‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 67 sur 126 · Le comte de Montlosier à M. de Serre · texte numérisé non relu

Le comte de Montlosier à M. de Serre

8 décembre 18^.

En Angleterre, où le Roi ne prend jamais l'initiative, où, par une illusion religieuse convenue généralement, les propositions des ministres sont toujours réputées des propositions de députés, ce serait

paraissait donc plus impraticable, et dans la réunion Vaublanc on n'dtait pas sans craindre qu'il ne se réalisât. « Ce que nous « avons â redouter, écrivait M. de Vitrolles à M. de la Mennais, K c'est qu'on ne harcèle le ministère au lieu de l'attaquer vigou- M reusement, et qu'on ne lui donne beaucoup de coups d'épingle au « lieu d'un bon coup de poignard. » (Histoire da gouvernement parlementaire, par M. de Hauranne, t. VI, p. IL)

im CORRESPONDANCE.

certainement une grande inconvenance de présenter autrement que sous le voile, même sous un voile épais, la pensée du Roi. Chez nous, au contraire, où l'initiative est établie, où le discours du Roi est plutôt un message qu'un simple discours d'ouverture, Votre Excellence aura à considérer si le luxe insignifiant de réserve que quelques personnes désirent trouver dans le discours royal n'est pas plutôt dans les livrées de la timidité que dans celles de la sagesse. Dans d'autres temps, J'ai vu des ministres précautionneux, croyant avoir beaucoup de prudence pour les choses parce qu'ils en avaient beaucoup pour eux, désirer un discours royal sans intention et sans couleur, à l'effet de prendre ensuite telle intention et telle couleur en faisant voile selon lèvent. Au nom de Dieu, monseigneur, gardons-nous d'une telle politique : elle nous perdrait. Il n'y a pas deux lignes, il n'y a pas deux vérités, il n'y a pas deux statuts. Ne voyez-vous pas, avec cette nouvelle Assemblée, telle qu'elle est faite, qu'il faut tout de suite vous mettre en avant pom* l'empêcher de s'y mettre elle-même? Il faut vous hâter de lui donner l'impulsion pour vous préserver de la recevoir. Puisque vous êtes dans sa direction, que craignez- vous de le faire apercevoir? Dès le premier moment où l'on connaîtra votre marche, ne voyez-vous pas que deux majorités, l'une d'inclination et d'affinité, l'autre de respect qui s'attache toujours à la force, marcheront avec vous et ne vous abandonneront plus? Je vous en conjure, monseigneur, jetez votre trait, passez le Rubicon*

ANNÉE 189a 15t

Si VOUS persistez à vouloir pâlir le discours du Roi et à lui ôter une certaine précision, il y aurait un moyen de suppléer à ce qui sur ce point me paraît nécessaire : ce serait par un rapport au Roi sur rétat de la France. Voyez ce que vous en pensez..

Actuellement, voulez-vous me renvoyer mon projet? j'aurais quelques corrections à faire.

Dévouement et profond respect.

Le comte de Montlosier.

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