‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 37 sur 247 · M« dd la Bonlaye à M. de Serre · texte numérisé non relu

M« dd la Bonlaye à M. de Serre

Paris, mercredi ^ février 18âD.

Ma lettre d'hier écrite, j'ai reçu, cher ami, la vôtre du \h. Vous ne dites mot de votre santé, mais

< Voyez t. IJ, p< 581.

ANNÉE 18â0. lOB

je vois que vous êtes bien établi dans une campagne charmante. J'en remercierai M. Durant de voti-e part.

Depuis votre départ j*aî vécu dans de continuelles agitations et je me suis rarement couché avant deux heures du matin. Je n'ai pas pu voir . vos grands parents chez eux ; mais j'ai tous les jours de leurs nouvelles et j'ai écrit à M"™® votre mère. Nous pourrions nous rencontrer à la chancellerie, où je suis tous les jours depuis midi jusqu'à une heure. J'aurai désormais, du moins je le crois, un peu plus de loisir.

M. Decazes a dû vous expédier hier ou vous expédiera ce matin une estafette. Il va passer trentesix heures à Étîolles auprès de Paris et ne reviendra que demain jeudi. Il doit passer le vendredi à Paris et partir le samedi pour Lilx)urne. Je le verrai demain au soir.

L'opinion de Royer était, et je vous l'ai dit, que vous ne deviez pas rester au ministère. C'était l'opinion de dimanche, au moment où je vous écrivais le contraire. Bien m'en a pris, car hier mardi c'était tout autre chose : il fallait rester.

Si vous n'étiez pas dans le Conseil, si l'on vous nonmiait ministre, il y aurait à délibérer; mais vous êtes , garde des Sceaux, vous êtes à Nice, M. le duc de Bichelieu se dévoue, les eirconstances sont on ne peut pas plus graves, votre ooerur est au Roi, vous lui devez vos talents, il n'y a pas à hésiter.

lOV CORRESPONDANCE.

Mllemain et Mirbel^ ont donné leur démission, Guizot va rentrer au Conseil d'État.

Koyer se tempère : « Nous ne donnerons pas, ditil, au ministère actuel ce que nous refusions à d'autres; mais nous ne nuirons pas, nous appuierons hautement tout ce qui nous paraîtra admissible, nous nous opposerons au reste avec modération et en bons termes. »

Je crois qu'il ne me convient plus d'aller à la réunion Ternaux. J'ai vu, depuis la Révolution, les plus honnêtes gens du monde entraînés par les partis. Les libéraux exercent désormais sur cette réunion une influence plus ou moins grande. Leur parti s'organise; leurs journaux ont reconnu pour dictateur M. Jay *; tandis que leurs antagonistes

* Charles-François Brissoau de Mirbel,fils d'un jurisconsulte de mérite, naquit à Paris le 27 mars 1776. l\ commença l'ëtude de la botanique en suivant les leçons du cëlébre Ramond, professeur à l'Ecole centrale de Tarbes. 11 fut nomm^ intendant des jardins de la Malmaison en 1803, secrétaire des commandements et conseiller d*État du roi Louis en 1807, membre de l'Institut en 1808. Sous l'administration de M. Decazes, il devint secrétaire gdndral, d'abord du ministère de la Police (9 juin 1817), puis du ministère de l'înte'rieur (31 décembre 1818) : il prit part à toutes les mesures qui favorisèrent l'agriculture et l'industrie, et rendit de nombreux services aux artistes et aux savants. Il donna sa démission le âO février 1820. Depuis lors il se livra' sans partage aux travaux scientifiques. En 1828 il remplaça M. Bosc comme professeur de culture au Jardin des Plantes. Il mourut à Paris le 13 septembre 185/». Il avait épousa» en secondes noces, M^*® Lizinska Rur, qui occupa le premier rang pnrmi les miniaturistes (1796-18^9) — Voyez V Éloge hiatorique de M. de Mirbel, par M. Payen, membre de l'Academiô des sciences. Paris 1858.

* Antoine Jay, né à Guitres (Gironde) le 30 octobre 1770. Il fdt

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s'abandonnent aux fureurs, ils mettent de leur côté les apparences par la modération du langage. Cela devient sérieux.

Nous sommes bien loin des trois collèges. Mon avis est que les ministres actuels obtiennent tout ce qu'ils pourront obtenir, pour la sûreté du trône, sur la presse et sur les élections, qu'on passe le budget et qu'ensuite on avise.

Vos enfants sont en fort bon état. Les grands parents se portent bien. Mille tendresses, mes bien chers amis.

Durant de Mareuil * vient d'arriver ; il vous dit

mille choses aimables et respectueuses.

Je vous embrasse.

d'abord avocat; puis, de 1795 àl80!{, il voyagea en Amërique; puis, durant six aanëes, il dirigea l'ëducàtion des enfants de M. Fouchë. 11 fit partie, en 1815, de la Chambre des représentants. Cette même année, il futTun des fondateurs de V Indépendant (bientôt le Constitutionnel) y et, en 18 i 8, de la Minerve. Dans ce journal et dans cette revue, il combattit, sans relâche, le gouvernement des Bourbons, et, par un mélange habile de bonapartisme et de libéralisme, exerça une grande influence sur ses contemporains. Il mourut à Chabreville (Giironde) le 9 avril 185/*. Il était membre de l'Acadëmie française depuis 183^.

* Joseph- Jacques-Alexandre Durant de Mareuil, né à Paris le 6 novembre 1769, ëtait le fils aînë de M. Durant de Saint- André, receveur général des aides. Il venait d'être attaché à la légation de France en Wurtemberg lorqu'il dut partir avec la première réquisition : il remplit, à l'armée du Rhin, les fonctions de capitaine adjoint du génie. En 179/i, il se rendit à Copenhague comme secrétaire dé légation. A son retour, il fut nommé chef de la V^ division au ministère des Relations extérieures. Il devînt ministre plénipotentiaire," en 1805 à Dresde, en 1808 à Stuttgard (où il

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