‹ Correspondance du comte de SerreChapitre 6 sur 78 · II. i)B S · texte numérisé non relu

II. i)B S

* Voyez t. H, p. ÎÎOT»

« M<n«» lie Vignones.

1225. —S.A. R. le duc de Galabre à M. de Serre.

Naples, ce 23 avril 1823.

Mon cher comte,

C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai reçu la copie d'une dépêche télégraphique, extraite du journal VEcho du Midi, que vous avez eu la complaisance de m'envoyerpour me tenir au courant des nouvelles sur les opérations de l'armée française en Espagne. Je vous suis reconnaissant de votre bonne attention. Je vous prie de vouloir bien me continuer la communication des autres nouvelles sur le même objet qui de main en main vous parviendront et qui sont pour moi du plus grand intérêt.

Il m'est très-agréable de pouvoir profiter de cette occasion pour vous renouveler les assurances de ma sincère estime et de ma constante amitié, sentiments avec lesquels je suis votre très-affectionné ami,

François.

Paris, ftU avril iiâ3.

C'est à ce n*" lA du 8 avril, triste anniversaire, que je réponds, cher ami.

Le pauvre Sauve ^ relève d'une longue maladie f|ui Ta écarté de la Chambre pendant toute la session. Je l'ai visité ; nous avons souvent parlé de vous.

Mon départ est fixé à samedi. D'ici là je verrai M. de Fontenay,

Ma belle-fille, M""* Jules de la Boutraie, a été par moi conduite chez votre bonne mère, dont la santé est raffennie par des promenades presque quotidiennes. Ces deux dames sont fort voisines ; elles se eon* certeront pour le voyaxre d'Ay qu'elles feront ensemble. Insistez sur ce voyage. La tendresse maternelle va jusqu'à craindre de s'éloigner à trente lieues de plus; on calcule cpie les lettres seront rotaixléesde vingt-quî\tre heures, enfui on a peur d'éti-e malade. J'aurai bien soin de M "'' de Serre : elle sera chez n oi comme chez elle; j'espère fort (|u'elle se jxirtera bien, très-bien. Ma belle-fille est une bomie et gentille personne qui lui tiendra compagnie iHMidant son séjour à Ay et (piî la soignera aller et retour.

J'ai eu une seconde audience du président

Je compte sur quelques mouvements dans les am-

• Voyez t. m, p. ucr?.

.ANNÉE 1893. ISS

bassades après la session et je les redoute pour mon cousin, dont on parle dans les meilleurs termes, mais qu'on pourrait bien m'arracher sous prétexte d'avancement ou d'une position plus importante. Quanta vous, cher ami, si vous devez suivre cette cari'îère excentrique, il n'ya pas à songer à Londres. Resteraient donc, en cas d'événement, Vienne et Pétersboug; que d'inconvénients ! quelle distance ' .l'aime mieux Naples.

Fontenay m'arrîve On songe pour lui à Péterslx>urg. S'il retourne en Italie, nous nous concerterons et peut-être voyagerons-nous ensemble. Nous verrons. Le temps est gros d'événements. Ils prennent bonne couleur en Espagne.

Je savais vos amitiés à Rome, et je suis bien convaincu que le choix est digne de l'électeur. Je suis prêt à aimer M. Niebuhr pour vous et pour lui.

J 'embrasse toute la chère famille Tout à vous,

mes bien chers amis.

1327* — M» de Serre À sa mère.

Naples, S5 avril 1823.

J'ai répondu îl y a trois jours, chère maman, à vos lettres du 23 mars et du l*' du courant; mais je

saisis roccasion d'un courrier extraordinaire pour vous donner plus tôt de plus récentes nouvelles. Nous allons tous assez bien et passons doucemeofc nos jours dans l'attente des événements et dans la tristesse d'être si loin de ce que nous aimons. Nous avons ici en ce moment beaucoup de voyageurs al«* lemands, russes et surtout anglais qui jettent ôxl mouvement dans la ville et la société : pour moi, ce sont autant de figures qui passent sans laisser da traces. J'ai l'avantage, depuis le commencement de ce mois, de posséder ici M. Niebulir, ministre de Prusse à Rome, dont je vous ai déjà parlé, et la seule pei*sonne avec laquelle je sois entré dans des rapports d'amitié. Il quitte Naples les premiers jours du mois prochain ; je pense aussi vous avoir dit qu'il irait en automne à Paris. Il vous verra sûrement, et vous aurez du plaisir à causer avec lui, parce qu'il m'est tendrement attaché.

Au revoir, chère maman; toute la petite famille vous fait des tendresses, et moi, je vous embrasse -du meilleur de moa cœur.

Votre bon fils.

1228. — M. de Serre à M. de Fontenay.

Naples, 95 arril 1823.

Il y a dix jours, mon cher monsieur, que je vous ai écrit relativement à la difficulté élevée entre les

douanes qui voulaient, après la visite, mettre des gardes à borçl de nos vaisseaux, et ceux-ci, qui les refusaient. Vous avez sans doute, suivant ma prière, pris communication, aux Affaires étrangères, des notes que j'ai passées à ce sujet. J'ai lieu d'en attendre un bon effet, car M. de Medici m*a répondu qu'il allait demander de nouveaux renseî* g;nements, et que provisoirement il avait donné Tordre de laisser décharger les Trois-Amis. Le prince de la Scaletta ^ m'a écrit la même chose ; depuis, le César est arrivé de Marseille, la douane a élevé la même prétention, il a opposé le même refus. La douane a fini par céder, et le débarquement s'est opéré sans admettre de gardes. J'espère donc que la chose se décidera ainsi par le fait, si toutefois M. de Medici ne nous fait pas une réponse catégorique par écrit.

M. de Belleval dit que vous lui annoncez votre retour dans trois mois. Je m'en réjouirai. Toutefois réglez avant vos affaires, et évitez les chaleurs. Je souhaite que vous soyez compris dans les augmentations que se propose le ministre. S'il ne voyait <iue les convenances réelles, il augmenterait aussi J ambassade de Naples. Je sois bien que je vcirîfîe cç qu'il a dit : je m'y ruine. Toutefois il ne me convient pas de faire aucune demande dont l'accudl serait douteux. C'est sur quoi je présume que vous m'éclairerez bientôt.

Au revoir, mon cher monsieur ; nous nous por-

* Le prince .de U Scaletta, lieutenant gênerai, ministre de la Guerre et de la Marine*

tons bien et aous disons mille choses. Je vous cmbipasse de cœur.

H. DE Serre.

Vous verrez sûrement à Paris M. Froment d^ Champ-Ia-Garde, consul général nommé ici. Il m'a écrit et m'annonce que son départ ne sera pu

prompt^ M. Ducluseau^ est ici. Il annonce du

sens ; je ne sais toutefois s'il remplacera pleinement M. Marson. Il désirait faire ici l'intérim du consulat général, mais il est bien poui*vu par M. Dubois, pour qui c'est d'ailleurs une juste indemnité, et il est urgent d'occuper Païenne. Je le pi*esse donc d'y aller.

1229. — M. Niebuhr à W^ HtnalwK

Napics, le 29 arril 18^.

J'ai beaucoup vu de Sen*e, et nos relations ont été si étroites, si constantes que noti'e amitié a

* M. de Champ-l.i-Gard» ëUit prëoëdemment consul g^ii^ril â AtniitercUm.

^M. Diiciuseau vouait dVtrc nomme consul à Païenne. ' Ce fragment de lettre e^t traduit de l'allemand.

pris un caractère d'intimité qui lui assure une lonxiue durée, lors même que nous ne devrions plus ijoug revoir. Je le vénère plus que jamais .dans tout ce qu'il fait; et, maintenant que je le connais, je puis dire que c'est un homme d'une vertu et d'une pureté parfaites aussi bien qu'un grand homme et un génie extrêmement rare. J'en étais déjà persuadé par l'image que, sans le connaître, j'avais pu me faire de lui.

Sa famille doit être, grâce à lui, la plus heureuse du monde : une femme vive et sensée, qui admire son mari, qui est fière de lui et en est fort aimée; des enfants qui sont l'objet de leur amour le plus tendre. Tous ceux qui font partie de l'ambassade font partie de la fsunille, et même les gens qui les ont accompagnés jusqu'ici semblent être moins des domestiques que des clients dévoués. Dans l'intérieur de la famille, on réserve le grand ton pour les représentations officielles, d'ailleurs fort rares; celles-ci terminées, malgré le nombre des gens et Télégance des appartements, on dirait d'une maison bourgeoise; on s'y sent aussi à l'aise que chez les personnes de notre condition.

Le long séjour de de SeiTe en Allemagne, surtout dans sa jeunesse durant l'émigration, la connaissance exacte de notre langue et de notre littérature^ pour lesquelles il a une prédilection, sa vie si agitée, la nécessité où il se trouva après son retour de gagner son pain comme avocat ont prodigieusement développé cet esprit que la nature avait déjà doué de qualités si rares. Comme il a conscience de

198 CORRESPONDANCE. i

sa force, tous les biens de la fortune ne sont pour ^ lui ni une possession de valeur ni un lien.

1230— La général Despres à M. de Sarre.

Gîrone, 3 mai lffit3.

Vous avez quelquefois, mon cher ami, loué mon exactitude ; aujourd'hui probablement vous songez à m'adresser des reproches. Vous seriez moins sévère si vous aviez fait le métier de chef d'étatmajor. 11 n'en existe pas de plus fatigant, de plift fait pour troubler le cerveau. Des causes particulières ont encore rendu pour moi le fardeau plus pesant. Notre matériel n'était pas prêt lorsque la campagne s'est ouverte : de là mille soucis, mille embarras.

Nous avons passé les Pyrénées le 18; après avoir sommé Figuières et laissé devant cette place un corps d'observation, nous avons cherché Milans et Mina, qui s'étaient réunis. Nos manœuvres avaient été combinées de manière à rendre leur retraite fort difficile. Malheureusement un temps affreux nous a forcés de différer l'attaque. Avertis du danger qui les menaçait, ils se sont retirés à la hâte. Cette retraite seule est un bien ; elle rassurera les habitants de nos frontières, parmi lesquels de vives

alarmes s'étaient répandues ; elle jettera le découragement parmi leurs soldats et occasionnera de nombreuses désertions. Les habitants n'étaient pas sans inquiétude tant qu'ils voyaient Tarmée constitutionnelle en présence. Maintenant qu'elle fuit, ils manifestent leur opinion avec plus d'énergie; nous avons été reçus à Girone avec un enthousiasme qu'il serait difficile de peindre : c'était vraiment de l'ivresse. Tels n'étaient point pour nous les Espagnols il y a douze ans. Ce qui se passe depuis deux jours me fait espérer une prompte solution. Puisse la victoire du parti royaliste n'être pas souillée par des vengeances! Jusqu'à présent les soldats de la Foi ne se sont point portés aux excès que l'on redoutait; quant aux nôtres, ils sont d'une sagesse exemplaire. Un accord parfait règne entre les officiers; les nuances d'opinion semblent avoir dispani : tel qui était libéral en France voit ici des amis dans les royalistes, des ennemis dans les constîtntionnels. C'est ainsi que se font les solides conversions. J'avais toujours pensé que la guerre aurait du moins cet avantage ; je m'applaudis de ne pas m'ètre fait illusion.

Je regrette que votre beau-frère* ne soit pas dans notre corps d'armée; j'aurais été heureux de lui être utile

Adieu, mon cher ami; je vous embrasse et vous aime du meilleur de mon cœur. Écrivez-moi sourent; rappelez*moi au souvenir de M"** de Serre,

1 M. Vidor dHuart.

lliO CORRESPONDANCE.

de VOS enfants, de MM. de Saint-Maurîs et d'HuarC. J'ai des nouvelles de ma femme et de ma fille; Tabsence me parait cruellement longue.

1231. — M. de Serra à sa mère«

Naples, 6 mai 1850.

Je reçois, chère maman, votre lettre du ID avril Je me ferai un plaisir d'accueillir votre peintre et Tamuserai en lui montrant quelques tableaux ; c'est un des délassements de mon exil .

Je sais gré à M. de Fontenay des détails qu'il vous a donnés si^r toute la petite famille Vendredi 9, nous irons, petits et grands, à une messe noire pour mon pauvre père ; nos prières se joindront aux vôtres. Tout ce que vous m'écrivez sur ce sujet me touche profondément.

M. Niebuhr, dont je vous ai parlé, est parti avanthier d'ici avec sa famille après y avoir passé un mois ; ils doivent aller à Paris à la fin de l'automne. Je lui ai donné deux mots pour vous; vous serez bien aise de le voir. Avant son départ, nous avons monté sur le Vésuve. Nous sommes arrivés sans accident sur le cratère ; nous en avons parfaitement découvert le fond. M. Niebuhr est un homme dans le(|uel vous pouvez mettre toute votre confiance; il a [K)urmoi un véritable attachement.

ANNÉE 183a m

\u revoir, chère maman. Nous allons tous bien; nous vous faisons tous nos respectueuses tendresses. Continuez à avoir bien soin de vous. Aimons-nous et espérons.

Votre bon fils et meilleur ami.

Mille choses de ma part aux du Teil, aux d'AnfLÎer et à Tunnel, s'il est encore près de vous.

1232. — M. de Serra à M. Niebuhr.

Naples, 6 mai 18S3.

Votre absence, monsieur et respectable ami, me laisse un grand vide que je ne penserai pas même à remplir. Cependant, comme il ne faut pas être de mauvais compte avec la Providence, je la remercie de ce séjour d'un mois ici, que je pouvais à peine esi>érer. Je suis heureux d'avoir eu cette occasion de connaître davantage vous, votre digne compagne, vos aimables enfants, de faire connaître votre famille à la mienne et de serrer ainsi davantage des nœuds indissolubles d'amitié et d'estime. Que les bénédictions du Ciel vous accompagnent et vous protègent tous ! Mon cœur sera souvent occupé de vous ; nous en causerons entre nous. Vos lettres seront une de nos plus chères consolations.

Je vous envoie mes lettres; vous jetterez au feu

va CORRESPONDANCE.

celles que vous n'aurez pas roccasion de remettre '

vous-même. *

Au revoir en quelque lieu que ce soit; mille '

choses tendres de moi et de ma femme à M** Nîe-

buhr; caresses à vos enfants. Gaston, Louise et

Marie embrassent Marco\ Amélie et Lucie.

Tout à vous.

H. DE Serre.

1233. — La marquis de la T<mr-du-Pin à M. de Serre.

Gènes, 7 mai 1813.

Monsieur le comte,

Il me semble que vous ne devez avoir, ni par ce courrier ni par le prochain, la dépêche télé|iraphique ci-jointe* : en consé(iuence, je vous Tenvoie.

' Marcus-Carstcli-Nicolas Niebniir, nii à Rome le P' avril 1817. H fut d'abord attache au iniiiistèrc de rinstruction publique et des Cultes. Il devint en 1850 ronseillf^r de jiouvernemenl, on lfC>l secrétaire du cabinet de FrcMloric-Guillaunie IV et on I8cVi ronseillcr de cabinet et conseiller d'Etat. Il mounit le 1*'' août 1860 à Oberweilcr, prés Badenwciler (grand-duchë de Bade).

* Dépêche télrçfrujthique de Paris en date du Je m«i, arrivée à Toulon le .7, ci onze hennis du matin.

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