M. de la Boalaye à M. de Serre
Sainte-Menehould, 17 août 18âO.
Vos lettres des /*, 7 et 0 août, cher ami, m'ont suivi à la piste dans mon vagabondage, et je leur dpis d'heureux moments. Honneur aux naïades du Mont-Dore! Puisque vous êtes tranquille sur votre poitrine, je le suis aussi. Vous aviserez à ce que le mal ne vous prenne point à la gorge. Vous nous revenez par le chemin que la Fontaine prenait pour aller à T Académie. J'espère que ce long voyage, les bords du lac de Genève et ces belles vallées de la Suisse vous imprégneront d'une si forte dose de bon air que le méphytîsme de la Chambre ne pourra plus mordre sur vous. Les raisins de Carl'ières^ vous seront aussi de quelque secours. Nous y deviserons de vos futurs coups de lance. Ces hommes habiles et honorables, qui se sont si imprudemment placés à la tête de nos ennemis, ont sans doute rendu plus périlleuse notre position. Les
* Carrîôres*Saînt-Dcnîs (Seine-et-Oise).
libéraux, qui les assommeraient s'ils étaient les plus forls, sentent de quel avantage il est pour eux (le s'en targuer. Ce sont des pierres d'achoppement qu'on rencontre à chaque pas, et cette délicatesse, qui s'oppose à ce qu'on montre le dessous des cartes, rend encore la marche plus embarrassée. Mais, à tout prendre, il vaut mieux se battre au grand jour; si nous périssons, ce ne sera pas sang honneur. La sévérité du gouvernement donne du moins le moyen de répondre à certains arguments ; si l'on eût tenu une autre conduite, on ne pourrait répondre à personne.
J'ai exploré les départements de l'Aube et de la Haute-Marne, et je fais à présent la statistique électorale du mien. Rien ne paraît menaçant ni sur les bords de l'Aube, ni sur ceux de la Marne haute ou basse, pourvu que le gouvernement proclame franchement ses candidats là où. il doit les avouer, à Troyes, par exemple, pour Labriffe et Paillot, et qu'ailleurs les royalistes de toutes couleurs s'entendent et mettent le ministère en situation d'appuyer leur choix ; pourvu encore que tous les agents du gouvernement sachent bien qu'on ne l'offenserait pas impunément. Nous avons perdu; mais il nous reste des forces suffisantes dans les trois départements dont je vous parle.
Durant partira pour les Pays-Bas le 2/a, et je serai de retour à Paris le 30. Tenez-vous pour averti qu'Ay me reverra le 12 septembre. Je veux vous y recevoir. Si vous changez de marche, trouvez le moyen de m'avertir.
Bô CORRESPONDANCE.
Tous les Jessaint vous présentent leurs respects. Sans adieu, mes bons amis; à bientôt.