III
25>6 CORRESPOND Ax\CE.
très-bien comprise en ce qu'elle doit être et dans ce qu'elle peut être, si je l'isole d'une autre considération dont je vais parler, je serai obligé de la trouver insuffisante. Toutefois, avec cette considération, je crois que son succès sera complet. Voici ce que c'est. J'ai vu, depuis l'ordonnance du 5 septembre, le gouvernement, obligé de se défendre des passions d'un certain parti, amené malgré lui à déchaîner et à ameuter un autre parti. Je l'ai vu, pour faire aller sa machine, emprunter les eaux de la démo— cratie et en lever les écluses ; les roues ont tournée aussifôt, mais elles ont tourné trop vite. Encore uibl peu de temps, elles auraient couru plus vite en — core, le feu aurait pris partout. J'admirais quel — quefois les petits moyens qu'on prenait pour tem — pérer ce mouvement. J'admii*ais comment on ima.^ ginait d'envoyer de pauvres présidents arrêter av la main des roues qui avaient reçu une si forte iuB. pulsion. J'ai vu enfin qu'on a pris le bon parti On a envoyé aux écluses ; on a détourné les eau^i C'est peut-être ce qui a été fait sans le vouloir, ma-i cela a été fait. Pour faire passer les trois lois, a été obligé de mettre franchement en ligne ses forces. I^a bataille a été livrée ainsi au pam:**i démocratique. Je ne sais encore s'il faut dire que 1^ ^ centre a été auxiliaire du côté droit, ou si c'est 1^ coté droit qui a été auxiliaire du centre ; cela se saus^ bientôt, et c'est assez important. Ce qu'il y a de au moins, c'est qu^on a déjà remporté plusie grandes victoires; par cela seul, l'esprit démoc tique, enflé depuis longtemps par nombre de su
a été déjà battu et abattu. Laissez faire, il le sera bientôt davantage. Consterné aujourd'hui, bientôt il sera prosterné. Votre loi alors, par l'effet de ce rnouvement beaucoup plus que par celui de ses l3onnes dispositions, démentira, soit chez M. Bec- ^uey, soit ailleurs, les pronostics que nous en avons -tirés. Vous voyez, monseigneur, que je ne cherche j>^ à vous faire ici de compliments; croyez dès lors que sur d'autres points ils sont sincères, car ils sont l'expression du sentiment que j'ai de votre supériorité et du pressentiment que j'ai de ses effets sur tout notre avenir.
C'est déjà, monseigneur, quelque chose que ce qui s'est fait; pas assez. C'est au point que je trouve- **a,îs qu'on en a trop fait en ce sens, si l'on ne voulait P^ts en faire davantage. Remarquez bien votre position.
Après la plus épouvantable dissolution sociale ^u'il y ait eu jamais sur la terre, voilà des mor- ^^a.\ix, des éléments, des débris divaguant dans l'espa.ce et cherchant à se recomposer, et cela non en Pï^enant strictement et équitablement la place qui leiar compète : chacun veut avoir toute la place :
<< Opportunosmagnisconatibastransitnsrerum, ^^^o cunctatione opus, ubi perniciosior sit quies, ^ttctm temeritas ^ . »
Tous les partis semblent avoir ces paroles de Ta- ^^te dans le ventre ; chaque parti a un instinct en-
aS8 CORRESPONDANCE.
vahisseur ; dès qu'on lui laisse un peu d'essor, il se gonfle, s'élargît, se dilate et finit par tout odeuper de son volume. S'appuyer de ce parti peut être funeste ; le comprimer n'est pas facile, parce que, d'un côté, avec des passions et des parties impures qui peuvent tout culbuter, il a des parties nobles, belles magnifiques, et par là même un point fort et inex pugnable. Qu'y a-t-il de plus admirable, à les con sidérer d'un seul côté, que les opinions de M. d Marcellus et de M. l'abbé de la Mennais^? Qu' a-t-il de plus admirable de même que les opinion ^ et le dévouement du parti royaliste? Qu'y-a-t-£l de plus juste que le sentiment d'une certaine classe qui, après nous avoir donné de la gloire pendante les temps révolutionnaires, veut aujourd'hui en re — tenir les avantages et le lustre? Enfin, à ne le con. — sidérer que sous un seul beau côté, qu'y a-t-îl d^ plus noble que certaines idées libérales? Tel monseigneur, le foyer de force de chacun des parti qui divisent aujourd'hui la France. Cette
* Fclicitë-Robert de la Mennaîs, ne à Saint-Malo le 19 juin 1' Il reçut la prêtrise en 1816, fit paraître en 18171e premier voliix«=»» de V Essai sur V indifférence en matière de religion^ et d'incon**'' devint tout d'un coup célèbre. 11 fut, en 1830, un des fondatci»*» du journal V Avenir, dont Grégoire XVl condamna les ihéorn
par Tencyclique du 15 août 1832. En 183J!* il publia les dun croyanty et rompit définitivement avec l'Église. Après la volution de 18i*8, il devint membre de la Constituante, puis d« ^* Législative. 11 mourut â Paris le 27 février 185/*. S'il chaxi&^^ d'opinion, il ne changea point de caractère : il eut toujours inéH»e ardeur, même violence. — Voyez les Nouveaux lundis, M Sainte-Beuve, t. XI, p. 3A7-399. Paris, 1869.
ême est un de nos dangers ; car, comme chaque >idiiDn tient dans l'ombre et en arrière un cortège ipur de passions et de prétentions, dès qu'on lui itr'ouvre la porte, elle ne s'y précipite pas seuleent avec ce qu'elle a de noble et de beau, mais lus encore avec le cortège ignoble dont elle ne se ^pare jamais. Il arrive de là que le gouvernement, e pouvant jamais accueillir une opinion tout enère, un parti tout entier, a l'air de les embrasser t de les repousser successivement. Il paraît ainsi iccessivement antireligieux, antiroyaliste, antiré îlutionnaire, antilibèral, selon que ces opinions verses, entrant avec tout leur cortège, sont sucssivement admises et repoussèes.
Vous voyez mieux que moi, monseigneur, l'emrras qui résulte de cette position. Le gouvemeiiit se trouve dans le dilemme suivant : de gourner tout à fait dans le sens d'un parti, ce qui lui une alors l'appui de ce parti, ou de gouverner al contre tous les partis.
Dans cette dernière position, que semblait avoir optèe M. Decazes, un gouvernement ne pourrait air longtemps, même avec l'appui du despotisme; Xis un régime constitutionnel, avec le vent de la li- 'i1;é soufflant continuellement sur des tisons, c'est stnifestement impossible. On doit s'attendre qu'un ^uvernement sapé continuellement de toutes parts, 1 résiste quelque temps à force d'habileté et d'é- 'l'gie, doit à la fin* s'épuiser, se lasser, succomber. Ainsi, monseigneur, d'un côté, vous ne pouvez 'S gouverner aujourd'hui avec un parti ; car, du
moment que vous ne le voulez pas tout entier, il vous abandonne ; d'un autre côté, vous ne pouvez pas gouverner sans un parti, car vous ne pouvez pas gouverner sans appui.
lia conséquence me paraît évidente. Il vous faut gouverner avec un parti ; mais, auparavant, il vous faut composer ce parti.
Le temps me presse; j'entrerai dans plus de détails une autre fois, si cela vous convient. Voici que je puis vous dire en ce moment.
Dans une révolution, la base du gouvememei doit être révolutionnaire; dans une république, L base du gouvernement doit être républicaine ; da une monarchie sous un usurpateur, la base du go vernement doit être dans la couleur de cette mon chie et de cette usurpation; avec une monarclLjS ancienne et une dynastie ancienne, la base du go vernement doit être dans cette couleur.
Actuellement, si cette monarchie ancienne et cefc dynastie ancienne arrivent à la suite d'une révoL tion, d'une république et d'une monarchie usurj>
trice, il est bien entendu qu'on prendra doucemc^atnt les débris de ces trois choses pour les faire entjn^sr dans le cadre de la monarchie ancienne. Bonapart-^r par exemple, avait pris les débris de la Révoluticii^n et de la République et les avait placés dans s-^s cadres. Prendre à son tour les débris du gouverï^*ment impérial, non, comme le voudraient tîertaixi»-^^ personnes, pour les faire dominer et prédomirB.^^^^, mais seulement pour les faire entrer comme aco^^^' soires honorables dans les cadres de la monaro »^^^
légitime, c'est ainsi qu'on sortira du dilemme et
qu'on résoudra le problème.
J'use, comme vous voyez, monseigneur, largement de la permission que vous m'avez donnée. Je me retire effrayé du volume de cette lettre. Si vous m'encouragez à vous donner sur tout cela la suite de mes idées, ce me sera un grand bonheur et une gf ande faveur. M. de Serre, qui m'a donné depuis loi:igtemps des marques de bienveillance , peut compter à jamais sur mon amitié et sur mon dévoxjement; le ministre du Roi, sur mon obéissance Gt mon profond respect.
Le comte de Montlosier. .