‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 48 sur 247 · M. de Serre au comte Decazes · texte numérisé non relu

M. de Serre au comte Decazes

Nice, 28 février 1820.

Je vous ai écrit à Paris, mon cher ami, aussitôt que l'estafette de M. de Richelieu m'eut annoncé votre éloignement des affaires. Je vous ai exprimé les premiers sentiments que j'éprouvais. La réflexion n'a fait que les confirmer. Mon âme est profondément triste. Votre lettre est arrivée plus tard. Ma femme et moi avons été touchés aux larmes du

noble caractère que, dans des moments aussi cruels, vous avez montré. Ce sont nos amis, c'est leur indomptable orgueil qui vous a lait le plus de mal et qui vous a précipité en vous mettant à la discrétion des ultras ^ c'est dans cette position aussi fausse que dangereuse que vous laissez le nouveau ministère. Vous y manquerez d'ailleurs près du Roi, au Conseil, à la tribune, dans le salon, comme lien le plus général entre les hommes les plus divers, comme homme de tête et de cœur dans les jours de crise. Votre absence m'oblige d'autant plus, et à tous égards, de retourner pour la discussion de la loi des élections. Je ne vois personne pour la diriger. J'aurai cette occasion de vous revoir. Je donnerai un coup de collier le mieux que je pourrai, et, plus tard, j'irai aux eaux.

Vous avez bien pensé que je n'hésiterais pas à rester tant qu'on voudra de moi et que je le pourrai avec honneur. Quitter le Roi actuellement serait une lâcheté. Je ne sais si personne a eu la pensée de me la conseiller, mais on m'a rendu la justice dé ne pas le faire. J'ai écrit au Roi par M. de Richelieu

* M La famille royale, les courtisans et tout le parti ultra-royaliste, dit M. de Barante, n'avaient pu obtenir du Roi la retraite de Al. Decazes. Elle devint nécessaire par le refus de concourt» du •Centre gauche. Pour qu'il restât ministre, il lui fallait avoir la majorité. M. Decazes s'en expliqua avec M. Royer-CoUard, qui consentait à ne se point opposer aux deux lois d'exception ; mais il se ^fusait à toute modification de la loi électorale. Le Roi avait sur ce point une idée trés-arrêtée. 11 croyait que le sort de la monarchie en dépendait. 11 consentit avec douleur à la retraite de M Decazes » (La Vie politique de M, Royer-Collard, t. II, p. ^.)

pour le remercier de me conserver sa confiance, bien <jue je dusse ajourner Tînstant de le servir. J'ai conseillé à M. de Richelieu de temporiser, de tâcher de gagner du temps pour la discussion de la loi des élections jusqu'à ce que les esprits soient un peu calmés.

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