M. de la Boulaye à M. de Serre
Paris, dimanche IS mars 1830.
Votre lettre du h m'arrive, cher ami, et me prouve que vous avez reçu les miennes des SJi, 25 et 36. Tout est donc en ordre jusque-là.
Vos petites filles sont propres, gentilles, gaies. Je les embrasse pour vous et pour moi. Elles m'aiment. Adèle ^ et la nourrice en ont arand soin. J© reverrai aujourd'hui Louise rue d'Enfer. On 8€^ porte bien sur les hauteurs du faubourg Montmartre^
C'était hier jour de poste. Royer et M. Pasquiei vous ont écrit. Le premier vous a développé toutes ses combinaisons nouvelles. Choisissez.
M. le duc de Richelieu vous écrira.
Nous n'avons pas pu finir hier* notre loi; mais 1^ ministère a toujours eu la majorité.
M. Decazes a été trahi par certaines gens, mais îl n'a pas été renversé par eux, il l'a été par d'autres* 11 y a des forces dans la Chambre pour résister A
* Femme de chambre de M"™® de Serre.
ANNÉE 189a 191
toutes les exagérations. Il ne faut que s'entendre. Maïs l'extrême gauche est inconciliable ; toute communication avec elle donne des forces à l'autre côté. Ce centre si méprisé peut se grossir et devenir formidable, s'il reçoit dans son alliance la majeure partie du côté droit, qu'il contiendra.
Il faut marcher pas à pas dans la carrière du gouvernement représentatif; nous reculons pour avoir été trop vite; le pouvoir royal ne peut pas rester désarmé en présence de tant d'ennemis. L'opposition doit être désormais populaire; toutes les fois qu'elle se montrera assez forte pour envahir, elle inquiétera la France et l'Europe. Qui peut la contenir? l"n homme tel que vous. Soit; mais la chance est hasardeuse, les plus habiles y ont échoué. Aurez-vous de la santé? y serez- vous toujours?
Je suis sans passions, sans intérêts privés, sans ojrgueil de caste, et je suis convaincu que les doctrinaires nous conduisent ou à la perte de la liberté ou à* la perte des Bourbons. Leurs intentions sont pxai'es, leur esprit les trompe.
Je suis mal avec les libéraux, vous ai-je dit. Vous ^a.v.ez que les meneurs de ce côté m'ont toujours fait t^orreur. Toutefois les menés me caressent, et les ^ernau^ ont peut-être à présent, du moins en iTande partie, plus de confiance en moi qu'en d'au-
Nous nous parlons à cœur ouvert, et de part et ^'^utre il faut tout entendre. Vous savez du moins ^iie vous avez sur qui compter.
Je ferai part à Rover de vos tendresses.
Je VOUS embrasse, mes très-chers amis.
M. Decazes et sa famille se portent bien.
Nous vous avons envoyé l'exposé des motifs. Les tableaux et tous les journaux vous seront expédiés désormais.