‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 58 sur 247 · M. de la Boulaye à M*, de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Boulaye à M*, de Serre

Paris, mercredi 1®' mars 1^0.

M. Decazes est en route depuis samedi, accablé de douleur et de souffrances. Sainte- Aulaire, qui l'a accompagné jusqu'à Chartres, est revenu lundi soir. Vous savez que Coussergues abdique son accusation. Sain te- Aulaire et la gauche voudraient cjue ce fût un texte à récriminations. Ce n'est pas mon avis. Il est dans l'intérêt public et dans celui de 3M. Decazes que l'on ne jette pas dans la Chambre lin brandon et qu'une majorité prête à se former ne soit pas déliée. Notre ami, le plus dévoué des hom- Dïes à ceux qu'il aime, croit trop que l'on peut, que l'on doit s'engager pour sa cause sur de mauvais terrains; il gaspille ainsi beaucoup d'utilités. Avant ^on départ je lui ai dit nettement et fortement que ^On sacrifice devait être complet, qu'il n'y avait ^'Iionneur pour lui que dans les succès du ministère ^^tuel, et que le plus mauvais rôle à jouer serait ^^lui d'être le héros des factieux de la gauche. Il en ^^t convaincu. L'action de ses plus dévoués sur son

esprit est ensuite inévitable. J'espère qu'il y sera remédié. Le Roi a fait venir ce matin Sainte- Aulaire et lui a dit ses intentions. On répand que M. Decazes a refusé l'ambassade d'Angleterre; cela n'est pas vrai.

Je reçois votre lettre du 21 . Vos dix pages écrites

le 19 sont arrivées avant le départ. Vous ne pouvez

rien sur le coursdes choses. Observez, réfléchissez;

mais, à moins de consultation expresse, tenez-vous

tranquille : c'est se battre contre les nuages que de

s'engager de si loin. La censure ne vaut rien, j'en

demeure d'accord. C'est pour le gouvernement un

poids insupportable, c'est un bouclier que tout peut

percer; mais je suis d'avis qu'on propose sur-le

champ des lois répressives, mais si on les obtient

fortes, on peut se débarrasser de la censure, mais

tout le monde est fatigué de la licence de la presse,

et l'opinion est favorable à toutes les entraves qu'il

peut être question d'y mettre. Contre vos belles et

saines idées de constituer une Chambre forte, c'est

un chorus de clameurs. Vos meilleurs amis font

dans ce tintamarre le plus grand bruit. Us sont tous

divisés. Le renouvellement intégral seul, qui réunit

la jeunesse, a contre lui les Royer, les Camille, les

Courvoisier, etc., qui se joignent aux autres pour

blâmer tout le reste.

Sortons de là, mon bon ami; dans les grandes affaires il faut s'attacher au point lumineux. Sauvons l'autorité royale; profitons de l'appui que nous donne le noble caractère du duc de Richelieu et des étais que ce générexxx homme trouve partout en Eu-

rope. N'inquiétons point, n'ébranlons point, lorsque tout remue autour de nous. Les affaires d'Espagne peuvent de moment à autre devenir inquiétantes. Force à l'autorité et force certaine est maintenant ce que les amis des Bourbons en France doivent désirer. Les libéraux sont habiles, organisés; leur prudence m'effraye depuis quelques jours. Avant que nous pussions parvenir à leur apprendre la liberté , ils nous désapprendraient les Bourbons. La ruine de notre pays en serait l'inévitable conséquence. Conservons-nous intacts et tels que nous sommes ; plus tard nous aviserons au reste. Vous y serez, et honorablement assis .

Tranquillisez- vous, retablissez-vous, fuyez le sixocco s'il est nécessaire. Nous touchons au Jani ^satis terris nivis\ etc.

Je vous embrasse et vous aime bien, mes chers

sjnis Vos grands parents sont en bonne santé.

Je souhaite le rétablissement de ma bonne commère. Je baise ses mains.

^ Horat. lib. I> carm. 11.

ni. 10

Ud CORRESPONDANCE,

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