‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 10 sur 126 · M. de U Boulaye à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. de U Boulaye à M. de Serre

Mareuil-en-Brie, jeudi 3 août 1830.

• Pendant les neuf mois que j'ai passés à Paris pour y accoucher de cette loi d'élection, enfant dénaturé peut-être, à peine ai-je été deux ou trois fois au spectacle; mais j'ai tant lu de journaux et •de brochures qu'il a fallu charger mes poches d'une paire de lunettes. Ici point de brochures, de bons brochets les remplacent; point de journaux, mais des spectacles. J'ai été salué, en arrivant, d'une comédie de famille où figurait ce jeune monsieur de sept ans, filleul que je vais élever pour ma filleule, si le papa y consent. J'occupais la première place, flanqué du curé et d'Adrien de Jessaint. Les gens de chambi-e, de cuisine, d'écurie, de bassei^our et les gardes composaient l'assemblée. En plein air ou même avec un ciel de théâtre, la pièce eût -été portée aux nues ; elle n'a pu aller qu'au plafond. Tout allait bien sans quelques enfants, dans les bras de leurs nourrices, qui se sont trop mêlés de la musique. Si notre belle Excellence vient ici et

aO CORRESPONDANCE.

qu'elle trouve le lieu habité, sa jolie race n'y mandera pas de compagnie

Je vous ai écrit hier au moment où je (juittais Paris; j'ai voyagé toute la nuit; je vous écris aujourd'hui en sortant du spectacle avant de me coucher : c'est le change de vos pièces de Chantilly et de Fontainebleau. Germeau aura aussi ce soir son mémento. Mes regrets d'avoir quitté les fillettes seront adoucis si vous en avez journellement des nouvelles et si le correspondant m'envoie exactement les miettes de sa correspondance.

Je serai demain à Av et dimanche matin à Châ- Ion3>d'où je me porterai sur l'Aube et la Haute- Marne. Écrivez-moi par Germéau^ qui saura ma marche.

Adieu. J'aime la gloire, et la vôtre, puisque vous m'avez adopté, est pour moi une illustration de famille. Je ne suis qu'un soldat', mais fidèle, dévoué, avec quelque vieille expérience des hommes et des choses. Les circonstances sont grandes : le monde moral est secoué jusque dans ses fondements comme au temps de la chute du paganisme, des croisades et de la réformation. Tant que le sabre ne brillera pas, la puissance est à la parole. Saisissez-vous-en pour le salut de nos Bourbons, de la France et de toutes les vieilles races qui commandent aillemrs* Toutes chancellent plus ou moins, et, si elles étaient renversées, plus de liberté publique, plus de tribunes aux harangues, mais partout des champs de bataille et des prétoriens pour y décerner les couronnes. Ménagez-vous, soignez-vou^, ne vous dé-

pensez pas en eacannouches ; couvez vos idées, vos desseins, vos projets; entretenez notre excellent duc, qui vous honore et vous croit. Puis mes bons et chers amis, aimez qui vous aime.

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