‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 243 sur 247 · M. de la Boulaye à M. et à M"'* de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Boulaye à M. et à M"'* de Serre

Samedi, ^juiUct 18^.

Les fillettes vont très-bien, mes chers amis, et je n'approche pas sans regret du moment où je m'éloignerai d'elles On se porte bien de l'autre côté

des boulevards.

Ce que j 'ai communiqué hier au duc de Richelieu est venu d'autant plus à propos que le vent y souffle depuis quelques jours. Tous sentent la nécessité de ne point effaroucher ; on reconnaît comme vous que les prétentions seraient immenses et qu'on ne pourrait pas satisfaire sans folie. On doit même avoir à ce sujet une conversation en haut lieu. Tout me paraît donc d'accord. Votre opinion ne trouvera dans le Conseil que des échos, et il sera bon que vous l'exprimiez d'autant plus fortement dans vos lettres, que cela vous paraîtra plus nécessaire d'après les renseignements qui vous parviendront.

Vous remarquerez dans le Moniteur de ce jour un article conforme à l'opinion de Mazure sur l'instruction publique.

Le jeune Jessaînt est arrivé, et je le conduirai ce matin chez Royer. Je conçois vos chagrins et je les partage, mais je ne conçois pas un gouvernement impunément insulté par ses confidents et baisant la main qui le châtie. Qu'on le renverse, soit; mais qu'on ne s'arme pas dans ses arsenaux, mais que

Ton combatte à visage découvert. Le duc accepte toutes ces conditions, et il m'a déclaré qu'il était

décidé à se bien défendre envers et contre tous

Tous les hommes de sens sont convaincus que le parti libéral ne peut triompher d'ici à longtemps que sur les ruines de la monarchie; et, dans ce cas, il vaut mieux être victime que complice.

Villemain est très-bien.

J'ai engagé le ministre de la Marine à faire au marquis de Rivière la politesse d'une gabare pour le ramener avec sa famille de Constantinople. Nous ne perdrons rien dans le Levant et nous aurons près de nous un ami.

Je vous ai parlé de ce projet d'adresse de Dubruel^ pour supplier Monsieur de se remarier. Il paraît que Son Altesse Royale en est si peu pressée, qu'autour d'elle ceux qui se complaisent dans ce projet n'osent pas en parler. On cherche des détours

Mille tendresses, très-chères Excellences. J'embrasse Gaston. Portez-vous bien.

* Pierre- Jean- Joseph Dubruel, né à Rignac (Rouergue) le 16 septembre 1760. Il éisàt, avant la Révolution, conseiller au prësidial de Rhodez. Il n'e'migra point et eut peine à échapper aux persécutions. De 1795 à 1797, il siégea au Conseil des Cinq-Cents, et prit plusieurs fois la parole en faveur des prêtres et des émigrés. Il quitta la scène politique après le 18 fructidor. Sous l'Empire, il fut nommé proviseur du lycée de Marseille. En 181A, il reçut de Louis XVIII des lettres de noblesse et la croix de la Légion d'honneur. Député de TAveyron à partir de 1816, il siégea sur les bancs de la droite et fut deux fois questeur. Il devint, en 1818, proviseur du lycée de Versailles. Il mourut à Paris le 28 mars 1828.

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Monseigneur,

J'ai eu rhonneur de £wre reina]:queir à Yotre^ Excellence un article du Drapeau blanc relatif au refus fait par les élèves de rhétorique de traiter pour sujet de discours les paroles du pè;re de Sully à son fils ; ce refus a généralement paru une chosegrave, et cependaEt le Journal de Paris d'hier a mis sur ce sujet un article qui me paraît d'une inconvenance choquante. Je ne sais quel effet il aura produit dans le public et comment en jugera Votre Excellence, mais il me semble que, si l'on voulait absolument parler d'une chose sur laquelle il n'y a rien de bon et de satisfaisant à dire, il fallait le faire avec plus de dignité et de gravité, et non du ton léger et plaisant qu'a pris le rédacteur de l'article. Votre Excellence le trouvera ci -joint.

L'organisation actuelle de l'Université est maintenant l'objet d'une attention particulière, et les trois dernières nominations faites ont éveillé de vives discussions. Ce n'est pas qu'on blâme les choix qui ont été faits, quoiqu'on regrette un peu que deux des personnes nommées, M. Poisson^ et

* Sim^on-Denîs Poisson, né à Pithîvîers le 21 juin 1781. En 1798, il fut reçu le premier à l'École polytechnique. Il fut nomme\

Tabbë NîcolleA, aient été prises horadeTUniversité; imais quel est le hnt de ces nouvelles nominations? J^augmenteront-elles pas, plutôt qu'elles ne diminueront, les incoiwénients de Torganisation actuelle? Le premier de ces inconvénients est le défaut d'unité de direction : une commission est beaucoup moins propre qu'un chef unique à produire cette unité salutaire, et plus cette commission sera nombreuse, plus l-inconvénient deviendra

en 18ÛS, professeur suppliant et, «a 1806, professeur iitulaîre i cette même École. Il devint, en 1809, professeur de mëcanîque rationnelle à la Facultë des scienoes ; en 181S, membre de Tlnstitut ; en 1816, examinateur de sortie de TÉcole polytechnique ; en 1890, conseiller de l'Université; en 18S7, géomètre du bureau des longitudes; en 1837, pair de France. Il mourut â Paris le S5 avril 18A0. Républicain dans sa jeunesse, toujours hostile au gouvernement de Napoléon, il e'ëtait rallie aux Bourbons, qui le comblèrent des témoignages de leur estime. Sa vie a été ëcrite par François Ârago. — Voyez CEuxrres complètes, t. II, p. 593-698. Paris, 185/4.

^ Dominique- Charles Nicolle, ne le h avril 1758 au village de Poville, prés Rouen. 11 ëtait, en 1790, prëfet des études au collège Sainte-Barbe, lorsque M. de Choiseul-Gouffier lui confia Tëducation de son fils. 11 l'accompagna d'aBord à Constantinople, puis à Saint-Pétersbourg, et fonda en cette ville un institut où furent élevés les enfants des principales familles. Chargé par le gouvernement de visiter les églises catholiques de la Russie méridionale, il connut â Odessa le duc de Richelieu et obtînt son amitié. De re^ tour en France, il fut nommé, en 1817, aumônier honoraire du Roi, en 1820 membre du Conseil de l'instruction publique, et, en 1821, recteur de T Académie de Paris, fonction supprimée en 182/*. Il fonda avec son frère, M. Henri Nicolle, un collège auquel ils donnèrent le nom de Sainte-Barbe qu'il dut changer, im peu plus tard, contre celui de Rollin. U mourut à Soisy-sous-Montmorency le 2 septembre 1835. Sa vie a été écrite par Tabbé Frappaz. Paris, 1857.

aeO CORRESPONDANCE.

grand. Où veut-on que les fonctionnaires de TUnîversîté, les recteurs d'Académie, les proA-iseurs des collèges prennent leur direction, lorsqu'ils ne voient qu'une conunission composée d'hommes si opposés, c'est-à-dire à peu près i)our moitié d'hommes professant les idées du jésuitisme et d'hommes professant celles du jansénisme, le tout sous la présidence d'un protestant? Comment peut-on espérer qu'un agent de l'Université mette une grande franchise et un grand abandon dans sa correspondance et ses rapports, quand il saura qu'ils doivent être soumis à sept personnes qui ne peuvent être dans les mêmes idées? Et enfin, la commission fût-elle composée d'hommes parfaitement homogènes, elle ne pourra jamais inspîrer au dehors la même confiance ni la même émulation qu'un chef unique. Tous ces raisonnements, faits de bonne foi et par des gens bien intentionnés, ramènent naturellement à l'idée d'un directeur supérieur de Tinstruction. Mais les cjnestions de personnalité viennent ici, comme dans tant d'autres choses, compliquer la question générale; on sait (jue M. Cuvîer serait vivement affligé de perdre respùce de suprématie qu'il exerce, et personne ne nie l'impossibilité de donner la direction suprême de l'instruction à un homme de la religion de M. Cuvier, pour lequel, du reste, on professe l'estime la plus complète.

L'approche des concours et l'événement de rhétorique ont mis à l'ordre du jour toutes les considérations dont j'ai pris la liberté de tracer l'esquisse à Votre Excellence; elle voudra bien, j'espère,

m'excuser par ce motif, si j'ai, au courant de la plume, parlé de choses qui sont, je le sens, hors de ma compétence et devraient, dans tous les cas, être traitées avec plus de réflexion.

Pendant que nous autorisions le procureur général de Besançon à donner un sauf-conduit à Guillemin,le procureur général de Dijon^ nous annonçait que, sentant l'impossibilité d'échapper, ce prévenu s'était volontairement remis aux mains de l'officier de gendarmerie chargé de le poursuivre et qui l'a conduit tout de suite à Besançon : il y sera certainement arrivé avant la lettre par laquelle on autorisait M. de Saint-Marc à donner le sauf-conduit, et il est plus que probable qu'il retiendra purement et simplement un homme qui n'est plus pour lui qu'un prisonnier. Le Courrier d'aujourd'hui annonce la liberté de Combes et Planzeaux : je ne sais où il a pris cette nouvelle, qui ne peut avoir rien de fondé.

J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence et à M""® de Serre mes plus respectueux hommages.

Germeau.

* Pierre-Prudent de Vandeuvre, né aux Riceys (Aube) le 6 avril 1776. En 1808 magistrat de sûreté' à Bar-sur-Seine,.en 1811 substitut du procureur g^n^ral près la Cour de Paris, en 1818 procureur gëne'ral prés celle de Dijon, en 1822 prés celle de Rouen, il fut nomme, le 10 juin 1829, premier président de la Cour de Lyon. 11 mourut le 13 octobre suivant à sa terre de Me'ry-sur- . Seine. En 1820 et en 182/*? les électeurs de TAube l'avaient envoyé à la Chambre : il y siégeait au centre droit. Une notice sur sa vie a e'té écrite par M. Nault. Dijon, 18329.

sa C0RRB8P0NDAHCB.

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