M. de la Boulaye à M. de Serre
Paris, dimanche 30 juillet 1820.
Quelques mots seulement, cher ami, car j'ai été au cliâteau et j'ai dû passer le reste de mon temps dans le cabinet du duc. On peut se lancer hardiment avec un tel liomme, aller en avant, revenir sur ses pas : de* part et d'autre ia confiance- est entière. Il a votre lettre, il la médite. C'est avec peine qu'il renoncera lui-même à la dissolution, s'il faut y renoncer. C'est une question de fait. Jusqu'ici les prévisions sur les clioix départementaux sont bonnes. Il n'en est pas de même des arrondissements. On a des renseignements sur quarante-quatre dé-
parlements. Je vous enverrai deïnain une lettre de mon préfet qui dît ce qu'il pense. Quant aux brimborions et aux satisfactions à donner aux ultras, vous avez raison, on l'avoue; mais on fait toujours quelques objections de bonne foi et par générosité de cœur. On a été frappé cependant de ce qu'une lettre de M. de la Ferronnays ^ dePétersbourg, disait, sur la nécessité de tenir ce parti de très-court, précisément ce que vous dites. Ne vous fatiguez pas, réservez toutes vos forces pour le duc et vos collègues. Barante ne quitte pas Royer ; je l'y ai encore trouvé hier. Royer commence à devenir plus vif. Il y avait effort pour être poli ; l'œil n'était pas d'accord avec le langage. On a félicité le petit Jessaint sur ce qu'il serait sous mes yeux : « Avantage peutêtre éphémère, ai-je répondu; je suis à la suite d'amis que je ne quitterai point, mais auxquels je ne survivrai pas vingt-quatre heures. Alors on vous trouvera. » Sur ce qu'on se vantait de recevoir beaucoup de lettres du département, j'ai dit que
'* Pierre-Louis-Auguste Ferron, comte de la Ferronnays, d'une ancienne famille de Bretagne, naquit à Saint-Malo en 1777. H ëmigra avec son père, lieutenant g^n^ral des armëes du Roi, servit sous le prince de Condé et devint aide de camp du duc de Berry. En ISlii, il fut nomme maréchal de camp et, en 1815, pair de France. Ministre à Copenhague en 1817, ambassadeur àSaint- Pëtersbourg en 1819, il prit part aux congrès de Troppau, de Laybach et de Ve'rone. Il eut le portefeuille des Affaires étrangères du h janvier 1828 au Ih mai 1859, et l'ambassade de Rome du mois de février au mois d'août 1830. Il mourut en cette ville le 17 janvier 18U% laissant une mémoire honorée de tous les partis. — Voyez la Nouvelle biographie générale (Didot), t. XXVIII, p. 723.
ffl» CORRESPONDANCE.
j'en recevais beauooup ausâ, et cela est vrai. Notre jeune homme, qui a» fait visite à madame pendant cpDenous causions, dîne aujourd'hui chex ell^* Je dîne chez^ M. Boy.
Mercredi je partirai. Germeaa vou écrit régulièrement; il se pi^piera d'honneur^ Noos aurons par lui des nouvelles cpiotidiennes. On désire que je voie le département de TAube : j'aurai des lettres de créance pour qui de droit ; jpurs et nuits, tout sera consacré à nos affaires.
Il peut y avoir de ce que vous dites dans le X. Je marche la sonde en main. Le pauvre Freydnet ^ n'en a pas moins perdu son Uranie sur une roche sous-marine ; mais la précaution n'en est pas moins bonne.
M. Laine va partir. Il est ébranlé pour l'instruc*
* Louis-Ciaude Desaulses de Freycinet, né à Montëlimart le 7 août 1779. Il s'embarqua pour la première fois le 97 janvier I79h comme aspirant de troisième classe. Il ëtait capitaine de frégate lorsqu'on 1817 une mission scientifique lui fut confia : MM. Duperrey, Quoy, Gaimard, Gaudichaud et Jacques Arago faisaient partie de Texpëdition. Le Ih février 1820, prés de l'une des îles Malouines, V Uranie ëcboua. Son commandant dut comparaître, le 16 décembre, devant un Conseil de guerre, qui l'acquitta à l'unanimitë. Quelques jours après, Louis XVIII lui donna audience : « Vous êtes entri^ ici capitaine de frëgate, lui dit-il, TOUS en sortirez capitaine de vaisseau. Mais ne me remerciez point ; dites-moi ce que Jean Bart répondit à Louis XIV, qui venait de le nommer chef d'escadre : Sire^ voua avez bien fait. » Il devint membre de l'Académie des sciences en 18â6. Il mourut à sa terre de Freycinet (Drôme) le 18 août 18^2. — Voyez les Notices historiques de MM, Henri et Louis de Freycinet, par M. de la Roquette, lues à la séance générale de la Société de géographie le 15 décembre 18^3.
tion publique 'et remet sa décision au retour. Il va aux emfi d'Aix en Savoie. J'ai dîné hier avec lui oheZ'M. Portai, je le verrai demain. M> de Riche^ lieu s'arme vis»A-^ de lui de vos pressants désirs.
Que Dieu vous garde, mes chers amis! Portez- TOUS bien, prenœ^des forces, et nous vaincrons. Le médecin du Mont-Dore est à la France ce que l'en** fant de Thémistocle était à la Grèce.
Je vous aime bien et vous embrasse tous trois.