‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 13 sur 126 · M. Germeau à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Germeau à M. de Serre

Paris, le 5 août 1830.

Monseigneur,

Votre Excellence verra dans les journaux d'aujourd'hui des nouvelles de Bordeaux qui lui donneront à réfléchir, et qui auraient beaucoup plus d'importance partout ailleurs que dans une ville aussi affectionnée. Les nouvelles particulières annoncent <[ue le mouvement, sans avoir été politiquement :séditieux, avait cependant un assez mauvais caractère et que des mots fâcheux y ont été entendus. La légion de la Loire-Inférieure se serait sans doute mieux montrée, si elle eût été mieux commandée • mais les officiers se sont conduits fort mollement. Il est vrai de dire aussi que c'était un des soldats de la légion même de la Loire-Inférieure qu'on allait exécuter, et qu'il était malheureux d'être obligé d'appeler pour cette exécution le concours des camarades du condamné, surtout lorsqu'il ne s'agissait que d'une violence envers un caporal * .

' On lit dans le Moniteur du 6 août :

u Bordeaux, le 3 août.

<( Le deuxième Conseil de gxierre de la IL* division avait con-r

Nous n'avons rien reçu aujourd'hui par notre

La Gazette de France, que je joins ici, contient

damnc^ à mort un soldat de la ]<fgIon de la Loire-Infërieure, pour voies de fait envers son supérieur et révolte contre la garde; ce jugement avait éié confirmé par le Conseil de révision et devait être exe'cute' hier, P^'août, à deux heures et demie de Taprés-midi. Selon l'ordonnance» ce malheureux devait être escorté par la gen* darmerie de la prison jusqu'au lieu de l'exécution, où se trouvaient les troupes sans armes. Au moment où le condamné sortait du fort du Hâ, la foule se porta sur son passage, et se grossit prodigieusement à chaque pas; il était presque arrivé dans l'enceinte lorsqu'une masse de peuple se précipita sur la gendarme* rie, força les rangs et se saisit du prisonnier qu'elle entraîna avecelle. L'officier qui commandait le piquet armé se porta en avant et fit croiser la baïonnette; mais déjà une foule innombrable se trouvait entre lui et la troupe. Le commandant de place jugea alors importantd'cnvoyer tout de suite le détachement armé vers la caserne où se trouvaient toutes les armes; la garde de police seule était restée. Tout cela se passa si rapidement que M. le général commandant la division n'en fut informé que par un attroupement immense qui investit son hôtel en criant: Grâce! grâce! Vive U Roi! Ces acclamations redoublèrent lorsque M. le lieutenant général d'Aiitichamp parut en uniforme, traversa le rassemblement^ donna de nouveaux mots d'ordre aux postes principaux et se rendit à la caserne.

« La légion était restée sur le terrain, attendant que la gendar^ merielui ramenât le condamné; elle reçut bientôt l'ordre de fentrer, ce qui ne put avoir lieu qu'après une demi-heure. Cependant l'attroupement avait conduit le soldat d'abord à la préfecture, en- ' suite sur le quai où l'on perdit sa trace, avant que l'autorité civHe pût requérir la force armée de sévir contre les attroupés. Ce soldat n'a pas encore été repris, mais des ordres sont donnés de tous les côtés pour que les autorités le fassent saisir.

M 11 n'a été entendu dans ce mouvement aucun cri séditieux, et la tranquillité n'a nullement été troublée cette nuit. Tout est, en Ce moment, parfaitement calme à Bordeaux. »

•des nouvelles importantes de la Galice. Le noyau de résistance armée qui se fonne dans cette province a une singulière analogie avec notre Vendée : c'est la même cause, ce sont les mêmes principes qu'on y défend, et c'est dans l'Ouest que se forme le mouvement.

On me donne à l'instant de sanglantes nouvelles de la Sicile; comme le courrier ne part que demain, j'attendrai que je sois mieux informé pour en écrire d Votre Excellence.

Une place de 3,000 francs vient de vaquer par décès dans un des bureaux de ma division ; je vous rappellerai, monseigneur, qu'il existe, dans le bureau même où se fait la vacance, un surnuméraire qui l'est depuis vingt mois et qui travaille de la manière la plus utile au Répertoire des décisions, dont

vous avez si bien senti l'importance Ce jeune

homme est un avocat; il a une instiniction et une capacité peu communes, et Votre Excellence, que M. Pichonetmoi avons souvent sollicitée pour lui, avait positivement promis de lui donner un traitement à la première vacance

J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence et à jyjme jg Serre mes plus respectueux hommages.

Germeau.

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