‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 107 sur 126 · M. Germeau à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Germeau à M. de Serre

Paris, le 9 août 1881.

Monseigneur,

C'est aujourd'hui, de trois à quatre heures, que se fait Tadjudication de l'emprunt. Jamais, je crois, à aucune autre époque, il n'en aura été fait de plus favorable au gouvernement, car on montre pour souscrire une ardeur inima£;inable, et hier, veille de l'adjudication, la rente a monté à 88. Il est à remarquer que la rente n'a pas passé 8A francs dans les plus beaux jours du gouvernement impérial : après la. paix d'Amiens elle était à 50, après Austerlitz àôA, après la paix de Tilsit à 79, et au moment du mariage à 83^''' 25; la naissance du roi de Bome ne la fît pas hausser.

J'aurais voulu pouvoir vous donner par le coumer d^aujourd'hui le résultat définitif, et je l'eusse fait si l'adjudication eût eu lieu à trois heures.

On croyait hier généralement à la Bourse qu'il écheiTait à la compagnie Rothschild et Laffitte, qui paraissent bien déterminés à faire des offres considérables, et qui ont déjà annoncé l'intention de le garder presque en entier, et cela le plus longtemps qu'ils poiurront : de cette manière, ils seront presque les maîtres de la place. Les autres compagnies, qui concour-

ront avec celle Rothschild et Laffitie, sont celle Ricardo et compagnie, dont fait partie M. Growes, et celle Delessert, Hottinguer etBaguenault. On ne croit guère que cette dernière soit fort entreprenante et ait beaucoup de chance de succès. La lutte sera probablement entre les compagnies Rothschild et Ricardo.

J*allais dire à Votre Excellence que les journaux anglais du 6 annonçaient de Tamélioration dans la santé de la reine d'Angleterre, lorsque j'ai reçu des Affaires étrangères la nouvelle suivante : « On apprend de Londres que la Reine est morte le 7 de ce mois, à dix heures du soir. »

Une autre note, qui m'est également transmise des Affaires étrangères, porte ce qui suit : « Les lettres de Constantinople, arrivées par la poste d'aujourd'hui, portent que les fêtes du Bairam, qui avaient commencé au milieu d'une agitation qui faisait craindre de grands désordres, s'étaient terminées avec beaucoup de tranquillité, et qu'en général l'aspect de cette capitale était plus rassurant. »

Je me suis assuré que Votre Excellence recevrait par ce courrier des nouvelles de ses enfants.

M. de la Boulaye est parti hier.

Votre Excellence remarquera que tous les journaux royalistes contiennent aujourd'hui des articles en blanc : c'est une espèce de protestation générale dans ce parti, et ces blancs sont pour les adeptes beaucoup plus significatifs que tous les imprimés possibles.

J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence et à M™** de Serre mes plus respectueux hommages.

Germe AU.

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