‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 244 sur 247 · Iie«oiBte;d!ABRMiàM. da · texte numérisé non relu

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Qnîiiqpery le 99 juillet 189D.

J'ai reçu ma nomination^ mon cher de Serre^ et je ne perdrai pas de temps pour me rendre à mon nouveau poste, quoique le ministre ne me presse pas : mes affaires personnelles sont terminées, et je serais maintenant en route si je n'avais voulu terminer le travail préparé pour le Conseil généraL

n y a peu de modestie à parler des regrets qfi'on laisse après soi; cependant je tiens beaucoup à vous apprendre qu'on m'en témoigne de très-vifs, qui me paraissent sincères puisque ceux qui les expriment n'ont plus rien à attendre de moi; et parmi ceux dont je reçois ces dernières marques d'affection et de regrets se trouvent les personnes les plus distinguées du parti ultra-royaliste, qui presque toutes m'ont obligation de quelques services et dont aucune ne peut me reprocher de la partialité. Quant aux libéraux, et sous ce nom je comprends toutes les nuances de cette opinion, il m'a fallu beaucoup d'efforts pour arrêter la manifestation trop éclatante de leurs sentiments pour moi, et j'ai même été obligé de renoncer à un voyage de Brest que j'avais projeté. Ce n'est certainement pas par un senti-

* Par ordonnance du 19 juillet, M. d'Arros, prëfet du Finistère, avait ëte' appelé à la préfecture de TAveyron.

ixnent de vanité que je vous parle de Tefifet (Ju'a produit Fannonce de mon départ; mais, mon cher de Serre, vous avez de l'amitié pour moi, j'étais votre ouvrage ici, et j^ai pensé (Jue vous ne seriez pas indifférent à mes succès.

Je suis trop loin du centre des affaires pour en saisir l'ensemble, et il ne m'appartient sûrement pas de juger et de condamner le système suivi en ce moment; j'aperçois même, dans la violence, les excès et l'exagération d'un parti, ce qui a pu faire demander l'appui du parti opposé; mais je vois aussi les haines^ que ce système a assumées, les craintes qu'il inspire , et enfin tout ce qu'il a fait perdre au gouvernement en affection et en confiance, et je m'effraye des suites qu'il peut avoir. Toutefois, je le suivrai avec franchise et loyauté, et ne m'écarterai point dé ce principe que c'est en quelque sorte trahir le gouvernement que de ne pas le servir comme il veut être servi. Si la marche d'aujourd'hui me paraît datagereuse, elle n'a certainement rien qui répugne à ma conscience; vous la suivez, mon cher de Serre, et votre exemple est la meilleure et quelquefois même la seule réponse aux cdDJections que je me fais à moi-même.

J'espère être à la fin de la semaine à Paris et je n'y resterai que le temps qui me sera nécessaire pour voir les ministres et recevoir des instructions qui me seront bien nécessaires pour me diriger dans une nouvelle route. Mais c'est de vous surtout, mon cher de Serre, que je recevrai ma véritable direc-

tîon, surtout une conviction que je suis bien loin d'avoir et une confiance que je n'ai pas non plus.

Je ne vous remercie pas de tout ce que vous avez fait pour moi, mais je le vois et je le sens bien vivement. Un attachement sincère et une reconnaissance sans bornes m'acquitteront-ils envers vous? Ma femme, que votre dernière lettre a bien vivement émue, veut que je vous dise combien elle partage ces deux sentiments, dont elle se réjouit de vous renouveler l'expression au Mont-Dore, où nous

espérons pouvoir passer.

D'Abros.

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