IV
portant ; ils démentent presque tous la nouvelle d'un arrangement dans le procès de la Reine.
Les journaux anglais s'occupent de cet objet presque exclusivement ; le Courier donne textuellement la fameuse lettre adressée au Roi par la Reine et dont on parle tant depuis quelques jours. Je pense que les journaux de Paris la reproduiront demain. Quoique le Courier^ en donnant cette pièce, en fasse une vive critique, elle m'a paru assez habilement faite. Son objet principal est de décliner la juridiction du Parlement : des deux Chambres, ditelle, Tune est à la disposition entière du Roi, qui peut l'augmenter, comme bon lui semble, de membres dévoués à ses volontés, quand il peut en même temps la diminuer des membres qu'il redoute en les forçant de se rendre à telle fonction, tel commandement dont ils sont titulaires. L'autre Chambre, celle des communes, est formée, comme on sait, par rinfluence de la Chambre haute et de la Trésorerie; enfin les ministres ont constamment la majorité dans l'une et l'autre et le jugement est fait par avance. La Reine demande à être jugée par un jury pris avec impartialité pai*mi les citoyens, et déclare que la force seule pourra la contraindre à se soumettre à un arrêt porté par le Parlement.
Le ministère des Affaires étrangères va décidément à l'hôtel Wagram\ L'ordonnance est signée»
Je vois dans les journaux la mort de M"* de
* Avant d'être transfert à l'hôtel Wagram, boulevard des Capucines, le ministère des Affaires étrangères ëtait installé à l'hôteL Galiîiïet, rue du Bac, au coin de la rue de Grenelle.
ANNÉE 18â0. 83
la Valette* ; c'est un événement déplorable. Cette dame était, non la femme de l'ancien directeur des postes*, mais la sœur de M. de Chastellux qui a épousé M"'' de Duras. Elle était recommandable par tous les agréments et toutes les vertus; sa grossesse, son accouchement ont offert les circonstances les plus tristes et les plus douloureuses ; il est affreux que rien n'ait pu la préserver.
* Gabrielle-Josephine -Simone de Chastellux, n^e le 11 février 1783, avait épousé, le 27 mai 1817, Jean-Baptiste-Âugustin*Madeleine de Percin, marquis de la Valette-Montgaillard, chevalier de Saint-Louis , inspecteur des gardes nationales de la Haute- Garonne. Elle mourut à Paris le lA août 18%), et le fils dont elle venait d'accoticher ne lui survécut point.
* Antoine-Marie Chamans-Lavallette, né à Paris en 1769, ëtait le fils d'un riche marchand. Soldat en 1793, il obtint, après la bataille d'Arcole, le grade de capitaine et les fonctions d'aide de camp du gënëral Bonaparte, qui lui fit épouser Emilie-Louise de Beauharnais, fille du marquis de Beauharnais, frère aînë du premier mari de Joséphine. Après la campagne d'Egypte et la reVolution du 18 brumaire, auxquelles il prit part, il fut chargé de l'administration des postes ; il devint conseiller d'État, comte de l'Empire (1806J, grand officier de la Légion d'honneur (1811). Les événements de I8I/1 le privèrent de ses emplois. Le ^ mars 1815, il se rendit à l'hôtel des postes et en prit possession au nom do l'Empereur. Trois liiois plus tard, le 18 juillet, il était arrêté, et, le 19 novembre, il comparaissait devant la Cour d'assises de la Seine, qui le condamnait à mort. Mais sa femme le fit évader de la Conciergerie en se mettant à sa place. 11 se réfugia en Bavière. Des lettres de grâce que lui accorda Louis XVlll en 18â0 lui rourrirent les portes de la France. 11 mourut à Paris le 15 février 1880. M™* Lavaliette, dont la raison avait été troublée par tant d'émotions, vécut jusqu'en 1855. — Voyez les Mémoires et souve^ nirsda comté Lavaliette y précédéfi d'une notice par M. Cuvillier* Fleury, S volumes in-8*, Paris, 1831.
J'ai Thonneur d'offrir à Votre Excellence et à M'"'' de Serre mes respectueux hommages.
Germeau.