‹ Correspondance du comte de SerreChapitre 19 sur 78 · N« III · texte numérisé non relu

N« III

Discours prononcé par M. de Serre, en qualité de premier président de la Cour impériale de Hambourg^.

Monsieur le président d'Avemann,

L'honneur que vous recevez d'être, sur la pnsentation ôfi l'Empereur, proclamé par le Si'nat membre d'une Cour* que, sans exagération, nous pouvons bien appeler le premier tribunal du momie, cet honneur est grand par lui-même, sans doute. Il rejaillit sur nous, il rejaillit sur ces départements.

Mais ce que ce choix a de plus glori«'ux, doplii^ touchant pour vous, monsieur le président, ('V>t ({ue la voix publicjue, d'accord avec celle du S«nat et du prince, vous portait avant tous à cc'ttr pla^v aussi difficile ([u'honorable; c'est que vos compatriotes, vos collègues n ont vu dans ce choix (pi un grand acte de justice.

Toute votre vie passée semblait, on elTet, vou? préparer aux fonctions éminentes dont vous allez être revêtu. La science du droit fut votre constante

^ Voyez t. I«^ p. 2i>/i.

* La Cour de cassaiion.

le, les vertus du magistrat votre solide ambi- . La distinction avec laquelle vous parûtes ? les Conseils de votre pays vous fit choisii% ai tant d'habiles jurisconsultes et magistrats comptait, pour occuper une place dans le precorps judiciaire de l'Empire germanique. C'est i que votre mérite et la Providence semblaient uice vous marqner la place qui vous attend ; la première Cour de l'Empire français, ais il vous était réservé d'en paraître plus le encore, en parcourant de nouveau et avec rapidité peu commune les degrés de la hiérai*judiciaire.

a W'cstphalie se hâta de vous mettre à la tête i de ses tribunaux. La commission du gouverent des départements vous désigna pour la prénce du tribunal de Hambourg; si une mesure *rale destinée à unir plus fortement ces pays à apire en appelant sur les mûmes sièges les ans et les nouveaux Français, si cette mesure ne $ accorda alors que le second rang, vous occu- « de fait le premier, car ce siège important 5 doit son organisation, cette première impuli d'activité et de sagesse que, sans doute, il conera longtemps avec votre souvenir.

infin, nos vœux vous appelèrent à jios c<)tés s la (>'our supérieure, et, de ce moment, nos étions nous parurent de moitié moins ]>énibles; forces nous semblèrent doublées.

'ous le savez tous, messieurs, la connaissance proie du droit romain et du droit allemand, l'étude

ccymparée et réfléchie des lois firançainB, on etfA juste etanalytique, une franchise d^opinii branlable dans la vérité que prompte à son erreur, la fermeté et la noblesse du ce sont les qualités que, dans les affiures les phi épineuses, comme dans toutes les ciroonatanosidi notre vie commune, nous avons admirées dans r«Bfr mable collègue que nous allons quitter; ce sont kl titres qu'il conservera à jamais à notre pins bsÉb estime, à notre plus tendre attachenaent.

Aussi ne pourrions-nous nous défendre des phi justes regrets, si notre cœur n'était tout A la Fkaoe, à la gloire d'une magistrature, sa force et ment; si nous pouvions éprouver d'autre que celui d'une joie profonde, lorsque cette Cov; spécialement chargée de conserver intact et par k dépôt sacré de nos lois, s'enrichit de nos pertes.

Désormais, monsieur le président, vous n*qyi^ tenez plus à la Cour impériale de Hambourg, phu aux pays qui vous ont vu naître, dans lesquels tous avez vécu, que pour vous souvenir qu'ils ont les yeux fixés sur vous. Vous appartenez maintenant i la France tout entière. Embrasser dans toute leur étendue et leur multiplicité les lois de ce vaste Empire; pénétrer mieux l'esprit et le sens de tantilr statuts anciens et locaux que les juges mêmes quiL"? appliquent tous les jours; maintenir par île justes éiiardsladignîtédo la magistrature souveraine, mai? respecter au-dessus de tout la loi ; suivre nos institutions dejuiis leur antique origine jusqu'à no? jours; saisir jusque dans leur source les principes

rivifiants de la monarchie ; reconnaître les racines respectables de nos mœurs, enfin se placer par le mérite à côté de vos nouveaux collègues, au-dessus de vos anciens : telle est, monsieur le président, la tftche immense qui s'ouvre devant vous. Votre modestie s'en affermira d'abord, le vrai magistrat est trop religieux pour n'être pas modeste ; mais cette modestie sera courageuse; mais vous aurez sous les "yeiix les plus grands modèles : vous vivez dans un siècle fécond en généreux efforts : mais vous avez dans le passé donné des gages assurés de l'avenir. Exemple aujourd'hui des grandes récompenses que notre auguste monarque destine au mérite de ses nouveaux sujets, nous vous citerons constamment à tous nos magistrats, aux jeunes élèves de la Cour et du barreau pour exciter leur zèle. Allez donc à cette destinée que vous remplirez avec gloire ; montrez-vous digne de juger les justices. Ce n'est pas là seulement le vœu de nos cœurs, monsieur le président, c'est le langage de notre intime conviction ; ce sont les présages certains que vos collègues veulent vous donner pour adieux.

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