvernement provisoire le chargea du portefeuille de la Marine jusqu'à l'arrivée de M. Malouet, nomme ministre de ce département. Le 5 juillet suivant, il fut nommé conseiller d'Etat. Il s'abstint de toute fonction durant les Cent-Jours. De 1815 àl8S3, il fut directeur des ports et arsenaux, de 182/* à 1830, membre du Conseil d'amirauté. Après la révolution de juillet, il quitta la vie publique et mourut à Fontainebleau le 16 aoilt 1836. Louis XVIII lui avait accordé le titre de vicomte en récompense de ses longs et bons services. Peu de jours après la mort de M. Jurien, le 13 septembre, parut dans le Moniteur une notice biographique due à la plume de son ami, le baron Tupinier.

semble que cela serait convenable sous plusieurs rapports.

J'ai causé ce matin avec notre excellent duc-président sur le texte de votre lettre. Il ne fait aucune objection sur la conduite à tenir et il approuve toutes vos idées, même en avouant un peu son faible. Seulement il rechigne à établir une administration collective. Ses objections sont justes : c'est une innovation, un premier coup de hache à la centralisation, un sujet d'inquiétude pour les autres directeurs, un texte aux provocations des Chambres, une induction à appliquer le même système aux administi^ations départementales. M. Roy, arraisonné par le duc, se relâche peu à peu de ses premières prétentions; seulement il profitera de la circonstance pour entourer le directeur général d'un Conseil, circonscrire son influence et rendre les grandes déterminations de l'administration plus authentiques, plus mûries. C'est un essai qu'il va faire, et je n'y vois pas d'inconvénients.

Le duc attend de vous une réponse, qu'il aura probablement bientôt.

A demain, mes chers amis. Nous avons un temps

sui^erbe ; je vous en souhaite autant sur les hauts

lieux .

hlk CORRESPONDANCE.

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