‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 57 sur 247 · M. Germeau à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Germeau à M. de Serre

Paris, le P' mars 1820.

Monseigneur,

Le Moniteur d'hier vous apprend que la loi sur les journaux a passé à la Chambre des pairs à G2 voix de majorité : c'est la plus considérable qu'on ait encore eue dans les Chambres. Tous les journaux cependant, et le Moniteur luî-mêm(î, avaient annoncé seulement 2 voix de majorité ; l'erreur venait du bureau des procès-verbaux de la Chambre des pairs ; il faut croire qu'elle y a été faite sans mauvaise intention , mais elle a donné beaucoup d'humeur à M. de Richelieu. On a pu la réparer à temps pour les exemplaires du Moniteur qui ont dû partir par la poste, et je crois que M. de Mézy a en outre fait' imprimer et distribuer à tous les directeurs de poste des bulletins rectifiés, qui ont dû leur parvenir en même temps que les journaux, avec ordre de les distribuer. Quant aux journaux courants, c'est, je crois, fort sciemment et avec pleine connaissance qu'ils ont profité de l'erreur du procès-verbal; car il n'est pas croyable qu'ils aient

ignoré la vérité sur une chose qui était pour eux ^W aussi grand intérêt et qui s'est aussi généralement répandue, lorsqu'ils apprennent et répètent si ^'^te tout ce qui, dans ce genre, rentre le moins. du

monde dans leurs vues ; mais il faut convenir qu'c ne pouvait pas attendre d'eux un grand zèle à ai noncer le premier échec fait à leur liberté.

Les journaux, en général, continuent à gard assez peu de mesure. M. de Chateaubriand n'ari< mis dans le dernier numéro du Conservateur; n'a pas même parlé à la Chambre des pairs cont la censure. M. de Talleyrand et soii petit parti ci voté pour la censure ; les mauvaises langues prétei dent que c'est parce qu'il compte ainsi travailh pour lui-même.

M. de la Boulaye vous aura sans doute transm un travail qu'il a fait sur les chances du projet <i loi des élections à la Chambre des députés, et d'o il résulte que, malgré la fâcheuse disposition de 1 commission, le gouvernement peut compter, e dernière analyse, sur quelques voix de plus pou que contre le projet. On m'annonce à l'instant qu M. X. est en pleine défection et tranche, depui quelques jours, de l'indépendant : Tu* quoqm Brute!

Un journal d'hier annonçait un attentat sur la vi de l'empereur de Russie ^ La nouvelle n'est poîi confirmée et paraît toute d'invention.

Tout Paris parlait hier de votre retour conmi d'une chose certaine. Je regrette bien que cette noc velle soit aussi prématurée.

* Alexandre !•' Paulowîtch, né le 17 décembre 1777. 11 rëfiifl depuis le 13 mars 1801. Il mourut le 1*' décembre 18^.

J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence mes respectueux hommages.

Germe AU.

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