‹ Correspondance du comte de SerreChapitre 21 sur 78 · NO V · texte numérisé non relu

NO V

Discours improvisé par M. de Serre le 11 mon 1815, à r audience solennelle des chan\bm assemblées pour la réception du premier président de la Cour royale de Colmar* .

Messieurs,

Notre premier devoir, en prenant place à la tète de cette compagnie, est de joindre un juste tribut d'hommages à ceux que vous rendez au digne magistrat^ qui occupa longtemps la même place avec honneur. Soixante années de vertus et de travaux, comme avocat, administrateur, premier chef J^* cette Cour, lui ont, durant sa vie, concilié l'estiiiH' et l'amour de ses collègues, de ses concitoyens, et lui méritent aujourd'hui leurs regrets et la vénération qu'ils conservent à sa mémoire. Cette noble récompense, qui sui'vit à celui qui l'obtient, est bien propre à nous encourager à marcher sur les mêmes traces; et si, suivant nos vœux, il nous est donné de vivre et de mourir parmi vous, notre unique am-

« Voyez t. II, p. 10.

' Le baron Schirmer.

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idon est d'y laisser de pareils regrets, de pareils )urenirs.

Parvenu jeune encore et rapidement aux preières dignités de la magistrature, appelé à créer, diriger une Cour et des tribunaux français sous I ciâ étranger, nous eûmes constamment devant s yeux ces grands magistrats qui ont honoré la ance et qui s'étaient eux-mêmes formés sur le odèle de ce qu'oflfre de plus illustre la vénérable kUquité ; nous nous représentions sans cesse leurs Hits simples et studieux, leurs mœurs graves et gulières, leur intégrité, leur religion, leur dîlité, cette inviolable fidélité pour le prince et la itrie. Nous aimons à le publier ici : nous n'avons Qcontré dans les magistrats du nord de rAUeagne qui nous furent adjoints pour collègues que » hommes dévoués à leurs devoirs; avec eux, Nis n'avons vraiment formé qu'un corps lié et Miduit par l'amour de la justice. Ainsi puissamlent secondé, nous pensons avoir, dans une courte iirée, laissé encore d'honorables traces. Ce n'était point la France cependant, et c'était nrs elle (jue notre cœur nous reportait sans cesse ; 'était à elle directement que nous eussions vouhi onner nos labeurs et nos veilles; c'était parmi les Qocesseurs immédiats des anciennes Cours souvelines, parmi ceux qui en firent eux-mêmes partie Ni qui sont les héritiers de leurs traditions, que iKNis désirions être un jour placé. Ces désirs sont [deinemeut exaucés ; ils le sont avec les circonstances ks plus favorables. Le Roi nous confie la prési- VI. 11

dence d'une Cour depuis longtemps reoommée pour la science de ses membres et la sagesse de ses dérisions ; il nous charge de rendre la justice à Tune de ses plus belles provinces, cette belle Alsace, à qm la nature, qui Ta si richement douée, a surtout donné des habitants industrieux, braves, loyaux et fidèles. Et nous y arrivons au moment où les bienfaits de la paix et de la liberté rétablies dans notre France s V font surtout ressentir, où le ccmimeree et les arts se raniment, où chacun se sent heureux de respirer enfin sous le règne protecteur des lois.

Après de grands malheurs, les peuples ont sottout besoin de justice; la libre et entière administration vous en est rendue, messieurs, et vous les en rassasierez; après de longs égarements, les peuples ont besoin de vérité, de bonnes et de saines doctrines et principalement de bons exemples ; c'est de vous, messieurs, qu'ils les recevront. Qu'il est heureux, qu'il est glorieux pour nous d'être associé, préposé à tous vos travaux et qu'en ce miHwnt nous aimerions à vous développer et les vues et les ivsolutions qui nous sont certainement communes!

Mais un sentiment plus pressant nous împo><*. <;omme chef de cette compagnie, d'articuler a^'aiit tout la pensée qui occupe maintenant tous les eî^ prits et se peint sur tous les visages. D'un boutd^ la France à l'autre, im cri d'indignation a retenti. Il est revenu, cet homme de malheur; il a reparu sur nos rivages. Que veut-il? qu'espère-t- il? qu'apporte-t-il? \'ous le savez, messieurs, lorsque st gloire nous semblait pure, lorsque nous vîmes ou lui

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k terme de nos discordes civiles, le sauveur de la ffttrie, avec quel abandon, quelle confiance sans iiomes nous nous sommes jetés entre ses bras ! Nous l'avons cru lorsqu'il a promis de rendre la patrie chère à ses enfants, redoutable à ses ennemis. Com- JBmt a-t-il tenu ses promesses ? quel prix nous atril rendu de tant d'efforts, de tant de sacrifices, de tant de sang et de trésors prodigués pour lui avec uœ constance sans exemple? Il a porté dans toute l'Europe la terreur, le ravage et l'oppression ; il a homilié ou trahi nos alliés les plus naturels ; il a aoolevé contre la France tous les peuples désespérés. C'est vainement que des millions de Français oot péri par le fer, par la maladie, par la rigueur des climats ; nous avons vu cet homme fugitif ra- ■eaer à sa suite dans la France épuisée la peste, l'invaaion et les barbares. Au dedans comme au dekoriil a tout envahi, tout usurpé; il s'est joué de font; il a relevé les autels pour les profaner, créé <les Constitutions pour les renverser, édicté des lois IKNir les enfreindre. Enfin il est tombé par l'excès mâne de ses attentats. Il s'est reconnu un obstacle au bonheur de la France et au repos du monde ; il nous a rendu nos serments. Et c'est lorsque notre Boi légitime travaille jour et nuit, avec un succès ▼iaiUe, à cicatriser les plaies de la patrie, c'est alon que cet homme vient troubler la paix, nous ftnr la liberté, que le Roi nous a rendues. Déchu da rôle de César, il veut ess^iyer de celui de Catilina. Mais il ne trouvera point en France les res* ^rces qu'offrait à ce dernier la corruption ro«

leh APPENDICE.

maihc. A qui s'adresserait-il parmi nous? aux armées? Elles se rappellent les généraux qui ks conduisaient avant lui à la victoire et qu'il a immolés ou bannis ; elles sa rappellent ces vastes tinbeaux de leurs frères d'armes, Saint-Domin^, les Espagnes et TËgypte, la Russie, où il les a lâchement abandonnées. N'est-ce pas lui qui a perdu m conquêtes qu'elles avaient faites sans lui, qui a ]bii ce territoire qu'elles avaient longtemps si vailla» ment défendu? S'adresserait-il aux ministres des autels, aux magistrats? Il a foulé aux pieds la retîgion comme les lois humaines. Il a tenu leurs ministres dans l'abaissement et l'humiliation. II a multiplié et rempli arbitrairement les prisons d'État, créé ces commissions, ces juges extraordinaires, cette haute police, ces chefs-d'œuvre de tyrannie. Appellera- t-il à lui les commerçants, les cultivateurs? Ses mesures ont anéanti le commercf. perdu nos colonies, notre marine; il a tenté sur leurs ruines d'établir pour lui seul un monopofe universel. Les cultivateurs lui redemandent leurs enfants ({u'il leur a ravis ; ils lui ri'prochent ce? impôts arl)itraires, exagérés et vexatoircs. c»> nquisitions, ces désolations de tout genre. Ilntin U nation en niasse a été par lui opprimée, iii>ul:" dans ses représentants, et l'appeler aujourd'hui . se courber sous son joug honteux est, de sii j»arî un nouvel et plus grand outrage. Le crimo o; I* folie, des Français parjures et pamcidrs iV'urraient seuls traliir Thonneur, le Roi, la patrie, qui! faut désormais sauver ou voir périr ensemble.

C'est aux magistrats de cette Cour souveraine et foyale à proclamer les premiers ces sentiments de tous les bons Français, et c'est en m'unissant de 4XBur avec vous, messieurs, c'est en votre nom que je m*en suis rendu l'interprète.

Avocats,

Votre ordre aussi a pour base le règne des lois et une sage et vertueuse indépi^ndance : défenseurs naturels des lois, vous êtes les ennemis-nés de la tyrannie. En traitant les affaires privées, vous formez ces vertus, ces talents qui serviront un jour l'État dans les affaires publiques. Vous vous élèverez avec les magistrats dans cette grande circonstance; vous userez de toute votre influence pour faire entendre aux peuples la voix de Tlionneur, du devoir, de leur véritable intérêt. Notre confiance en votre ordre est entière; nous en avons dix ans partagé les travaux ; nous en connaissons les principes ; et nous pouvons dire en quelque sorte que nous appartenons toujours à cet ordre par nos sentiments et nos souvenirs.

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