La duchesse de Broglie à M. de Serre
Coppet, ce 18 septembre 18)20,
J'ai reçu votre lettre dans les Pyrénées, monsieur ; mais des courses, un long voyage m'ont empêchée de vous répondre plus tôt et de vous remercier des nouvelles que vous voulez bien me donner de vous et de votre santé. J'ai appris avec bien du bonheur qu'elle était meilleure.
Je vous aurais écrit la première si les circonstances ne m'avaient fait désirer de garder le silence; car, lorsqu'on se trouve arrivé à de certains points de division, les explications sont à éviter plus qu'à
rechercher. Quand ou désire, comme je le fais, consener dans le fond du cœur les bases d'une amitié véritable, dont de meilleurs temps, j'espère, nous permettront de jouir, il faut, pour ne pas se préparer des souvenirs pénibles, modérer la vivacité à lac(uelle on est porté vis-à-vis des personnes qui nous intéressent fortement, et se retrancher dans une réserve triste, mais nécessaire. En exprimant tout ce que j'ai éprouvé lorsque j'ai vu frapper toutes les personnes que j'aime, que j'estime, dont je révère le caractère et les opinions, par un homme que j'étais accoutumée pendant si longtemps à joindre à eux et que j'avais apprécié et admiré si souvent avec eux ; en exprimant tout ce que j'ai éprouvé, j'irais trop loin, et je me récuse d'avance en portant un jugement c£ui ne peut être ni calme ni impartial.
Victor a appris, ainsi que moi, avec bien de la joie que les eaux vous avaient réussi. Il en a éprouvé aussi un très-grand bien. Puissent les discussions bien vives que présage notre hiver ne pas compromettre ces bons effets! Nous espérons que votre santé se consolidera. Je félicite M""® de Serre du bonheur qu'elle doit avoir en vous voyant remis ; je la prie de croire à la part bien vive que nous y prenons, et je la prie aussi d'agréer nos hommages.
Staël de Broglie.