‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 73 sur 247 · M. de la Boidaye à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Boidaye à M. de Serre

Paris, vendredi 10 mars 1820.

Nous pensons à cru, comme vous dites, très-cher

ami. Je donne suite à mes idées d'hier. Conunent

a\irais-je pu vous servir à la suite de la doctrine?

AX'unir à ceux qui blâmaient tout, à ceux qui ne

^^oulaient que l'âge et le renouvellement intégral, à

o^ux qui sont en transaction perpétuelle avec les

liléraux? Biaiser, mollir sur votre compte? Non,

Ils ont agi en étourdis. M. Decazes eût résisté

s^%ns leur abandon. Ils l'ont l'enversé; ils en gé-

isseut.

Maintenant que veulent-ils? M. de Villèle peut

tire appelé au ministère; l'invasion de la droite

ï-^s efiEpaye; les conseillers actuels du Roi peu-

"v^ent échouer; il faut songer à un ministère dont

^ Is feraient partie, où la gauche n'entrerait pas et

^iont vous seriez le chef. Il faut pour cela que, dès

^^'il sera question de M. de Villèle, vous vous

^^tiriez.

Le ministère n'échouera pas. Il aura les deux lois ^'exception et des changements, quels qu'ils soient, ^ la loi d'élection, dont nous parlerons plus tard.

I^e côté droit est fidèle à ses engagements ; s'il persévère, satisfaction doit être donnée avec mesure à ses chefs. Ni le Roi ni M. le duc de Richelieu ne veulent se mettre sous leur dépendance; mais aucun homme d'honneur ne peut abandonner le duc de Richelieu tant qu'il marchera sur cette ligne. On l'a pressé, supplié d'accepter; tout le monde s'en est mêlé : il se doit à tous.

Pourquoi la droite ne se modifierait-elle pas? Et dans ce cas ne vaut-il pas mieux la prendre dans nos rangs et marcher avec elle constitutionnellement "fjuede s'appuyer sur un tiers parti faible, incertain, sans cesse meurtri par les deux côtés, dont vous seriez à peu près le seul champion et qui est en majeure partie toujours prêt à passer du côté du plus fort. Autant et plus que qui que ce soit, vous voulez la monarchie des Bourbons ; comment l'établir sans royalistes ?

Examinons d'ailleurs la situation de l'Europe et particulièrement les affaires d'Espagne, qui vont de mal en pis. Nous serons débordés par les libéraux pour peu que nous perdions de temps. Le commun danger doit rallier tous ceux qui ne veulent ni de république, ni d'usurpation. A droite on peut s'arrêter, à gauche la pente est irrésistible.

Royer ne voulait-il pas il y a trois mois un ministère mixte, amalgamé? Ses idées actuelles sur la loi d'élection, les voici : deux degrés, les électeurs de chaque canton réunis au chef-lieu de canton pour choisir parmi eux ceux qui devront être envoyés au chef-lieu de département et y nommer les députés.

Il se modifie en effet et il est prêt à beaucoup accorder pourvu qu'on n'attente pas à l'égalité dos droits. Comme il serait possible que la droite proposât que les électeurs de 300 francs à 1,000 francs nommassent dans les arrondissements des candidats qui seraient triés au département par les éle^^teuis de 1,000 francs et au-dessus, je n'objecte rien à la contre-batterie.

Rien n'est encore fait pour la droite, sauf M. Capelle^ et un changement à l'état-major de la place. Je ne vous parle donc que de ce que je crois probable.

Nous finirons aujourd'hui ou demain la loi sur la Jiberté individuelle. Il faut une quinzaine pour arriérer à celle sur les journaux.

Germeau va vous envoyer divers journaux.

Voici une lettre de M""® Royer.

Nos petites filles sont dans le meilleur état ainsi cjXTe grand-père et grand'mère.

J'ai dit à Ternaux que vous me parliez de lui. fi

■ Guillaume Capelle, dont le père ^taît avocat au Parlement, î*Sfc.quit à Salles-Curan (Aveyron)le 3 septembre 1775. Après avoir ét,^ préfet de la Mëditerranëe (Livourne) en 1807 et du Lënian (Genève) en 1810, il reçut de Louis XVllI en 181/* (10 juin) la prc^fecture de l'Ain, et en 1815 suivit le Roi à Gand. Au retour il tïevînt préfet du Doubs, en 1816 (l®"" janvier) conseiller d'État, en ^^âO (2iô février) secrétaire général du ministère de l'Intérieur, en ^838 (janvier) préfet de Seine-et-Oise, en 1830 (19 mai) ministre des Travaux publics. Signataire des ordonnances de juillet, il parvint à quitter la France et n'y revint qu'en 1836 après l'amnistio. ï^ mourut à Montpellier le ?15 octobre IBhS, Il était baron df* ^'Empire.

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