‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 11 sur 126 · M. Qermean à M. de Serra · texte numérisé non relu

M. Qermean à M. de Serra

Paris, le k août 1^0.

Monseigneur,

Vos deux enfants se portent fort bien et sont trèsgais : je viens de les voir à l'instant même.

Nous venons de recevoir de M. Bourdeau une lettre assez rembrunie sur la situation de son ressorte L'esprit de la Bretagne ne s'améliore pas, et le retour des députés de la gauche y a donné lieu partout à des concerts, banquets et fêtes patriotiques destinés à exalter de plus en plus Tesprit do-* minant; une cavalcade énorme a été préparée pour la réception de M. Guilhem*, et tous les chevaux,

^ Voyez VHistoire de la Restauration^ par M. de Viel-CasteU t IX, p. 53-55.

* J.-P. Olivier Guilhem, né à Brest en 1765. Il s'enrichît dans le nëgoce et devint président du tribunal de commerce de sa ville natale.- Dëputë du Finistère à la Chambre des représentants (1815), il fui tééln en 1818 et vota constamment avec l'extrême gauche. U mourut à Brest le 97 novembre 1830.

dans un rayon de six lieues, ont été mis en réquisition pour cette cérémonie.

Ce qui est plus grave, c'est ce que dit M. Bourdeau de la ville de Brest ; c'est le point sur lequel le parti compte le plus : il y voit dans Tavenir une autre île de Léon. Il est très-vrai que Tesprit de cette ville, la nature spéciale de sa population et le séjour des troupes de la marine, parmi lesquelles on ne peut faire les mêmes mouvements que parmi les troupes de terre, doivent rendre ce point Tobjet d'une attention particulière. Nous avons tout de suite écrit au ministère de la Guerre et à celui de la Marine, et communiqué la lettre de M. Bourdeau à M. de Richelieu et à M. Mounier, entre les mains de qui elle est restée.

Quelque fâcheux que soient ces détails, il est peut-être à remarquer que M. Bourdeau écrit dans une situation qui doit naturellement rembrunir pour lui les objets ; tandis que les députés libéraux reçoivent tant de démonstrations favorables, il en a reçu de toutes contraires. Il a même éprouvé des désagréments de la part d'individus soumis à. son autorité, et un avoué lui a manqué d'une manière marquée; quelque impartialité, quelque impassibilité qu'il ait dans le caractère, les désagréments à lui personnels ont pu influer un peu sur la manière de voir les choses dans leur ensemble.

Votre Excellence avait facilement pressenti l'în- Ûuence des événements de Naples sur la cour de Vienne : des renseignements positifs et récents annoncent que l'Autriche va déployer en Italie des

forces énormes pour s'opposer aux progrès de Finsurrectîon, et qu'elle a le projet de la combattre vivement et franchement; tout s'ébranle déjà pour la partie militaire, et les démonstrations diplomatiques ont été à ce sujet claires et précises. Je laisse aux collègues de Votre Excellence le soin de s'expliquer plus en détail sur ce point délicat qui est hors de ma compétence.

Je vous ferai remarquer, monseigneur, sous la rubrique de Paris, dans le Journal des Débats, un article relatif aux troubles militaires qui ont eu lieu à Naples. Quelques personnes qui connaissent bien ce pays pensent que rien de ce qui vient de se faire ne subsistera dans un mois, et que ce n'est là que le triomphe passager d'une faction qui n'a aucune racine dans la population.

Le feu a de nouveau éclaté hier à Bercy, mais cette fois il a été promptement éteint. Le Journal de Paris contient à ce sujet un article dont le postscriptum est surtout fort extraordinaire.

J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence et à M™* de Serre mes respectueux hommages.

Germeau.

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