II. DE Serre
Que pensez- vous du cardinal Spina* ?0n l'a jugé sage à Vérone.
1 Le cardinal Sj^dsl représentait le Saint-Përe au Congrès de Vërone.
1204. — ImB fsés^éanJ, Desprez à M. de Serre.
Paris, 3 mars 18S3.
fattendaîs avec impatience, mon cher ami, de vos nouvelles et de celles de M""* de Serre. Je n'en ai point eu directement ; maïs M"* votre mère et M. de la Boulaye m^ ont communiqué les lettres qu'ils not reçues. Mes inquiétudes n'étaient que trop fondées. Les chagrins de M"**de Serre paraissent avoir m sur sa santé une fâcheuse influence.
Des oc<rapatîons nombreuses ont absorbé tout mon temps. On vous aura dit que j'avais à me préparer à un départ. ; décidément je vais aux Pyrénées. Quatre corps d'armées se rassemblent sur la frontÛTe: je suis chef d'état-major du A® ; le maréchal Moncey le commande en chef. C'est en Catalogne qne nous devons opérer. Notre tâche sera difficile -i nous ne sommes pas aidés puissamment par les <!isposîtîons favorables des habitants. Tout porte à croire que nous trouverons beaucoup d'amis. On es[>ère même qu'une crise salutaire préviendra l'ouverture des hostilités: c'est de toutes les solutions la plus d/*sirable. Les mouvements qui viennent d'avoir liiu à Madrid prouvent l'existence d'une très-forte •apposition. Notre arrivée peut la faire prévaloir. >^i le parti révolutionnaire triomphe avant qu'on
entre en campagne , nous aurons moins à craindre rintcrvention de TAngleterre. Je ne pense pas que le cabinet de Saint-James embrasse la cause d'un gouvernement élevé sur les ruines du trône. Je pars dans huit jours pour Perpignan. Ma femme fera son déménagement et partira pour la Faloise immédiatement après. Je conserve le commandement de l'École ; mais on nous transfère rue de \'arenne\ Ma femme voudrait profiter de la circonstance pour aller voir les Pyrénées ; mais la raison combat ses désirs et les miens. Je vais me séparer d'elle et de Marie ; ce sera la première fois depuis mon mariage. J'ai besoin d'espérer que cette guerre ne sera pas de longue durée.
Adieu, mon cher ami; je vous embrasse de toat mon cœur et vous prie de croire à un attachement que le temps ni l'absence ne sauraient altérer.
Ma femme se rappelle à votre souvenir et à celui de M"*' de Serre, queje prie d'agréer l'hommage de mon respectueux dévouement.
Villefosse' et le général Latour-Maubourg m'<Nit plusieurs fois chargé devons faire leurs compliments.
* L'Écolo royale d'c^lat-major fut tranAfi^reo do la rua de Bout* bon, n9 % à la rue de Varenne, hôtel Tessd.
' Antoine-Marie Hdron de Villefosse, né à Paris le 91 juin ITTIi» ^tait fils d'un receveur gc^neral des consignations au Parlement dm Paris. Apres avoir [>ass^ par THcole centrale des travaux publics (plus tard Hoole polytechnique) et par l'École des mines, il fut suc* cessireroent ingénieur ordinaire dans la Moselle (1801), in^^teur eo chef (180b), inspecteur gênerai des mines et usines entre bi Vistule et le Rhin (IB07), inspecteur divisionnaire (1810); maître des rec|uêles (1815), membre libre do TAcadëmie des sciences
ANNÉE 18Sd. 81
1206. — M. de la Boulaye à M. de Serre.
Paris, 6 mars 1823.
J'ai, mon cher ami, vos n"** 5, 6 et 7.
Ma santé faiblissait avant que je quittasse la campagne ; le séjour de Paris ne Ta point améliorée. I>epuis huit jours d'assez forts accès de fièvre m'ont forcé à garder la chambre et même le lit. J'oppose au mal une diète sévère : c'est mon remède. Je n'ai pas plus taté du carnaval en France que vous à Xaples, et j'ai vu avec chagrin que, indépendamment des peines que vous éprouvez vous-même et de celles que vous vous êtes consacré à calmer, vous aviez eu aussi à vous plaindre de votre santé. C'est encore pour moi un sujet de tristesse que de ne pas [mouvoir répondre à votre vif désir d'avoir des détails, des explications, mon opinion, ma politique enfin sur tout ce qui se passe. Trop de milieux lions séparent ; Tatmosphère est trop chargée des vapeui's qu'exhalent les passions ; les intentions, les expressions les plus loyales seraient faussées dans la traversée.
'1^16), secrëtaire du cabinet de Louis XVIIl (1820), baron et conseiller d'État (182^), inspecteur gênerai de première classe et viceprësident du Conseil des mines (183^). l\ mourut en Normandie le ^' juin 1852. Son œuvre capitale a pour titre : De la richesse miwirale.
k» CORRESPONDANCE.
J'ai le cœur navré. Avant mes frîssons de fièvre, le premier discours de Manuel * à la Chambre m^en avait causé d'auti'cs. J'ai regretté cependant qu'on ne Tait pas laissé finir ses phrases. Il en est de la Chambre comme du théâtre : la pièce jouée est autre que la pièce lue. Le ton, les gestes, les inflexions de voix de Tacteur produisent des effets qu'on n'éprouve pas hors de la salle. Cela explique l'indignation de la Chambre et l'étonnement d'une partie du public. Vous voyez assez de journaux pour juger la situation. De prime abord, sans le témoigner, oa même en témoignant le contraire , les gens de la gauche n'étaient pas moins choqués que leurs autres collègues. Depuis, selon leur usage, ils n'ont fait que des sottises ; leurs bancs sont déserts jusqu'à nouvel ordre et les lois passent nemine coniradi^ eenie. M. Royer* et d'autres ont fait de beaux discours ; mais les milliers de braillards qui se rassemblent à la suite de tout cela pour crier : Vire Afanuel ! prouvent qu'on se met toujours fort peu en
* De tous les membres de la gauche, M. Manuel ëUît le plus odieux aux royalistes : nul plus que lui no haïssait les Bourbons. C'est le V) février que cet orateur, comme ob discutait un crMil de 100 millions pour la guerre d'Espagne, prononça les parolM qui furent la caufe ou le prétexte de son exclusion des séances jusqu'à la fm de la session. Le jour où les gendarmes l'expulsèrent de la ( hambre, les députes de la gauche le suivirent : ils déclarèrent qu'ils ne reparaîtraient qu'avec lui. — Consulte! le r^it de M. Nettement (Hûtoire de la Reêtauraiiont t. VI» p. Iil3» JJêU) ei celui de M. de Hauranne (IJiêioire du goavemêmeni par^ kmeniaire, t. Vil, p. 999-333).
* Voyes la Vie politique de M. Royer^Colhrd, par M. ds Ba« rante, 1. 11, p. 189-91K).
peine du danger de soulever les masses, et que les essais infructueux ne dégoûtent pas de nouveaux essais. En ce qui vous concerne, quelques bons esprits ont regretté votre règlement ^ quelques autres, la portée de vos succès. Les vrais amis sont rares et silencieux.
M. le duc Decazes est ici depuis quelques jours ; il m'est venu voir. Il est fort triste ; ce n'est pas. sans sujet.
J'ai vu Rayneval, qui parle avec feu du voyage que vous avez fait ensemble, de vos études diplo^ matiques, du goût que vous avez pris au métier et de l'élévation de vos vues. Nous devons avoir ensemble une conversation plus intime.
J'attends M. de Fontenay, que j'entretiendrai avec grand plaisir.
Dcsprez doit partir au commencement de la semaine prochaine.
J'ai transmis vos félicitations à M. Portai. M. du Cherray n'a pas encore paru à la Chambre. Turmel et beaucoup d'autres voudraient être chez eux.
J'ai vu chez Wendel le colonel Marîon, qui se rappelle à votre amitié.
Je suis touché de votre tendre appel, mais je crains bien de ne pas pouvoir m'y rendre. D'une part, ma maison d'Ay a beaucoup souffert d'être
* Lo Ih novembre 1817, M. de Serre avait fait une proposition tendant à. modifier le règlement de la Chambre. Après l'avoir prise en considération, la Chambre décida qu'il n'y avait pas lieu à ddlibérer. — Voyez les DUœarSy t. !•', p. 169-191.
Sh CORRESPONDANCE.
trop longtemps privée de Fœîl du maître ; de Tautre, cette fureur d agiotage qui a saisi l'Europe presque entière et les bouleversements de la Bourse de Londres, ont compromis en Angleterre la fortune d'un homme qui a pris chez moi beaucoup de vins et ({ui me doit beaucoup d'argent dont la rentrée est désormais fort incertaine. Or, comme je suis de ceux qui regardent tout ce qui est incertain comme perdu et qui ne donnent pas tranquillement lorsque les recettes ne balancent pas les dépenses, je dois mettre à ces dernières la plus grande réserve. Le séjour des champs a cet avantage qu'on peut y vivre comme les ours, en se léchant les pattes. Ce n'est pas d'ailleurs une grande privation pour moi : plus je vais, plus le monde me fatigue et me déplaît; en vous perdant, je crois avoir perdu le dernier chaînon qui m'y attachait.
Mille bonnes tendresses et tout à vous, mes bien chers amis.
Je vous embrasse tous.
ia06. — M. Niebuhr à M. de Serre.
Rome, le 7 mars 18!t3.
Monsieur le comte,
Je vous suis bien reconnaissant des lignes que vous m'avez écrites par M. deFoutenay. 11 me lésa
ANNÉB 1833. 8j
remises lui-même ; il me paraît savoir apprécier le bonheur de vivre avec vous, de vous voir et de vous entendre.
Je vous réponds dès aujoui*d'hui pour vous donner des nouvelles de M. le cardinal Consalvi. Hélas V' elles ne sont pas bonnes . L'hydropisie de poitrine
n'est malheureusement plus problématique Les
choses les plus tristes ont pourtant souvent un côté ridicule : telle est pour la maladie de M. le cardinal une consultation de cinq médecins, partagés entre quatre opinions différentes sur la nature de la maladie, et qui, pourtant, ont fini par adopter unanimement une méthode. Les forces du malade sont visiblement épuisées, et il est très-abattu.
On dit généralement que M. le cardinal Spina va aniver. Dieu veuille que ce soit, et que M. le cardinal Consalvi obtienne qu'il soit chargé de son ministère! 11 n'y a pas de doute que ce serait un excellent choix et que, lui excepté, tout autre serait plus ou moins mauvais. Malheureusement on ne peut point garantir qu'il ait été appelé ; personne n'en est sûr. Cependant de petits faits m'y font ci*oire.
Lundi il y aura consistoire secret pour la proposition des douze nouveaux cardinaux, qui vont recevoir le chapeau dans le consistoire public le 1/». Je ne vous donnerai pas la liste de leurs noms obscurs; je veux croire que plus d'un parmi eux est personnellement estimable; mais aucun, dans ce f>rand nombre, n'est capable de soutenir le siège du Pape dans un temps aussi crîticjue. La majorité
îkloptera avec ardeur toute mesure de passion et d'imprudence, et il y a dans le nombre des personnages terribles. On dit que le Pape nommera îh petto à tous les chapeaux vacants ; au lieu qu*il aurait fallu diminuer le nombre des cardinaux. La plupart des nouveaux promus n'ont pas même de quoi payer les présents d'usage; le gouvernement
devra payer pour eux et ensuite leur assigner la pension de U ,000 écus par an qu'on a assurée aux cardinaux sans fortune ni bénéfices.
Je me félicite de terminer ma mission à Rome avant que commencent les extravagances auxquelles on s'abandonnera infailliblement.
Lisez-vous les journaux anglais, monsieur le comte? Ces pétitions des provinces, qui toujours sont adoptées à la presque unanimité, sont trèsremarquables. Toutes, à peu près, s'accordent à demander : 1** la réforme parlementaire; 9*" la réduction des intérêts de la dette; 3^ la diminution des impots ; W" la confiscation et la vente des biens de l'Église, en supprimant la dîme. Le I^arlementet le ministère, unis sur la base de l'opposition inébranlable aux révolutions, pouvaient déjouer ces projets, même sans de grands eflForts de constance. Un ministre, embrassant la cause de la Révolution, devi-a faire des concessions, et un ministre présomptueux, qui a pris du goût pour la^pularité dans l'intérêt de la démagogie, en fera même sans luie nécessité bien évidente. Dieu préserve que je veuille admettre une nécessité réelle d'en faire dans aucune supposition ! Nous verrons M. Canning
marcher d^audace en audace. L'état de l'Angleterre l'st, pour le moment, tel que la majorité agira -contre sa raison et contre ses intérêts, croyant qu'il n'y a pas autre chose à faire.
Et les conséquences de cela pour nous autres !
Je vous écris par la poste, parce que M. de Fontenay assure qu'à Naples les lettres ne sont pas ouvertes; ici il n'y a absolument rien à craindre.
Veuillez, monsieur le comte, me conserver votre amitié et toujours agréer le dévouement de la mienne.
NiBbUHR.
1207 M. de Serre à M. Niebahr.
Naples, 10 mars 1^3.
Je vous remercie, mon cher monsieur, de votre lettre du 7. Le danger mortel de M. le cardinal Consalvi est pour moi un véritable chagrin au milieu de tant d'autres . Sur ce que vous lui avez dit de ma part, il a eu l'extrême bonté de m'écrire, de son lit et de sa main, des remercîments. Je ne lui écris pas. D'après votre lettre, si la mienne le trouvait encore, il ne serait pas en état de la recevoir. C'est, dans ces circonstances, une grande perte pour la chrétienté; c'en est une particulière pour moi, qui, après vous à qui je ne compare rien, n'avais rencontré en Italie
autant d'intérêt en personne qu'en cet excellent cardinal.
Nous avons eu hier un courrier de Paris du 2Ji. La division et le désordre des esprits y étaient au comble. L'Angleterre ne présente guère un esprit plus rassurant. A quoi nous a servi près d'un demisiècle des plus grandes et des plus sévères leçons que la Providence ait données aux hommes? Le télégraphe noos a annoncé ici un tremblement de terre à Païenne, des édifices renversés. On n*a pas d'autres détails. Mais Alep, mais la récente éruption du Vésuve qui fume fortement encore, puis hier d'effroyables tonnerres, puis des esprits dans l'attente de catastrophes de tout genre !
Je désire que vos lettres ne vous coûtent pas à écrire ; elles sont une de mes grandes consolations.
Malgré mes résolutions d'épargne que conseillent et les grandes dépenses de mon établissement ici et les mauvais temps auxquels il se faut préparer, j'ai encore fait une couple d'acquisitions de tableaux que je me réjouis de vous montrer, entre autres un de mes pati'ons,saintFrançois\ qu'on dit de Fra/icesco T an/u*. A ce propos je désirerais savoir s'il n'y a pas en italien un bon i*ecueil des vidf des saints les plus remarquables. Je ne voudrais pas tomber dans le trop volumineux.
* Saint-François d'Assise, ne en 118S, mort le U octobre lS96w — Voyez son Histoire, par E. Cliarin de Malan, prêtre, 0* ^i* tion. Paris, 1869.
* Francesco Vanni, ik' en 15G3 à.Siennc, où il niounit en ICOO.
Au revoir, mon cher monsieur ; je m'en fais une fîrande joie. A vous de cœur.
H. DE Serre.
1208. ^ M. de la Boolaye à M. de Serre.
Paris, 11 mars 183t3.
Cette lettre, cher ami, vous sera remise par un intime ami de M. Boin*. Vous verrez, par ce que m'écrit ce dernier en requérant mon intervention, qu'il a une haute idée du voyageur pour lequel il invoque votre bon accueil. J'ai dit à M. Boin que sa recommandation directe, les mérites de son ami et la qualité de Français suffisaient de reste pour être auprès de vous très-bien venu. Il n'en a tenu compte, et il a désiré que son ami fût muni de tout ce que pouiTaitlui donner l'amitié que vous voulez bien avoir pour moi. Je sais trop quel cas vous faites de notre collègue Boin et je suis trop fier du crédit dont il me doue pour ne pas joindre mes recommandations aux siennes. Vous nous obligerez donc en recevant gracieusement M. Rey et en le mettant à portée de savoir tout ce que vous valez.
Je n'ai rien à ajouter si ce n'est que je désire que, lorsque cet écrit vous parviendra, il vous trouve en bonne santé.
« Voyez t. III, p. 130, hlO et ATS.
Mille tendres respects pour vous et tous les vôtres. *1
F. delaBoulaye. 2
1209. — M. de la Boidaye à M"^ de Serre.
Paris, U mars 18S3.
C'est encore, madame et bonne amie, un des grands inconvénients des centaines de lieues qpi nous séparent que d'être forcé de traiter longtempi les sujets les plus douloureux. J'avais vu d'assa près votre piété filiale, votre tendre et courageux dévouement pour être effrayé de l'effet que produip rait sur vous la funeste nouvelle. Je poussais jusqa*à la faiblesse la crainte d'en être le messager. Il M vous fallait pas moins qu'un mari tel que le vôtre pour calmer vos angoisses. Je me joins à vous avec une pleine et entière conviction pour reconniutre qu'il est impossible de trouver une plus admirable union de l'élévation de l'esprit et de la bonté, de la loyauté du cœur. Eugène trouvera tout à la fois en lui la science du maître et la tendresse du père, la leçon et l'exemple. Serrez-vous les uns contre les autres et aimez-vous d'autant plus que vous devenez moins nombreux. Tout nous invite à concentrer net affections et à ne faire que peu de fond sur les in* cidents du dehors, ^'ous avez subi une bien malheureuse année : Dieu veuille que de longs jours se
passent avant que vous éprouviez de nouveaux chagrins de famille ! Mais il n'est que trop probable que, soit de votre côté, soit du nôtre, nous ne serons pas exempts d'inquiétudes et de soucis pour la grande famille française pendant l'année que nous commençons et peut-être pendant les suivantes. Nous quittons le port pour nous livrer aux orages. Les pilotes ne sont plus mes intimes amis, je ne suis plus d'âge à braver les flots ; je ne sais où l'on va. Il me tarde donc de rentrer dans ma coquille et de n'en plus sortir. La Chambre est devenue ridicule. Chaque jour me fait regretter davantage l'influence de votre mari sur la tribune et celle de cet excellent duc de Richelieu sur le gouvernement. La pauvre femme de ce dernier n'a voulu voir personne, absolument personne, depuis la mort de son mari, et elle touche elle-même à ses derniers moments*. M"* Germain, la femme de mon ami Germain^, notre excellent hôte de Carrières, vient de mourir à Niort. J'en suis fort affligé. Enfin, de quelque côté que je me tourne, je n'ai que des sujets d'inquiétude et de tristesse. Le monde me fa.tîgue, et j'ai besoin de le fuir.
Mille tendres caresses à ma chère petite filleule et à vos autres enfants. Ne m'oubliez point près de nos jeunes gens et de M. Riboulet.
Courage et patience ^ madame et bonne amie, nous
* La doeiiesse de RicbeKen mourut en 1S90.
* M. Oeramm éUâi recerenr g^n^ral des Deux-Sérres.
en avons grand besoin, et cependant aimons-nous.
De mon côté, je n'y faudrai pas. \
Mille tendres respects et mille souhaits de bonne ^
santé.
1210. ~ M. de la Boolaya à M. de Serre.
Paris, 15 mars 18S3.
Voti-e n** 8 du 25 février a été le bien venu, cher ami. Les mouvements des fonds publics sur les principales' places de l'Europe donnent fort à songer aux Rothschild, qui ne me paraissent pas pressés de réexpédier leurs courriers de Naples. Turmel m'a parlé d'une occasion pour les premiers jours du mois prochain. Si elle se présente, j'en profiterai.
M. le duc d'Angouléme part.au moment où je vous écris. Son Altesse Rovale se rend d'abord à Perpignan et doit visiter* toute la ligne*. Desprez est en route depuis quelrjues jours.
1 « Le 15 mars, le duc d'Angouléme quitta Paris avec ton tfutmajor. Cinq jours après, il ^taii A Toulouse, d'où il alla rWitar !• corps d'armde destine à occuper la Catalogne» tous les ordres du maréchal Monccy. A son altitude, comme A son langage» oa ril bientôt qu'il ne partageait pas les folles passions de la cour, et qu'il arrivait avec la ferme intention d'être juste. On crut mêam remarquer qu'il dtaii plus favorable aux officiers qui faîsaîoot silène ieuscraeni leur devoir qu'à ceux qui se n^pandaisnt eo in*
Beaucoup de bruits circulent sur l'état matériel de notre armée. Le duc de Bellune est fort attaqué. On parle du duc de Raguse.
Les Espagnols comptent sur la guerre et se disposent à transférer le Roi à Séville. Leurs troupes du Nord se jetteront dans les places et se diviseront en guérillas. Je crois que nous marcherons sans éprouver de grandes l'ésistances et que, partout où nous passerons, nous culbuterons les constitutionnels et leur système ; on arrivera ainsi sur les bords de rÈbre ou même à Madrid. Que ferons-nous ensuite? L'enlèvement du Roi complique les difficultés. S'il ne s'agit que d'appuyer les royalistes, on pouvait le faire de la frontière. S'il faut pousser la Révolution et la faire refluer jusqu'à sa source, quelle entreprise ! La haute aristocratie anglaise me paraît, depuis quelques jours, moins belliqueuse. Elle s'opposera à ce que l'Angleterre serve ostensiblement la cause du coté gauche de l'Europe. Sourdement, on nous fera le mal qu'on pourra nous faire en attendant les événements. Nous nous engageons à nos riscjnes et périls ; puis la devise de la maison de Bedfort : che sarà sarà. Les résultats, quant à nos finances, seront funestes. On s'est privé de l'argent que les l'eceveurs généraux apportaient au Trésor en rognant de plus en plus les intérêts. Les ressources de la Banque s'épuiseront; les bons royaux se négocieront à des prix de moins en moins
Teciires contre les Espagnols, et qu'il prdfërait le mërite aux titres de noblesse, n (Histoire du gouvernement parlementaire , par M. de Hauranne, t. Vil, p. 3/i7.)
9h CORRESPONDANCE. <^
favorables, et les millions à consolider s'accumu- •« leront. ^
MM. de Villèlo et Corbière sont aussi maltraitét .s par la Quotidienne et le Drapeau blcmc^ plus ^ maltraités même que ne Tétait notre bon duc de Bi* 2 chelieu^ La majorité fait jusqu'ici bonne ôoote- ! nance en dépit de MM. de la Bourdonnaie, de Lalot, : de Vaublanc, qui ne sont suivis que d'une treo- « taine de personnes disséminées dans la droite. Cette 1 majorité commence à se répandre sur les bancs dé-> 1 serts de la gauche et sur ceux presque déserts da < centre gauche. A la première apparition des aaciens possesseurs, tout cela retouiiiera au gite. Les journaux vous disent et vous montrent ce qu^est à présent notre Chambre. M. Laine, retenu par une sciatique, n'y a point paru depuis TafTaire de Manuel. Le centre droit commence à être fort embarrassé de sa contenance, mais le flot Tentraioe. Quelques personnes vous regrettent, d'autres vous craignent; votre heure nest pas venue. Plus de côté gauche jusqu'à nouvel ordre, un centre gauche qui ne vote pas, une portion du centre droit en grand dcmil, une opposition naissante, ambitieuse et folle à la droite, de pitoyables discussions, de pitoyables déterminations, telles que le refus des fonds de l'Opéra et le renvoi du Journal du com^ merce aux tribunaux, ce qui va mettre de nouveau Manuel en scène, enfm des rapports en style barbare : voilil notre Chambre.
* Voyei VHiêtoire du goavememeni parlementaire ^ par M. àm
Hauranne, t. VII, p. 300.
Votre bonne mère a été un peu enrhumée, mais elle va bien. Je m'arrangerai pour qu'elle vienne à Ay avec ma belle-fille, qui lui tiendra compagnie en route et pendant le séjour. Ma belle-fille est une gentille et aimable personne.
Les logements à Paris deviennent d'un prix fou ; je dois renoncer au mien qu'on veut porter à 3,000 fr. par an. Désormais je logerai chez mon beau-fils, où je puis être assez convenablement établi.
J'ai fait votre commission près de Saint-Cricq, qui vous remercie et vous offre les plus tendres hommages.
Puisse le séjour d'Ischia vous être favorable, mes chers amis! Il vaut mieux, dans votre position, obsener de loin que de près tout ce qui se passe et tout ce qui se prépare. Les gens raisonnables se montreraient s'ils avaient c[uelqu'un à leur tête; mais ils seraient bientôt placés entre deux feux : la gauche est encore beaucoup trop nombreuse.
J'embrasse père, mère, enfants et particulièrement ma chère petite Marie de tout mon cœur.
Je verrai M. de Fontenay avec bien de l'intérêt, et je l'attends impatiemment. Tous ceux que j'ai vus jusqu'ici sont absorbés par les événements et par leurs propres affaires.
1211. — M. Niebubr à M. de Serre.
Rome, 18 mars 18S3.
Monsieur le comte.
Je vous aurais remercié tout de suite de toute Fa* mitié de votre dernière lettre, si je n'avais été trop occupé de la confection d'un catalogue des livres dont j'ai fait l'acquisition dans ce pays. J'ai fait connaître à M. le cardinal Consalvi ce que voui désiriez qu'il apprît. Il apprécie les motifs de déli* catesse qui vous ont empêché de lui répondre ; il vous remercie avec empi^essement de tout l'intérêt que vous lui accordez. Grâce à Dieu, j'ai des nouvelles beaucoup plus favorables à vous donner sur l'état de sa sant<'\ Les remèdes ont pi-oduit le meilleur effet , et il y a un mieux évident. Ceci est beaucoup pour le moment, mais ne rassuixî guère contre une rechute. Le mal existe toujours ; il n'est qu'as* soupi. Si l'on pouvait décider le cai*dinal à s'éloigner de Uome et des affaires pendant quelques semaines seulement, il y aurait peut-être à espérer; mais il repousse cette idée, et il paniit ne pas comprendre (ou n'y mettre aucun intérêt) <jue le seul moyen de faire passer son ministère entre les mains d'un homme capable de l'administrer serait précisément de l'y placer comme prosecrétaire d'État, lui renonçant temporairement aux fonctions. Or il est impossible de s'en expliquer envers lui sans réserve.
Le Ih mars, jour de son élection, le Pape reçoit les félicitations du corps diplomatique; Tannée {lassée il tomba dangereusement malade précisément ce jour-là, et pendant plusieurs jours tout le monde désespérait de sa vie. Cette fois il paraissait se porter merveilleusement bien; et, si je croyais retourner à Rome après un an d'absence, je quitterais ce saint vieillard avec la ferme persuasion de le retrouver à mon retour.
Dans quinze jours j'espère vous embrasser, monsieur le comte ; habiter la même ville que vous pendant un mois, c'est me donner des regrets de quitter l'Italie. En général, je restei*ais dans ce pays si la santé de ma femme n'exigeait point impérieusement de tenter l'effet du climat de notre pays. J'aurais voulu ne jamais quitter mon pays ; six ans et demi suffisent pour changer d'habitudes. Une absence aussi longue détruit toutes les liaisons qui n'ont pas le caractère d'une grande intimité : on rentre étranger; la sympathie adisparu , et, dans notre malheureux temps où les opinions, embrassées avec une aveugle passion, sont tout, on passe pour apostat aux yeux de ceux qui se sont laissé entraîner dans l'une ou l'autre direction, et qui autrefois croyaient être de la même opinion que nous. Je songe avec effroi au retour dans mon pays, que je trouverai tourmenté de malaise et de dégoût, et avili et humilié; où tout le monde s'occupe exclusivement de la politique et où la sagesse conseillerait que chacun ne s'occupât que de ses propres affaires. Les hommes distingués ont déjà presque tous disparu, et une médiocrité V. 7
tM ^ CORRESPONDANCE.
iosolemment orgueilleuse est là, dominante et bottile envers celui qui lui refuse ses hommages. Cette perspective me rend fort triste ; mais plus on reste absent, plus on se sentira déplacé à son retour; et cependant un père de famille doit un jour ramener aM enfants parmi la nation à laquelle ils appartieniieot.
N'est-ce pas, il est dans Tordre que je ^oos parle de l'Angleterre, et que je garde sur ce sajefcle ton de professeur? Le nouveau chancelier de ITÊ- <;hiquier* se montre sans aucune comparaison 80périeur à son prédécesseur, M. Vansittart*, tant préconisé, dans la brochure officielle de rannte passée. Son compte rendu mérite toute confianoeà une rectification près, qui cependant est très-essentielle ; la voici .
J'adopte son évaluation de la recette comme elle serait, s'il n'y avait pas d'Impôts abolis, à £ 53,900,000. Déduisant le montant de ces impâte, on aurait un peu moins de £ 50,000,000. Mais je ne doute pas qu ou n'arrive à cette somme, et peutêtre un peu au-dessus.
Mais il a tort de se permettre d'ajouter à cette re* cette vC /i ,850,000, sonune à recevoir des commissaires pour le payement de la demi-solde, parce que ces commissaires n'auront cet argent ({u'en l'empruntani, ce qui réduit Texcédant réel à £ 150,000,
^ M. P.-G. Rohînson.
* Nîi'olas Vansitiart, n^ an 1776. ChAncelier de l'Échiquier ea \B\% il garda c<*^ fonctionft durant dix années. Au moit de fërrier 18^, il fut ^Icve à la dignit<^ de pair du royaume sous la nom <la lord Bezlcv. H est mort en 1851.
ANNÉE 18ft3. fin
et aonule le fonds d'amortissement. Vous tous lAppelez que je ne regarde pas ceci comme un grand mal pour TAngleterre.
Telle est la réalité que je puis garantir, et je soupçonne que la manière très-imparfaite dont, ces discussions sont r^idues dans les journaux anglais cache im résultat encore moins favorable* Je ne trouve pas dans le budget des dépenses les £ 9,050,000 qui, avec les £ 2,800,000, constituent les £ A,850,000, à débourser par les commissaires de la demi-solde. Or, je n'attribue cette omission qu'à l'ignorance de ceux qui rendent les débats parlementaires dans les journaux. Le nouveau ministre a voulu éblouir et imposer à TEun^; mais j'ai de la peine à croire qu'il se soit rendu coupable d'une méprisable supercherie, telle que se la permettent souvent les ministres des Rois abscdus. Cependant il me paraît évident qu'il faudrait ajouter cette somme à la dépense, et alors nous aurions la balance comme suit :
Dépense totale, sans la somme à emprunter sur annuités pour la demisolde £ A9,852,786
Somme à emprunter pour être déboursée pour la demi-solde £ 2,050,000
£ 51,902,786 Recette totale, après la suppression des impôts (qui cependant seront payés pour le 1" semestre) £ 50,000,000
D'où il résulterait un déficit de. . £ 1,902,786
100 OORRESPONDANCB.
Vous allez sourire de ce que j'ai dit que ce budget mérite toute confiance, bien que cependant j*en dé-» truise les résultats. J'aurais dû dire que tous les faits sont exacts, mais qu'on doit refaire les calculs
Tout ce que le ministre dit sur les améliorations et les économies faîtes dans l'administration n'admet aucun doute, et fait grand honneur au gouvernement.
Ce déficit, s'il ne disparaît pas devant les éclair* cissements que je chercherai à obtenir de Londrss même, n'a pourtant rien d'eflTrayant. Il forcera seulement le gouvernement à entrer enfin dans la seule voie de salut qui existe pour les finances de l'Angleterre, savoir : de changer complètement le système des impôts de la manière que j'ai indiquée. I^s opinions de M. Ricardo^ et de lord Somers prouvent que les esprits les phis justes en Angleterre commencent à en entrevoir la nécessité, Tîndispensable nécessité. La suppression des taxes n'a aucun mérite, et n'est point l'effet de l'abondance dans les finances ; elle est l'effet d'une inévitable nécessité. Elle doit être compensée par la taxe sur la propriété.
Le budget tout entier n'appartient point aux finances; il appartient à la politique. Or, je ne conçois pas comment, hors de l'Anf^leterre, on ne l'examine point et l'on n'en rétablit point les calculs.
* David Ricardo, économiste anglais, n<^ en 1779, mort en 1893. Depuis 1810 il diait membre de la Chambre des commanes. L% principal de te» ouvrages a pour titre : Principleê of polUicai economy and taxation.
Ce serait déjouer la politique du ministère anglais ; mais la réfutation ne devrait point exagérer.
Une infinité de faits sont venus à ma connais* sance dernièrement, et confirméht ce que j'ai écrit sur l'Angleterre. Ainsi un propriétaire déclare qu'il serait content de vendre pour £ 21,000 une terre qu'il a payée £ 72,000 en 1810.
Avez-vous appris, monsieur le comte, que le comte de Munster^ a fait connaître aux missions hanovriennes que le roi d'Angleterre, comme roi de Hanovre, approuve entièrement les résolutions de Vérone, et qu'il est même convaincu que l'Europe deviendrait la proie des révolutions si les puissances alliées montraient moins d'énergie? Il est évident qu'on craint une guerre continentale qui pourrait mettre le Hanovre en danger.
La poste de France vous portera aujourd'hui de déplorables nouvelles. Ces hommes qui, à présent, excluent un collègue* sans y être autorisés par un règlement, sans doute trop indulgent, mais qui est la loi, sont donc en partie les mêmes qui repoussèrent votre proposition d'accroître l'autorité du président*.
M. Wicar m'avait promis de passer enfin aujourd'hui chez le marchand de tableaux pour examiner
* Emast-Frëdéric-Herbert, comte de MUnster-Ledenburg» né k Otnabriick en 1766. Nommé ea 181J!» Landmarschall hërëditairc, il fiit chargé de la direction des affaires du Hanovre et conserva cette fonction jusqu'en 1831. 11 mourut en 1839.
* M. Manuel.
^ Voyez les Discours, t. !•', p. 160-191.
MS C0RRB8P0NDANCB.
le Filîppo Lippi. J'ignore s'il a tenu sa promesM; il n'est pas venu m'infwmw du résultat. Le nH^ chand, que j'ai fait prier d'être chex lui pour admettre Wicar, m'a fait répondre que celui-ci wt son ennemi ; j'espère qu'il n'y aura pas eu de ooi^ de couteau.
Je me réjouis de vos acquisitions en tableant; quel d(xnmage que les richesses de l'Italie soient presque épuisées !
Et moi aussi, je ne peux pas m'empéclMT de croire qu'il y ait des rapports entre les convulâona du monde physique et celles de l'ordre moral. J^ote prédire que, en vingt ou trente ans, une terrible petle dévastera l'Europe. Dans trois ou quatre cents aaa^ on pourra calculer l'accroissement ou la diminutioii de l'espèce humaine et le changement du maûmom de la chaleur et du firoid, etc.
Au revoir, monsieur le comte, si cependant les eonununications de Wicar ne vous attirait pas eu-» eore une lettre avant mon départ. En attendant, permettez que je vous assure encore une fois de l'inviolable dévouement de mon Àme.
NiEBUIIR.
ANN^B ISSa. . 1^
laïa. — M. de Serra à M. Nielmhr.
Nsplei , 99 mars IB9B.
Je profite d'une occasi(Mi,moQ cher monsieur, pour TOUS écrire à la hâte quelques mots. Je vous ren^erde de votre lettre du 18» des bonnes nouvelles que vous me donnez de la santé du Saint-Père et de celle du cardinal Consalvi. Que je voudrais qu'on pût obtenir de lui le repos indispensable À son parfait rétablissement !
Vous me faites un triste tableau de la situation) dans ^laquelle vous comptez retrouver votre patrie. Hélas ! c'est absolument la situation de la mienne ; et Ton ne la sent pas moins pour être resté sur les lieux. Je ne l'ai que trop éprouvé ; dans ce flux et reflux des opinions et des passions, qui veut demeurer fidèle à la vérité et à sa propre raison finit par demeurer seul en butte à toutes les animad versions. L'idée qu'elles s'apprivoiseraient en mon abscence, que je ne trouverais à mon retour que le souvenir du peu de bien que j'ai fait ou voulu faire, est une de celles qui ont déterminé mon expatriation. Cet état de malaise général est-il lapréparation indispensable àdes temps meilleurs? Dieu le veuille ! et j'aime à l'espérer. D'autres fois je crains que ce ne soient les premiers châtiments de nos fautes, les symptômes de l'irrémédiable dissolution de la vieille Europe. Cette ^ande
10b CORRESPONDANCE.
question de notre époque me ramène à tout ce que vous m'avez écrit sur TAngleterre. Je vous remercie d'éveil 1er ainsi toutes mes idées. Je remets à les discuter, à les mûrir, au moment désiré de votre arrivée ici. Alors aussi nous parlerons de la France.
Je ne savais pas la déclaration hanovrienno ; mais je la comprends. L'Angleterre verra venir tant que la nation n'entraînera pas le ministère.
J'ai acquis une Vierge du Pinturicchio^ qui me semble fort belle; si donc vous n'avez pas terminé pour celle de Filippo Lippi, j'y renonce avec moins de regrets.
Au revoir, mon cher monsieur. Je vous renouvelle les assurances de mon inaltérable amitié.
Votre dévoué
H. DE Serre.
1213. — M. de la Boolaye à M. de Serre.
Pari A, 9U mars 18S3.
Je réponds, cher ami, à votre n"" 10 du A courant en attendant, non sans impatience, les deux n""* 0 et celui qui les apporte.
Je joins ici les deux brochures qui font actuellement du bruit: les Lettres de Saint- James, h* par-
* Bemardîno Betti, dit il Pinturîcchio, né A PtfrouM en ItSK mort à Sienne en 1513.
ÀNNÉB 1898. 105
tie, de Châteauvieux, et Fiévée sur V Espagne et les conséquences de Vinterveniion armée. L'anden archevêque de Malines est sous presse.
Le côté gauche parait avoir décidément abdiqué pour toute la session. Le centre gauche, sous la férule de Royer, croit faire merveille en montrant quelques-uns des siens qui ne votent pas. C'est ainsi qu'on se distingue du côté gauche qui ne vient pas et du côté droit qui délibère ; tels s'ont les considérants de Tarrét prononcé par le maître. Cependant les rapports des lois de finance sont faits. On en délibérera le 31 de ce mois et, sauf l'ambulatoire des volontés humaines, je ne vois pas de raison pour que iK>us n'ayons pas fini le 15 avril.
Vous êtes triste, je le conçois; de mon côté, je suis profondément affligé : nous sommes jetés dans (le funestes voies. Tous les ministères qui se sont succédé depuis la seconde Restauration ont pu commettre bien des fautes, mais que de bien n'ont-ils pas fait! Libération du territoire, réhabilitation de nos finances, développement du commerce, de l'industrie, respect pour les lois, sécurité pour les personnes, résistance efficace aux factieux, tout a prospéré, tout a réussi. Nos débats n'étaient que des débats de famille; et, soit que notre politique extérieure fût trop molle, trop influencée, soit qu'elle ne fût que prudente, nous acquérions chaque jour de nouvelles forces. Qu'a-t-on fait depuis quinze mois ? Les esprits sont plus divisés que jamais, et nous allons commencer tardivement une guerre contre laquelle l'instinct national se révolte. Ce n'est plus seulement de petits
100 CORRESPONDANCB.
grands-livres^ d'annuités ou même de loisd^électioo ou de censure qu'il s'agit, c'est du repoe de l'Europe. c'est de la politique générale du monde. Les plus heureux succès, si l'on en obtient, seront chèrement payés; en cad de revers, le remède sera pire quele mal. Notre Chambre est démantelée ; il faudrait pour la reconstruire que presque tout le côté gauche fût expulsé, que Royer fût contraint d'abdiquor son déplorable empire et qu'un homme d'honneur, de courage, de talent, d'espérance fût à la tête de Tcpposition ou des affaires. Éminemment royaliste et ayant déjà fait vos preuves, vous seriez oet homme, si TOUS n'étiez pas trop redouté des uns et beaucoup trop mollement servi par les autres. Je vous ai dit que Wendel était absent. Du Cherray n'a point encore donné sa démission ; la session peut finir d'ici à quinze ou vingt jours, et, en supposant que cette démission se donne, elle ne pourra être reçue que dans le coursde la session prochaine. Prenez patience, cher ami, car je vois beaucoup de raisons pour qu'on vous laisse à Naples et très*peu pour en sortir. Prenez les eaux dlschia, passez là toute la belle saison, soyez honorable pour les Français, pour quelques illustres étrangers, mais ne vous piquez pas de grandes dépenses. Déjà votre revenu ne vous suffit pas : que serait-ce si vous vous développiez davantage !
J'embrasse tous vos chers enfants. Mille tendresses à père et mère. Je ne vous oublie auprès de per^
sonne.
P.S. Toutes réilcxicHis faites, je crains que les
brochures ne retasdent le départ de ma lettre, que j'eoTme par la poète; je confie le reste au ministère.
1214. — M. de Owre à sa mère»
Naples» S5 mars 1833.
Je reçois, chère maman, votre bonne lettre du 6 mars...*.
Je regrette pour vous l'éloignement de Desprez : c^est un «cceilent hoimne. Je sens aussi la peine qu'éprouvera sa femme; mais, dans son métier, il serait fâcheux, à son âge et avec son mérite, de ne pas être employé.
Je sais gré à Rayneval de tous les détails qu*il vous a donnés sur nous. Il est bien vrai que nous pouvons nous regarder ici, tant qu'on nous y laissera, comme dans une sorte de port pendant la tempête. Ma séparation d'avec vous est maintenant mon seul véritable chagrin; comme vous, c'est à la Providenoe que je m'en remets pour notre réunion.
Vous désirez quelques détails sur le baptême de Femand. Il s'est fait dans le palais de l'ambassade. On avait, dans le salon du fond, déposé un bel autel ; cette pièce a servi de chapelle. Les perfiOBnw et dames invitées étaient dans la galerie adjacente : les généraux et dames autrichiennes que nous avons connus en Alsace et retrouvés ici, des
106 CORRBSPONDANOB.
dames françaises, etc. Dans un salon précédent, était la musique de la chapelle du Roi, qui aeiècuté des airs durant toute la cérémonie. Le Roi, qui est maintenant à Vienne, a été représenté par un seigneur de sa cour, un de ses premiers gentilshommes, qui est arrivé avec deux équipages de la cour à six chevaux. Un détachement de la gante royale bordait la place devant le palais ; uu autie sur le grand escalier. C'est après la cérémonie, et en remettant à la mère son nouveau-né, que le représentant du Roi lui a remis le portrait de Sa Ha* jesté : cela s'est terminé par une collation, chocolal, café, etc. Le soir, nous avons eu à dîner les princi* pales charges de la cour et les ministres ^ Au surplus, vous avez maintenant M. de Fontenay, qui ajoutera à ma description ce qui pourrait y manquer. Au revoir, chère maman ; nous vous embrassons tendrement. Soyez toujours Texcellente mère et amie de votre tout dévoué fils,
H. DE S
1216. — M. de la Bonlaye à M. dm Serre.
Paris, SB mars 1893.
M. de Fontenay est, de tous ceux qui vous ont tu à Naples, le plus désintéressé, le moins préoccupé;
* Vojei Je Moniteur du 15 uurt.
il partage les sentiments de haute estime que vous inspirez en général et Tenthousiasme dont vous saisissez beaucoup de personnes ; il m'a donc été fort agréable de l'entretenir. Lorsqu'il aura étudié le terrain, il vous dira ses pensées; en attendant, je persévère dans les miennes.
Il n'y a rien à faire dans les circonstances actuelles. Le ministère se disloque peu à peu. M. le duc de Bellune, qui en conserve encore les insignes, en est effectivement écarté, cela est tenu pour certain, et M. Digeon, son successeur, n'est pas du choix de M. de Villèle, qui aurait voulu le duc de Raguse^ Les Chambres peuvent finir avec le mois d'avril. Il n'est pas impossible que, dès qu'on en sera débarrassé, on fasse je ne sais quelle paix; il est probable que préalablement on rétablira la censure. Dans cette supposition, le ministère prolongera son existence. Il a de plus pour durer la chance des succès. En cas contraire, il faudra faire
place à M. de Blacas ou à M. de Talleyrand
Le premier, qui y a déjà songé, pourrait vous associer; le second sait tout ce que vous valez, et sa politique vous indiquerait pour Londres. Le cabinet actuel vous laissera à Naples. Son président est évidemment débordé, et, puisqu'il n'a pas eu la force
* Deux ordonnances avaient paru dans le Moniteur du 31» mars:
Vune nommait le duc de Bellune major gdnéral de l'armëe des
Prrën^es (il ëtait parti à deux heures du malin) ; l'autre confiait
au générsA Digeon l'intërim du ministère de la Guerre pendant
l'absence du maréchal. — Voyez V Histoire du gouvernement
parlementaire 9 par M. de Hauranne, t. Vil, p. 3/é7.
de résister, il n'aura pas celle de se donner des auxiliaires pour quelque nouvelle tentative. Lon» qa'il a été question de votre élection, ce président s^est tofikffàé en bons termes ; le ministre de Tla* térieur a dit qu^il faudrait voir. Dans mon opinion, ce n'est plus par réleotion que vous reviendrez au gouvernement, mais par le gouvernement que vous commanderez Télection. L'occasion d'agir efficacement dans la Chambre a été complètement manquée par l'annihilation du ministère Richelieu. Ou a, dani cette circonstance, méconnu, faussé, abdiqué même le gouvernement représentatif. Nous sommes ainsi placés dans une position sans issue. Les conséquences en seront peut-être trop funestes
Vous voyez dans les papiers publies qu'il eet question d'envoyer mon cousin^ aux États-Unis. Rien n'est encore fait, mais tout est fort menaçant. C'est pour moi un sujet de profonde douleur. Je resterai ici seul, car il emmènera toute sa famille ; seul, dis-je, chargé de soins ruraux et trop vieux, trop fatigué, trop dégoûté pour veiller à ce ti*acas avec l'activité qu'il exige.
Votre bonne mère va bien. Elle viendra à Ay dans le cours de Tété, avec ma belle-fille, qui lui tiendra compagnie en route et à la campagne.
Portez-vous bien, aimez-moi et recevez tous
mes tendres amitiés.
Decazes n'est plus du tout admis dans l'intérieur.
* M. de MareuiL
Valérie^
ANNÉE 1898. m
d par les bureaux Touvrage de
1216. — M. de Serre à sa mère.
Naples, 1«' airil 1833.
J'ai reçu, chère maman, votre lettre du 12 du mois dernier; avez-vous pensé, en l'écrivant, que c'était le jour de ma naissance, celui auquel, il y a dix ans, nous quittions Hambourg en fugitifs. Que de peines et d'agitations avant ce jour ! que de peines et d'agitations depuis ! Elles ont toutes tenu à la destinée de votre fils, et toutes sont retombées sur vous.
Au milieu de tout cela, rien n'a été constant que votre tendresse pour moi et votre courage ; ils m'ont soutenu et me soutiennent encore. Je vous remercie de l'exactitude de vos lettres, et je tâche toujours que les miennes vous arrivent régulièrement.
Il n'y a pas de mal que vous ayez moins d'ardeur
^ Valérie^ eom^ie de MM. Scribe et M^IesTÎHe, en trois actes, en prose, reprtfsenl^, pour la première fois, sur le Théâtre-Français le 91 décembre IBdJL Le rôle principal ëtait joué par M"« Mars.
* Cest en 1818 que M. Casimir Delavigne publia les trois premières Meêêénienneê. Les Noavéllea Meêêéniennes parurent en 1^.
lis CORRESPONDANCE.
à Touvrage : vous vous en fatiguiez ; vous avez bien le droit de vous reposer : peu de femmes ont travaillé autant que vous. Je recommande qu'on apprenne à coudre à Louise; mais je ne me flatte pas qu'elle vous égale. Je suis content de vos promenades aux Tuileries. Je pense qu il vous faut un peu d'exercice, mais pas de fatigue. Si, comme vous paraissez le croire, votre voyage d'Ay ne s'arrange pas, je m'en consolerai par cette raison que c'est soixante lieues, aller et revenir, et que cela aurait pu vous fatiguer trop. Le Garches de M™* Foucher suffit pour prendre l'air, et chaque jour vous pourriez vous retrouver dans votre petit chez vous.
Les letti-es de la Boulaye me prouvent qu'il est vraiment triste et malade. Il me conseille la prévoyance et l'économie; il a bien raison. J'en aurais tout autant à lui conseiller le contraire. A son âge sans enfants et de l'aisance, à quoi bon se tourmenter si l'année rend pins ou moins?
Si vous êtes encore à temps, dites aux I^nty la part qu'Annette et moi prenons au bonheur d'Emilie^ ; cette digne famille n'en aura jamais autant que nous lui en souhaitons.
* Emilie Lanty, fiUe do Cliristoplie-François-S^baHiicn Lanly, conseiller au Parlement de Metz, n^ en 1700, morte en 1809, Elle arait <$pous^ en 18S1 Frani^ois-XaTÎer-Georges de Lemud» receveur principal de» contributions indirectes à Thionville. De ce mariage naquit en 1825 François-Ferdinand-Georges de Leniud, lequel est mort en 187/i lieutenant-colonel d'infanterie, commandant en second le PrytAnëe militaire, officier de la Légion d'honneur.
ANNÉE 18Sd. 113
Au revoir, bien-aimée mère et tendre amie; recevez les caresses de votre bon fils,
H. DE Serre.
1217. — Le marquis de Garaman à M. de Serre.
Vienne, ce 5 avril 1823.
M. du BlaiseP m'a apporté votre lettre du 10 mars, mon cher collègue. J'avais déjà eu le plaisir de le recevoir chez moi, et je le reverrai avec un nouvel intérêt, puisqu'il a l'avantage de vous appartenir.
• Le marquis Auguste du Blaisel, né à Ugny, près Briey (Moselle), le 31 mai 1790, était fils du marquis Camille du Blaisel et d'Anne-Elisabelh, baronne de Tornaco. M. Camille du Blaisel ëmigra avec ses enfants, prit du service dans un régiment de chasseurs autrichiens, parvint au grade de major et mourut à Prague en 1803. Son fils Auguste, admis à T Ecole des cadets, en sortit officier à quinze ans, fît toutes les campagnes et quitta le service en ISHô avec le grade de major : il avait obtenu la croix du Mérite militaire d'Autriche et la croix de Saint-Louis ; il était chambellan de l'empereur François. Il épousa, cette même année, M"^ Bingham. Devenu veuf, il se remaria, en 18Ô1, avec M>'* de Digpine, dont il eut un fils et une fille. 11 mourut à Paris le 15 j.invier 1870. Son grand-përe, Antoine-Joseph- Auguste-Louis* marquis du Blaisel, maréclial des camps et armées du Roi, grand bailli d'épée du bailliage royal de Villers-la-Montagnc, etc., avait épousé, en 1709, Marie -Joseph, baronne d'Huart, tante de M"^* de Serre.
lU CORRESPONDANCE.
Le marquis de Latour-Maubourg^ vient de quitter; il retourne en France et a passé quelqms jours avec nous. Il est impossible de ne pas regretter que la fausse position dans laquelle il 8*est placé, en débutant dans son ambassade, nous ait privés des senicos d'un homme qui paraissait réellement formé tout exprès pour le poste qui lui avait été confié. Là, comme ailleurs, nous avons laissé échapper de belles chances pour nous placer avee avantage et considération*.
Notre politique viennoise attend avec impatiesee le développement des grands événements qui sapi^ parent. Les principes adoptés par notre ministère ont Tassentiment général. La Russie a redoublé de zèle et d'intérêt pour tout ce qui peut assurer notre position et donner un jeu plus libre à nos moyens. Elle a puissamment contribué à décider le gouvernement anglais à observer une exacte neutralité.
* Voyez t. III, p. 555.
* « Le comte Florîniond de Laioiir-Maiilioiirg arait d^jâ, twb Ia fin du régime impt^rial, rifsid^ anpr^ de la Porte en qualité éê cliargë d'alTaîres, et, dant cette situation subalterne, entante Ôê difficultds de toute nature, il avait fait preuve de talent et do t&t' metë. C'était un homme de sens, d'un caractëro olev^, doal Iti manières étaient pleines de dignité et d'auiorit<<. Il semblait fldt pour rëussir dans cette mission, et l'on attendait beancotip do M. Cette attente fut d<fçue, en partie parce que les eirconsdineosM opposèrent de grands obstacles, en partie parce qu'il commit la faute de porter, de prime abord, dans ses r<k:lamatioiit, iiii km d'exigence et une roideur peu appropries à ces circonstaneot, m qui le mit dans la n^cessiitf de demander son rappel, lorsqu'il hH bien certiin que le succès ne couronnerait ikia ses oflorlk • {Hiëloirc ti*^ fa /iestaut\Uiont par M. de Vi«»l-<.\istel, t. X, p. 800-)
L^Empereiur rassemble sur ses frontières une forte armée, qu'il met à la dispositioii de ralliance, si elle la rédame, et qu'il présente à ceux qui voudraient troubler ou attaquer la Fnaaee dans le moment où ^le remplit la haute mission qui lui a été confiée.
Toutes les tentatives faites en Espagne par les Anglais, pour donner de la puissance à un parti iBodéréy ont édioué. Le Roi doit être parti le âQ pour Séville ; aucune condition ne pouvant être ac^ ceptable si elle n'est pas précédée du retour du Roi à un état de liberté qui soit bien positif, II est impossible de supposer que les factieux veuillent commenoer par se dessaisir de leur plus forte garantie, et qu^ils se séparent de celui sans lequel ils ne sont plus rien et dont ils redoutent, avec raison, une trop juste vengeaiice. U n'y a donc malfaeux*euse* ment plus rien à espérer <|ue de l'effet de la protection armée que nous donnons aux royalistes. Tout se réunit pour repousser le moindre doute sur le sucoès de l'entreprise ; mais c'est après le succès que les difficultés réelles se présenteront. La sagesse, la prudence, la modération de tous les hommes d'État ne seront pas de trop pour soutenir la recon* sftinctioH du gouvernement espagnol de manière à ne plus avoir besoin de courir à son secours.
Nos incorrigibles bonapartistes ont encore fait une nouvelle tentative qui a été découverte et arrê* tée à temps. Le danger de leur entreprise cesse du moment où il est connu ; mais le danger réel est dans l'état de méfiance et d'irritation que ces menées criminelles réveillent sans cesse et qui détruit tout C9
que la sagesse peut tenter pour calmer les passions et rapprocher les oppositions^
Je n'ai pas d'idée, mon cher collègue, du mo-^ ment où le Roi* sera disposé à aller vous retrouvw. On désire qu'il en sente la nécessité, ou du moins la convenance ; mais on ne veut pas la lui faire sentir d'une manière trop pressante, et je ne crois pas que le prince RufTo lui fournisse des arguments bien péremptoire§ en faveur d'un prompt retour. A
* « Des bruits de conspiration» de défection, se propageaient France et au dehors, et il est certain que des trames dan(;e s'ourdissaient à Paris dans le parti ultra-libëral. Aujourd'hui «n» core, on ne possède à ce sujet que des informations peu prëoMt et qui manquent d'une complète authenticité. Ce qui ne paratipat
douteux, c'est que il s'était tenu à Paris des réunions o& des
députés de la gaucho, même de ceux qui, jusqu'alors, n'araieiil pas conspiré, avaient énoncé la projet d'exécuter en France
quirogade Les hommes du parti militaire, impatients de
lenteurs, résolurent de ne plus demander conseil qu'à ans-
mêmes S il faut en croire le témoignage de ceux des conspim«
teurs qui, longtemps après, ont publié le récit de ces obscures •!
coupables intrigues , quelques généraux et un plus ^rand
nombre de colonels ne repoussèrent pas les propositions qui leor
furent faites On décida, en définitive, que le signal serait
donné par les Français réfugiés en Espagne, m (Uiêtoire de la Restauration, par M. de Viel-Castel, t. XII, p. 333-335.)
Quant à la tentative des bonapartistes, dont parle M. de Cani-> man, elle a donné lieu à des interprétations fort diverses. Quel* qucs personnes n'y ont vu qu'une manœuvre de la portion la pins passionnée et la moins scrupuleuse du parti ultra-royaliste. M. de Viel-Castel, tout en constatant que cette explication a prévalo, j trouve des difficultés. — Voyez même ouvrage et même volume» p. 3ti0 et suivantes. Comparez le récit de M. Nettement (Hiê» toire de la Restauration, t. VI, p. Uijh-U'T^).
* Le roi de Naples. Depuis le Congrès de Vérone, il habitait Vieime.
son âge, on a de la peine à renoncer à une position qui donne un bien-être complet physique et moral, et le Roi jouit ici d'un état de paix qui convient légalement à sa santé et à son caractère. On dit qu'il veut partir, mais personne ne peut dire quand il partira.
Nous avons depuis quinze jours un temps digne du beau ciel de Naples. Je n'entends parler que de projets de voyage, et j'envie tous ceux qui peuvent penser à remuer pour aller chercher l'Italie, ou pour se rapprocher de leurs affections.
Je crains bien de ne pas quitter Vienne de l'année. Ma fille Saint- Priest est partie avec son mari^ qui a été appelé à commander une brigade à l'armée d'Espagne. Ma belle- fille va rejoindre son mari* à Stuttgard. Je vais me retrouver bien seul;
^ Emmantiel-Louîs-Mane de Guignard, vicomte deSaint-Pricst, né à Paris le 6 décembre 1789. 11 entra â seize ans au service de la Russie. En 1815, il seconda les efforts de M. le duc d'Angoulém« dans le midi de la France et reçut le grade de mardclial de camp. Il ëpousa en 1817 la fille du marquis de Caraman. En 1833, il olitint le commandement d'une brigade de Tarniee de Catalogne, fit mettre bas les armes à 900 honmies du corps de Mina et fut nomme lieutenant gênerai. Ministre plénipotentiaire à Berlin en 1825, ambassadeur à Madrid en 1837, il conserva ce poste jusqu'à la révolution de 1830 : c'est alors que Ferdinand Vil lui conféra la grandesse et â son fils aînë le titre de duc d'Almazan. Depuis cette e'poque, M. de Saint-Priest a continua d*étre fidèle à la cause de la monarchie légitime. En 18^9, il a représenta au Corps législatif le dt^partement de l'Hërault.
* Le comte Georges de Caraman, nd en 1788. Il fut ministre plénipotentiaire à Stuttgard de 18S1 à 18^ et à Dresde de 18â7 à 1890. Il mourut en 1860. Il avait épousé, en 185^, Claire de Gre^ nonville.
nais je sens que les circonstances le veulent aii
et je me soumets à Tempire du devoir. Si les affairai
se décident plus prcxnptement et plus heureuflemani
que je n'ose l'espérer, je penserai peut-être à d»-*
mander, dans le courant de Tété, une permission de
quelques semaines, qui me serait bien néceasain*
Adieu, mon cher collègue. Recevez Tassuranfe de
mon bien sincère attachement et veuillez vous cbar«
ger de dire mille choses pour moi au comte de Fie--
quelmont.
Le marquis de Caraman.
1218. —M. de Serre à M. Remy.
Xaples, 8 avril IS5^.
C*est vrai, mon ami; je me repose un peu sur M. Kiboulet pour t'écrire. Tu n'en croiras pas inoiiie à ma tendre amitié, et tu auras raison. Les malhcnrs de famille m'ont fort attristé ; d'autres choses aussi* Ije chaiçrin me resserre, me rend taciturne. J*aiaiiwî beaucoup à consoler «lutonr de moi ; cela occupe. Naturellement je nVcris pas facilement, et mon métier exige ([ue j'écrive davantage. Voilà ce qui t'explique mon silence.
Je me tourmente de ta perspective pour ravenîr. Je connais ton courage et ta résignation, cela ne me
ANNEE 18Sa 119
rassure pas. Je ne puis prévoir quand nous nous reverrons ; que je serais heureux s'il m'était donné de t'être utile un jour!
Ma femme va mieux, te remercie de ton souvenir et te fait mille amitiés. Mes enfants vont bien; le dernier est très-fort.
Au revoir, cher ami, continue à me donner quelquefois de tes nouvelles. Embrasse pour moi ta femme, mon filleul et tes autres enfants. Mes tendres hommages à ton respectable père.
Ton ami.
i2i0. — Le marquis de Garaman à M. de Serre.
Vienne, ce 12 avril I82J.
J'ai reçu, mon cher collègue, votre lettre du V\ et je me suis empressé d'en entretenir le prince Ruffo; je tâcherai d'envoyer le plus tôt possible en France cequirésulterade nos conversations. Le prince Ruffo ne m'a pas caché son embarras et la difficulté de résoudre la question; il sent aussi la nécessité de trouver promptement un moyen d'y répondre, et je ne lâcherai pas prise que je n'en aie obtenu une réponse plus ou moins convenable.
En ne considérant que les besoins et l'intérêt de son pays, le prince Ruffo n'hésiterait pas à prononcer que la plus stricte neutralité est la seule posi-
190 d^RRESPONDANCE.
tion qui lui convienne. Mais cette neutralité peutelle également convenir à un prince de la maison de Bourbon, un des premiers intéressés à la fortune dd rp^spagne? Peut-il se contenter d'être neutre dans une lutte qui s'engage pour ses propres intérêts et dans laquelle le chef de sa maison se place en pre* mière ligne? Le prince Ruffo n'hésite pas à se déclarer pour la négative. D'un autre côté, il craint de compromettre la fortune publique des sujets napolitains qui tient à une navigation de cabotage assez active, et qu'il voit menacée d'une foule de petits corsaires qui peuvent lui causer des peines irréparables.
Il faut donc concilier ce qu'exigent des intérêts aussi opposés, et c'est ce que nous allons nous occuper de chercher et ce que je ne trouve pas jusqu'ici très-facile. Cependant, comme décidément il faut se prononcer et prendre un parti, j'espère que nous y paniendrons, et je ne perdrai pas un moment pour en instruire le ministère, qui le saura en même temps que vous en serez informé.
Ici je n'ai pas reçu un mot relatif à cette question, et personne n'en a entendu parler. Il me semble qu'on n'y a pensé (ju'un peu tard. Elle valait cependant la peine d'être prise en considération, et je crains bien (pie les résolutions que l'on provoque actuellement n'arrivent pas à temps pour servir de direction et de protection aux intérêts de notre commerce. 11 paraît, selon toutes les apparences, que les opérations commenceront du F' au 7. Ainsi nous sommes probablement enj^agés dans ce moment.
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Mon gendre Saint -Priest me maS^de de Perpignan que dans peu de jours (le SA inars) il y aura 130,000 hommes rassemblés sur la frontière, et il me fait un grand éloge de leurs dispositions et de leur bonne tenue. Je le crois, parce que je connais son bon esprit et son éloignement pour tout ce qui est exagération. L'avant-garde espagnole sera, de ce côté, de 8 à 10,000 hommes. Les mesures paraissent être bien prises, le succès ne peut pas être douteux. Mais c'est après le succès que les difficultés se présenteront; si Ton parvient à les surmonter facilement et solidement, ce sera une belle et bonne chose. Recevez, mon cher collègue, les assurances de mon bien sincère attachement et de ma haute considération .
Le marquis de Caraman.
1220. — M. de la Boulaye à M. de Serre.
Paris, 13 avril 1823.
Je réponds, cher ami, à vos n""' 11 et 12 des 13 et S15 mars, qui me sont parvenus à trois jours de distance.
M. de Fontenay est un loyal garçon. L'espèce en est si rare, et j'en ai tant besoin, qu'à tout risque sur la mine je le prends et le tiens pour tel. Nous nous entendons à merveille. Il a vu de son côté ce que je vois du mien : c'est que tous ces voyageurs
n'ont d'oreilles que pour les discours qui leur plaisent, d'attrait que pour les ccmibinaisons qui conviennent et ne croient possibles que les dans lesquelles ils interviendraient. 11 n'en est tout à fait ainsi. Rien n'est mûr cependant; mais à la vendange, si le fruit ne pourrit pas sur pied» il ne sera pas cueilli dans mon voisinage. La déwff^ tion de la gauche développe ces germes que la draili recèle toujours dans son sein. Les coryphées de la contre-opposition, puisque c'est ainsi que cela m nomme, faiblement soutenus aujourd'hui parm qu'ils offrent peu de chances, auraient bientM da monde si le vent enflait leurs voiles. Les biens d'émigrés, le clergé, les pays d'État et ces insiitutioot qui, selon M. de la Bourdonnaie, peuvent se dte* penser de Charte remuent beaucoup de cœurs et tout autant de têtes folles. Voilà les vrais intérêts du parti ; ceux qui s'en font les organes ne sont heureusement pas des aigles. Le grand ***, qui enfile bien certains chapelets de phrases, ne sait plus ce qu'il dit lorsqu'il parle d'affaires, lorsqu'il s'échauffe, et quand ses préparations lui manquent. Ce héros diminue tous les jours. Toutefois, il est impossible que M. de Villèle ne sente pas que dans les voies de la contre-opposition avec de petits moyens on fait d'assez grandes choses, qu'on emploie cootre lui des armes qui ont été déjà victorieuses, qu'il doit se défier de quelques collègues, et que, la fidélité de tous ne laissât-elle rien à désirer, la capacité dans un moment de danger no suffurait pas. Or, le danger peut survenir. Les élections se
sentiront plus oa moins de la scission de la droite, car les mêmes poids pèsent sur vos successeurs. Le cours naturel des choses, ou je ne sais quel événement fortuit, peut donc altérer la force et l'union de la majorité actuelle.
En attendant, on est plein d'espérances au
dedans comme au dehors. Je partage ces espérances. Je^suis convaincu que l'armée fera son devoir. M*^' le duc d'Angoulême, brave, excellent prince, la satisfera et en sera satisfait. On culbutera facilement la machine des Cortès. Nous débuterons brillamment; le difficile sera d'établir, et) lorsque nous serons pleinement engagés, si nous allons jusque-là, d'éviter les intrigues de l'Angleterre. Je ne désespère pas de l'avenir sans être satisfait du présent. Nous manquons de force, de dignité, d'ensemble. Vous savez qu'il ne me suffit point qu'on agisse ; je veux que l'action ait de l'éclat, qu'on parle; j'aime les bons termes et les bonnes raisons. Que n'y êtes-vous? Prenons patience; c'est le refrain. Soignez votre santé.
L'affaire du général Partouneaux , que devient>^lle?
Le marquis de Candau^ et Gestas me parlent sauvent de vous. Bourdeau et Vandeuvre viendront à Ay.
Votre bonne mère va bien. Elle viendra avec ma belle-fille, et nous passerons ensemble quelques bons mois vers juillet.
Peut-être irai-je à Bruxelles en juin. On veut m'enlever mon cher Durant et l'envoyer par delà.
* Dépaiédes Basses-Pyr^ëcs en 1821.
Ifh CORRESPONDANCE.
Mille tendresses à tous, père, mère, enfants;
liés aux jeunes gens.
1221. — M. de Serra à M. de^Fontenay.
Naples, 15 avril 1823.
J'ai reçu, mon cher monsieur, votre letti'e du 3S de Paris. Vous devez être remis de vps fatigues, jQi^ je vous félicite de votre heureuse arrivée. Je m'afr* tendais que vous trouveriez là-bas des affaires plus sérieuses que les vôtres ; toutefois, j'espère que vous trouverez quelque intervalle où les puissances secondaires au moins pourront s'occuper de vos intérêts. Si vous nous revenez et que vous n'en soyez pas contrarié, vous savez assez que toute la légation ék le ménage en seront charmés, et nous ne serons pas les seuls à Naples.
Vous ne dites rien ni de l'état dans lequel vous avez trouvé M™* votre mère, ni du plaisir que vous avez eu à la revoir. Je supix)se que tout cela a été le mieux du monde. Quand sei*ai-je, sous ce rapport aussi heureux que vous?
Vous savez par IJelleval le bannisseiQent de ce pauvre Bl.; c'est odieux. Deux autres Naix)litains se sont pi-ésentés |>our fivire viser leui'S passe-ports :
ignorant s'ils n'étaient pas dans le même cas, nous arons ajourné et demandé des renseignements.
A Toccasion du bâtiment français les Trois-Amis qui a refusé de recevoir après la visite des gardes à bord, nous venons de rengager la difficulté que vous avez soutenue en août 1821 pour VHeureucc- Joseph y capitaine Flory. J'envoie par ce courrier les notes et contre-notes. Vous verrez que j'y ai traité l'affaire à fond. Passez aux bureaux et faitesvous montrer le tout ; puis parlez et agissez en conséquence. Que l'on montre qu'on sent et qu'on veut relever SSL considération.
Au revoir, mon cher monsieur ; dès que vous vous serez reconnu, cherchez des occasions commodes et écrivez-moi de ces lettres comme à Naples vous auriez aimé à en recevoir de Paris.
Ma femme vous dit mille choses affectueuses ; nos enfants vont bien. Belleval, les attachés et moi, nous vous embrassons de cœur.
H. DE Serre.
1222. — M. de la Boulaye à M. de Serre.
Paris, 21 avril 1823.
Réponse, cher ami, à votre n** 13 du 1" courant. Si le mal et le bien s'engendrent tour à tour l'un Tautre, prenons patience : le mal est en gésine; ju-
£e£-en par le Moniteur^ les Débals et le Coiuti' tutiormel^ qui ont repris leur cours vers Naples* Incessamment vous y aurez le Drapeau bUmc. Toutes les communications faites ou à faire au Bhp» lement d'outre-mer sont et seront sur votre taMe; vous verrez comment nos ministres, tourmeflÉét d'une certaine humeur belliqueuse naturelle 4NI inoculée, ont paru vouloir alternativement la guerre, la paix, et puis la guerre, tii*aillés ptr Pozzo, par Stuart, poussés par Tun, contenaot Tauti^e et frappant comme d'un coup de foudre les Anglais par le discours du trône. Ceux-ci, qui ae sont rien moins qu'habitués à être dupes et qui restent en pareil état le moins de temps possible, exhalent maintenant leur humeur en mauvais pro» pos. Jamais, autant que je m'en souvienne, on D*a parlé de la France en termes plus hautains, plus arrogants que M. Canning. Quoi! ces Anglais, qui n'ont cessé d'inten^enir dans toutes les querelles pour accroître leur puissance, qui ont pris Ceylan, rile-de-France, le Cap, les îles Ioniennes, Malte, Holgoland, etc., etc., qui possèdent toute la presqu'île de rind(* et l'immensité tant à la Nouvelle-Hollande (ju'au Canada, qui convoitent actuellement Cuba et Porto-Rico, et qui, d'avance, héritent aux Amériques de l'Espagne et du Portugal; ces Anglais (»nfin cjni, à nos portes, veulent se faire et se sont fait deux colonies européennes des Pays- Bas et du Portugal, nous signifient que, si dans la Péninsule ou dans le Nouveau-Monde, nous avons l'audace de faiix' la moindre acquisition, le piws
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petit arrangement favorable, même de gré à gré, ils seront là pour s'opposer et naos repousser dans notre coquille ! Que cela se fasse lorsqu'on est fort et deq^ote, je n^ai qa'à me soumettre ; mais qu'on ait le eentxment de sa force et de notre faiblesse jusipi'an point de proclamer de telles menaces à la face àxk monde, cela est intolérable. Ce qui reste pour moi de Texamen de tous ces documents diplomatiques, c'est que les ducs de Wellington et de Montmorency ont été les seuls de bonne foi, qu'ils n'ont fait ni l'un ni l'autre ce qu'ils ont voulu et que nous sommes mal engagés dans une difficile entreprise. Quoi qu'il en soit, c'est du fond du cœur que je fais les vœux les plus ardents pour que notre loyal et généreux prince, le duc d'Angoulême, s'en tire honorablement. S'il parvenait, en dépit des Anglais et par miracle, à pacifier sagement et solidement l'Espagne, tous nos fanatiques seraient furieux, et je me réjouii'ais de leurs fureurs. Que si la question ne reste pas entre l'Espagne et nous, que ri, comme on le craint, le monde s'ébranle, maudits soient à jamais ceux qui nous ont ainsi compromis !
Nous serions quittes de la Chambre sans des ba* Tards déchaînés qui profitent de l'absence de la gauche. On parle de nous proroger. Je partirai flous six à sept jours. Je passerai mai en Champagne et probablement juin à Bruxelles. Je ne renonce point à l'Italie.
Avant de quitter Paris, j'aurai encore une conféreoce; et je présenterai à votre bonne mère, qui se porte bien, ma belle-fille, qui voyagera avec elle en
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juillet et qui lui tiendra compagnie à Ay, où je rai heureux de la soigner.
Je me suis strictement abstenu de la chancellerie depuis que mes bons amis Tout quittée ; mais Ymot qu'on me réclame en Champagne. Le fils de votre successeur^ épouse la fille d'un habitant des bords de notre Marne, de M. Boutin*, l'un de mes cdlègues au Conseil général du département.
J'embrasse père, mère, enfants, et je me rappelle au bon souvenirde la jeunesse.
1223.— S. A. R. le duc de Galabre à M. de Serre.
Naplcs, ce ^ avril 1833.
Mon cher comte,
Je vous remercie infiniment pour l'attention que vous m'avez témoignée en m'envoyant la feuille du Journal de Paris qui renferme la prochunation de S. A. R. le duc d'Angouléme aux Espagnols. Je souhaite que le Tout-Puissant bénisse les opérations de Tannée fran(;aîse en Espagne et ramène le
* M. do Peyronnet. :
* Cliarles-Marie-Hippolytc, baron Boulin, mardchal des camps et armées du Roi, clievalior de Saint-Louis, etc. NV â Paris en 1761, il mourut à Barzy (Aisne) le SI norembre 1839. Do ISBtl A 1839, il fut maire de ccUe commune.
calme dans ce pays. En attendant, je vous prie d'agréer l'assurance des sentiments d'estime et de considération avec lesquels je suis votre très afifec-
tienne ami\
François.
1224. — M. de Serre à sa mère.
Naples, ââ avril 1833.
J'ai reçu en même temps, chère maman, votre lettre du 23 mars et celle des 31 mars et l*"' avril. Je suis bien content du retour de vos forces, et j'espère bien que le bon résultat de vos promenades vous engagera à les continuer. Nous nous promenons lîeaucoup aussi. Il faut ici profiter des derniers moments du printemps, car les grandes chaleurs de Tété ne permettent guère de bouger.
Je suis charmé que les du Teil établissent une de leurs filles et que cet établissement fasse le bonheur d'un des Lanty ; c'est double motif de joie. Eugène* est un brave garçon et rendra M'"" Eulalie^ fort heureuse. Faites-leur, et à tous à l'occasion, nos
* Le duc de Calabre témoignait à M. de Serre une bienveillance toute particulière ; il se plaisait à converser avec lui.
• Eugène Lanty, né en 1785, ^lait fils de Christopho-François- Sebastien Lanty, conseiller au Parlement de Metz. Après avoir exerce' les fonctions de receveur particulier des finances à Briey, il prit sa retraite en 1858 et mourut à Metz en 1869.
^ Fille du baron Cifsaire du TeiU
l» CORRESPONDANCE.
compliments. Nos tendres amitiés à Turmel; s'il a pris une bonne dose d'enûui à la Chambre, il y aium aussi appris, avec son grand bon sens, à voir leschoses sous leur véritable point de vue. Je n*at point reçu la lettre de lui dont vous me parlez. Mille hommages à M""** Desprez. Elle sera bien aimable, lorsqu'elle recevrades nouvelles de son mari, de vous les communiquer tout de suite pour que vous me les donniez. O'hegerty doit être content. Je l'embrasse, lui et les siens. Je suis bien aise aussi du placement de M. d'Adhémar.
On nous donne ici de premières bonnes nouvellesde l'année ; mais ce n'est que beaucoup plus tard que nous en aurons de décisives.
Nos amitiés à M'"*" d'Augîer et à son mari. Où est maintenant Maud'huy le marin*?
D'après les dernières lettres de Paris, j'ai les plus grandes craintes pour la vi(î de la pauvre Eugénie*. C'était une bonne et aimable fennne qui a soutenu avec bien ilc la vertu de très-longues souffrances. Elle m'a toujours montré un tendiv et véritable attaclienient. Combien d'élres déjà que j'ai tant aimés et qui m'atlt'udeut dans Tautre monde ! \u revoir, clière maman et meilleure amie. Conservez-vous bien : (|ue nous puissions vous aimer loni^temps encore dans celui-ci. Nous vous embrassons tendrement.
Votre enfant,