M. Germeau à M. de Serre
Paris, le 10 août 1830. .
Monseigneur,
Le procureur général de Dijon est à Paris depuis hier; je lui ai parlé, entre autres choses, d'élections, et voici le résumé de sa conversation sur celles du département de la Côte-d'Or : s'il n'y a qu'une élection du grand collège, les deux députés nommés seront très-probablement un M. Champy, riche propriétaire du département, et un M. Blot, fort riche aussi dans ce département, où il réside même plus habituellement que M. Champy. Ces choix, dit M. de Vandeuvre, sont assez habilement faits, parce que CCS deux hommes, bien qu'ayant des opinions fort libérales et bien connues du parti, ne sont cependant compromis en rien dans le département, et
que M. Champy, ayant beaucoup de royalistes dans sa famille, aurait probablement des voix dans cette
opinion Il sera nommé, surtout si, comme il y
a lieu de le croire, les ultras sont assez fous pour marcher à part et nommer des hommes comme Brenet\ qu'ils se proposent de porter. En cas de dissolution, la Côte-d'Or donnerait certainement, outre les deux individus dont je viens de parler, les trois députés actuels. M. de Vandeuvre, en jugeant les choses sur les dispositions de son ressort et sur les connaissances qu'il peut avoir dans les départements qui n'en font pas partie, est tout à fait opposé à la dissolution : l'esprit des électeurs, dit-il, a été fort perverti depuis quelque temps. Il regarde son élection comme sûre dans l'Aube; celle de M. Paillot de Loynes* est aussi fort probable ; celle de M. de Labriffe^ est douteuse.
* Voyez t. II, p. îUi/*.
> M. Paillot de Loynes avait été d^put^ de l'Aube de 1815 à 1^10; il siégeait au centre droit. Il ne fut pas rëëlu.
3 Pierre- A rnauld» comte de Labriffe, ne à Arcis-sur-Aube le 6 mai 1773. A seize ans, il entra aux dragons- de la Reine, dont Bon père avait été colonel ; il devint capitaine aux chasseurs de Picardie, et remplit les fonctions d'aide de camp auprès du gênerai comte d'Esparbës, qui commandait la province de Guienne. U quitta la France en 1791, y revint Tannëe suivante, et se fit imprimeur à Evreux, avec ses cousins, MM. de Sesmaisons. Ses biens lui avaient été conserrës et lui furent rendus. 11 fut sous l'Empire chambellan de Napoléon. A la première Restauration il reprit du service dans les chevau-lëgers ; il reçut en 1816 le commandement du 7® dragons et, en 183^1, le grade de mardchal de camp. Les électeurs de TAube l'envoyèrent à la Chambre quatre fois en 1815, 1816, 1839 et 1830. Il obtint la pairie en 1831. Membre du Con-
Une lettre de M. Bourdeau, de Dinan, en date du 7 août, contient sur les courses triomphales de M. Guilhem quelques détails dont voici les plus importants : « M. Guilhem, qui était ï© 3 à Quimper , y a séjourné trois jours, quoique à quinze lieues de Brest, pour y arriver précisément un dimanche, afin que la fête soit tout à fait populaire. » La lettre de M. Bourdeau contenait une espèce de circulaire à la main du parti libéral, que j'ai cru assez importante pour l'adresser en copie à Votre Excellence.
Outre les journaux que j'envoie habituellement, je joins ici aujourd'hui la Gazette de France pour les nouvelles qu'elle donne sur la Sicile.
Veuillez, monseigneur, agréer et faire agréer à M"* de Serre mes plus respectueux hommages.
Germeau.