‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 77 sur 247 · Le baron Pasqiiier à M. d% Serre · texte numérisé non relu

Le baron Pasqiiier à M. d% Serre

Paris, 1« 11 man 1890.

Mon cher collègue,

J'ai reçu votre lettre du 26 , et je m'atte.ndais^ Inen à tout ce que vous dites des tristes jours et des mauvaises nuits que vous fait passer l'affreuse nouvelle qui a été vous chercher, et qui TOUS aurait atteint aussi cruellemeat, eussiezvous été au bout du monde. Je souhaite vivement que le coup que vous en avez reçu n'empêche pas votre santé de se rétabUr assez promptement pour que vous soyez en état de vous trouver à notre Jbataille sur la loi des élections. Le puissant renfort que vous nous amènerez, s'il vous est possible d'arriver A temps, sera grandement utile à ia cause en générai et à moi en particulier qui porte en ce rm^ment un fardeau bien lourd ; vous en pouvez juger si yoos suivez au Moniteur le cours de nos discusrSiosis. M. Siméon me seconde cq)endant à merveille, et il a une facilité d'écrire qui lui permet, du soir

m CORRESPONDANCE.

au matin, de produire une excellente réplique à ce ([ui a été dit la veille ; mais ce n'est toujours pas ce jet rapide de la tribune si important dans une discussion vive et que vous possédez si bien.

Outre ces difficultés de ma position particulière, je ne peux vous dire à quel point je souffre de voir des hommes de nos anciens amis, et sur lesquels je croyais toujours pouvoir compter, nous abandonner dans une circonstance si grave et faire cause comnmne avec les plus grands ennemis du trône et par conséquent du repos et du bonheur publics. Courvoisier, entre autres, est devenu une espèce de fanatique contre tout ce que nous proposons ; il ne rêve ([ue la terreur de 1815 et oublie celle de 1793 qui pourtant était encore un peu plus sérieuse. Cependant je compte toujours sur la majorité, mais ce sera bien en la tirant par les cheveux; jamais le sort d'un pays n'a aussi cruellement dépendu de 5 ou 6 voix qui en vérité, cependant, pourraient bien n'être guère en état d'en décider en connaissance de cause. Quant à X., sapeur pourra devenir proverbiale comme la terreur panique.

J'ai eu avant-hier des nouvelles de notre ami Decazes : il est arrivé chez lui, et déjà beaucoup mieux portant; il en avait besoin, car je vous assure que je le croyais beaucoup, plus malade que vous. Vous. êtes étonné qu'il ne soit pas resté ici plus longtemps^ pour mettre ses successeurs au courant d'une foul^ de choses; je comprends cet étonnement, justifié par* la distance d'où les choses vous apparaissent ; mais* mon cher collègue, vous nous faites l'honneur de

nous croire plus raisonnables que nous ne le sommes, et chaque jour me prouve que nos têtes sont encore bien vives et par suite bien peu réfléchies, et surtout portant la passion jusqu'au point de s'en laisser aveugler même contre nos intérêts les plus évidents. N'importe, il faut bien servir son pays tel qu'il est, et plus il a de faiblesses malheureuses, plus il a besoin d'être servi et de l'être avec courage et dévouement.

Adieu, mon cher collègue. Donnez-moi de vos nouvelles le plus souvent que vous pourrez et croyez à mon plus sincère attachement comme je compte sur le vôtre.

P. S. Le Roi a été fort touché et satisfait de votre lettre.

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