M. Crermeau à M. de Serre
Paris, le 27 juînet 1830.
Monseigneur,
Je dois rendre compte à Votre Excellence de plusieurs détails assez importants de la correspondance d'hier et d'aujourd'hui.
Une lettre du procureur général de Besançon* annonce que la femme de ce Guillemin*, qu'on cherche avec tant de soin et toujours inutilanent,
* M. Meyronnet de Saint-Marc.
2 On lit dans le Moniteur du 20 mai 1820 : « Dans la journée d'hier, le bruit s'ëtait rëpandu à Paris que, sur quelques points de la Franche- Comte, des complots ourdis contre la sûreté de l'Ktat avaient été ddjoués au moment d'dclore, et que plusieurs
chefs de ces criminelles machinations avaient été arrêtés Voici
ce que l'on sait du complot : quelques jours avant l'arrivée de Mgr le duc d'Angoulême à Lons-le-Saunier, on avait arrête dans cette ville un nomme Bourgeois, ancien officier de corps-francs eu 1815. Deux ou trois autres individus, liés avec Bourgeois, s'étaient soustraits en fuyant aux mandats d'arrêt décernés contre eux par l'autorité judiciaire. A la même époque, on arrêtait à Besançon deux autres individus, anciens officiers, nouvellement arrivés de la capitale: ils se nomment Julien Combes et Planzeaux. »
Le Moniteur du 21 mai ajoute : « Les le très que nous rece-
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•est venue le trouver de la part de son mari, et lui a 4ît que ce prévenu demandait un sauf-conduit pour venir faire des révélations de la plus haute importance et découvrir un complot des plus dangereux ^t des plus menaçants contre la famille des Bourbons et le gouvernement tout entier. Il faut se hâter de l'entendre, dit-il, parce que dans six semaines il ne serait plus temps. De la part de tout autre que Guîllemin, ces propositions n'auraient pas une bien grande importance ; mais elles peuvent en avoir beaucoup, lorsqu'on sait qu'il y a évidemment un complot et que Guîllemin en a été un des principaux agents. Je n'envoie pas à Votre Excellence copie de la lettre du procureur général parce qu'elle est entre les mains de M. Mounier, à qui nous l'avons immédiatement communiquée. M. Meyronnet de Saint-Marc parle, en terminant sa lettre, d'aller en Provence pour ses affaires particulières aussitôt que l'affaire Combes et Planzeaux sera en train. M. Portails pense avec raison qu'il ne peut s'absenter dans les circonstances actuelles et doit lui écrire en conséquence.
Une lettre du procureur général de Toulouse^ an-
vons de Besançon confirment rarrestation de MM. Julien Combeà et Planzeaux. Le premier a eu un commandement dans les corpsfrancs pendant l'interrègne, et le second a eu le rang de colonel
dans Tarmëe Un sieur Guillemin, qui paraît aussi avoir servi
dans les corps-francs et contre lequel il a été dëcernë un mandat d'amener, est parvenu à se soustraire jusqu'à ce jour aux poursuites dirigées contre lui. Nous ne pouvons encore rien dire des
/aits qui ont motive ces arrestations »
* Le baron Gary.
nonce aussi qu'il a reçu d'un officier en disponibilité, nommé Blaignau, la déclaration qu'un sieur Baptiste était venu lui proposer d'entrer dans un complot formé à Toulouse pour opérer un mouvement armé et qui comptait déjà plus de quatre cents conjurés déterminés à périr plutôt que de succomber. On va suivre les indications données par Blaignau, mais l'ouverture qui lui a été faîte paraît tenir à un plan adopté d'inquiéter ainsi le gouvernement sur tous leâ points importants pour faire prendre le change à sa vigilance et la détourner des objets qui doivent l'éveiller avec plus de raison .
Une lettre de M. Bourdeau nous annonce qu'on avait préparé pour lui une espèce de charivari libéral semblable à celui qu'on a fait pour M. Corbière ; mais que les autorités, prévenues à temps, l'ont empêché par l'arrestation des premiers individus qui se sont présentés avec leurs instruments.
Une ordonnance d'hier vient d'appliquer l'amnistie au général Clausel et au capitaine Chambure; Chambure va être mis aujourd'hui en liberté.
La chambre du Conseil du tribunal de première instance de Paris a prononcé le 20 courant sur l'affaire de l'homicide du jeune Lallemand ; elle a renvoyé devant les tribunaux militaires ^ .
J'ai appris hier que les journaux de couleurs les
* « Le soldat qui avait atteint le jeune LaHemand fut mis en ju£»ement et acquitte. » {Histoire de la Restauration, par M. Nettement, t. V, p. hU,)
plus opposées avaient présenté simultanément à la censure un article annonçant que S. A. R. Monsieur était nommé lieutenant général du royaume. Ceci m'a paru digne d'attention.
On avait affecté aussi de répandre que la santé du Roi allait empirant dejour en jour. J'ai même quelques raisons de croire que quelques-uns des ne
sont pas étrangers à cette nouvelle. C'est sans doute pour la combattre que le Journal de Paris annonce aujourd'hui que Sa Majesté va reprendre ses promenades habituelles.
J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence mes respectueux hommages.
Germe AU.