‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 45 sur 126 · Le baron Malouet^ à M. de Serre · texte numérisé non relu

Le baron Malouet^ à M. de Serre

Strasbourg, 19 septembre 18^0.

Monseigneur,

L'accueil que m'ont fait vos honorables amis du Haut-Rhin, et que je dois, en grande partie, à l'extrême bonté avec laquelle vous avez daigné leur parler de moi, m'enhardit à vous en exprimer ma vive reconnaissance. M. de Chevers a bien voulu venir me visiter à Strasbourg, et j'ai été si satisfait de le connaître et d'être à même d'apprécier un esprit aussi distingué et un cœur aussi noble que, en allant le voir à Colmar quelques jours après, il m'a semblé que je cédais bien plus au sentiment d'une véritable affection qu'à un simple devoir de politesse. J'ai été non moins aise de connaître M. de

* Le baron Maloiiet, né le 3ô mars 1780. Après avoir e'te secrétaire gênerai de la préfecture de la Creuse, il devint, en 1806, sous-préfet de Villeneuve-d'Agen, et, en 1810, préfet de TAisne; il conserva ce poste sous la première Restauration, mais cessa de Toccuper durant les Cent- Jours. Préfet du Pas-de-Calais, puis de TAllier en 1815, de la Seine-Inférieure en 1818, du Bas-Rhin en 1830, il garda ces fonctions jusqu'en 18â2 En 1832, il fut nommé pair de France et mourut le 3 octobre 18/*2. 11 était fils de Pierre-Victor Malouet, membre de la Constituante, si connu par ses opinions sagement libérales, son dévouement à Louis XVI et les intéressants Mémoires qu'il a laissés.

AiNNÉE 1830. 1(»

I^uymaîgre, qui fera certainement et promptement honneur au coi-ps des préfets, et, après avoir passé vingt-quatre heures ensemble, nous nous trouvions presque déjà de vieilles connaissances. Enfin, monseigneur, je m'estime heureux d'avoir de tels voisins : ce sont de bons alliés qui me prêteront secours et assistance, à charge de revanche; et je vois que nous nous entendrons au mieux pour tout ce qui intéressera le service du Roi.

Votre Excellence a pu déjà remarquer que le département du Bas -Rhin présentait, depuis un mois surtout, un aspect plus calme que celui de Colmar. I inactivité et la sagacité pénétrante de M. de Chevers laisseront cependant à l'intrigue et à la cabale peu de temps d'ourdir leurs trames

J'espère, monseigneur, que Strasbourg et tout le département du Bas-Rhin ne se feront remarquer que par la sagesse et la fidélité des habitants. J'espère aussi que cette même prudence du caractère alsacien prédominera sur l'influence nuisible du comité directeur, et que les électeurs n'iront chercher ni étrangers au dehors ni énergumènes au dedans du collège. Nous comptions beaucoup sur l'effet qu'aurait indubitablement produit la présence de Votre Excellence, si nous avions été assez heureux pour la posséder dans nos départements : elle aurait enhardi les timides et déconcerté les mauvais, deux choses dont on a également besoin en France du Nord au Midi et de l'Est à l'Ouest. Des événements imprévus et bien calamiteux en ont décidé autrement : nous en gémissons doublement.

Je suis avec respect, monseigneur, De Votre Excellence Le très-humble et très-obéissant serviteur,

Malouet,

Préfet du Bas-Rhin.

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