‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 15 sur 126 · M. Qermeau à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Qermeau à M. de Serre

Paris, le 6 août 185:0.

Je reçois à l'instant une lettre de Bordeaux du 2 août : elle est du premier président*, qui, après avoir exposé les faits à peu près comme le racontent les journaux, annonce que la Cour royale, chambres assemblées, vient de rendre un arrêt portant que, à la diligence du procureur général*, les auteurs, fauteurs et complices de l'enlèvement seraient poursuivis, etc. Je n'ai pas sur cette affaire d'autres détails : le procureur général n'a pas encore écrit.

J'ai dit quelques mots hier des affaires de Sicile, et le Moniteur en parle aujourd'hui, mais en peu de lignes, parce que les faits sont trop graves pour les donner légèrement et avant qu'ils soient officiellement constatés. Voici cependant comment les pré-

* M. Marbotin, baron de Conteneuil.

* Le baron Râteau.

M CORRESP.ONDANCE.

sentent jusqu'à ce moment les informations puisées aux bonnes sources : des troupes napolitaines, et qui avaient prêté serment à la Constitution, vinrent en Sicile, aii nombre de cinq à six mille hommes, pour proclamer le nouvel ordre de choses; les Siciliens se levèrent en masse, attaquèrent les troupes dans leurs forteresses, s'en emparèrent et proclamèrent l'indépendance de la Sicile. L'acharnement de part et d'autre était horrible. Le gouvernement napolitain fait passer de nouvelles troupes en Sicile.

L'arrivée de M. Martin de Gray^ à Plombières adonné lieu à un scandale qui rappelle ceux que Paris a vus dans le mois de juin dernier. Beaucoup de gens, réunis dans cette ville pour prendre les eaux, se joignirent à un grand nombre d'habitants du pays pour donner une fête patriotique au député libéral. Le préfet ayant fait fermer la salle destinée ordinairement aux fêtes publiques, le sieur Parisot, greffier de la justice de paix, prêta un local où se donna un bal après le repas; la foule, réunie ensuite sous les fenêtres de M. le baron Martin, fit retentir, de la manière la plus bruyante, les cris de Vii^e la C/iarte ! Vive le Roi ! Les autorités furent impuissantes à arrêter ce désordre ; mais M. Martin se montra à la fenêtre, cria FiVe le Roi! et, peu après, l'attroupement fut dissipé. On a dressé des procès-verbaux, et l'on instruit.

Il y a eu au collège de Pontivy, parmi les élèves, de graves désordres causés aussi par l'esprit funeste

' Voyez t. III, p. 305.

ANNÉE 18S0. hl

d'indépendance qu'on a introduit dans cette maison.

Les nouvelles d'Angers nous annoncent que le parti libéral y est très- fort. Les nouvelles de Lyon sont bonnes.

Vos enfants se portent bien.

J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence et à M"* de Serre mes respectueux hommages.

Ger3ieau.

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