‹ Correspondance du comte de SerreChapitre 1 sur 78 · RUE DU BAC · texte numérisé non relu

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DU

1173.— M. de la Boulaye à M. de Serre.

Ay, prés Épernay, 5 janvier ISStS.

Diverses affaires m'ont forcé de passer quelquesuns des derniers jours de Tannée qui vient de finir à Mareuil-cn-Brie, terre appartenant à mon cousin de Bruxelles. Mon absence n'a pas été longue. A mon retour, j'ai trouvé des nouvelles publiques et particulières auxquelles vous êtes fortement intéressé et qui m'ont ému. Commençons par les affaires de famille. Une lettre de Bétange, écrite

par M. de Chamisso, d'après les intentions d'Em- V. 1

a CORRESPONDANCE.

manuel et de sa femme, m'a appris la mort de ^jmc YQ|^j.ç belle-mère, qui a cessé de vivre le 25 dc*cembre\ après douze jours d'une maladie dont on ne m'explique pas la nature. C'est une douloureuse perte qui rappelle les autres. J'ai fait part de ce triste événement à votre bonne mère. Vous en avez été sans aucun doute directement instruit. J'ai voulu laisser du temps aux coumors, et la nécessité de traiter un si pénible sujet m'a fait différer à prendre la plume, dans la crainte d'être un messager de malheur. J'espère que notre pauvre amie se sera trouvée assez forte pour soutenir ce nouveau coup sans péril. Sa tendresse, son dévouement pour sa mère étaient sans bornes; je le sais, je l'ai vu. Dites-lui que je partage sa douleur. Dites à Eugène et à M. de Saînt-Maurîs que mes regrets se mêlent à leurs larmes. La mort fauche pendant que vous semez. Si de votre coté des monts vous compensez vos pertes, de ce côté-ci vous en faites d'irréparables. Depuis quelque temps vous devez ' ^tre réunis si, comme on me le mande, vous avez quitté AVnîse le 10 décembre pour vous rendi-e à Naples le plus tôt possible. Pouitjuoî faut-il que cette douce réunion soit ainsi troublée? Mais, tous ensc»mble, vous vous aiderez à lutter contre l'orage. Ce même jour, 25 décembre, M. de Montmorency quittait le Conseil, et M. de Villèle écrivait à Madrid cette lettre que vous avez lue et qui donne lieu à tant de commentaires. A mon avis, et quoi qu'on

• Au château lie DcUange. — Voyez tome !•', p. 111.

XNNÉE 18Sa. 3

«D dise à Paris on À Londres, la lettre du président du Conseil est le ma^nifeste d un changement de po* litique extérieure , changement que j 'approuve ^ . Le journal semi-officiel the Courier^ qui s'étonne de tt qu'un pareil document a été publié en France avant d'être connu à, Madrid, pourrait s'étonner, avec non moins de raison , de ce que la plupart des journaux anglais et lui-même nous poussent à la guerre, tout en se targuant de l'influence du duc de Wellington sur nos déterminations pacifiques. Notre rôle serait aussi trop pitoyable si, pendant que, saisis d'une idée fixe, nous nous échinerions en Espagne à nos grands risques et périls, on se faisait à nos dépens des amis de nos ennemis dans la Péninsule, en même temps qu'on ferait ruiner notre commerce dans l'Atlantique et qu'on se partagerait dans la Méditerranée les dépouilles du Croissant. La Sainte-Alliance est sœur de la paix universelle de l'abbé de Saint-Pierre*, et les événements prouveront que les doctrines de l'une comme de l'autre sont également impraticables. Le droit d'intervenir dans les affaires d'autrui est incontestable lorsqu'il y a justice, convenance, pressant intérêt à agir, pt^ril évident à rester tranquille et probabilité de succès. Mais que diraient les Anglais de ce droit d'intervention si les Belges et les Hollandais, en

< On peut lire cette lettre dans la Notice sur M. de Villéle, par 11. de Neiu-ille, p. %S.

* Charles-lrënëe Castel, abbë de Saint-Pierre, né au château de Saint-Picrrc-Église (Manche) en 1658, mort à Paris en 17/«3. Le p!u5 célèbre de ses ouvrages est le Projet de paix perpétuelle.

querelle entre eux ou avec leur gouvernement, le réclamaient pour se soustraire à tout ce qu'a de ruineux la suzeraineté de l'Angleterre? Qu'en diraient les Autrichiens pu les Prussiens, si des circonstances d'une autre nature forçaient les riverains du Rhin et du Necker à réclamer notre assistance ? C'est entre l'absolu et le constitutionnel que la guerre est ouverte ; chacun doit savoir où chercher son salut et agir en conséquence. J'espère que du haut des Pyrénées nous serons assez forts pour épargner des crimes aux Espagnols. La prudence et le tomps feront le reste.

Il fallait que la Sainte- Alliance s'occupât de cette nation lorsqu'on la jetait par le despotisme dans l'anarchie. Le silence d'alors rend le langage d'aujourd'hui justement suspect. Quant à nous, je persiste à croire que nous pouvons, sans le secours des autres, venir à bout de nos libéraux; seulement, évitons les excès. M. de Chateaubriand était api>elé à figurer tôt ou tard dans le ministère : son heure a sonnée Elles s'écoulent vite chez nous, et cette

* tt Les partisans de la paix se flattaient de l'espérance que le successeur de M. de Montmorency, le noureau ministre des Affaires ëtrangéres, serait pris parmi les hommes connus par leur opposition A la politique de la guerre. A ce titre, on nommait M. Laint^ et aussi M. de Serre. Mais de tels choix n'eussent été rien moins qu^lne rupture dc^clarëo avec la majorité de la droite» et M. de Villèle ëtait bien dëcidd à no pas aller jusque-là. U crut que la nomination de M. de Chateaubriand lui ferait éviter les de-ix c'cueils qu'il redoutait presque (également, celui de cette rupture et celui de la guerre. » {lIUloit*e de la Reêtauration^ par M. de Viol-Castel, t. Xll» p. 90.)

rapidité est vraiment déplorable. Au dedans comme au dehors, on ne sait à qui parler. Je regrette M. de Montmorency comme homme d'honneur et de bien. Quelle sera l'influence de tout ceci sur. vos destinées? Ce que je puis, je le fais; mais, en vérité, je crois que rien ne presse.

J'attends des nouvelles de la réunion. Je suis heureux de la bonne santé de vos enfants et je vous embrasse tous, mes chers amis, du meilleur de mon

cœur.

1174. — M. de Serre à sa mère.

Naples, 7 janvier 1823.

Je vous ai écrit de Rome, chère maman , sur le point d'en partir; je suis arrivé ici le 2 au soir, j'ai heureusement trouvé tous mes enfants bien portants et Annette en bon train de se rétablir. Le nouveau-né est un bel enfant, très-bon et bien constitué. Je crois que celui-là encore me ressemblera plus qu'à sa mère ; ses cheveux sont bruns et je doute que ses yeux restent bleus. Il a une fort bonne nourrice, fort soigneuse, douce et gaie, toujours chantant ou dansant. Annette a été extrêmement touchée du plaisir que vous a fait la naissance de ce second

garçon et de la bonne lettre que vous lui ave:^ écrite.

Je suis venu ici avec M. de Rayneval, notre ministre à Berlin, qui, après avoir vu notre ville et les environs, partira pour Paris et vous portera, j'espère, de nos nouvelles. C'est un excellent homme, fort sage et fort instruit.

J'ai reçu ces jours derniers votre lettre du 10 décembre, apportée par ce monsieur avec lequel^

Il n'a pu encore quitter Rome, malgré nos eflforts pour lui ouvrir les passages jusqu'ici. J'ai reçu aussi une grande lettre de Desprez, auquel je tacherai de répondre par ce courrier. Je suis pénétré de toutes les marques d'amitié qu'il me donne en vous.

Au revoir, chère maman ; être rapproché de vous est la seule chose qui manque à mon bonheur, car j'en ai éprouvé un bien senti do me retrouver au milieu de ma petite famille et de recevoir tous les témoignages de leur tendresse. Je vous les reporte, chère maman et tendre amie, pour qu'au moins vous en jouissiez de loin. Continuez à avoir bien soin de vous pour l'amour de nous. Nous vous embrassons tendrement et moi plus qu^aucun.

Votre tendre fils.

* L'original de oetto lettre a souffert de riinmidît^.

ANiiée ista

117& — IL nteMkr à M. 4» SoM.

Monsieur le comte,

J'espère que votre voyage aura été heureux et que, lorsque la neige tombe ici le jour de Tau, vous aurez éprouvé qu'on n'a pas tort de fixer à Terracine la ligne de démarcation entre Tltalie du milieu et les pays véritablement du Midi. Mes pensées et mes vœux vous ont accompagné. Je n'oublierai jamais les heures que vous m'avez accordées ; voilà tout ce que je vous dirai. Vous connaissez assez mes sentiments. Souffrez pourtant que je vous dise que, si je me vois vieillir et éteindre, j'éprouve encore une consolation par la certitude que la vue et les paroles d'un homme comme vous me relèvent.

Vous avez eu les trois tableaux pour 300 piastres

Palmeroli s'occupe d'envoyer les tableaux. Son travail sera bientôt fini, et j'espère que dans peu de semaines vous serez en possession de vos tableaux. J'espère trouver une occasion pour envoyer vos livres et les gravures. Si elle se présente assez sûre, j'en profiterai pour vous écrire comme vous m'avez lait l'honneur de me le demander. Vous m'avez fait

r honneur y ce n'est pas une phrase. Vous m'avez V. 1*

rendu le courage d'écrire ; j'en étais bien dégoûté. Mihicane et musis*.

Le â, la réponse du Pape aux Cortès d'Espagne est partie; elle persiste à refuser Tadmission de M. Villanueva Le renvoi du nonce est donc Tinévitablo conséquence. Peut-être les griefs contre M. Villanueva n'étaient pas assez forts pour qu'on se mit dans ce terrible embarras dont l'Église peut souffrir d'une manière déplorable; on s'est laissé entraîner, et, ayant été si loin, on se serait avili en cédant.

Tout semble confirmer que l'Angleterre va mettre un impôt sur la propriété dans la prochaine session. En compensation, on abolira plusieurs droits très-onéreux, surtout pour l'économie rurale. Cette mesure est une des plus importantes en elle-même et dans le sens qu^elle cache : elle atteint la propriété dans les fonds, tant nationaux cfu'étrangers. Elle est de plus une préparation, car on pourra toujours doubler des pour cent, tandis que les assesseit taxes n'étaient plus susceptibles d'accroissement. On se prépare.

Adieu, monsieur le comte. Veuillez bien être persuadé que je ne le cède et ne le céderai à aucun de vos amis pour la sincérité et la vivacité de ma vénération, de mon attachement et de mon dévouement.

NlKBUHR.

* M. T. Ciceronîf Bruiu», L.

ANNEE 18d?.

1176. — M. de la Boulaye à M. de Serre.

Ay, 11 janvier 18i3.

Je reçois, cher arnî, votre lettre de Venise du VJ dt-eeinbre

Notre brave baron Portai m'a chargé de vous faire son compliment sur le joyeux avènement de votre Ferdinand. Il veut de plus, cet ancien collègue, que je vous annonce le mariage de sa fille Lucilc avec M. d'AudifiFi-et^ maître des requêtes et directeur de la comptabilité du Trésor. Je reverraî timte cette bonne famille Portai avec grand plaisir.

Un esprit de la trempe du vôtre, cher ami, a bcx»îii de mouvement, soit qu'il agisse ou médite. La niéditation, qui peut produire de si beaux fruits appliquée» à la science exacte, est insuffisante aux affaires. Tant d'intérêts, tant de passions, tant do caractères différents compliquent le jeu de la marliine politique ! Vous avez raison de croire qu'il faut connaître le dehors pour être vraiment homme «l'État . Je l'ai toujours pensé, et vous savez que, dans •Tautivs temps, j'ai fait sous ce rapport, relativement à vous, le peu que je pouvais faire. Les cirronstances vous ont merveilleusement ser\ i : à peine;

» Le marquis Gaston d'Audiffret, aujourd'hui président lionorairc de la Cour des comptas, membre de l'Institut, etc.

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hors de France, vous vous êtes trouvé en face des i* * premiers hommes et des plus grandes affaires. Le^ rôle d'obser\'ateur vous a été plus utile que celui d'acteur; il vous a épargné la préocdipadoo et vous a laissé le temps de vous livi*er aux études du fond, • A Texamen des formes patentes et à Tinvestigatioa <les desseins secrets.

Peut-être jetterez-vous quelque jour de la lumière sur les obscurités actuelles. En attendant, les espél'ances de paix diminuent chaque jour ; les Anglais font hautement leurs affaires, et les nôtres se conipliquent des derniers efforts tentés pour les simplifier.

C'est quelque chose que de quitter les personnes en ti*ès-bons termes.

M. de la Fenxinnays est à Paris, et j'espère bien Tv trouver encore.

Adieu, cher ami. Consolez notre belle Excellence <*t embrassez pour moi vos chers enfants.

Je vous aime de tout mon cœur.

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