‹ Correspondance du comte de SerreChapitre 8 sur 78 · DE TOULON · texte numérisé non relu

DE TOULON

« Le 56, le gc'nëral comte Molitor est arrive A Saragosse avec tout son corps ; la population a te'moignd la plus vive allégresse- On y a trouvd quarante-huit bouches à feu et beîiucoup de bombes.

« Le blocus de Mequînenza est levé par suite du mouvement dn g^n^ral Molîtor, qui va marcher sur L<5rida.

« Ballestcros se retire sur Valence. »

tîon, ce qu'on fait chez vous sur les prises, corsaires, etc., en vertu de la note que vous aves sans cloute, comme moi, reçu ordre de présenter» Ici Ton a rendu une ordonnance conforme à celle des Pays-Bas. J'aurais voulu plus; mais on m*m objecté que la Toscane et Rome faisaient bien moins^ et que Naples les imitait.

M. de Caux\ qui a été mon secrétaire de léga» tion pendant trois ans*, m'écrit de Vittoria. Les paysans et le clergé sont pour nous; les hautes classes et le commerce sont contre et se sont enfuis, mais surtout par crainte; l'ordre qui rèi^ne chez nous en a déjà ramené beaucoup.

1234. » M. de Serre à la comtesse de Kajeneck^

Le 8 mai 1803.

Je viens, chère Pauline, vous embrasser. Annette s'est chargée de vous répondre; elle vous a dit cpiels

* Lo comte Roger de Cauz.

' M. de la Tour-du-Pin dtait alors ministre plëniiK>tciiijaire |)rés la cour des Pays-Bas. — Voyez t. III, p. fi\U.

3 I^ulinc du DIaiseU tille du marquis Camille du Dlai^rl, avait ^pousc^ en 180U lo comte FrddoVic de Kagcneck» d'une anrienn«» famille du Drisgau allide aux Metlcmich. Elle mourut i Marseille en 185(1.

nouveaux chagrins sont venus nous assaillir et ajouter aux peines de l'absence et de Tcxil. Nous luttons de notre mieux, nous aimant d'autant plus que nous éprouvons plus de pertes, seule consolation possible, s'il y en a.

Nous avons regretté votre frère ^ et nous serions fort aises que son avancement le ramenât prés de nous. Donnez-nous de loin en loin de vos nouvelles. A'otre fils* répond-il à vos soins? N'est-il jias trop gâté? Pensez souvent que c'est votre plus grand espoir de bonheur dans l'avenir et que ce bonheur, vous le devrez uniquement aux vertus que vous aurez cultivées en lui.

Parlez de moi au bon Faber. llemerciez-le de m'avoir écrit ; assurez-le bien que je l'aime tendrement et que je serais heureux de le revoir. Et vous aussi, chère Pauline, il faut espérer que nous vous i-e verrons. Jusque-là conservez-nous votre tendre amitié, et comptez sur la nôtre.

Votre dévoué cousin,

H. DE Serre.

' Le marquis Auguste du Blaisel. — Voyez ci-dessus, p. 113. *Ce fils, ne en 1811, mourut en 1830. Son père mourut aussi vers la même ëpoqne.

IM CORR£dPONDANCE.

1235.— M. Niebnhr à M. de Sarre*.

Rome, 9 mai 1883:

Mon cher et respectable amî,

La pi'cmière chose que j'écrive, après être arrivé dans cette ville devenue pour moi comme une seconde patrie, c'est cette lettre que je vous adresse. La vôtre était déjà arrivée avant la fin de notre lent voyage : c'est la première chose que j'ai lue ici après la lettre d'une amie de jeunesse*, qui, il y a quelque trente ans, prit la direction de ma vie pour la conserver longtemps, comme un ange gardien, et que j'aperçois maintenant devant moi et au-dessus de moi, pareil à un esprit envolé, dans un monde meilleur; d'une amie qui a éveillé et vivifié en moi les meilleures forces de l'esprit et du cœur.

Je n'ai pas de i)aroles pour vous dire combien je vous auiu», combien votre présence et votre conversatiiHi me manquent: il faudrait pour cela des paroles (le passion, et je n'en sais plus dire. Les moments les plus heureux de notn? séjour en Italie sont ceux que nous avons passc's avec vous et les vôtres, et, grâce àvous, Naples restera dans notre souvenir, tant que nous vivrons, comme un lieu de délices. Tu vrai ])onheur dont on a joui est impérîssal)le dans sa meilleure partie; d'ailleurs à IVigeau.x

* C4'tl<; lotirc «.•( los deux suivantes sont Iraduitcd Je raUenianil. > M«« Uen^ler.

ANNÉE 1893. lUT

limites duquel je me trouve il ne reste plus guère que des souvenirs. Pourtant, si jepouvais vivre avec vous,, je rajeunirais, ce me semble, et ne vieillirais pas.

J'ai appris aussi à vous connaître comme époux et comme père, et mon affection pour vous a trouvé là une nouvelle et riche matière. Ma femme et mes enfants sont attachés à vous et aux vôtres avec la cordialité sans laquelle Tamitié de deux hommes qui sont pères de famille reste incomplète. Je vous félicite de votre bonheur domestique, et je m'applaudis^ de n'avoir rîen à vous envier. Je me rappelle toujours. votre femme avec respect et avec la joie que l'éclat, la force et la gi*âce de sa personne inspirent et répandent sur tout ce qui l'entoure. Mon cœur est à vos enfants comme à mes proches parents.

Ma femme, habituée à une amitié franche, l'avait en vain cherchée ici durant des années : Elle l'a trouvée à Naples ; et, lorsqu'elle y reprenait ses forces, c'étaient bien moins l'air et la mer, comme dans sa patiie, qui la réconfortaient que vous et votre chère compagne. Marcus ne vous oubliera jamais, et la pensée de ce que vous pourriez approuver ou blâmer sera toujours pour lui, je Tespère, un puissant stimulant au bien. A mesure qu'il grandira et se développera, il entendra de plus en plus parler de vous ; l'attachement qu'il a pour vous est un sentiment sacré que je me fais un devoir d'entretenir. Lui et les petites se souviennent de vos enfants avec une joie enfantine, et de M""' de Serre avec reconnaissance et amour.

Nous tous, et le cœur de ces enfants innocents

lis CORRESPONDANCE.

non moins que leurs lèvres pieuses, nous demandous pour vous et les vôtres lesplus riches bénédictions du Ciel, la conservation de tout le bonheur que vous possédez, un emploi digne devotre grande amc et le succès dans cet emploi.

Ces sentiments sont notre reconnaissance pour lalTection ^t la bienveillance que vous nous ave« témoignées et pour Theureux temps que nous vous devons.

Je vous remercie cordialement de vos lettres grâce auxquelles votre patrie ne restera pas pour nous une terre étrangère. Je j)ouri'ai parler de vous en toute liberté avec vos parents et avec vos amis; ici, quelques jeunes amis exceptés, je ne le puis pas.

Le cardinal Consalvi vous remercie beaucoup de votre lettre: sa santé est bien meilleure ^ Le Pape a passé une journée mauvaise. De misérables intrigues de cour l'ont empêché de réaliser son projet d'aller jouir de l'air le plus pur des montagnes : cela j)eut très-bien mettre sa vie en danger, et prive le

^ M. NicYiiilir portait au cardinal Consalvi une sincère alTection, et le regardait comme un des premiers homme» d'Etat. Le 90 mai il lui écrivit de Pologne :

«• Éminence,

« Je no quitterai pas l'Htat où je vvcii^ si longtemps, et où j'ai

joui de tant d'amitië et d'hospitalitd, ftans exprimer encore une

fois mon inddl^bile reconnaissance et mon e'ternel attachement â

l'homme illustre auquel je suis redevable, plus qu'à tout autre,

des félicitas qui ont signale' mon s^our à Rome «* {*Wmoireê

du cat*dlnal ConsoU'it oi'cc une ininodaction et de» noteSt par J. Crrlincau-Joly. 2* c^dition, t. !•', p. \6U, Paris. 180C. — Comfiarei aussi p. 1S9> 133, Ihl et 16/i.

ANxNÉK 18â3. m

cai'dînal Consalvî d'un changement salutaire. Mais les hauts employés de la cour ne veulent pas échani;er la capitale et ses distractions contre la solitude avec un vieillard^ .

Je n'ai rien à vous dire de notre voyage, sinon que nous l'avons heureusement terminé. Nous avons d'autant plus joui de la magnificence du pays pendant les deux premiers jours que notre âme était plus émue: je ne connais pas au monde un endroit plus beau que Mola avec sa baie.

Nous partirons d'ici lundi 12, et de Florence (mon adresse chez Luigi Wolff) vers le âA. C'est de là que je vous écrirai.

Par Gènes est arrivée la nouvelle (on la tient ici pour certaine ) que les Français sont entrés à Rosas sans résistance. Cette forteresse, qui, en 179/» -1795, a soutenu un siège assez long, serait-elle démantelée ? car on ne s'explique pas plus une capitulation si subite d'une place forte d'Espagne qu'on ne s'attend à une résistance sérieuse en plaine du côté des Espai;nols. On pense ici (jue vos troupes sont entrées dans Madrid depuis le 28 : cela me paraît géographiquement impossible, bien qu'il ne puisse y avoir aucun danger à faire avancer aussi loin une division, même isolée. Je parierais tout ce qu'on voudra que, sauf en Catalogne, où Mina réunira tout au plus 12,000

* Dans les affaires de sa mission, M. Nicbuhr avait pu apprécier les Tertas de Pie VII; il éprouvait à son ëgard une profonde vdnëration. Quand il prit congd du Saint-Pére, calui-ci lui (dmoigna ses regrets : « Vous ne m'avez jamais fait entendre que la vdritë, » lui dit-il. — Consultez la Notice sur B. -G. Niebuhr, par M. deGolbcfry.

hommes, il n'existe pas d'armée espagnole en moment.

Pour le reste, Dieu veuille diriger les cœurs eH accorder la sagesse !

Mon cher ami, en vous disant adieu, j'éprouve <x>mme la douleur d'une nouvelle séparation. Je vous embrasse de toute mon âme, et je me recommande, avec ma chère Marguerite ( vous savez que c'est le nom de ma femme), à votre noble compagne; die vous salue très-cordialement et votre Marcus vow •embrasse avec une affection filiale. Tous nous saluons et embrassons vos aimables enfants. Je suie avec une estime et une afTection immuables votre ami tout dévoué,

NlBfiUUR.

Dimanche dernier vos tableaux ont enfin quitté cette ville.

1236. — M. Niebuhr à M. de Serre.

RoQU), 9 niai 18â3.

Mon respectable ami,

J'essaye de vous faire panenîr, par la voie du •commerce, une nouvelle qui, à tous i-gards, est importante pour vous.

Il semble certain que le roi de Naples restera à Vienne pendant tout Tété, ou plutôt le bruit court ici que c'est tout à fait décidé.

'ANNÉE VM9. V5i

Ce que je vais vous dire vous paraîtra incroyable; mais, si vous y regardez de près, vous ne le trouverez pas sans vraisemblance.

On a représenté et fait comprendre à votre ministère que, dans cette chasse aux lièvres, il serait peu facile de s'emparer du roi d'Espagne, et que, à la Imigoe cependant, la Junte ne le pourrait pas remplacer. On a donc proposé de nommer à la régtmce du royaume son oncle, le roi Ferdinand de Ni^les, toutefois avec le droit de se désigner un lieutenant. Il n'est pas probable que ce soit le duc d'Angoulême qu'il délègue. La nomination doit se faire dès que la Junte sera installée à Madrid ; et Ton ne cesse de soutenir ici que celte ville sera occupée le 28. Alors le comte Brunetti paraîtra avec son caractère de ministre d'Autriche.

Le but vers lequel tendent toutes ces façons d'agir est facile à deviner.

Deux corsaires espagnols ont paru devant Civita- \"ecchia ; leur arrivée a fait cesser les transports de blés à Marseille qui avaient commencé d'une manière avantageuse.

Je ne vous parlerai pas de la proclamation de la Junte. Vous savez peut-être qu'Eguia^ est un vieux général ambitieux, sans qualités personnelles. Je ne sais rien des deux autres.

< Don Francisco Eguia, ne à Durango (Biscaye). l\ combattit contre Napoléon et fut nomme, en I8IJ4, ministre de la Guerre. ha érénemenis de 1820 le forcèrent à se réfugier en France. Il prit mie part actire à, l'organisation de l'armëe de la Foi; il fut nomm^ capitaine gênerai par la rëgence (18^) et confirme dans ce grade par Ferdinand Vil. 11 mourut à Madrid en 18S7.

Donnez-moi à entendre si cette lettre vous est parvenue sans avoir été ouverte. Si vous en ête» i certain, écrivez-moi dès que vous croirez pouvoir : le faire en sûreté, sous le couvert d'une maison de : commerce, à *'^*, à Rome, ou, quand j'aurai quitté : ritalie, de même à Saint-Gall sous l'adresse de**** Les nouvelles institutions postales de rAutiiche, auxquelles a donné lieu l'impardonnable retard que la correspondance éprouvait à Bologne, (Mdt placé sous la surveillance d-'une seule police toute la correspondance italienne : l'expédition des lettres pour l'Allemagne gagne en rapidité; mais même les lettres pour Parme doivent passer par Mantoue.

De tout cœur, votre ami.

1237. — M. Niebuhr à M»* Hensler.

Rome, le 11 mai 1833.

Mes relations avec de Serre étaient pour nous tous un bien précieux. Nous étions devenus amis à un âge où ni l'un ni l'autre ne croyaient plus qu'il fût encore possil)lc de former de tels liens (il a cinq mois et demi de plus que moi). C'est tout à fait une grande âme et un cœur profond; jamais cœur plus pur n'a battu dans une |>oitrine d'homme. Marcus était devenu son favori, et, dans nos promenades, de Serre lui donnait volontiers la main;

Tenfant éprouvait pour lui un attachement passionné et presque inexplicable, comme s'il avait conscience de la grandeur de celui qui l'accueillait si amicalement. Déjà à Rome, le jour où de Serre nous quitta (et Marcus ne l'avait vu alors que très-peu), comme nous traversions les appartements à pas lents et en causant, il courut après nous pour lui baiser la main encore une fois, Mais les adieux de Naples étaient plus émus, plus passionnés ; il ne pouvait ni se consoler ni s'arracher à lui : « Je suis si triste, s'écriait-il en sanglotant, je l'aime comme toi. »

1238. — M. de la Boulaye à M. de Serre.

Ay, prés Épernay, 19 mai 1823.

S'il y avait eu, cher ami, quelque chose d'arrêté pour ce voyage dont vous me parlez dans votre n"* 13 et dont vous a parlé M"""" votre mère, je vous en aurais prévenu Voici le fait. Mes parents de Bruxelles ne se portent pas bien, surtout le chef de la famille, et je suis fort pressé par eux de descendre aux Pays-Bas. J'ai en outre presque promis à mon filleul de lui faire une visite à son collège des bénédictins de Douai. Des enfants de ma connaissance ont été élevés, et bien élevés, dans ce collège. Joseph de Mareuil (c'est le filleul) sait le français et l'allemand, et il faudra bien qu'il apprenne l'anglais

15fc CORRESPONDANCE.

là OÙ Ton ne parle que cette langue. Il nedés^ipprcn» dra pas Tallemand, car il a pour camarade et pour

^mi le fils d'un Danois germanisé. Si donc on n^envoie pas mon cousin aux États-Unis ou vers rétoUe polaire, ce dont le Ciel veuille nous préserver, il est probable qu'à la fin du mois de juin je cbemineFÛ vers la Belgique. Mon Conseil général du départe-» ment ne finira que le 20 juin. Les derniers jours de ce mois et la plus grande partie de celui de juillet seront consacrés au cousinage. Puis je reviendrai ici et j'y attendrai M"'' votre mère et ma belle-fille. Adressez toujou'Ts vos lettres à Ay ; elles me seront envoyées en Belgique si j'y suis.

J'ai dû quitter Paris un peu précipitamment parce que Bourdeau et A'andeuvre, fort pressés de venir voir mes vignes, entre la fin des députés et celle des pairs, se proposaient de marcher sur mes talons. J'ai couru. Le jambon cUit et les côtelettes grillées, ces beaux messieurs m'ont mandé (|u'il leur était survenu je ne sais quel accroc, et il a fallu m'en passer. Le jour même de mon départ, j'ai voulu faire des adieux au n" 3G7 de la me Saint-Honoré, et je n'y ai trouvé personne à neuf heures du soir, chose étonnante; mais on avait dîné chez M"*'' l)eôprez. Les deux délaissées, l'une de son fils, l'autre de son mari, avaient beaucoup à dire.

Des rapports du major général Desprez, un seul a paru jusqu'ici. Ce rapport^ est plein de sagesse. Le

' Le conmienccnicnt de ce rapport a Irait aux op<f rations militaires. Voici ({uclqucs passager de la fin : M Les habitants do Girone avaient envoyd une df^putatîon â

maréchal Moncey est heureux d'avdîr un tel bras droit.

Tout ira merveilleusement en Espagne. On aime beaucoup le généralissime, et dn cpiartier général on me demande du vin. Si la fin répond à de si beaux commencements, nous y gagnerons du moins la culbute de l'influence anglaise sur ce coin du monde, pourvu qu'après avoir eu Thabileté de la guerre nous ayons celle des affaires. Le ministère anglais est évidemment discord et gêné. Il bat l'eau, il fait des phrases. Tous les consuls de France en Espagne ont reçu l'ordre de retourner à leurs postes, et ils

M. le maréchal Moncey pour liâter l'arrÎTëe des troupes franqÛMB. Depuiâ plusieurs mois, de fortes contribulions leur avaient été imposées; ils étaient menaces de nouvelles exactions par un corps de 3 ou WO miliciens qui se trouvaient à une petite distance de leur ville. La retraite de l'ennemi laissant disponible une partie des troupes, le marëclial se rendit, le 3 mai, de Baûolas à Girone, à la tête d'un régiment de cavalerie et d'un régiment d'infanterie. Sur toute la route, la population des campagnes fit <fclater le plus vif enthousiasme. Celui des habitants do

Girone serait difficile à décrire Cette alldgresse g^ndrale fit

une vive impression sur les militaires français, et particulièrement sur ceux qui avaient fait la dernière guerre Il y a lieu

d'espërer que, dans presque toutes les villes considérables de la province, les mêmes sentiments se manifesteront. Les pays occupes psr le h^ corps vont être organises. Une administration sage et ferme doit rassurer les esprits, provenir les vengeances particulières, augmenter les ressources et les forces do l'armde royale de Catalogne.

« Ginme, 3 mai 1893.

« PjLT ordre de M. le marëchal commandant en chef,

« Le maréchal de camp, chef d'e'tat-major,

M Desprez. »

(Moniteur da 8 mai.)

s'y rendent à mesure que notre année nettoie les places. On parle d'y envoyer comme ambassadeur un pair de France; ce n'est sans doute ni Mole ni Barante. A travers tous nos succès, notre argent coule comme dans un crible à larges mailles. Aux Affaires étrangères, on ne regarde que de ce côté, vers lequel est aussi tournée la bouche du sac.

La campagne me sied. Je revois mes affaires. J'entasse des vins, car on vend peu. Je Us, je me promène et je paye ma dette au malheur en ne voyant autour de moi que des ivrognes.

C'est pour aller poser la première pierre d'un cimetière que je vous quitte. Je me serais fort bien passé de cet honneur.

Mille tendresses, bien cher ami. Tout à vous; amitiés aux jeunes gens et sans oublier M. Riboulet.

1239.— M. de Serre à sa mère.

Naples, 13 mai ldS3.

J'ai répondu, chère maman, par le deniier courrier, à votre lettre du 17 avril; c'est la plus récente de vous. Je vous prie de dire à M™** Desprez que nous avons reçu les empiètes de ménage auxquelles son mari et elle ont bien voulu donner leurs soins ; nous sommes très-contents et reconnaissants du

goiit avec lequel les divers objets ont été choisis. Tout est arrivé en bon état

Nous avons appris la mort du dernier oncle d'Annette, M. d'Huart de Jamoigne : c'était un brave homme que vous avez peut-être vu à la Sauvage ; il laisse une nombreuse famille

I^es journaux vous auront appris aussi la blessure du gendre de M. de Chevers, le colonel Mtll- 1er' ; ce sera un grand chagrin pour sa femme et son Ijcau-père*.

Toute la petite famille se porte bien

La I3oulaye m'écrit du 21 avril; je vois qu'il compte toujours sur vous à Ay. Vous pourrez de là m'écrîre, soit par les Affaires étrangères, soit par la poste directement.

* Marie-François-Joseph, baron do Millier, né à Colmar le 3 niai 1780. Hussard volontaire en 1800, sous-lieutenant et chevalier de la L(5gion d'honneur en 1806, capitaine en 1809, aide de camp du général d'Erlon en 1810, chef d'escadron et offîcier do la Légion d'honneur en 1813, lieutenant-colonel en 1817, colonel des hussards du Das-Rhin en 18^, colonel des hussards de la garde en 18%, il quitta le service«aprés la révolution de 1830 avec le grade de maréchal de camp. Il mourut à Colmar le 5 septembre ]8i^!!. Depuis l'afiTaire de Logroilo, il était commandeur de la Légion d'honneur et chevalier de Saint-Ferdinand (2® classe). Depuis 1815, il était chevalier de Saint-Louis.

* u Nouvelles de V armée d* Espagne.

« La division Obert a occupé hier Logroûo. Cette ville était

défendue par 8 à 9C0 hommes Le général Vitré enfonça le

carre que ces troupes avaient formé, et il prit leur général, plusieurs officiers, 300 hommes, un drapeau et une grande quantité d'armes et de bagages. L'ennemi eut, en outre, un bon nombre de tués, parmi lesquels un colonel. Nous n'avons eu

Nous avons fait un service à mon pauv^ne pènt le 9 de ce mois, vendredi dernier. Nos tit)is ainéry ont dévotement prié. Je veux faille faire une oopie de son portrait, qui est si ressemblant, et vimshVmÊh voyer. Ma femme, mes enfants vous OTabraMWifc^ et moi plus tendrement qu'aucun.

A'otre bon fils et meilleur ami.

1240. — K. de Sarre à M. Niobnlir.

Naples, 13 mai IMBL

• J'ai reçu, mon excellent ami, votre letti-e du 9 qui m'apprend votre heureuse anûvée à Rome. SuiVaDt l'indication que vous me donnez, je vous réponds à Florence; j'attendrai, pour écrire encore, une indication nouvelle, car je suppose que vous ferez un autre séjour entre Floi^ence et Saint-Oall. J'espère que la fraîcheur des vallées alpines pendant les premières chaleui's fera grand bien à votre digne

que quelques blessds. Il est à regretter que lecokmel MûUerftfes hussardâ du Bas-Rliin), qui a charge à la iéio do son régiment de la manière la plus brillante, soit de ce nombre ; mais sa blessure» quoique assez grave, ne donne aucune inqui(^tude. « Au qnarticr-gcfnrfral de Vittoria, le 10 avril IS^J. M Par ordre de 8on Altesse Royale,

tt Le major g^n<^ral,

tt Comte GciLLSiiiNOT. «* (hfonilettr du Sft arriU)

épouse et que les eaux achèveront le rétablissement desasanté; ces voyages, ces séjours ne peuvent aussi que fortifier vos petites ; poui* Marco, c'est la force personnifiée.

Toute ma famille est telle que vous Tavez laissée. C'est ce que je désire pouvoir souvent vous répéter. Nous avons encore reçu d'au delà des monts ime nouvelle de mort : ma femme a perdu un oncle, le dernier frère de son père. Si nos pertes continuent ainsi et que notre absence se prolonge, nous ne retrouverons plus un parent.

Ce colonel Muller, qui a été grièvement blessé à lattaque de Logroùo, venait d'épouser, dix jours avant de partir pour l'armée, la fille unique d'un de mes plus anciens amis, d'un de mes camarades d'émigration et de guerre, qui lui-même, il y a près de trente ans, a été blessé à mes côtés ^ et qui me l'emplacc comme premier président à Colmar. Nous avons des nouvelles de Paris du 3. Le maréchal Oudinot^, à Burgos, jwussaitses divisions sur les ave-

« Au combat d'Oberkainlach (13 août 179G;.

' Nicolas-Charles OuJinot, né à Bar-1e>Diic le t5 avril 1767. General de Lri^de en ITO/i, gdnëral de dÎTision en 1799, maréchal d'Empire ci duc de Ueggio en 1809 Sons la première

Resiauralion, il devint commandant en chef des grenadiers et des chasseurs royaux» ministre d'État, pair de France, gouverneur de la 3* division militaire (Metz). Durant les Cent-Jours, il fut fidèle au Roi, qui, à sa rentra, le nomma l'un des majors gênérmox de la gaurde royale, membre du Conseil privé et commandani en chef de la ^/BLtde nationale de Paris. Le 30 septembre 18âÛ> il reçut le cordon bleu et, en 1833, le commandement du 1®' corps de Tarni^e d'Espagne. Grand chancelier de la Ldgion d'honneur le 17 mai 1831S gouverneur des Invalides le âl octobre 18^ il mou-

nues, et Tavant-garde du général Molîtor^ était entrée à Saragosse.

J'ai reçu exactement, et presque aussitôt que la première, votre seconde lettre du 9. J'ai bien de la peine à croire à ce que vous me racontez. Mes amis m'ont souvent reproché de juger trop favoral>lement les hommes et de ne pas croire assez facilement le mal ; mais l'idée dont vous me parlez serait à la fois folle et désespérante. Ne pensez-vous pas que l'Angleterre soutiendrait avec raison que les mêmes traités qui s'opposent à la réunion des couronnes sur la même tête s'opposent aussi à la réunion du gouvernement dans la même mainr? Vous aurez

rut à Paris le 13 septembre IS/w. — Voyez le Maréchal Oiulinoi et ses flSy par le baron Gay de Vernon. Paris, 1861.

* Gabriel-J^an-Joseph Molitor, né le 7 mars 1770 au bourg d'Hayange, dans la valli^e de la Moselle, ëtait le fils d'un soldat» devenu fermier. Ses parents le destinaient à la prêtrise, et même il fut tonsurd. Volontaire en 1791, g<*neral de brigade en 17£W, gdndral do division en 1800, il fut cliarg<5, en 1806, du gouvernement gdnëral de la Dalmatie, et, en 1811, du gouvernement gênérai de la Hollande. En ]81/i, Louis XVlll le nomma inspecteur g<fnëral d'infanterie, chev.ilier de Saint>Louis et grand-croix de la Légion d'honneur. Kn 1815, Napobfon lui confia l'organisation et le commandement des gardes nationales de la 5** division et le fit entrer â la Chambre des pairs. Pendant les premières ann<fes de la seconde Restauration, il se tint à l'<5cart; mais, en 1818, I8S1 et 1833, il exerça de nouveau les fonctions d'inspecteur gdiMfral d'infanterie. En 1833, il commanda le 9^ corpe de l'armée d*Ee» pagne et reçut , le 5 octobre, la dignité de pair et le bâton de maréchal. Il devint gouverneur des Invalides en 18(i7 et grand chancelier de la Légion d'honneur en 18^. 11 mourut à Parts le » juillet 18/i9. — Voyez le Afan-chcd Moliior, par M, Nicot. Pari», 1857.

VU les papiers mis sous les yeux du Parlement anglais par les ministres. Je sais leurs embari'as divers, et Ton peut leur appliquer mieux qu'àpersonne la devise : qui trop embrasse mal éireint. Toutefois ce début de M. Canningest au-dessous de l'idée que j'avais de ses talents. Il me semble qu'il a manqué à la fois de prévoyance, d'activité et de dignité.

Un de nos membres de l'Institut arrivant de France m'a donné des détails curieux sur le développement progressif de notre industrie, notre agriculture, notre population depuis la Restauration. Le dénombrement achevé il y a un an était de 31,500,000 âmes. L'accroissement annuel est de h à 500,000 âmes, et l'état de notre sol laisse beaucoup de marge à la culture arriérée dans beaucoup de départements. Si l'Angleterre est trop étendue, nous sommes donc trop concentrés, et nous trouver un développement naturel n'est pas un des problèmes les moins difficiles de la politique.

Mon cœur a senti profondément tout ce que vous m'écrivez surma femme, mes enfants, sur l'attachement que nous accordent votre digne épouse, le bon Marco et vos chères petites, sentiment que vous me promettez d'entretenir.

Je désire beaucoup que vous passiez à Metz ; si vous vous y décidez, prévenez-moi à temps : je vous nommerai plusieurs de mes parents, de mes amis que je désire que vous connaissiez. Metz est pour ainsi dire mon berceau.

Ma femme, Gaston et Louise me chargent de toutes

leurs tendresses pour la famille voyageuse. V. 11

Au revoir, noble et bien -aimé ami; j'ai besoio i de penser que je vous reverrai. Mes hommages à : madame.

A vous de cœur.

J'apprends à l'instant que mes tableaux de Rome sont ici à la douane.

IMl.— Le comte de Saint-Crioq* à M. de Berrm.

Paris, le 15 mai 1893.

J'ai voulu, mon très-cher et très-honoré comte, attendre le retour de mon fils pour vous remercier de la bonté avec laquelle je savais déjà que vous l'aviez accueilli. Il m'en a parlé de nouveau avec la plus vive reconnaissance, et je vous prie de croire à toute la sincérité de la mienne; veuillez en faire partager Thommage à M"*® de Serre. Je n'avais pas besoin que mon fils allât à Naples pour savoir que votre santé s'accommodait à mei*\'eillc d'un si beau ciel. La Boulaye sait tout ce qui vous touche, et j'ai su par lui tout ce que je mettais du prix à connaître. Je ne vous en dirai pas moins ce que je vous ai dit souvent dans sa personne : Quand vous reverrons-nous à Paris? Vous êtes de ceux qui ne peuvent rester bien longtemps loin de leur pays«

« Voyez 1. II, p. 89.

ANNÉE 189a I6S

parce que vous êtes au premier rang de ceux dont leur pays peut le moins se passer.

Agréez, mon très-cher comte, la nouvelle assurance de tous les sentiments dont je m'honore de faire profession pour vous, et comptez-moi toujours au nombre de ceux qui vous sont le plus sincèrement attachés.

Saint-Cricq.

1242. — Le duc de Laval à M. de Serre.

Rome, 16 ma! 1823.

Monsieur le comte,

J'ai reçu hier, par un courrier du cabinet, les quati*e dépêches à votre adresse que j'ai Thonneur de vous transmettre.

n paraît que nos affaires vont très-bien en Espagne, et que le bon esprit des habitants fait tomber tous les bruits qu'on s'était plu à répandre au commencement de cette guerre. Il me semble que la grande affaire du moment est dans les négociations qu'oïl suppose que M. de Alartignac est allé entamer à Séville. Le secret de la paix ou de la i^uerre est là.

Je prends de bien bon cœur l'engagement de vous communiquer les nouvelles. Je compte sur la

l(Ui CORRESPONDANCE.

réciprocité, et vous êtes dans le cas de l'exercer par la fréquence de vos courriers de commerce.

M. de la Tour-du-Pin me transmet habituellement les bulletins télégraphiques, et, si j'ai des occasions qui précédent la poste, je vous les enverrai.

Je me félicite avec vous de notre nouveau cardinal français* nommé dans le consistoire de ce matin.

Je renouvelle à Votre Excellence les assui^ancesde la haute considération avec laquelle j'ai 1 honneur d'être son très humble et très obéissant seniteur,

Montmorkncy-Laval .

< Louis-Henri de la Fare, fils du marëclial et pclit-fils du poiSté de ce nom. Il naquit prés do Luron le 8 septembre 175S. Éréqne de Nancy en 1787, il fut de'putd par le clergë de cette ville mnx Éiats>Gent^raux, et, le 5 mai 1789, à la messe du Saint-Esprit, il prononça le discours d'usage. Il dut quitter la France après le 10 août. A partir de 171^5, il possi^da la confiance de Louis XVIII, qui le cliarg«*a de plusieurs missions importantes II devint premier aumônier de M"*® la duchesse d'AngouIême en 1815, archevêque de Sens on 18âl, pair en 18^, cardinal le 10 mai 1823. Le S8 mai 18^, ii prononça le discours par lequel s'ouvrirent les C(.'r»5nionics du sacre. Il mourut à Paris le 10 décembre 1829.

1243. — Le général Desprez à M. de Serre.

Girone, 21 mai 1853.

J'ai eu de vos nouvelles, mon cher ami, avant de passer la frontière; depuis lors j'en ai été entièrement privé

Vous avez connu nos premières opérations; elles seraient plus rapides si nous avions affaire à un ennemi qui voulût franchement combattre; mais il évite tout engagement sérieux, s'en va lorsqu'on marche à lui et trouve, dans la nature du terrain, dans les embarras que nous donne la rareté des subsistances, des facilités pour ses retraites. Mina, d'ailleurs, s'obstine, en restant sur notre droite, à menacer nos communications ou quelques points de notre frontière. Il se rappelle son ancien métier; lieureusement les dispositions des habitants à son égard s'opposeront à ce qu'il le fasse avec le même succès que pendant la dernière guerre. Les habitants nous reçoivent presque partout avec allégresse. Les villes des bords de la mer sont beaucoup plus froides que celles de l'intérieur; on y retrouve l'esprit qui caractérise presque partout la classe des commerçants. Il est bizarre que ce soit parmi ceux qui se sont le mieux trouvés de la Restauration qu'elle rencontre le moins de partisans. A Barcelone, il y a une grande apparence d'ardeur et

lee CORRBSPONOANCe.

d'enthousiasme; mais je doute fort que cela tienne contre des démonstrations sérieuses. Les autorités, pour ranimer le parti constitutionnel, annoncent sans cesse la protection de T Angleterre; mais ce moyen sera bientôt usé. L'occupation de Madrid, l'établissement du gouvernement provisoire qu*on doit y organiser, l'arrivée auprès de ce gouvernement des ambassadeurs de toutes les puissances de l'Europe doivent produire d'importants résultats. J'espère toujours qu'à la fin de Tété nos affaires seront terminées.

Adieu, mon cher ami; je vous embrasse du meilleur de mon cœur.

Je prie M""* de Serre d'agréer l'hommage de mon respectueux dévouement. Rappelez-moi au souvenir de vos enfants et de MM. d'Huart et de Saint* Mauris.

1244. — M. de la Boulaire à M. et à M»* de Serre.

Mareuil-en-Bric, ^ mai lvS23.

Mes chei^ amis,

Cette Icttpc du 17 mars, très-vieille de date et ne contenant que huit lignes, la date comprise, n'eu est pas moins un petit tivsor. Elle est arrivée ^à Paris depuis que j'ai quitté Babylone; elle y a été a)>portée par je ne sais quel voyageur, dans une

ANNÉE 18Sa 167

petite boîte adressée à M"® de *** ; extraite de cette boite avec le bijou en lave d'Ischia, elle m'a été adressée ici. Je suis en possession de la lettre ; mais je ne possède pas encore le bijou, que je n'ai pas voulu que ron confiât à des mains mercenaires, et qui me sera remis par ma belle-fille lorsqu'elle viendra avec M™*" de Serre, née de Maud'huy , s'établir à Ay. Je remercie donc du serre-papier sans ravoir vu; j'en remercie en homme persuadé qu'il est superbe et qui, pour employer les expressions de Fiévée, trouve ce petit meuble beau comme l'espérance. Quelle que soit, au surplus, sa forme, quelle que soit sa figure, je le trouverai admirable : c'est un souvenir, c'est un gage d'amitié, c'est un extrait de ce coin de l'Italie qu'habitent maintenant des personnes qui me sont bien chères. Ay s'embellira de ce bienfait. Je n'y suis pas, comme vous le verrez par la date de mon épître; j'en suis à cinq lieues, sur la terre de mon cousin, grande et belle propriété que ni lui ni moi n'avons explorée depuis près de dix ans, et qui se ressent de labsencc du maître et de l'ami du maître.

Là un vieux château, construit par cette duchesse d'Angoulème, bru de Charles IX, bru qui a survécu cent vingt-neuf ou cent trente ans à son beaupère, tombe en ruines, à la grande satisfaction du possesseur actuel qui, depuis vingt ans, veut, malgré moi, le rebâtir et qui, chaque année, ne voulant ni renoncer à son cheval de bois ni me rompre en visière, rit sous cape de tous les parquets qui se disloquent et de tous les plafonds qui se lézardent,

dans Tespoir qu'un jour, les uns me manquant les pieds ou les autres me tombant sur la tête, je ^ serai conduit à le prier moi-même de faire maisoB i neuve. Nous verrons qui sera le plus entêté. J^ai l peur que ce ne soit pas moi. Mais, si Toeuvredee î hommes est en décadence sur cette terre de Mê^ i reuil, les œuvres du grand architecte y sont magoi* ■ fiques. Des arbres séculaires, de beaux taillis, de * belles eaux, de beaux prés, tout y est paré mainte- [ nant des brillantes couleurs du printemps, tout y satisfait Tœil, tout invite à la retraite, tout ramène aux goûts champêtres

Cette mission dans les Pays-Bas, cher ami,n*est pas si vide d'affaires que vous paraissez le croire. C'est un observatoire d'où l'on découvre assez bien l'Angleterre; et même, dans les temps les plus calmes, on peut y nourrir la correspondance et lui donner quelque importance. C'est à mon grand regret qu'on quittera ce poste : mais enfin, si on le quitte pour le Nouveau-Monde, je n'oublierai point ce que vous me recommandez. Il jaillit presque toujours de cette communication avec les I*ays-lJas des hommages et des respects pour Naples ; je vous les relance.

Je vous quitte, mes chers amis, |X)ur me coucher à dix heures, parce que je me lève à (juatre. Je veux me rassasier d'occupations natales, pour lesquelles j'ai bien de l'attrait, avant de suivre vos conseils, cher ami, et je ne les suivrai que pour vous seul au monde. Les événements réagissent sur les champs comme sur les villes, mais avec de grandes difié-

l'cnces : c'est aux champs qu'est l'indépendance et le doux sonoimeil à la suite des fatigues de la journée. Je n'ai pas le talent qui mène à la gloire; je i!e suis pas dans l'âge des illusions, ma tête ne fermente plus que pour vous; je jouis, je jouirai de vos succès plus que de mes propres succès, si même j'étais d'étoffe à en briguer et à en obtenir.

J'embrasse vos chers enfants et vous, mes bons amis, de tout mon cœur.

Ay, 31 mai.

Comme un étourdi que je suis, j'ai envoyé à Naples la lettre de Bruxelles et vice versa. Mon pauvre cousin, qui soupirait après des détails sur sa terre, est fort désappointé; il me renvoie mon épître. Heureusement pour moi, je n'ai qu'un poids et qu'une mesure. Mes intimes amis peuvent avoir chacun sa fenêtre sur mon cœur; je suis partagé entre Naples et Bruxelles

Ceci est une occasion de vous dire que mes plaies aux jambes et aux côtes ont bonne façon et que j'ai Tespoir d'être guéri sous huit jours.

Tout à vous, mes bien chers amis.

1245. — M. Niebnhr à M. da Serrée

Florence, lo S2 mat l€S3,

Mon respectable ami,

Je numéroterai mes lettres afin que vous sacbics •et que j'apprenne si et quand elles ont été sous-* traites. Je vous prie de faire de même.

C'est ici que j'ai reçu votre lettre, et je vous en fais mille remerciments. La nouvelle perte que vous venez d'éprouver nous a bien attristés : le sort vont isole, vous et votre noble épouse, comme nous Tarvions été auparavant par le petit nombre de net parents. Dieu veuille vous conserver ceuxquevous avez! Un enfant innocent prie pour vous et les vôtres.

Nous avons heureusement achevé un voyage qui n'était pas sans nous donner de l'inquiétude. Lucie avait au départ un orgelet sur la paupière inférieure qui s'enflamma par la chaleur au point que l'œil de la pauvre enfant était tout enflé. Par bonheur, à Spolète, et contre toute at< on te, un médecin nous donna de bons conseils, et, à notre arrivée, le mal avait presque entièrement disparu.

Sur le plateau, entre Terni et Spolète, nous avions eu un avant-goût du froid (jui nous attend sur

• CeUe loUro est traluitc (le rallcmnnd.

ks Alpes et peut-être au delà. A part cela, il faiait très-cbaud dès midi.

Nous avons revu avec plaisir la cascade de Terni «t admiré pour la première fois Assise. Je crois que Tws ne connaissez pas cette ville, la ville de votre mnd saint et les majestueux monuments dus à Tinflienoe de l'illustre pauvre sur un siècle de foi. A Totore retour, ne prenez donc pas d'autre route que cdle qui passe par l^erni et Assise.

PrèsdeNarni le paysage est magnifique, et, pour pea que vous vous arrêtiez une demi-heure dans cetteville, vous verrez un des ouvrages romains les plus considérables , le pont d'Auguste. En Ombrie, kschamps, très-bien cultivés, réjouissent la vue. A Ârezzo, je vous recommande la cathédrale à cause de ses vitraux d'une beauté extraordinaire.

AulacTrasîmène, on se rend compte d'un fait qui D>st sicnalc par aucun liîslorien, et qui cependant '-t absolument certain: Annibal, que les Romains attendaient auprès de Rimini, sur la seule grand'roiite alors ouverte, celle de Rimini et de Foligno, mais qui, parti de Lucques, s'était jeté en Étrurie a travers la vallée inférieure de l'Arno, alors tout à fait marécageuse, arrivait prés de Cortone sur le Wd du lac et marchait sur Chîusî pendantque l'armée romaine, effrayée, s'enfuyait du côté d'Arezzo par les défilés impraticables de l'Apennin, pour rpcacner la route de Rome. Les Romains, sur la chaussée, battaient en retraite vers Pérouse; mais Anniixil fit une conversion et s'empara du défilé de Pasignano, justement de la même façon dont Davout

tomba sur nos derrières près de Kôsen dans notre malheureuse journée du Ih octobre ^ Annibal dére- *^ loppa &on aile droite sur les hauteurs de manière à faire entrer dans le défilé la tète de la colonne ro» maine et à la serrer dans toute sa longueur contre le lac*. Je ne sais si l'infortuné général Vaudoncourt?, ' dans la personne duquel votre patrie a fait une grande perte, a compris la chose de cette façon : aucun de ses prédécesseurs ne l'avait fait auparavant ; aussi je vous en parle pour que vous le remarquiez à votre retour. L'ouvrage de ^'audoncourt, quoique imprimé à Milan, ne pouvait passe trouver à Rome! Je pense qu'un général de Bonaparte aura

* Dans lanuitdu 13 au \h octobre 1806, lo manfchal Darout occupa le d^fil^ de Kosen ; quelques heures apr^, îl remporta l'dclatante et sanglante victoire d'Auerstonit. Ce mémo jour, Na* polëon fut vainqueur à lëna.

*La bataille de Trasiméne fut gagnée par Annibal sur le consul Flaminius Tan 317 avant l'ëre chrétienne.

3 Frëdëric- François Guillaume de Vaudoncourt naquit à Viaima (Autriche), de parents lorrains, le 91» septembre 177â. Volontairt en 1791, il devint major d'artillerie en 1797, gëndral de brigade en 1809, baron en 1810, général de division pendant les Cent- Jours, avec la mission d'organiser les îéâérés de la Moselle. A la seconde Restauration, il fut condamne à mort par contumaee,; mais en 18!25, lors du sacre, une amnistie accordée par Char* les X lui permit, ainsi qu*à beaucoup d'autres exilas, de revoir la France. Après la révolution de 1890, à laquelle il coopéra, il reçut le commandement du Finistère, qu'il échangea, l'ann^ suivante, contre celui de la Charente. 11 obtint sa retraite eo 183BL et mourut à Passy le 3 mai 18/i5. 11 a beaucoup écrit sur l'art dt la guerre, notamment Vllistoiie des campagnes dTAnnibai en Ilaliéi, Milan, 181S. — Voyez l'article insère par M. du Cassa dans la Nouvelle biographie générale (Didot), t. XLV, p. 105tt.

compris, ce qui a échappé jusqu'ici aux savants, qaWDuibal, avant la bataille de la Trébie\ fit le même mouvement que Bonaparte avant Maren go*. 11 avait passé le Pô au-dessous de Plaisance; il coupa à rannêe romaine la route de Rome : le Pô et les forteresses derrière lui, il était perdu s'il se laissait battre; mais il savait qu'il serait vainqueur.

Ici, eu Toscane, le voyageur se sent réjoui à la vue du bien-être et de la gaieté des habitants ; ils sHnblent jouir du bonheur qui convient le mieux à leur façon d'être et de sentir. Leur supériorité morale sur les Romains est évidente ; ce qui surprend le plus, c'est leur piété, tandis que le peuple de Rome en manque absolument. Qu'on ne nous reproche pas d'avoir cru, après un séjour de sept ans à Itome, pendant lequel nous avons maintes fois visité chaque jour des églises, que cette vertu est complètement éteinte chez l'Italien, parce qu'elle nVxiste plus à Rome. Le jour de la Pentecôte, nous avons été extrêmement édifiés par le recueillement îiiiCiTe d'un peuple immense. Mais il est facile de expliquer pourquoi précisément i Rome les offices di\ins ne sont plus pour les esprits qu'une pénible corvée.

^ elui qui a devant les yeux l'histoire de Florence ♦-prouve un sentiment douloureux en songeant à ce que sont devenus les descendants de si illustres ancotres, et en voyant que les œuvres d'art elles-

* La bataille de la Trcbie/ut gagnée par le gënf^ral carthaginois sor le consul Sempronius l'an 218 avant l'ère chrdtienpc. > IJi jniii 1800.

mêmes disparaîtraient si la plupart d'entre ellei ' n'étaient pas étemelles. Depuis mon passage à Flo- ' rence, il y a sept ans, on a gratté et blanchi les &• ^ çades d'un assez grand nombre de vieux pahûfl. < L'hôtel où nous demeurons et que je vous recommande fort (3/"" Humbert , Borgo Sanii-ApoêtoK^ J était le palais de la famille Acciajuoli, dont on peut voir encore le lion sculpté sur la pierre au-deBSUS i de la porte; cette famille, aujourd'hui presque : éteinte, avait produit, depuis le XIIP siècle, dit grands hommes de toute sorte. On néglige partout < les anciennes coutumes; on se débarrasse des te» i bleaux et, à la place de toiles, parmi lesquelles il y avait toujours quelques chefs-d'œuvre, on fait ecmvrir les murs de paysages vulgaires par un peintre décorateur. Voici ce qu'a fait dernièrement, dans sa villa, une famille Orlandini : elle a payé le dA* corateur avec des tableaux, parmi lesquels se trouvait un portrait de la main de Rapha^4* ; un favori de la fortune Ta acheté du barbouilleur pour 300 scudi. C'est de cela que s'entretiennent les amis de l'art.

Un Allemand de mérite, qui demeure ici depuis assez longtemps, m'a dit que, pendant son séjour, on n'avait pas vendu moins de treize galeries, sans compter les petites collections.

Cet Allemand (M. Jean Metzger, n° hh3fi, via Val'Foudo) a un tableau de la plus grande beauté A vendre : une Madone aicc r enfant, scuola di

* Unphal'I Sanzio> no à Urbino en IIS^, mort i Rome en 1(90.

ANNÉE 18Sa 175.

Ra(aeUoj probablement plus que scnola. Il le céderait certainement au prix de 1,000 francesconi (1,050 piastres romaines), peut-être même à un prix inférieur de 100 francesconi. Je voudrais que vous pussiez le voir ; je croîs que vous préféreriez ne plus lien acheter d'une année pour avoir ce nouveau tableau.

Lettres et sciences paraissent être ici en pleine^ décadence. Durant le XVII* siècle, Florence brilliit encore de l'éclat de sa grandeur passée ; elle * était encore pleine d'un véritable amour pour le^ vieux temps dont les créations artistiques et toutes ks institutions qui ne gênaient pas le souverain fobsistaient et faisaient revivre ce temps à ses yeux : ses habitants se regardaient comme les citoyens de U première ville de l'Europe. Pendant la première moitié du XVIIP siècle, la misère s'étendit sur le pays, et les esprits s'affaissèrent. Un sage gouver- Dement y i*araena plus tard la prospérité, mais il abolit toutes les anciennes institutions qui lui déplaisaient, et ne s'attacha point au passé comme les Medicis. On commença à comprendre qu'on n'était iju'un petit Etat de l'Europe. Une secte littéraire pourtant se révoltait contre l'évidence ; sans posî»-der une étincelle de l'esprit des anciens Florentîns, elle prétendait en avoir hérité et niait tout ce (jui n'était pas le passé. Pour qu'une chose eût de la valeur à s<\s yeux, il fallait qu'elle n'existât plus. Je crois qu'il y a des ultras partout et à toutes les •^por[u^*s où un conflit s'élève entre le passé et le pK-sent. Une autre école, à laquelle appartenaient

tous les gens du inonde, profita des ridicules de rivale et se fit cosmopolite : elle jouissait avec d^ . lices du bien commun de TEurope, ce qui la dispensait de rien créer elle-même. C'est ainsi que tout périt.

Cette aristocratie littéraire s'est transformée de- ^ puis en démocratie. Aujourd'hui elle va chercher auprès des portefaix et des servantes, qu'elle considère comme les dépositaires de l'ancienne langue» les locutions qu'elle veut imposer aux écrivains itefliens. Cette alliance entre l'aristocratie qui n'existe que dans ses prétentions et la plèbe, qui seule ne lui inspire aucune jalousie, ne se trouve-t-elle pas aussi dans l'histoire politique? Je l'ai trouvée dans l'histoire romaine.

Pendant le peu de jours que j'ai passés à Rome, il m'a été impossible de prendre connaissance des documents présentés au Parlement. Peut-être n'en sera-t-il plus question quand je trouverai l'occasion et le temps de les lire. Les débats que j'ai paixx>urus à la luite m'ont suffi pour trouver, avec vous, le rôle de Canning misérable. Les suppositions qui le portèrent à parler avec tant de témérité lors de l'ouverture du Parlement ne se sont pas coiitirmées ; aussi a-t-il modifié son système. Je suis d'ailleurs certain que le cabinet anglais aurait vu d'un fort mauvais œil la France introduire des garanties; mais ou est complètement tranquille sur ce point. La déclaration de la Junte pourrait avoir des suites dangereuses; peut-être aussi favorables, si Ton accordait aux demandes de l'Angleterre la i*econnais-

éancc des rentes, qu'on ne peut certainement pas i-vlter, et si Ton faisait habilement valoir cette conoessiou.

La marche des opérations militaires a été jusqu'ici telle que la laissaient prévoir l'affaissement ft la décadence morale de ce peuple. Je ne sais pas, il est vrai, ce qui s'est passé depuis l'établissement da quartier général à Burgos. On parle de fièvres, et ce bruit m'inspire des craintes ; je redoute, à en joffer d'après les apparences, que le clergé et les prolétaires agissent seuls en faveur de la contrerévolution; quant aux classes élevées, je ne sais rien de l'attitude qu'elles prendront. 11 est donc à croîi-e cpie l'on reviendra au système qui a été si malheureusement appliqué à Naples en 1799. Une dissolution telle que l'Espagne tombe au premier choc est cependant un spectacle affreux : c'est à ce fioînt que la Révolution a démoralisé l'Europe! ' '.-ît le danger effroyable qui nous menace tous. Auîsî, bien que maintenant nous voyions au fond

• '-s déclamations des libéraux, nous ne pouvons ;ous en réjouir; et le mal ira toujours grandissant.

Je comprends que la population de la France ^ accroisse avec rapidité, puisque celle de mon pays, •jui s'élevait à 12 millions, s'augmente chaque Minée, au milieu de circonstances bien moins favorables, de 150,000 âmes. Les grandes émigrat'ôns .sont impossibles, et nous en souffrons tous. b'aiUt'Ui's, des maladies terribles sont inévitables,

• t elles produiront, comme au XIV® siècle, un vide

|»n»ffmd dans le nombre dos hommes : à cette V. 12

t;6 CORRESPONDANCE.

époque, la plus grande partie de Tltalie et de TAlleoiagne était plus peuplée que de nos jours.

A Rome, la vue de notre chère demeure, dans laquelle sont nés trois de mes enfants, m'a profondément attristé. Le propriétaire, qui veut Thabiter lui-même, la fait reconstniire : il la transforme en» lièrement, et ce n'est certes pas pour rembellir. Il lui enlève tout ce qui faisait son caractère propre : les peintures du plafond sont destinées à la destruction ; des fenêtres seront murées, des portes seix>nt ouvertes; des tableaux, qui avaient fait la joie <le mes enfants dès Tâge le plus tendre, ont déjà disparu, et là où ils jouaient et prenaient leurs «bats règne maintenant le silence profond de la mort, qui n'est interrompu que par les coups destructeurs des maçons. On n'avait presque pas touché au jardin, et j'y cueillis encore quelques fleurs; mais il était désert et morne comme un tombeau.

J'avais le cœur gros quand je quittai Rome : je me reprochais d'avoir })assé une si grande {lailie de ma vie dans la mélancolie et l'abattement; car, malgré la mauvaise santé de ma femme, nous aurions pu être heui'cux si nous avions compris qu'il faut s'élever au-dessus des misères... si nous l'avions voulu.

Marcus, que vous aflectionnez, a quitu* Home assez triste, mais non pas avec ce déchirement de cœur qu'il a ressenti en se séparant de vous et des vôtres. 11 a donné, pendant le voyage, bien des preuves de vigueur; il s'est souvent levé à quatre heures du inatin, et il lui est rarement arrivé de

AMNÉBI69aL 17»

dormir dans la journée une heure en voiture, d^ crainte de manquer un beau paysage ; quand il s'a* gissait de voir quelque curiosité^ il marchait, sans se lasser, des heures entières. Les églises gothî* ques, avec leurs vitraux peints, que Ton rencontre à partir d'Assise, Tout ravi. Ici le dôme et la tour de Giotto^ mais surtout la Loggia d'Orcagna*, ont été i'c^Jet de sa vive admiration. Ce qui m'é* tonne, c'est qu'il n'a pas encore le sentiment de la peinture ; cela me rappelle mon père, qui, lui aussi, n^aîmait que la grande architecture.

S'il y avait cent routes pour aller à Paris et que nous nous y rendissions, nous prendrions celle qui passe par Metz, pour voir la ville de votre jeunesse, mon noble ami, et faire connaissance avec vos amis ; ainsi le Ciel nous accorderait ce qui manque souvent aux amitiés formées dans un âge avancé et en pays étranger. Irons-nous à Paris ou faudra-t-il renoncer à ce voyage? C'est ce qui dépendra des circonstances extérieures et tout d'abord de l'état de nos finances. Un voyage avec toute une famille et deux voitures coûte plus que nous ne l'avions pensé; et, comme il est fort possible que je prenne ma retraite sans pentîoo et que je sois réduit à ma petite fortune, une sage réflexion m'^igagara peut-être à renoncer au vif déiir de voir votre rraiarquable capitale, d'autant plus que TOUS n'y êtes pas, ou bien d'économiser l'argent nécessaire jusqu'à votre retour.

« Giotto, peintre, sculplear etardiiteda (lS76-133ISi).

* Orcafna, x>cmtre, sculpteur, arcliilecle eC poCte (UâO-1380).

180 CORRfiSPONDANCE.

Je ne puis pas croire qiie nous ne nous revoyions plus. C'est avec cette pensée que Marcus, il y a quelques jours, comme nous lisions dans Homère les adieux de Télémaque et de Ménélas, me demandait avec anxiété si Télémaque n'avait pas revu Ménélas. Ne devinant pas aussitôt le sentiment qui lui dictait cette question : <c Probablement non, lui répondis-je. — Il ne le revit donc plus », dit l'enfant, et, fondant en larmes : « Ménélas l'aimait tant ! » Je l'apaisai avec une fiction : c'est ainsi que souvent je complète l'histoire et la mythologie avec la même liberté que les anciens.

Je n'ai fait ici de visites à personne pour ne pas perdre un temps si précieux : ce n'est qu'un péché de plus contre les bienséances conventionnelles.

Nous partons demain. Avec la lenteur du service des postes dans le nord de l'Italie, je ne recevrai pas de vos lettres avant mon arrivée à Saint-Gall; voici mon adresse: Schcrer de Granelos. C'est aujourd'hui (2/*) le premier courrier par lequel je puis vous écrire.

Vivez heureux, mon cher et excellent ami ; Dieu bénisse et protège vous et les vôtres! Nous pensons souvent à votre petit Ferdinand. Quant à Comélie, elle achèvera de faire ses dents pendant le voyage. Ma femme et mes enfants, même la petite Lucie, se joignent à moi pour vous saluer cordialement, vous, votre noble épouse et tous vos chers enfants : les Alpes ne nous sépareront pas.

A vous de toute mon âme.

Que signifie cette nouvelle répandue ici par des Anglais, que vous partez sur-le-champ parce qu'on s'attend à une guerre contre la France? J'espère que ce bruit est faux, Vous devez savoir que votre ministère a demandé au .Pape que le nonce se rendit immédiatement à Madrid. C'est là pourtant méconnaître la situation et exiger de lui qu'il fasse ce qu'on a si vivement reproché aux Papes du moyen âge, alors que pourtant ils croyaient le faire dans l'intérêt de l'Église. Je crois que le Pape n'y consentira pas; mais je ne crois pas qu'on aura la sagesse de se conduire d'une manière digne d'éloges.

Mareuil-eii-Brie, S9 mai 18^3.

Il faut être à Mareuil pour solder avec Naples de vieux comptes. J'y reçois, cher ami, un n*" 23 du 15 octobre de l'an dernier, numéro à barbe grise qui s'est longtemps fourvoyé et qui ne contient rien que ses aînés ou ses cadets n'aient révélé plus tôt ou plus tard. En même temps arrivent les n*"* 17 et 18, jeunes gens l'un du 6, l'autre du 13 du mois courant. J'ai failli passer de vie à trépas avant de faire à ce trio le bon accueil accoutumé. Samedi dernier, par le plus beau temps du monde, à onze heures du matin, tout guilleret, conduisant un che-

Iftr CORRBSPONDANCR.

val de quatorze ans attelé à un char-à-baoos, m^fmnt mon neveu, ma nièce et Théodore pour oompagnooa de voyage, je sortais- tranquillement de la cour da château, lorsqu'un damné cygne s'élance de la ri* vière qui borde cette cour, effiraya le cheval, qui prend le mors aux dents, nous culbute d'abord tous quatre en se retournant brusquement avec une vm* turo qui ne tourne pas, redresse ensuite le char-à-* bancs, le fait passer sur mes jambes, et finit par aller tout briser à une demi-lieue de là. Tout s'est passé à quarante pas de la maison ; nous avons dmie été bientôt secourus. Mes camarades en sont quittes pour beaucoup d'effroi et de meurtrissui^es. Heureusement je suis le plus inalrficié; heui'eusement encore et grâce à Dieu, je n'ai rien de cassé. Ma jambe droite est fort déchirée, mes genoux, mes côtes gauches sont fort noirs. Il y avait au château provision de sangsues; Théodore me les a appliquées par douzaines. L'eau et le sel, Huiile et le vin ont pourvu au reste. Je suis moulu; à cela près, tout va bien. Il m'en coûtera un char-à- bancs , et j'en ferai faire un qui tourne. Si ce pauvre Hippolyte eût sni*vécu, il n'aurait pas été plus dégoAU* des monstres à cornes menaçantes que je le suis des cygnes dont les femelles couvent.

Si M. Niebuhr, que j'aime sur parole romme il a commencé â vous aimer, vient en France par l'Allemagne, il passera devant Ay, où nous serions bien mieux ([u'â Paris pour filer le parfait tous deux sur la même pelote. Paris est un lieu de penlition où le sentiment s'évapore. Dites à ce cher voyageur que

ANNÉE 189a 1»

ses mérites, rehaussés de son discememeDl des t6très, me font désirer ardemment qu'il veaille bien m'honorer d'une visite : il sera, certes, bien rern ; siuoii, je m'empresserai de le cherchera Paris.

Ne c[uittons pas ceux qui courent le monde saiï> vous remercier du bon accueil fait à M. Rev.

Je li-ansmettrai au général Partouneaux roitimatum iK)ur qu'il sache que ses intérêts n'ont poiet été négligés.

Mon cher ami, je ne partage pas les croyaiifies vraies ou feintes des frondeurs. Je crois ne me méprendre ni au véritable talent ni au véritable courage ; je crois avoir le sentiment, la conscienci^ du beau et du bon. Je ne ci'de pas un pouce de terrain, et, au besoin, je parle haut; mais je conçois fort bien que, dans une société usée, sans énergie, où Ton ne s'occupe que d'acquérir et de ganler. a quelque prix et avec quelques hommes que ce s«t. on redoute ceux ([u'on ne peut suivre dans Urb vw^ lie la vérité, de la force et de la vertu qu'en mitpant sans i-etour avec la ruse, la faiblesse et le Jf conr-ois donc qu'on blâme ce qu'on qu'on impute à défauts précis<!*ment les w dont on manque. Silencieux tant que le le monde, au moindre revers, élève la "v^êz. '.n a contre soi la haine des ennemie. U JaMW!* f^^. auiis. réiioïsmc des tièdes. Que ce vjf a ht' -n « i-aison. ilés qu'on se voit généj un Certain côté, c'est ce cot^ yt 1 c'est là tout ce que j'ai vouis s<vnr i>eut s'ouvrir.

18Jb CORRESPONDANCE.

. Je vais m'entendre d'abord aveo ce qu'il me reste d'intelligences au ministère de l'Intérieur, puis avec Cheyers, Puy maigre, le préfet let le souspréfet relativement à Sàverne.

Votre opinion sur le cabinet anglais est conforme à la mienne, Je désire aussi que rien ne s'envenime de ce côté, et c'est parce que le fiel des discours contrariait ce désir que j'ai été d'autant plus choqué. La faiblesse que vous avez aperçue tout de suite ne s'est manifestée à moi qu'un peu plus tard. Je l'attribue à des volontés contraires.

J'ai des nouvelles de votre bonne mère, que je ne trouve pas aussi vive que je le voudrais sur la Champagne. Ma belle-fille est une douce et agréable personne qui la voit souvent et qui a mes instructions pour la séduire. La santé est bonne.

Vos bonnes politesses vont être transmises A Bruxelles. On y est toujours, et plus que jamais, menacé de changement, ce ([ui rend mon voyage incertain.

Adieu, mes bons amis ; je vous aime bien et j'embrasse tendrement toute la famille.

Mon cher Germain' de Carrières, que j'ai revu d Paris, m'écrit de le rappeler à votre souvenir. Noire receveur général* est mort; j'aurais bien voulu pouvoir profiter de l'occasion pour rapprocher Oenuain de moi. Cela n'a pas été ix>ssible.

Mille tendresses.

F. L. lî.

• M. Germain, receveur g^n^ral des Deux-Sévres.

* Le baron Corbineau, receveur gênerai de la Marne.

1247.— M. Niebuhr à M. de Serre >.

Bologne, le dl> mai 183t3.

Cette lettre, mon bien cher ami, est une de celles qu'on écrit si rapidement qu'on ne peut les adresser qu'à un véritable ami. C'est simplement pour vous dire que nous sommes heureusement arrivés à Bologne après un long détour par Pise et par Lucques, et que demain nous reprendrons notre voyage.

Pise a tellement surpassé mon attente que je vous écrirais volontiers toute une lettre sur les mer\'eilles de ses monuments : jamais rien ne m'a autant surpris. C'est, au Xr siècle, l'ancien ne Rome plus grande que dans aucun monument de l'époque qui suivit celle des Antonins ; c'est même tout à fait, dans les belles inscriptions, la Rome des anciens temps.

\'ous devez voir cette ville à votre retour, bien qu'ensuite la misère de Lucques vous fera saigner le cœur. Il existe sur la chaire du Dattistoro un basrelief de Nicolas de Pise* [le Jugement dernier ^ l:2»îO); cet artiste est aussi supérieur aux sculpteurs italiens qui vécui'ent après lui que l'est Dante ^ aux autres poëtes.

* Cette loUre est traduite de l'allemand.

* Nicolas le Pisan, sculpteur et architecte^ né à Pise vers 1900» mort i Sienne vers 1970.

' Dante Altghieri, né k Florence en U65, mort à Ravenne en 13f!l.

lœ CORRESPONDANCE.

Des nouvelles politiques je ne sais rien que ce que g les journaux m'apprennent au café de temps à autrOt q et ici je ne suis pas encore sorti. L'expéditioa de Mina m'inquiète quelque peu : il me semble qu^elle n'aurait pas dû être possible.

Nos salutations les plus cordiales à vous, moo cher et noble ami, à votre digne compagne et à roë aimables enfants. Je vous embrasse de toute moa âme.

1248. — M. de Serre à M. Remy.

Naplos, l*** juin 1893.

J'ai reçu, cher ami. ta lettre du 2 mai. Tu me demandes mon avis sur un point qui m'a toujours paru fort embarrassant, celui de la j)révoyancc dans les mariages. Lorsqu'on la recommande justement dans tous les actes de la vie, faut-il la bannir du plus essentiel de tous? et, d'autre part, n'est -il pas certain qu'avec une grande prudence la plupart des mariages qui se font ne se feraient pas? Cette dernière crainte, toutefois, ne doit pas nous effrayer; la prudence, rare pai'tout, le sera plus encore dans le but qui excite le plus les sentiments et les passions. Le milieu est difficile sans doute; il seniit cependant impossible de nier que, si c'est un tort de

ANNÉE 189a 187

pousser trc^ loia les calculs eu pareille matière^ c'en est un autre plus grave peut-être de n'en faire^ aucun et de livrer aux incertitudes du hasard son avenir et celui des êtres les plus chers. C'est dans ces idées que j'avais répondu à ton jeune ami

Offre mes tendres respects à ton excellent père;. je me recommande» moi et les miens» à ses saintes prières. Embrasse pour moi ta femme, mon filleul et tes autres enfants. Quant au revoir» ma prudence n'y peut rien» et je m'abandonne à la Providence» qui m'a toujours mieux conduit que je n'aurais pu le faire mc»-méme.

Je conduis à la fin de ce mois ma fenune aux eaux ; j eu boirai et prendrai les bains de mer. Nous espérons après cela aller tout à fait bien.

Ton ami.

1240. — M. de Serre à sa mère.

Naples» 3 juin 1823.

Chère maman»

Les derniers courriers ne m'ont point apporté de vos lettres, et je n'en ai pas de plus fraiches que celles du 2.^ avril et du 2 mai.

Hier nous avons eu une vive alaiine et craint de perdre notre petite Marie. Depuis quelques jours elle avait un peu de rhume et de dérangements d'estomac. Les fêtes de saints sont ici célébrées en tirant

188 CORRESPONDANCB.

beaucoup d'artifices, de boites, pétards et petits canons ou mortiers au milieu de la ville. Avant-hier soir dimanche la petite, qui est fort irritable, fut surprise et effrayée par une de ces détonations subite et toute proche, qui lui fit la plus forte impression ; la nuit elle fut prise de fièvre violente et de vomissements, et, dans le milieu du jour, elle eut une horrible convulsion au milieu de laquelle je crus qu'elle périrait. Elle était hier dans un état tel que, malgré le départ d'un courrier, je ne voulus pas écrire, ne voulant mander que la vérité et redoutant de vous laisser plusieurs jours dans une telle incertitude. La nuit a encore été assez pénible ; cependant ce matin elle a commencé à nous recoo-

naître et à parler un peu; la fièvre est fort toml>ée; il n'y a plus rien de convulsif dans le pouls ni dans les mouvements, et j'espère qu'elle est hors d'affaire. Elle dort assez doucement depuis quelques heures. J'aurais voulu que le courrier partit plus tard pour ne vous donner que des résultats plus positifs; mais un silence prolongé de huit jours vous eût trop tourmentée; vous serez donc encore, chère maman, associée à une partie de nos peines.

Les autres enfants vont bien; Annette estbrisiHî par la fatigue et la douleur; mais, si, comme je ïespère, Dieu nous rend tout à fait noti'e enfant, cela se remettra.

Au revoir, chère maman et tendre amie; je vous

embrasse du meilleur de mon cœur.

\'otre bon fils.

ANNÉE 189a 1B9

1230. — M. de la Boulaye à M. de Serre.

Ay, prés Épernay, 5 juin 1823.

Je suis, cher ami, comme un lièvre au gîte.

Or, que faire en un gîte» à moins que l'on ne songe?

Et à quoi songer, si ce n'est à ses amis? Je rumine donc les vieilles lettres et je suis honteux du terrain que gagnent sur moi vos numéros. C'est pour ne pas rester trop en arrière que je m'embarque aujourd'hui sans biscuit, c'est-à-dire sans lettre reçue. D'abord je vous renouvelle mes excuses de cette grosse élourderie qui m'a fait brouillonner la Belgique et la Campanîe. C'est ainsi que feu M. le marquis de Moncade a perdu sa Benjamine. Mais j'espère bien n'y rien perdre comme bon cœur, si j'y perds quelque chose comme bonne tête. Je vous dirai ensuite que mon pauvre individu, tout jaspé de contusions,

reprend peu à peu sa couleur naturelle

Mais voici une autre chute et d'autres tristes nouvelles. J'avais ici un vieux parent, M. Durant- Desaulnois, oncle de l'ami de Mareuil. Ce bonhomme, encore plein de jours, de force, de gaieté, à quatre-vingt-un ans, venait de renouveler sa cinquantaine avec sa femme. Il la quitte en chantant et va voir déposer du grain dans un grenier, d'où

190 CORBESPONDANCB.

il tombe par une trappe et se tue. Il n'a survécu quei peu d'heures. C'est une désolatîon pour le pays. \

D'un autre côté, le fil qui tenait Tépée suspendod sur la tète de mon cousin vknt de rompre ; décidée ment il faut partir pour un autre hémisphère. Sft santé n'est pas bonne et se trouvera mal de tous en mouvements. J'admire son dévouement sans que

l'admiration dissipe la crainte Son projet est

<l'emmener les quatre enfants qui composent sa Jeune famille, car il a des familles de deux éditicMis, l'une d'une première, l'autre d'une seconde femme. J'ai été si nmlheureuxet je me défie tant de omhi étoile que, s^il ne me laisse pas son fils de son prapm mouvement, je n'insisterai pas pour le garder. Ce n^é* tait pas assez de la Méditerranée, il y fallait TÂtls»^ tique. Ainsi séparé de mes plus chers amis de natort et d'adoption, il me semble qu'un crêpe funèbre 8*étend sur mes vieux jours, qui vont se trouver chargis d'une lourde masse de soins et d'aifaires. Je ne poii m'en prendre qu'à moi. Pourquoi vous ai-je voué m si entier dévouement, un attachement si tendret pourquoi n'aî-je pas eu de cesse que mon cousin M soit rentré dans son ancienne carrière? Pauvres 1»-^ mains ! artisans de leurs propres peines, ils ne saveot ce cpi'îls font !

Quant à la politique, je ne suis ni en position ni ilTiumeur à m'en occuper beaucoup. On me parie da mouvements ministériels dans ma correspondaaea avec Paris, mais ou en parle toujours. On ne 60ttg9 qu'à faire et défaire.

Quand nous reverrons- nous, mes chers amist

Certain pressentiment dont vous m'avez fait part me reNÛent en pensée et me ranime de temps à autre, puis je retombe dans mes langueurs.

J'ai écrit pour l'élection, et j'attends réponse.

P.- iî. Je crois que je serai en état d'aller le 12 de ce mois à mon Conseil général. Le voyage en Belgique est désormais fort incertain.

1251. — M. de Serra à IflL Nielmhr.

Naplcs» 6 juin 1823.

Des jours d'angoisse, dont nous espérons être à peu près sortis, m'ont empêché, mon respectable ami, de répondre plus tôt à votre bonne lettre de Florence du 32 mai. Il y aura après-demain dimanche huit jours que notre petite Marie, qui depuis quelque temps était un peu incommodée, fut très-effrayée par une forte détonation de pétards et de petits mortiers qui eut lieu tout à coté de nous, suivant l'usage du pays de célébrer ainsi les fêtes. Elle paraissait remise de cette frayeur, mais, la nuit suivante, elle fut prise d'une fièvre violente et de vomissements. Vers le milieu du lundi, soit par la foi-ce du mal, soit par celle des remèdes employés.

19S CORRESPONDANCE. i

la petite eut une horrible convulsion dans laquelle nous craignîmes de la voir expirer. Le foie et les entrailles étaient surtout enti^pris ; œs parties dé* gagées, le mardi une éruption variolique est veoue ^ compliquer la maladie. C'est ce matin, vendredi^ que pour la première fois la fièvre Ta quittée; il lui est resté une grande faiblesse, une toux nerveuse et fatigante, et elle n'a pas voulu d'un peu de bouil- ' Ion qu'on lui avait permis. Cependant les médecins i la regardent comme hors de tout danger, et nous nous reposons un peu sur la sécurité qu'ils nous montrent. Je n'ai pas besoin de vous dire comme ma pauvre femme est exténuée et tout ce qu'elle m souffert. Enfin, toutes ces souffrances ne sont riea auprès de ce que nous avons craint, et nous remercions Dieu de nous avoir conser\'é notre enfant. Mardi je vous écrirai encore pour vous donner de ses nouvelles. Nous avons, depuis plusieurs jours, un sirocco constant qui ajoute encore à notre fatigue. Je remets donc à mardi à vous écrire avec plus de détails. J'aurais même. retardé cette lettre si je ne désirais que vous trouvassiez de mes nouvelles à votre arrivée à Saint -Gall. Mes trois autres enfants se portent bien ; Gaston et Louise embrassent les vôtres. Ma femme se joint à moî pour vous assurer, ainsi que votre digne épouse, de nofre tendre attachement.

Adieu; je vous embrasse de cœur.

1252. — M. de la Boulaye à M""® de Serre.

Ay, prés Épernay, 7 juin 1823.

Vous savez, chère et belle Excellence, comme quoi je m'amuse à essayer de me tuer et comme iiuoi je n'en viens pas à bout. Au train dont allaient les choses, j'aurais été moulu si les rênes ou les banquettes du char-à-bancs m'eussent le moins du monde retenu. Il y a quinze jours de ce bel événement, et je n'en suis pas quitte

Comme uu malheur ne va jamais sans l'autre, j'ai fait la bêtise d'envoyer à Bruxelles la correspondance de Naples. Enfin je ne fais que des sottises.

De votre côté, que deviendrez- vous ? Les gazettes vous rappellent ; elles envoient M. de Blacas à Vienne, M. de Polignac à Lond^'es, M. de Fontenay à l^étersbourg, etc., etc. Il y a du vrai, du faux dans toutes ces nouvelles. L'un me tient en garde contre l'autre. M. de Lauriston vient d'être nommé maréchal de France et chargé d'un commandement d'armée : conservera-t-il le ministère de la Maison du Roi? Attendons. Si je ne sais quel mouvement retenait à Paris M. de Blacas et vous envoyait a Vienne, je le verrais avec grand plaisir, puisque vous le désirez. J'ai avec Vienne de grandes et ]K>nnes liaisons d'affaires. Si je puis, après les ven- V. 13

(langes, me dégager des nombreuses aflaires dont me chargera Tabsenco de mon cousin et entreprendre ce voyage d'Italie qui me tient tant au cœur, je passerai par Vienne. Du reste, je ne ferai que postillonner à travers toute Tltalie. Vous m'en direz les beautés; c'est vous, et uniquement vous, que j'irai voir. Ma présence ici était fort nécessaire. Il y avait un grand relâchement sur toutes nos propriétés de famille, et du relâchement au désordre la distance est courte. Les bonnes doctrines et les boni usages une fois remis en vigueur, la vie de prcH vince est féconde en économies et en ressources* Qu'ai-je à faire à présent, si ce n'est de m'occuper du bonheur de ceux que j'aime?

Nous échangeons de tristes nouvelles. Vous avez perdu jeune encore votre dernier oncle, et je vous ai mandé dernièrement que nous venions de voir périr, à la suite d'une chute, un des vieillards de notre famille. Elle fourmille de tous côtc's de tant d'enfants qu'il y en a toujours (fuelqu'uu qui cloche, et les mères, qui toutes vous ressemblent en ce qu'elles sont bonnes, jettent aussiUH les hauts cris. En <somme tout va assez bien, sauf ce pauvre exilé aux Etats-Unis, dont la santé est depuis longtemps trèschancelante. Saint-André occupe â Paris mon loge» ment de la rue de la Ville-l'Evéque, avec un déta<^ chement de ses cinq enfants. Deux de ses fdles sont à Saint-Denis. On ne le presse jms de retourner en Espagne, dont, au surplus, il avait bien jugé la si* tuât ion. C'est d'un garçon que cette brandie de la famille a été dernièrement alloni^ée.

Le temps est superbe ; mon jardin est couvert de roses : on le prendrait pour un reposoir. Les vignes sont magnifiques : mes treilles ont autant de grappes de raisin que de feuilles. Si ce mois-ci, qui est le mois d'épreuve, le mois de la fleur des vignes, se passe bien, nous aurons du vin à ne savoir qu'en faire.

Je ne répondrai point aujourd'hui à la lettre du 20 mai de notre bon ami, et je termine celle-ci en vous assurant que je vous aime tous deux comme un frère et une sœur. J'embrasse neveux et nièces, ^t mille ]K)nnes amitiés à la grande jeunesse.

1253. — Le général Despres à M. de Serre

Girone, 8 juin 1833.

Je vous ai, mon cher ami, donné de mes nouvelles depuis mon entrée en Espagne ; depuis lors j'ai fait peu de chemin. Les difficultés qui se présentent ici, la faiblesse de notre armée m'ont toujours fait croire que nos progrès seraient moins rapides que ceux des autres corps d'armée. Nous avons affaire à un ennemi qu'il est plus difficile d'atteindre que de battre. Depuis un mois il nous fatigue par des zigzags continuels. Ceux qui ne connaissent pas la nature du pays doivent s'étonner

qu'il ait pu échapper aussi longtemps. On vient de me dire qu'il avait mis le pied sur le territoire fnxk^ çais. Je le voudrais, car le mouvement offrirait beaucoup de chances favorables. Au reste, les fîiitec continuelles de Mina Tont discrédité dans son parti et rendu moins redoutable à ses ennemis, qui aoa% extrêmement nombreux. La persécution des prètrai » ^ la profanation des églises ont surtout soulevé contre lui tous les habitants de la campagne. Je regarde m ' nûne comme très-prochaine. Un événement qui , n'est pas invraisemblable la précipiterait : ce sérail le retour du Roi à Madrid. Cet événement, si je na me trompe, le ferait abandonner par une grande partie de ce qui lui reste de soldats; il aurait aussi à Barcelone une grande influence. Aussi ne serais* je pas étonné que maintenant tout se conclût sana qu'on se battît. Pour peu que le dénoûment soit prompt, de précieux avantages compenseront les frais de la guerre. Les ennemis du gouvernement ont perdu pour jamais l'espoir de séduire l'année. Le coup de canon qui a tué quel(|ues transfuges a décidé une grande question ^

* Nous empruntons au r^cit de M. de Viel-Castel les ddUiU i|iil suivent :

M Le colonel Fabvier ne trouva, au lieu des 7 ou 800 bommcft sur lesquels il comptait» que deux compagnies dVnviron ISOFrmii* çais et de 90 ou LO Picmontais H ordonna à ces doux compagnies de se trans|)ortcr dans la petite ville d'Irun, située »»r la Bidassoa, en face de la ville française de Bëliobie. Elles y arrivèrent d::ns la nuit du 5 au 10 avril» au moment même où l'on apprenait que, le londeniain, les Français devaient fiasser cetta Vi-* viére Les r<ffugies, partag<^s on trois détachements dont la

ANNÉE 18â3. 197

Adieu, mon cher ami ; je vous embrasse du meilleur de mon cœur. Je prie M"**' de Serre d'agréer

ier, compose en grande partie d'ofHciers contumaces, tels fK Delon, ëtait commande par le colonel Fabvier lui-même, se tmient sur la rive espagnole, en face d'un rdgiment d'infanterie Ufére qu'ils croyaient à peu prés gagne à leur cause. Presque |0» rerétus de l'uniforme des grenadiers et des chasseurs «A pied et raocienne garde, portant la cocarde tricolore, et agitant un ^npeia aux trois couleurs que portait un lieutenant, ils enton-

Bèrtntia Maraeillaise Du côte de la France et en face de la

pcdie bande se trouvait une pièce de canon cliarg(^e à mitraille. Le commandant de la brigade d'avant-garde, le gënëral Valin, HT qui les réfugies croyaient pouvoir compter, peut-être parce fi'il avait combattu à Waterloo, instruit de ce qui se passait, accovrut ei ordonna aux artiUeurs de faire feu au cri de Vive le Roi! Une première décharge n'atteignit personne, et les réfugiés cnèrmt l'ù'e V artillerie/ Une seconde renversa mort le lieute- BtBt qui portait le drapeau et blessa grièvement deux ou trois officiers rangés autour do lui. Le drapeau était abattu; un autre lieutenant s'élança, le saisit et l'agita encore; mais une troisième "l^ciiarge, dirigée cette fois contre les Piémontais, en renversa ■qa^Iipies-uns. Le géndral Valin fit avancer un fort détachement <!?§&n'iariiics qui ouvrirent un feu de mousqueterie. Le drapeau fiit *ncore abattu avec celui qui le portait. Puis une conipagnie iicfanteric légère, se jetant dans un bateau, traversa la rivière

►i vheva de disperser ceux que la mitraille avait épargnes

L'effet de celte rencontre, qu'on ne peut pas même appeler une *v:armouche, puisqu'il n'y eut pas de lutie, et qui avait coûté aux n-fîi^ié:* huit morts et quatre blessés, fut plus grand que celui de tien des batailles. Le lendemain 7 juillet, à cinq heures du ma- •iu, l'avant-garde française passa la Bidassoa sur un pont de bateaux, et, à six heures, le duc d'Angoulême fit son entrée à Irun, au milieu iics acclamations d'une portion consid'irable de la population qui, le clergé en tête, saluait les Français comme des lilénteurs. Les forces espagnoles qui occupaient Irun et Fontarati*^ avaient, dés la veille, évacué ces deux villes. » {Histoire de la kfftnuriUioriy t. XII, p. 358-dGl.)

riiommage de mon res})eclueux dêvoueiueut. Itappelez-moi au souvenir de vos enfants, de M. votre beau-fivre et de M. de Saint-Maurîs.

1254. — M. de Serre à M. NiabuJir.

Nnples, 9juin 18£>.

Voti'e petite lettre de Bologne m'a fait lu plu? grand plaisir, mon très-clier ami. Je désire que vous m'écriviez ainsi, avec toute liberté, <pielque> mots seulement, (puind li» temps vous manque jwur davantage.

Notre petite Marie va beaucoup mieux; elle s'est levée aujourd'hui pour la première fois. JVspêlv que nous conduirons à bien cette convalescence. Dans dix à douze jours nous nous proposons de j)artir pour Ischîa. C'est là que nous espéi'ons tous faire provision de santé ; il ne m'y man([uerait rien si j'y pouvais un peu oublier h» monde.

Notre expédition crKspagne continue à se déveloj)per. Tous les rapports paraissent s'accorder sur le Ixniu caractère (piv montre notre prince généralissime et sur la bonne conduite et la diiïcipliue de nos soldats: ces j)remiers avantages sont incontestables ; ils sont immenses pour raffermissement à venir de la tran([uillité en France, d'autant que le cai'actère même du prince est une garantie contre

ANNÉE 18â3. U9

l'abus qu on serait peut-être tenté d'en faire. Pour les autres résultats, nous en avons assez parlé, et, juscpi'ici, je reste encore dans les deux termes démon opinion. Un nuage eontinue de planer sur les opérations militaires en Catalogne. Mina parait avoir manœuvré avec audace; s'il en avait été la victime, nous devrions déjà le savoir. 11 peut tenir longtemps dans un pays aussi montueux et garni de places fortes. Morillo^ reste dans le Léon et la Galice appuyé au Portugal, où il est toujours sûr de trouver une i-etraite, un appui peut-être. Nos flancs restent ainsi menacés ; heureusement, la plus grande }>artie de la population du nord de l'Espagne, même des villes, paraît nous bien accueillir. 11 reste à voir jusqu'à quel point elle joindra ses efibrts aux nôtres. Je ne sais si vous aurez remarqué le premier rapport de l'armée de Catalogne, signé par le maréchal de camp Desprez, chef d'état-major de cette armée. Vous aurez été frappé de sa sagesse. Cet officier général est un de mes meilleurs amis.

* Don Pablo Morillo, nc^ en 1777 à Fuentes-de-Malsa (province de Toro). Chef de guérilleros dans la guerre contre Napoléon, il obtint en 1809 le grade de colonel. En 1815, Ferdinand VII l'en- TO%-a combattre l'insurrection du Venezuela tt do la Nouvelle- Grenade. Après des succès suivis de revers, le g«fnèral Morillo demanda son rappel (18^). Il se difelara en 1821 pour les constitationnels et reçut en 1823 le comniandement de l'un des corps destinas à repousser les Français; mais les Corlès ayant suspendu le Roi de «on autorité, Morillo refusa de reconnaître cet acte et traita avec le général Bourcke. Peu après il dut quitter V Espagne. n moiirut à Roehefort en 1838. ^ Voyez la Nom elle biographie aénéixile (Didot), t. XXXVI, p. 585.

SOO CORRESPONDANCE.

Mon intérêt le plus vif suit les détails de votre voyage. Je connais une partie des sites dont vous me parlez : la cascade de Terni, les belles ruines du pont romain, près Narni. J'avais, sans en prévenir, quitté les voitures pour les aller voir. Je restai ii longtemps à les admirer qu'on me crut en avant. Oo passa outre, et je fus obligé de courir à pied une grande partie de la poste suivante. Je n'étais pas monté à Assise, mais j'y grimperai en votre hoo* neur et en celui de saint François. J'ai fait, en revenant de Vérone, la route de Rome par Radioofani, et ne la reprendrai plus, bien que je regrette d'être passé de nuit à Sienne, où il doit rester beaucoup à voir.

Je vous remercie des détails sur la bataille de Trasimène. La manœuvre, qui consiste à se porter sur les derrières de son ennemi, réussit par la supériorité morale qu'elle suppose et (lu'elle produit. Le fiéuéral, qui opposerait hardiesse à hardiesse et qui, au lieu de s'occuper de sa propre reti'aite, chercherait à couper celle de lennenii et le forcerait à revenir sur ses pas, pourrait bien regagner l'avantage.

Dans un de vos loisirs, je vous serai obligé de revenir sur les raisons cpii étouffent si complètement le sentiment de la piété à Home. Il ne parait pas l'avoir été à l'époque de la plus grande dissolution des Papes; counnent s"est-îl éteint, ou ne s'est-îl pas ranimé sous cette succession de pieux pontifes qui, depuis plus d'un siècle, ont occupé la chaire de saint Pierre?

Eu repassant à Florence, je verrai votre compatriote; mais je ne pense plus guère à acheter. Depuis votre départ, j'ai arrangé tous mes tableaux (bus ce dernier salon où nous avons eu plusieurs conférences, une entre autres sur le protestantisme qui ne sortii'a pas de ma mémoire. Cela fait vraiseotun ensemble fort agréable et une société, de «ne que, fatigué de lire, je me délasse en les re- (anlaDt. Les plus sérieux, comme les christs, sont dans mon cabinet; les vues de Venise et les batailles égayent la salle à manger.

Les Toscans m'ont paru heureux comme à vous ; UNitefois, heureux n'est pas le mot, à moins qu'il ay ait un bonheur purement matériel ; car la vie ■orale y est plus morte qu'avant la Révolution ; le lien qui unit les sujets à un bon maître est sans furee. Le régime paternel ne suffit pas à lui en rr-mlre aujourd'hui ; les habitants d'Arezzo ne se U>raient plus en masse comme ils le liront à la jMtriuit'i'e (Mitrée des Français. 11 est triste d'arriver alepocjuc de la dissolution des peuples. Dites-moi «l'iiic, y a-t-il quelque autre moyen de régénérer I»*? peuj)les corrompus (|ue la conquête? ^la mé- Oioirtr ne m'en rappelle pas d'autre. Des nations ^ sont puissamment relevées après des révolutions «-t des cuerres intestines; mais c'est qu'auparavant trlles n'étaient pas entièrement corrompues. J'espère «juVn ce moment même nous en fournissons encore un exemple.

Le lK)uleversement de votre ancienne demeure à Ifome vou.s a conduit à me parler de l'espèce de mal-

908 CORRESPONDANCi:. t

aise moral que pendant votre long séjour vous y 'f avez éprouvé. C'est un reproche que je me fais MO- : vent à Naples où, à part aussi bien des épreuTW, ^ je trouve que je ne jouis pas cependant de mes loi- ç sii*s et du bonheur domestique autant que je le d^ vrais. Je me demande parfois si ce n'est pas reste d'ambition mal étouffé, ou si, après s'être cupé de Tordre général dans son pays, on o'a pM ^ besoin de sentir qu'il existe, ou du moins qu'oa ^ s'en approche, pour i^oûter une vraie satisfactioo. ^^ C'est alors l'avoir attachée à une difficile conditioil*

Votre Marcus est un enfant de grande espéi'auce; ^ embrassez-le particulièrement pour moi. Le senti* ment des tableaux, même dans l'adolescence, vient plus tard cfue celui des statues et, à plus forte raison, de Tarchitectuiv. J'ai vu tel homme qui» avec de l'instruction, de Tesprit, de IVune mèmev ne l'avait pas.

Je me suis reproché de n'avoir pas approfondi avec vous la (juestion de votre abandon du ser\ioe, d'autant que mon instinct est là-dessus contraire au vôtre; cet instinct est un peu de fmnille et de classe. A'ous savez qu'en France nous nous regardions comme consacrés aux senices publics; nous attachions une sorte de fatalisme à ne pas aban* donner volontairement la carrière dans laquelle on était entré, à suivre ce que nous api>elions la destinée. L'obligation nous paraissait plus forte pour un père de famille; il devait garder le poste où il était arrivé })our de là protéger ses enfants dans leur course à chacun. 11 est beaucoup resté, et à

ANNÉE 18Sd. 903

uioî particulitTement, do cet esprit. 11 est un autre point de vue : ([uelque fonction qu'on remplisse dans les affaires publiques, on en suit mieux l'ensemble, on y est plus propre et l'on en est plus près que dans la vie privée, où il faut se faire d'autres înti'*rèts. Que savez-vous si l'heure qui vous appellerait à être d'une grande utilité à votre pays ne doit pas sonner un jour?

Quant à votre voyage en France, si, sans y renoncer, vous le pouviez ajourner jusqu'au moment où j'y serais, bien que je ne le puisse prévoir, je gagnerais trop à ce délai pour ne pas le désirer arilemment.

Le 10.

Notre petite convalescente continue à bien aller; elle a dormi cette nuit douze heures sans interruption; elle s'est levée une seconde fois et a pu marcher seule. Nos autres enfants vont bien ; Gaston et Louise parlent souvent de Marco et d'Amélie.

Au revoir, mon respectable ami. Tendres souvenirs de ma femme et mes hommages à la vôtre.

.V vous de cœur.

H. DE S

\'ous m'avez donné l'envie de voir Pise.

9CUi CORRESPONDANCE.

1255. — M. de Fontenay à M. de Serre.

Autun, 13 juin \&Xi,

Je VOUS écris, monsieur le comte, de chez mère, où je suis venu passer une quinzaine de jours dès que j'ai eu connaissance de ma nouvelle destinnation ^

Vous avez vu par les journaux qu'on s'est fort

occupé devons J'ai eu avec M. de B.* une ccm-

versation sérieuse à ce sujet; si jamais (ce qui est très-probable) il arrive au timon, il voudra trouver un appui dans un homme dont il connaît les talents et l'éloquence.

M. deTalaru^ est parti pour Madrid. Une grande

^ M. de Fontenay devait se rendre d Saint -IMtorsbourg en qua* lit(^ de premier secrétaire d'ambassade.

'M. de Blacas.

3 Le marqnis de Talaru, ne en 1773. Son père avait été écuyer <\e Marie Lcckzinska, et un de ses oncles maître d'hôtel de Marie- Antoinette. Sous le Consulat et l'Empire, il ne prit aucune part aux affaires publiques, et voyagea. Pair de Franco en 1815, il fiU nommc^ ambassadeur d Madrid le 10 juin 18513 et chevalier-commandeur des ordres du Roi le 15 février 18â/é. Il avait re<^u, pea auparavant, le collier de la Toison d'Or. 11 quitta l'Espagoe aa mois d'août suivant. Il devint, en 18^5, ministre d'Etat, membre «lu Conseil prive. Depuis cette (fpoquo, il se livra de nouveau â son goût pour les voyages, et mourut à Paris le 9/i mai 1850. — Voyez la Diograpfiie uniirersclle (Michaud), nouvelle ëdilioti, t. XL, p. 583.

question va se décider: quefera-t-on en Espagne? Quoiqu'on fasse, on mécontentera un parti, et Ton prévoit le moment où il faudra appeler au secours du ministère Thomme qui pourra seul défendre avec sufCt^s les dispK)sitions que la sagesse fera adopter. C'est Topinion de M. P J et de tous les gens raisonmbles

Je suis content d'avoir revu la France et Paris. Je 5uis encore plus content d'être auprès de ma mfre, que j'ai retrouvée pleine de santé et de gaieté. Jai un peu de peine à la rassurer sur mon nouveau Toyase; mais elle paraît si heureuse de m'avoir auprvs (relie en ce moment que je regarde ces quinze j«irs-ci comme les plus beaux de ma vie.

J'ose, monsieur le comte, vous donner ces détails : si votre esprit peut s'occuper des pensées les plus sraves, je connais votre cœur, qui n'est pas indifférent aux affections de famillle. Que Dieu veille sur vri'is rt les vôtres, et puissiez-vous toujours avoir le Uatlirur cjne je vous souhaite et que vous méritez !

Je ne sépare point, dans mon attachement, M * de Serre de vous, et je vous prie de le lui r>-[»«tcr.

* M. Pa-qnier.

1256. — M. de la Bonlaye à M. de Serre.

Châlons, 1(5 juin 1893.

Je viens, cher ami, de terminer le budget du Conseil génénd. Grâce à Dieu, nous sommes en pleine possession de notre dégrèvement : au lieu de A, 001 ,527 francs de contribution foncière, nous Ht payonsplusque 3,101 ,870 francs; différence énormev nonobstant laquelle nos impositions, exactement par» lant, sont encore du quart au cinquième du reveau. Nous nous montrons, par reconnaissance, très-généreux envers rai'chevèché de Reims et Tévêché de Châlons. Nous consentons même à nous charger d'é-* teindre, avec le temps, une dette départementale de 7 à 800,000 francs ^ Enfin nous prouvons qu'en nous faisant du bien on n'oblige pas des ingrats. Du' reste, toutes les perceptions, directes ou indirectes, augmentent plutôt qu'elles ne dimioueot.

* « Grâce aux ofrorts de M. Je la Boulayc daii.s les Jivi commissions du budget dont il a fait partie, les cxcessÎTai tributions du département de la Marne, qui se trouvait être rtin de8 quatre les plus imposes du royaume, ont e't<^, à diverses reprises, con8i(Wral>Iemont réduites. C'est encore en grande partie à ses efforts et à son active intervention qu'ont été dus le reirmift et Tacquittement, par le budget de l'État, des 800,t)Û0 francs de dettes que l'administration départementale de la Marne s'était me forc«*e de contracter â l'époque de la funeste invasion de 1815. w (Eloge fiinèftre de M, de la Bimlaye, par M. Nitot, maire d*Ay.

Nos gens, plus aisés, consoHiment davantage. Ces mauvaises craies de Champagne, si longtemps stériles, nos plaines pouilleuses^ comme on les nomme, se couvrent de sapins.

Non, je ne savais pas que le colonel Millier fût gendre de M. de Chevers. Les gazettes nous ont d'abord donné de mauvaises nouvelles, puis de bonnes. Je crois que nous pouvons nous en tenir à ces dernièi'es.

Ma jambe n'est pas encore guérie, mais elle devient de moins en moins laide. Elle sera demain reconduite à Ay; puis je la mènerai passer huit jours entre Reims et Compiègne, où d'anciennes amitiés m'appellent. Je serai de retour à Ay vers le 10 juillet, car je dois passer les premiers jours de juillet dans le département de l'Aube, chez noti'e préfet, qui vous oflFre ses respects. Sa femme est à Paris. Je presse votre bonne mère pour qu'elle soit des nôtres sous un mois ou six semaines. Mon cousin de Mareuil doit arriver demain à Paris. Il y l)ataillera pour différer son départ et, dès qu'il y aura quelque chose d'arrêté, il viendra me joindre en Champagne. Sa famille reste jusqu'à nouvel ordre à Bruxelles. C'est chez moi que l'on se réunira pour prendre son vol. Les parents d'Allemagne viendront y faire de tristes adieux. Tout cela me donne de douloureuses émotions. On me charge pour vous de tendres hommages.

Quant à l'élection, après de fortes protestations d'attachement sincère et de haute estime, on médit « qu'on ne peut se déterminer par de simples af-

«03 CORRESPONDANCE. fl?È

fections ; qu'on s*e8t fait une règle de conduite doot ^?^ le succès a démontré refflcacité et qui consiste à 110 imè. jamais désigner de candidats, mais à les recevoir :!i| des localités. On ne connaît point encore la RÎtiia- ■:ikt tion électorale du Bas-Rhin ; on sait seulement par s^j^ le préfet que plusieurs ambitions du pays se por» ^^ tent sur Saverne. où elles ont des racines et moins s^i de chances libérales à combattre. Tout sera fbrt >. disputé dans ce département ; on n'en peut espé^ .^p.^ rer que deux députés sur six et, pour ce résultat, il faut jouer trés-seri'é. Dans une telle sitiiatioo, «^ prendre un engagement d'avance, surtout avec la crainte et presque la certitude de diminuer ses forces en heurtant dos prétentions locales, c'est chose impossible. A'otre nom, votre n^putation, la hauteur où vous vous êtes plac(% ajoutent, dans votre intérêt même, à la difficulté. Tne fois ouver- -H tement imposé comme candidat, il y faudrait tout sacrifier, car la retraite serait trop honteuse et la défaite trop éclatante pour le ministêi^e et pour vous. Aux dernières élections, tout était facile, toutes les chances étaient favorables dans la Moselle: c'était votre pays, rien de plus simple. Malheureusement votre cens électoral n'était pas com* plet. Aujourd'hui ce n'est plus votre pays, ce n*est plus sur un terrain favorable, tout diffèi-e dans la comparaison, et les nuances d'opinion cpii, dans la Moselle, se seraient efTacées devant l'aniour-propre des localités, deviendraient plus vives dans le Bas- Rhin par des irritations d'amour-propre. Les un:* trouveraient du trop, les autres du pjis assez. »

Ces dernières expressions sont assez remarquables; toutes sont fidèles. Peut-être s'est-on donné le temps de consulter le préfet, et du tout je conclus qu'il n'y a pas grande espérance.

J'embrasse ces chers enfants et M. l'ambassadeur, puis je baise les mains de l'ambassadrice.

Le président-né de notre Conseil, M. le duc de Doudeauville, me charge expressément de le rappeler à votre souvenir et de vous offrir mille hommages.

Tout à vous, mes bien chers amis,

1257. — M. de la Boulaye à M. de Serre.

Ay, prés Epernay, 90 juin 1823.

J'ai votre lettre n^ 20 du 3 de ce mois, cher ami ; j'y réponds sur-le-champ et mes yeux sont pleins de larmes. Ma pauvre petiote! Consenez-la-moi. Je reviens à cette triste pensée que je porte malheur. Cependant j'embrasse toutes vos espérances; il y a tant de ressources à cet âge. N'ont-ils donc pas assez de leurs éruptions du Vésuve sans faire tant de tapage à tout propos! Plus jeune que Marie, l'enfant que j'ai perdue eut une violente maladie; je la soignai moi-même et je l'arrachai à la mort : ce n'a pas été pour longtemps. Le sort ne me sera pas toujours si V. lA

rigoureux. Vous me donnerez des nouvelles , mes chers amis; je serai bien inquiet jusqu'à ce qu^elies soient tout à fait bonnes.

En même temps que votre lettre, il en arrivait une de mon cousin de Mareuil, actuellement à Paris, et qui, en s'y rendant de Bruxelles, a visité son fils et mon filleul à Douai. Il est fort content de notre petit homme, déjà assez fort sur l'anglais pour qu'il puisse , servir d'interprète à ses parents dans ce malheareux voyiige. On presse le départ. La santé de Tes* patrie est tellement altérée qu'il est impossible qu*il , se mette en route avant d'avoir consullé. Son projet, sauf la volonté des maîtres, est de passer un mois à Paris, de retourner ensuite à Bruxelles, où il farm ses adieux et prendra sa famille. Tous viendront de Bruxelles à Ay et y attendront le moment de mettre sous voiles.

J'irai le 25 ou le 26 passer vingt-quatre heures à Reims et quelques jours à Conipiègne. D'ici là j'aurai des nouvelles de Marie et je prendrai des mesures pour faire venir mes lettres.

Courage, mes chers amis; espérons, ne négligeons rien. J'embrasse ma chère malade et vous, mes bons amis, de tout mon cœur.

Vous ai-je transmis les respects de la préfecturet

12S8.— M. Niebuhr à M. de Serre «.

Saînt-Gall, le 21 juin 1833.

Mon bien cher ami,

Voilà déjà six jours que je suis ici, et je n'ai pas encore reçu de lettre de vous. Déjà nous avions été tristement déçus de n'en pas trouver à notre arri- Tce. N'auriez-vous pas rpçu ma longue lettre de Florence et, en même temps, mon adresse ici? et, si cette lettre et le mot de Bologne ne vous sont pas parvenus, aurais-je, par malchance, encouni le reproche immérité de sentir moins vivement l'étroite onion de nos cœurs et de nos esprits? Votre lettre a-t-elle été perdue, c'est-à-dire soustraite? ou bien, et cette pensée nous est insupportable, quelque souci, quelque chagrin vous accable-t-il ? Fasse Dieu que nous recevions encore ici de vous et de ▼otre chère famille les nouvelles que nous désirons ! elles nous donneront le calme et la joie.

Maintenant, pour fixer les jours où je vous ai écrit, je marquerai mes lettres avec des chiffres, en commençant par la première qui a suivi notre départ de Naples. Faites de même, je vous prie.

Après un tel voyage, il y a tant à raconter que je ne sais vraiment où m'arrôter ; mais il faut se borner, quelque complaisance que vous mettiez à •-coûter mon bavardage sans fin.

* Celte lettre est traduite do raUemand.

«iâ CORRESPONDANCE.

^\Hl^ avons heureusement passé les Alpes, K Koii> >omnies heureusement arrivés à cette frontière dv nonv jKitrîe allemande : pas un accident.

IVuihuii le vovaiie. Cornélie a fait trois dents et sai.s s.»utTnince : on n'a \u les deux pi-emiéivs que i.^rxïuVIIos t laît-nt déjà poussées. Ma femme a bien >c:i:: Ks latîizues du voyage, mais quelques jourluvs d'- halte l'ont aidée ci les supporter; nous]X>u- AoiiS mémo r^pt-rer quelle retrouvera le sommeil du marin, qxi elU avait pertlu. Los enfants sont fi-aîs et jowux. :issf z difficiles, mais nous devions prévoir q:;'un si lonu voyaize ferait penlre au.\ deu.x aînés rhaluiude du mivaîl. Pour Marcus, le vova^e est ^vriaiiiouîoui plus qu'un plaisir bien que mêlé dVnnuî. depuis que nous avons mis le pied en Ailer.ia^uo : oVs: jx^ur lui un véritable cours de géocraf^hie; mais ce qu'il avait appris de calcul est vviiip'rtonieiu ivrvlu : il est écrit qu'il ne sera ni i:ia:!:v!:.aiîv\:.n ni oommen;ant. A Vérone, il a pleun* a oliaiuUs îariues de ilevoir «juif ter l'Italie.

l.e ten-ps iï.^;i> a favorisas jusqu'à notiv arrivtV a \ri\^ne: il faisait assez chaud, mais la pluie ne i«^Mibai^ l»as. l^ans la plaine vu\w Mantoue et Vén»i\i\ lîv^us a\ i«nis ivncounv de"> j)ays;ins qui compi;K» : : KU't sur la n-colte des soies : depuis bien des ;uMin^ ilU' iîa\aii pa> douur de si ln'Iles espt-îai:..^ rt> ts}"raiu*«-s ont rte anéanties par la î'.v.'.^ q.ii a ti»îun:tiu*f â tomUn* dés notre arrivée à \,:.:n <!. -1 Itui toute V rai st-mblauce, a continué . . . i ^iv - Ali rs loinuie au noi\l de ces monta- In x'u\ >onilue, un vn\i ciel du Nord, des

pluies toirentielles en été sans orage (on n'en voit pas à Rome, si bien que ce phénomène semble impossible ou au moins contraire à la nature), toutes ces choses m'attristèrent doublement et m'affligèrent au moment de quitter pour toujours le pays des jouissances ; c'était le dernier jour d'une période de ma vie que je me reprochais de n'avoir pas suffisamment appréciée et employée. Les Alpes me séparaient aussi de vous, car Tespace entre Rome et Naples ne nous aurait pas séparés ni tenus éloignés l'un de l'autre, si j'étais resté à Rome. J'étais fort triste. Nous quittâmes Vérone par une pluie battante. Nous y avions revu un jeune homme d'une grande distinction, un juriste de Hambourg, le docteur Bluhme\ que j'aime comme un jeune frère. Je lui avais obtenu une prolongation de congé en Italie, qu'il emploie très-utilement dans les bibliothèques ; à Rome, Thiver dernier, il avait été notre commensal. Ces adieux aussi furent pénibles.

Le champ de bataille de Rivoli*, la colonne commémorative en ruines, l'entrée dans la vallée sauvage de l'Adige vinrent nous distraire. Tout nous rappelait comment, il y a sept ats, l'Italie s'était ouverte à nous de ce côté, et maintenant elle disparaissait peu à peu derrièra nous Duns le Tyrol du Midi,

* Fn^dëric Bluhnie, n^ à flambourg en 1797, se fit recevoir docteur en 1820, et professa le droit successivement à Halle, à Gœttîngue, à Bonn. Il a publie plusieurs ouvrages fort estimes des jurisconsultes. — Voyez le ConverscUions-Lexi/wn, 11® Auflage, 15»' B., S. 305. Leîpsig, 186/«.

* IZi janvier 1797.

on parle italien ; mais, quand on quitte ritalie, oa s'aperçoit aux coutumes, à rarchitec turc des maisons^ à tout enfin que Ton se rapproche peu à peu de l'Allemagne. Ma femme s'en trouvait déjà mieux. Le troisième jour (notre voyage avait été lent), nous étions en plein Tyrol allemand : alors moi aussi, je repris courage. Je ne connais aucun pays en Allemagne qui m'inspire autant de confiance et d'amitié pour les hommes que le Tyrol, et la nature y est si belle! La vallée de TEisach, depuis Botzen jusqu'à Brixen, est très-élevée : le froid devint trèsvif et, la nuit, les montagnes se couvrirent de neige, spectacle que mon fils avait attendu avec impatience. Sur le Brenner nous fûmes favorisés par un temps serein : on eût dit un de ces jours d'octobre froids et clairs comme on en voit dans le nord de rAllemagne; nous aurions très-bien supporté du feu dans le poêle des hôtels.

A Inspruck, nous étions connus pour avoir déjà passé par cotte ville; aussi nous y arrétàmes-nous volontiers comme dans une ville de notre patrie. J'y ai beaucoup vu un homme revêtu d'une charge municipale (lu'il exerce comme un devoir; son activité intelliizente et la courageuse résignation à la }>i^rte (le tant de belles choses du passé m'ont extrêmement réjoui. Nous visitâmes le tombeau d'André Ilofer' :

* Anilre Ilofer, ne le S2 novembre 1767 à, Sainl-Lc^onaril» dans la Tallee de Passeyr, était aubergiste. En 1809, les Tyroliens ta soulevèrent contre les Fran(;ais et les Bavarois (à ces derniers a|H partmait b; Tyrol dopui*^ le traite' do Presbourg); ils cboistrenl pour chef André Ilofer. D'abord il obtint de grands succès;

un bataillon tyrolien avait enlevé sa dépouille mortelle pendant l'hiver, sous les murs de Mantoue, et Tavait ramenée; il avait agi de son propre chef; n'est-il pas étonnant que les autorités aient arrêté à Botzen les restes d'un martyr de la fidélité au seigneur du pays et à sa dynastie comme à la nation ? Il fallut attendre une décision de Vienne au sujet de l'enterrement. On eut l'autorisation de lui faire des funérailles solennelles ; et de toutes parts vinrent les tireurs et les paysans rendre à leur ancien chef les derniers honneurs. A Inspruck et dans les environs, tout rappelle l'incomparable année 1809.

Déjà, avant d'arriver au pied de TArlberg, même en décades frontières du Tyrol, on quitte les bons Tyroliens. Les Souabes, qui habitent le Vorarlberg comme le nord de la Suisse, habitent aussi au delà de la montagne qui fait la limite dans la direction de rinn : ce n'est plus la langue tyrolienne, l'architecture des maisons est tout autre, précisément celle des maisons daces et allemandes que l'on voit figurées sur les colonnes Trajanc et Antonine. Les habitants du Vorarlberg aussi sont un peuple estimable, mais ils sont beaucoup plus modernes que les Tyroliens. Ce qui les distingue agréablement,

la paix de Vienne le força de mettre bas les armes. Peu après il essaya de les reprendre, fut livre aux Français par un traître, naguère son ami, et fusilM à Mantoue le 30 février 1810. L'empereor François lui a fait élever, en 183/i, une statue à Inspruck, dans rëglise des Franciscains. — Voyez le Conversations-Lexi^ hon, W AuQage, 13^' b., S. 18.

c'est un grand amour des jardins : près de chaque maison, autant qu'il est possible, se trouve un joli jardinet ; on s'y plaît à voir les riches cultures, le bien-être, l'affabilité et les beaux enfants.

Après avoir passé le Rhin en bac pour nous rendre à Rheineck, à notre entrée en Suisse, nous dûmes à une erreur de passer par une contrée comme je n'en ai jamais vu ni rêvé : c'était un bois épais de grands arbres fruitiers, qui ressemblait à un parc ; les maisons, nombreuses et isolées, ne se trouvaient pas sur le bord de la route; des sentiers bien tenus v conduisaient ; mais l'extérieur des habitants trahissait la pauvreté, certainement la conséquence d'un excès de population. Le contraste est frappant entre les habitants de la République et ceux de l'Empire, qui sont bien plus à leur aise, mais aussi beaucoup moins nombreux. Même dans la petite ville de Rheineck, (pii semble d'ailleurs assez prospère, les habitants sont beaucoup moins gais, moins enjoués que dans le Vorarlberg. Tels nous avons trouvé l(\s Suisses jusqu'ici et même ici : il nous reste à voir un homme vraiment joyeux.

LafUi.

l'n matin, comme je venais d'écrire ce qui précède, je rec^'us votre lettre n'* M, ((ui a dû être longtemps arrêtée quehjue part à la poste; nous l'ouvrîmes avec un triste pressentiment. Qu'il est pénible, mon resj)ectable ami, d'exprimer l'afilic' tion que cause un tel danger, quand il n'est pas encore passé; car évidemment, d'apivs les détails

que vous nous donnez, il ne l'était pas encore; les ooosolations des médecins ne rassurent que faiblement. Quand même nous le regarderions comme passé, le cœur ne nous en saignerait pas moins en pensant à vous et à votre noble épouse; mais le péril qui menaçait la chère enfant et ses parents iMen-aimés nous fait trembler encore : Dieu veuille qa'îl n'ait fait que de les menacer! Nos pensées se portent continuellement vers vous deux et vei*s Fanae dont l'existence sur la terre seml)le tenir à si peu: nous attendons, le cœur dans l'angoisse, votre prochaine lettre.

Que vous m'ayez écrit en de telles circonstances est une grande preuve de votre amitié.

Quand commenceront donc, pour vous et les vôtres, ces jours de sérénité que vous méritez et dont TOUS jouiriez si complètement! La vertu ne suffit pas pour être heureux; mais il n'y a qu'une vertu comme la vôtre qui connaisse la béatitude dans le bonheur. A cette époque de vives agitations, peu dhomnies ont été aussi heureux que vous, tant que !•• sort ne vous eut pas frappé dans vos affections lopins chères.

Arrivés au dernier période de l'égoïsme, les épicuriens enseij^naient que le sage doit éviter les amitiés tn)p vives, parce que sa propre misère est pour lui un fardeau assez pesant. J'ai toujours détesté ce prt;cepte : si votre malheur me pesait moins que le mien, je ne vous devrais pas de vivre d'une vie plus large, telle que je la possédais jadis grâce aux îïniitiés de jeunesse.

J'ose à peine continuer à vous enti'etenir dt^ choses étrangères à votre douleur; si je poiivaii- 1 espérer que votre prochaine lettre m'apportât nÊ$»i vraie consolation, j 'attendrais jusque-là. • : . i

La Suisse tout entière est fort agitée, mais inquiétudes sont sans fondement. Le bruit que les alliés se proposent de l'occuper mili ment et de s'ingérer de ses affaires; tout le mxxaàâ^ en parle, mais de manière à laisser voir qu'oD ai[^. craint pas ce qu'on voudrait avoir l'air de craindrair^ L'article officiel publié par le gouvernement dti Berne, qui traite ces bruits de mensonges et pté^ ^ tend rassurer les esprits, m'inquiéterait au plnâV haut point si j'étais Suisse. Il n'affirme pas quelift^> intentions prêtées aux alliés leur sont étrangères; % il fait bien plutôt un a|)pel à leur conscience cft i leur oppose les droits de chacun pour les retenir . par la honte qui retomberait sur eux. Je n'en swê |)as moins convaincu que les alliés n'ont pas les în» tentions cju'on leur j)réte ; car ({ui occupeiTiit? Je ne me demande pas (piel serait leur but. Lahaine, la passion suffiraient pour Tindiciuer. L'asile oflTerC par les Suisses aux Italiens coupables de haute trahison, Tinsolence de leurs journaux libéraux ont en tous lieux irrité les esprits; mais je |K*nse qu^OQ en restera là et que la Diète, qui bientôt se réunira à cette occasion, prendni des mesures aux(|uellee les cantons voudront bien s'accommoder. Si Ton ne veut pas autoriser les réfugiés italiens à vivi'C ici, on doit du moins leur indiquer un autre asile. Jus(|u'à avant-hier, on en comptait bien une demi»

ANNÉE 18Sa S19

douzaine à notre table d'hôte : c'étaient des physionomies* odieuses et probablement des êtres foncièrement mauvais (un d'entre eux a été exécuté en effîgie à Milan). On doit pourtant leur laisser une place sur la terre, à moins d'exiger d'eux de se rendre d'eux-mêmes en prison. La plupart des journaux suisses sont d'un libéralisme grossier, révoltant; quelques-uns sont tels que vous n'avez pas eu les pareils en France depuis 1793. Ils sont écrits pour la populace et les tavernes ; je reconnais là, avec honte et regret, mon peuple allemand.

D'un autre côté, on raconte que M. de Haller^ et d'autres ont fait -à, Paris une conjuration pour opéi-er en Suisse, à l'aide de l'étranger, une contrerévolution complète: on rétablirait l'ordre de choses qui existait avant 1798. Des insensés peuvent noumr de tels projets, mais ils ne pourront jamais rien entreprendre de sérieux : la perfidie des libéraux et leur besoin de haïr et de calomnier donnent surtout à la chose une importance apparente. Je suis depuis dix jours ici et je ne vois que peu

< Charles-Lonis de HaUer, petit-fils du cëlébre HaUer, naquit à Bvrne le l*»" août 17C8. En I8I/1, il fut nomme' membre du petit et du grand Conseil. De 1R16 k 1830, il publia en allemand les quatre premiers volumes de la Restauration de la science politique (qu'il traduisit plus tard en français). En 1830, il se convertit au catholicisme, et, l'annëe suivante, se rendit à Paris, où, en 182^, il fut attaché aux Affaires ëtrangères avec le titre de publici»tc. Après la révolution de 1830, il se fixa à Soleure, devint membre du petit Conseil en 183i^, et mourut dans cette ville le 30 mai 185'4. — Voyez le Conversalions-Lexihon, 1 i* Auflage, 7«' B., S. 590.

a» CORRESPONDANCE.

de monde; niciis je crois pourtant à la vérité ilecf que me disait un vieux prêtre catholique qui ne s'oecupo guère de politique : « Bien que le libéralisme règne dans toute la Suisse, à Texception des aristocraties et des cantons démocratiques, une occupation étrangère ne rencontrerait de résistance que delà part des aristocraties et des petits cantons anlîlibéraux; elle n'en rencontrerait pas môme dans le» nouveaux cantons, et là peut-être moins qu'ailleurs. Dans ces cantons, en effet, aucun lien n'unit le peuple à l'autorité, et Ton sent tous les înconrênients de ce régime. Les impôts n'y sont rien moins qu'insignifiants : par exemple on paye ici les con* trîbutions direct(»s, les patentes, l'enregistremeni et les droits réunis, à un faible taux, il est vrai: mais dans le pays de Saint-Gall on ne payait rien avant la Révolution; le prince-alibé vivait des revenus de ses domaines, i^e plus, le sem-icc militaire j)èsi> sur le jx^uple : pour cjue le premier contingent soit toujours prêt, on fait l'exercice tous les dimanches ; ajoutez à cela le sentiment secret (fue cette corvée est inutile.

Dans cette partie de la Suisse, tout me parait flétri et décréj)it; on ne voit pas un seul joyeux visage. Le libéralisme y fl(?urit dans tout<» sa perfection et porte ses plus beaux fniits. Le protestantîsnK» n'existe pas, et le catholicisme est haineux et iw voit que le prêtre à la place de Dieu et des saints. D'aîlhMU's les libéraux les plus àpivs sont j)rul-élre dans une certaine classe de catholiques. A vez-vous aussi en France de ces catholiques, comme

ANNÉE 1823. SSi

Q yen a tant en Allemagne et comme j'en rencontre déjà ici, qui, devant un protestant, s'efforcent de Bootrer leurs dispositions hostiles contre le clergé €t h pauvre cour de Rome, si bien qu'ils mettent les protestants équitables dans la position difficile ie défendre contre eux l'Église catholique? Un de ces hommes disait que les Tyroliens sont bien infirieurs aux Suisses, que leur piété est entièrement ■atérielle, sans parler de leur indifférence pour les créoemeats politiques. Oui, je crois en effet que les Tyroliens ont beaucoup de croyances qui ne sont ifÊt des superstitions aux yeux d'un catholique plus hstruit ; mais qu'importe, si elles ne détruisent pas htraie foi, comme à Rome, par exemple?

Connaissez-vous la vieille coutume allemande dlnscrire des sentences sur les maisons? De là vient çi'il y a tant de belles inscriptions dans le Tyrol, religieuses pour la plupart; mais il y en a d'autres. En voici quelques-unes (je pense que vous les lirez aref plaisir) :

Soun construisons des maisons grandes et solides Ici-Las, où nous ne sommes que des liôtos, des e'trangcrs; Là oii nous vivrons toujours, Nous songeons rarement à bâtir.

Et:

Cette maison est à moi et n'est pas à moi ; Elle ne sera pas non plus à celui qui Taura après moi ; Et, si elle passe à un tiers.

Elle ne lui appartiendra pas davantage ; Et voici qu'on porte en terre un quatrième. Qu'on me dise donc à qui est cette maison ?

Et dans un autre genre: "?i»

Celai qui bâtit sur la route ^:'

Doit laisser parler le monde ; l^m

11 a mis son art à TdpreuTe, 'i| Et c'est à l'œuvre que l'on connaît l'artisan.

Tant de sagesse se rencontre rarement dans la haute société, si fière de son instruction.

Au point de vue de la nation, une contre- revotatîon militaire comme en Portugal^ est-elle moioft effrayante et témoigne-t-elle d'un meilleur esprit |. que la révolution militaire? Je pense que c'est absolument la même chose.

En Espagne, Mina m'inquiète, e( bien plus encore l'insubordination des troupes royalistes de la Navarre. On n'aurait pas dû mettre sous les ordres ds Juanito un officier comme d'Espagne*.

J'ai oublié de vous dire que j'ai fait à labiblk>thèque une découverte fort intéressante; je vous en parlerai la prochaine fois ainsi que de beaucoiqp d'autres choses. Je dois m'arréter. Ma femme et moi»

* Sur la situation du Portugal, royez Y Histoire de la fieêtam^ ration^ par M. de Viel-Castel, t. Xll, p. 590 et 521.

' Don Carlos, comte d'Espagne. Ne dans lo coniUi dd Fois «b 1775, il ëmigra lors de la Révolution, entra au service de l'Espagne, se distingua dans la guerre contre les Français et obtint le grade de marëchal de camp (1811)/Apré8 la Restauration, ildoiiiui des preuves de dëvouemeni à, Ferdinand VII, qui le combla dat marques de sa reconnaissance. Ce Roi ëtant mort, d'Rnpagne te déclara en faveur de don Carlos, frère do Ferdinand. 11 p^ril en 1839, assassiné par ses propres soldats. — Consultes U phic univerêcUe (Micliaud), nouvelle édition, t. XIII, p. J(i5.

ainsi que nos enfants, nous vous saluons cordialement, vous, votre digne épouse et vos chers enfants. Fasse Dieu que vous puissiez donner à votre petite Maine nos saints et nos baisers !

De toute mon âme votre

NiEBUHR ,

1259. — M. de Serre à sa mère.

Naple3,ÏU» juin 18513.

Votre dernière lettre est toujours du 22 mai, chère maman; je pense que les autres s'amassent encore aux Affaires étrangères et que j'en recevrai plusieurs à la fois. J'ai appris que nous perdions tout à fait M. de Fontenay, qui va à Saint-Pétersbourg. Nous lui étions fort attachés, il nous Tétait aussi, et nous le regrettons vivement.

J'ai reçu une lettre d'Hyacinthe du 21 mai, trèslongue et très-satisfaisante sur lui, sa femme et ses enfants. Ils sont heureux, ce qu'on peut dire de bien peu d'êtres au monde, et, ce qu'il y a de mieux, c'est que leurs bonnes qualités entrent pour beaucoup dans leur bonheur.

Les journaux qui annonçaient plusieurs mouvenients dans les ambassades parlaient de mon rappel. Si cela était sans que j'eusse aucun reproche

3a!é CORRESPONDANCE.

à me faire, j'aurais une joie bien pure de notre ri-union. Mes lettres de Paris, de même date, n'aononcent rien.

.Vu revoir, obère maman, quand la Pix>viden€e l'ordonnera. D'ici là aimons-nous, écrivons-nous, conser\-ons-nou5 l'un pour Tautre. Ma femme et mes enfants vous font leurs tendresses, et moi, je vous embrasse de cœur.

A'otre bon fils et meilleur ami.

1260. — M. de Serre à M. de Fontenay.

Naples, SA juin 1823.

Mon cher monsieur,

Votre lettre du 110, qui nous annonce que nous vous perdons définitivement, a con triste à la fois la léaation et la famille. Les lannes en sont venues aux yeu.\ à ma femme : elle ne peut trop l'appeler tout ce que vous avez eu de soins, de procédés pour elle, la part (pie vous avez prise à tout ce tiui nous arrivait. Après ces premiers mouvements et a part le sentiment d'un rcfiret profond et durable, nous applaudissons à vos nouvelles destinées; nous vous souhaitons dans quelques années celle promise à M. de Ciabriac', en espérant toutefois qu'on ne vous fera pas faire le tour qu'il fait pour y arriver.

« Voyez t. IV, p. '2JS.

A'ous avez acquis en nous des amis que vous ne perdrez pas et que, si Dieu le permet, vous retrouverez un jour. Vous acquerrez infailliblement de nouveaux amis là où vous allez. Vous trouverez en M. de la Ferronnays une loyauté parfaite, des connaissances variées et un excellent esprit. Madame doit avoir toutes les vertus de la duchesse sa sœur\ avec moins de froideur.

Je désire qu'on ne vous presse pas, que vous puissiez jouir un assez long temps de la société de M'"" votre mère, de votre pays, et faire enfin une vendange en Bourgogne.

Nous vous demandons de nous donner de loin en loin de vos nouvelles. Nous penspns que vous aurez du plaisir à en recevoir des nôtres.

Si vous avez vu ma mère, vous aurez su la maladie grave qu'a faite notre petite Marie et les craintes cruelles que nous avons eues. Elle est convalescente ; le reste de la famille va bien. Gaston et Ferdinand prospèrent; Louise a eu ime petite fièvre de printemps qui l'a fait grandir. Puissiez-vous un jour voir ces rejetons et reconnaître en eux ces premiers traits que vous avez aimés!

Nous allons lundi à Ischia. Juin a été channant à Naples cette année; c'a été un beau mois de Fnince, hors les heures autour de midî. Nous allons aujourd'hui tiîner en pique-nique à Nisida, avec les Hamilton* et les Mohr. On me presse.

* La duchesse de B'aras (M'»« de Monlsorean). « Winiam-Richard Hamîlion, n« A 1 on 1res en 1777. En 17W, il accompagna, commî fccrdlairc parikulier, lo d El^îndmn» tioti V. 1^

Sfâ6 CORRESPONDANCE. '

Adieu, mon cher monsieur. Aimez-nous et soyez * heureux. Nous vous embrassons de cœur. *

H. DE Serre.

1261. — M. de la Boulaye à M. de Serre.

Ay, près Kpernay, ^ juin 1823.

Je no puis Iroj) vous remercier, cher ami, de voira , n' m du (î courant qui me tranquillise et m^arriTO fort à point. Je devais partir aujourd'hui pour • Reims et pour Compiègne, et je diflei'ais mon départ j>our attendre une suite à votre lettre du II. J'avais écrit pour qu'on ne m'attendît plus que le 28. Je me sens plus léger. Demain je me mettrai en route et je serai de retour à Ay pour les pi'emîers jours de juillet. Il n'est plus ({uestion du voyage de Unixellefl. Mon cousin est à Paris, d'où il me mande que je Tafllige fort par mes nouvelles de Naples, et qu'il lui s(*nil)l(» ({ue c'est encore d'un malheur |)ersonDeI que nous sonnnes menacés. Il pai'tagei'a bientôt ma sécurité. Je vous ai dit, je crois, quil comptaitretourner en Helgique vers le 15 juillet, et, après y avoir ivcueilli sa famille, venir s'établir avec elle ici

ainhassndo à (^onstantinople. Do 1809 à. 1823, il fut soiis-secrrflairo d'Ktai aux Affaires étrangères ; de ISS^âTSiS, eo%x>ye extraunlinairo de 8a Majesté Britannique à, Naples; en 1837 et «n 18bl» I rJsidcnt de la Société g^ograpliiquo de Londres

au 1^' août. J'appelle ma belle- fille pour le 10 ou le 12 juillet. Je lui recommande de se mettre en quatre pour amener votre bonne mère, àjaquelle j'ai écrit <le nouveau, mais sans parler de tout ce monde pour ne pas reffaroucher. M"** de Serre est maintenant à Garehes, où elle n'a pas ses lettres [plus tôt qu'elle les aura à Ay. Elle se trouvera avee d'aimables et bonnes personnes][qui feront son boston, la promèneront, l'égayeront et auront grand soin d'elle.

Quant à vos renseignements sur le bas pays ^ , nous on deviserons, le cousin* et moi. Je vous transmettrai ses dires, qui vaudront mieux que les miens.

A'otre bonne lettre est arrivée au moment où je dépaquetais 'ma jambe, quijse trouve pai'faitement guérie. Je vais narguer les chaises longues et courir les champs. Je dél^uterai demain par Brimont, la terre de M. Ruinart, notre ancien collègue, à deux lieues de Reims. Le froid est du mois de février depuis cinq à six joui*s. Cependant les vignes ne coulent pas trop. Il y a beaucoup de blé, suffisamment d'avoine et très-peu d'herbe, si ce n'est dans mes prés; je l'ai en conséquence fort bien vendue. Ah! que nous sommes loin de ma petite malade et de sa

bonne mère! J'y reviens au galop Je ressens

toutes les inquiétudes, toutes les douleurs de sa mère, qui certes aurait bien fait de prendre en aversion un climat si cruel. J'espère que sa santé reviendra avec celle de sa fillette. Je les remercie

< Lei Pays-Bas.

' M. de Mareail.

tontes deux : cette pauvre petite d'avoir songé à soir parrain ; la grande dame, de m'avoir conser\^é la filleule.

Ces Certes ont emmené leur Roi à Cadix. C'est, quoi qu'on en dise, du temps perdu, des incertitudes nouvelles, et il me tarde d'en finir.

Sans adieu, cher ami. Sous peu de jours j'aiiraî encore de vos nouvelles, et je me hâterai de vous répondre. Mille bonnes tendresses.

1262. — M. de Serre à sa mère.

Naples, dû juin 18!!3.

Je suis encore réduit à commencer cette lettre comme les précédentes, chère maman ; je suis toujours sans nouvelles de vous depuis le 21 du mois dernier. Je suis sûr de votre exactitude à nrécrire; je sais que si vous ne le pouviez pas vous-même, vous me feriez écrire. Je dois donc croire que» comme dernièrement, vos lettres sont arrêtées aux Affaires étrangèi*es; il faut que AI. Prévost ait fait une absence, \o\xs devriez dans ce cas les adresser à M. DenoisS chef du secrétariat, qui est fort exact et que j'ai fait prévenir.

* Le b.iron Ferdinand Denoi», ne en 1791 , entr.i dés 1807 dans les bureaux des Affaires étrangères. 11 accompagna M. de BaMano pendant les cam[Migne9 do Russie et de Saxe (181S-1813). Ea 1819»

ANNÉE 1823. 2â9

Nous partons aujourd'hui pour Iscliia: comme nous y allons tous, qu'il faut y porter à peu près tous les meubles, c'est un grand mouvement. Nous alIiHis tous assez bien. C'était hier la Saint-Pierre, nous l'avons faite en famille ; quand la ferons-nous avec vous, chère maman !

C'est toujours un bon moment lorsque ma femme vient avec nos quatre enfants chacun ayant un bouquet et son petit cadeau à la main. Mais les sentiments pénibles se mêlent dans ces occasions aux plus doux; on sent mieux l'absence des êtres les plus chers dont on est séparé. L'année dernière, ma pauvi-e petite m'apporta aussi son bouquet : dix jours après elle n'était plus. Si seulement j'avais reçu une de vos lettres ! Je ne puis m'empêcher d'en vouloir à ceux qui interceptent ainsi notre seule consolation. Imaginez que j'ai des nouvelles de Desprez, de l'armée, du 8 de ce mois. Enfin, je renvoie mon espérance à jeudi ; notre éloignement ne retardera que de quelques heures le inoment de les recevoir.

Vous savez que nous perdons M. de Fontenay ; il

il deTÎnt clief du cabinet sous M. Pasquier et garda ce poste de confiance sous MM. de Montmorency, de Chateaubriand, de la Ferronnays, de Rayneval et Portalis. A l'avënement de M. de Poli- |nac (18^), il fut nommd consul gënëral à Milan, qu'il quitta en 1^1 pour se rendre à Venise, le consulat y ayant été transfère. En 1856, après un demi-siécle de bons services, il fut admis à la retraite et mourut en 1861. Il ëtait commandeur de la Légion •l'honneur depuis 18/*2 ; sous le règne de Charles X, il avait succédé à son père en qualité de gentilhomme ordinaire de la chambre <laRoi.

m'écrit du 12 de ce mois, de sa campagne, près d'Autun, où, plus heureux que moi, il est auprès ds sa mèi*e. Je lui en veux de ne pas me parler ds vous. Je lui écris d'aller vous voir, de vous dixe tout ce qu'il m'écrit.

Au revoir, cliùre maman ; tous, petits et grands» vous embrassent tendrement, et par-dessus tout votre bon fils et meilleur ami.

1263. — M. de Serre à M. de Fontenay.

Naples, 90 juin 18S3L

J'ai reçu hier, mon cher monsieur, votre lettre du 12. Je vous félicite d'être auprès de M"*** votre mère; proloui^ez ce bonheur-hl autant que vous le courrez ; nous savons ce (|ue c'est que l(»s aiTaire» d'ambassade, et celles de Saint-Pétersbounx ne souffriront pas d'une prolongation de votre absenc(\ Je vouih'ais être, eoniuie vous, au repos et à côté de ma mère, liendez-moi le senice d\\ller la voir A votre retour à Paris. Contez-lui ce que vous croyez n'être pas des illusions, ce qui me paraît en être, à moi. Mais enfin, si je me les interiUs, je ne traite pas tout le monde aussi sévèi-ement, et surtout inie pauvre vieille mère. Puis ce (pie je dois craindre plutôt que désirer ne serait que désirable pour elle. Ajoutez eucore à ce service celui (Kassur

ANNÉti 1823. S31

•er un peu ma correspondance avec elle. Le 3:2 mai, )n m'a envoyé des Affaires étrangères quatre letires (le ma mère à la fois. Depuis ce jour, je n'en ai >as. Je pense qu'elles s'y amassent de nouveau, l^était M. Prévost qui soignait cela, et il y a mis lx?aucoup d'obligeance. Sans doute il est absent ou listniit par d'autres soins. Ne pourriez-vous pas nous recommander pour ce à M. Denois, auquel ma mère enverrait ses lettres? Elle demeure me Saint- Ilonoré, 3(>7.

Je vous remercie de cœur de l'amitié que vous me témoignez en tout ce ({ui me concerne. Je n'ai pas besoin de vous dire que je serais heureux d'être à même de vous prouver la mienne. Je pense que vous vous applaudirez du parti que vous prenez. Vous connaissez le Midi, vous allez étudier le Nord. Entre ces deux extrêmes de l'Europe et de la civilisation, au climat près, vous ne trouverez que trop Je points de ressemblance.

Nous partoîis aujourd'hui même pour Ischia ; nous logeons à Lacco, villa d'Atri, élevée; grandes et Ix*lles terrasses : connaissez- vous? Nous y passeix>ns les chaleurs, qui ne l'ont que connnencer, jusrjuVi la Saint-Louis, qui nous ramènera ici.

Au revoir, mon cher monsieur; nous vous embrassons tous tendrement.

H. DE Skrrk.

Mes amitiés et compliments aux diverses personnes dont vous me parlez dans votre let tre

1264. — M. Niebuhr à M. de Serre K

SaiDi-Gall, le 30 juio 183t).

\''otre lettre consolante, mon cher et respectable ami, m'a été remise peu d'heures après que j'eus mis la mienne à la poste. De tout cœur, nous avons remercié Dieu d'avoir éloigné le terrible danger qui vous menaçait. Puisse-t-il vous consei*ver cet aimable enfant par laccroissement de ses tendres forces, et procurer à vous et aux vôtres une vie pleine de joie !

Nous vous remercions cordialement de nous avoir rendu la tranquillité. Il nous était amvé de Rome des nouvelles pires encore que celles de votre lettre précédente et (|ui semblaient leur être postérîeui'es, et nous n'espérions presque plus. Depuis longtemj^s d'ailleurs je n'ai plus, à vrai dire, la faculté d'espérer. Avec la même cordialité, je vous l'cmorci'* du reste de votre lettre.

Je ne puis encore vous dire d'une manière certaine combien de temps nous resterons ici ; impossible de calculer exactement ce que durera le travail que me donne la bibliothèque. L'intéressante découverte (|ue j'y ai faite consiste dans des fragments de panéi^yricjues (l'un en prose, les autres en vers) sur le grand Aétius, qui défit Attila près de

I Celte leUrc est traduite de rallemand.

tliâlons'. De cette époque, qui précéda immédîatemait la chute de l'Empire d'Occident, il ne nous' reste presque aucun document contemporain, et nous ne la connaissons que d'une manière très-imparfaite; pour cette raison, et à cause de plusieurs trênements qui nous étaient totalement inconnus, ces fragments présentent un grand intérêt. Ils en oot encore davantage pour moi, parce qu'ils confinnentune opinion qui, depuis longtemps, me paraissait évidente, et que j'a^ ais exposée sans trouver de créance, à savoir que, dans cet horrible V* siècle, il y a eu beaucoup d'activité intellectuelle, plus que dans le siècle précédent. Dans la loDfiue et triste agonie de l'Empire romain, tout esprit était mort; des guerres sans danger sur la fnMitière causaient peu de préoccupations, et l'on àe jetait dans toutes les turpitudes d'une vie sen- ^lelle. L'invasion des barbares mît en jeu l'existence (le chacun; l'égoïsme suffit pour enseigner qu'on avait une patrie. Quelques grands hommes parurent et excitèrent une véritable admiration. L#^ panégyriques dont je viens de parler étaient inspin'S par de tels sentiments. La religion rempHssait les cœurs et les pensées; et le combat de 1 ancienne religion dans sa décadence (dont mes

' Ceîit en /i5l qu'Adtius, gënëral de Valentinien III, parvint à lr.i«rla puissance d'Atlila. Parmi les sAWés d'Aëtius se trouvaient Tbëodoric, roi des Visigoths, et Mërovëe, roi des Francs-Saliens. - CoDiiultez VHistoire d'Attila^ par M. Amëdëe Thierrj^ t. I^*", I». Vît et suivantes. Paris, 187/*.

f3U CORRESPONDANCE.

fragments contieaucnt un exemple inattendu) échauffait au moins Fimagination.

Une autre découverte intéressante, d'un caractère tout différent, consiste en fragments iiturgicjues écrits dans le W siècle au plus tard, et qui appartiennenC à une liturgie beaucoup plus ancienne qu'aucune de celles qui nous ont été consei*vées : ce sont des prières du matin, d'une époque très -reculée, qui semblent se rapporter aux Stationes dont il est question au commencement du III" siècle : elle» sont d'une extrême simplicité et dignes de respect. Je les transcris pour un bon et docte moine, en reconnaissance de son alfabilité. Il ne peut lire récriture mutilée du manuscrit, mais il saura les publier avec plus de compétence que moi.

Puis il me restera à copier un grammairien latin, lequel oiTre un assez grand nombre de mots d^une bonne latinité et qui ne se tix)uvent pas ailleurs; c'est un travail ennuyeux, et je voudrais (ju'il y eut là une autre personne i)our le faire, mais cette autre personne ne se rencontre pas là.

Dïci nous irons à Zurich, où mon intention est aussi de visiter les manuscrits : peut-être y ferai-je quel([ue Irouvaillc. Le séjour y sera-t-il plus agréable qu'ici? Je ne le crois pas, saufquelclac de Zurich odre un autre coup (r(i'il(|ue IVnnuyeuse valléi* où est située la ville cpie j'habile, et un spectacle différent de celui qu'on a ici des hauteurs, d'où 1 on découvre les masses informes des montai^nes, rapprochées et lointaines, qui semblent s'entasser les unes sur les autres.

Lf désenchantement est dans les esprîis: la Ré- Tolotion a détruit toutes les illusions ; elle était le Irait de la science, ce fruit qui a donné la mort le jovoùlofiy a goûté.

Cest surtout ici que tout date de 1813 et 181A Les hommes de trente à quarante ans, qui font partie du iKpQTemement, n^ont aucune idée de la ConstitutioDaTant 1796. Le dépit et le mécontentement, qui pirloQt corrompent le bonheur, se rencontrent aussi bien ici que dans les monarchies qui s'éloignent le plus do la prétendue perfection; mais on ne paraît nllement s*en rendre compte. Pourtant n'est-il jms êndent que cette Constitution, qui tire un trop erand nombre d^ individus de la médiocrité la plus «mplèlc pour les appeler au grand jour de la vie publique, ne peut avoir que des résultats pitoyables? Dans ce nouveau canton, qui compte environ lîîO,000 habitants, pannî lesquels ceux de la petite <*apiiale '8,000 âmes) se comportent comme les habitants d'une grande capitale à l'i'gard des provinciaux, il faut trouver neuf individus pour le petit Tonseil et le gouvernement, cent cinquante députés jMJur le Conseil législatif, une douzaine de souspréfets, plus de quarante maires, une douzaine de tribunaux de cercle, des municipalités, etc. On ^lïfectionne des Codes civils et des Codes pénaux ; (m promulgue des lois; ce ne sont que décisions et arrêtés : un tel ordre de choses ne peut inspirer aunine estime.

11 s'est réuni ici une commission d'arbitres pour

t«*miiner un difiFérend entre les citoyens d'Appen-

zell les Rhodes intérieures elles Rhodes extérieures y. Nous avons eu à notre table d'hôte les membres de cette commission. Le landamman de Turjçovîeet Tun des Appenzellois étaient assis en face de nous. En même temps, il y avait dans cette ville des écuyers de cirque qui fournissaient un texte fort innocent à toutes les conversations. Le Turnovien désapprouvait hautement que sans nt'^cessité ou s'exix)sàt à se rompre le cou. L^Vppenzellois, d'un goût plus cultivé, regrettait que des gens doués de tant de sens esthétique, comme le témoignaient leurs graeieuses attitudes sur les chevaux, peniiissent aux plaisanteries populacières d'un paillasse de dégrader leur gymnasti((ue.

Pendant que vous éprouviez à Ischia les ardeurs de Tété, nous avons aujourd'hui, pour la première fois depuis deux semaines, un jour sans pluie; il fait ordinairement un froid extrême Quand enfui arriveront les beaux jours, nous irons visiter Bade; mais ce projet pourrait bien ne pas se réaliser. Je ne sais pas encore de quel coté nous nous dirigerons plus tard dans ce cas ou dans tous les cas, et cela est triste. Le prince royal voudrait bien nie voir à Berlin; mais, à partir du commencement d'août, il est absent ou tellement occupé cju'on ne le pourrait voir que peu.

Nous rcveri-ons-nous cet hiver? Les journaux ue cessent de répéter la nouvelle de votre retour au ministei'e, ce qui pmuve qu'on en sent le besoiUt <iui i)eut déjà se trouver dans une Constitution représentative. Dieu veuille le donner à toute TEu-

ANNÉE 18â3. S37

rope! car, assurément, le ^ peut avoir les suites

les plus funestes. On a acquis la certitude que la Révolution est impuissante lorsqu'on la combat avec énergie, et Ton ne se trompe peut-être pas en sappûsant qu'on pourrait, avec la force et l'appui de Tarmée, gouverner très-simplement même la France.

Je vous félicite sur la conduite sage de votre prince et général en chef; mais fonder un ordre de choses durable sans que le pouvoir absolu soit ccHifié à des mains capables et s'exerce dans le sens (In parti maintenant victorieux, dépasse la possibilité humaine.

Combien ce qui se passe à Séville est humiliant pour Canning! Dans la régence de Cadix, je suis fiché de trouver le nom de l'amiral Valdès*, qui était aux Cortès le chef des modérés, et à qui doit être attribuée principalement la position du Roi

* Ici se troiirait uu moi qui a été arrache avec le cachet.

* f*on C ayetano Valdés, né à Sëville en 17G7. Il avait combattu iT»c les Français à Trafalf^ar comme cipitaine de vaisseau (1805) ; nuui, quand les Espagnols se soulevèrent contre Napoldon, il su joi^inît à rtes compatriotes. En I8I/4, Ferdinand VII, qui se dëfîait df "««s intentions, le priva de la liberté et ne la lui rendit qu'eu 1$^X An mois do septembre de cette même anndc, l'amiral Valdés d«-int ministre de la Guerre et conserva ces fonctions jusqu'au fooU de mars de Tannëe suivante. Membre des Cortés en 18â3, il fQt ctioi:4i» lors de la suspension de l'autoritë royale, pour prësi- 4t le Conseil de rJgonce. Après la reddition de Cadix, craignant le^ vengeances de Ferdinand VU, il se mit sous la protection de r&miral Duperr^ et gagna l'Angleterre. Il ne revint qu'en 183/i, reriil, en 18:15, le titre de capitaine gëne'ral et mourut peu après i Saint-Ferdinand. — Voyez la Biographie universelle (Michaud), nciivelle c^lilioD, t. XLII, p. U^,

après le 7 juiii. Le Roi l'avait retenu six ans sur les galères ou en prison, sans que Valdès eût commis d'autre crime que celui d'avoir été membre de la régence pendant la captivité de Ferdinand. Je verrais volontiers dans cette nomination un mauvais tour des jacobins qui, l'année passée, ne cessaient de réclamer sa tête, et qui, maintenant, voudraient remettre au Roi ou à son successeur le soin de la faire tomber.

L'agitation de l'Irlande est bien le symptôme le plus manifeste de cette maladie qui s'est répandue sur toutes les parties du corps social de rEuroi)e, d'où l'esprit de solidarité civile a plus ou moins disparu. Tôt ou tard la Constitution de l'Irlande doit être abolie.

La révolution du Chili est fort afiligeante. La sagesse du gouverneur O'IIiggins* se montrait évidemment dans les instmctions qu'il avait envoyt*es à ses représentants à Rome. Je liens la soumission de l'Amérique espagnole plutôt pour facile que pour îmix)ssible, si votre gouvernement peut oser secourir l'Espagne. Mais c'est un point bien délicat.

Avivez heureux, mon digne ami; nos ivspects et amitiés à votre noble épouse, nos saints affectueux À vos enfants. \'otre bienveillant souvenir a rendu Marcus rouge de joie. J'espère lui trouver un tivsbon précepteur; nous avons congédié le jeune homme qui était avec nous afin qu'il puisse tirer profit de ses aptitudes et de son zèle.

I Don Bern&rdo O'HîiZf^ins, directeur siipëriour du Giili. Il arait dû abdiquer la dictaturo lo S8 janvier 18X3.

Dieu vous bénisse et vousconsene, mon cher ami !

A vous de toute mon àme.

1265. — Le marquis de Vaulchier^ au comte

de Pujnnaigre.

Strasbourg, le 1«' juillet 1823.

Je vous remercie, mon très-cher collègue, des <lêtails contenus dans la lettre que vous avez bien voulu nrécrire le 29 du mois dernier

Je ne pense pas qu'il soit facile de seconder les vœux de M. de Serre dans ce département pour l'élection prochaine. Partout où le libéralisme domin<»ni, vous savez qu'on ne le nommera point; car ce parti déteste ce vigoureux champion de la monarchie qui, en 1820, lui a fait le plus grand dommage p<issible en faisant passer la loi du 29 juin. Il n'y aurait donc qu'un arrondissement où je serais à peu près sur de le faire nommer, celui de Saverne ; mais j'ai promis à M. Renouard de le lui accorder. Je

* Le marquis Louis-Ren^-Sîmon de Vaulchier du Deschauz, n^ i DôIe le 12 février 1780. Le 2/i scptoiirbre IBIU, il reçut, de Louis XVni, la prëfecture du Jura ; au mois de mars 1815, il fit toas ses efibrts pour y maintenir Tautoritë royale. Préfet de la Corréce apr^s les Cent-Jours, prëfet do Saône-et-Loire en 1816, il fut destitua en 1619. Le 17 aFril ]8!I0, il fut appeM à la préfecture de la Charente et, le 19 juillet suivant, il reprit l'adminis-

verrai toutefois si de nouvelles chances p{^uvent s'ouvrir, et je ne suppose pas que le ministère ait aucun motif pour s'opposer au succès.

Vous pouvez compter sur ma bonne volonté personnelle et le dire à M. de Chevers, en lui offrant mes empressés compliments.

Je dois vous dire que j'ai à Strasbourg les trois quarts de mes électeurs libéraux.

Recevez, mon cher collègue, l'assurance de toute 'if- ma considération et de mon attachement.

Marquis br Vadlchiek.

1266. — M. de Serre à sa mère.

liciiia, 8 juillet 18^3.

Encore deux courriers sans lettres de vous, chèi-e maman; malgré tous mes raisonnements, je m'en attriste et me tourmente. Si vos lettres avaient été

iration du dffpartcmcnt de Saôno -et- Loire. Celto même aiin^, les (Hecleur» d«i Jura le choisirent pour dopul''. 11 devint pre'fet du Bas-Khiu le âO mars 18^, directeur géni^ral des douines« le 30 mars 18^ et directeur gdiiëral des postes le U août Miimnt. n fut de nouveau charge, en 18^0, de la direction des douaiieii. Apres la révolution de 1830, il s'abstint do prendre part aux affaires publiques, et mourut à, Besançon le 95 août 1861. Charles X lui avait confère le collier de commandeur de la Légion d'honneur.

ANNÉE 18513. ^l

simplement mises par vous à la poste, elles me seraient arrivées exactement. Cette interruption dans vos lettres redouble pour moi tous les maux de Tabsence. La Boulaye m'écrit de Châlons qu'il vous presse de le venir voir; c'est la seule mention que J'aie de vous. J'espère que vous n'éprouvez pas la même peine et que vous recevez au moins celles que régulièrementje vous écris toutes les semaines.

Nous sommes dans notre île depuis sept jours ; les trois premiers ont été fort chauds ; mais, de tous côtés, il nous arrive sur la hauteur où nous sommes logés des airs de mer qui rafraîchissent. Paf ces grandes chaleurs on dort une partie du jour et Voa prolonge la veille dans les nuits qui sont superbes; on profite aussi du frais de la matinée. Tous les soirs nous faisons en troupe des promenades à âne dans les diverses parties de l'île; ce nouvel air fait bien aux enfants, qui prennent des figures plus pleines et

plus fraîches et ont plus d'appétit Annette n'a

pas encore commencé les bains, mais ce genre de vie doit lui convenir. Moi, je m'en trouve fort bien ; j'ai été ravi de me sortir de Naples, de ce cercle d'indifférents, automates parlants qui n'intéressent ni le cœur ni l'esprit et qui, à peu d'exceptions près, forment le fond de toutes les grandes sociétés. Ici je jouis complètement de ma famille et de l'indépendance. Il ne me manque que d'avoir de vos nouvelles ; mais c'est beaucoup et plus qu'il n'en faut pour troubler ma satisfaction .

Au revoir, chère maman ; Annette et les enfants

vous offrent leurs tendres hommages, et moi, je vous V. lu

ma CORRESPONDANCE.

<^inbrasse du fond du cœur comme mon excdlente mère et meilleure amie.

Votre bon fils.

Il y a aujourd'hui un an que nous avons perdu notre belle petite Caroline ; c'est aussi un triste anniversaire.

1267. — M. de Serre à M. Niebuhr.

Ischia, ce 8 juillet 18)3.

Je Fi'ponds, bien cJier ami, à votre letti'e des 21 et jours suivants de Saint-Gall. \'ous aviez reçu la mienne du 0 ; celle du U vous sera, j'espère, arrivée peu ai)ivs et aura commencé à vous rassui'er sur notre petite Marie. Je me reproche maintenant d'avoir été si longtemps à vous en écrire encore; mais j'avais deux lettres qui vous attendaient, je le pensais au moins, à Saint-Gall. Je Clignais que vous ne vous fussiez arrêté en route. J attendais une lettre de vous; nous nous attendions réciproquement. Voilà six jours que nous sommes ici, et cette chère petite, qui languissait toujours à Naples, commence à repi^endre ses couleurs et ses forces.

Si, connue cela s'annonce, tout mon petit monde se trouve bien de l'air de cette ile, je serai fort tenté d'y prolonger mon séjour jusqu'en octobre.

ANNÉE 18â3. .aii3

Cette séparation de Naples et du monde m'a fait les premiers jours un bien que je ne saurais rendre; c\'*taît comme un poids soulevé de dessus ma poitrine. Depuis longtemps je n'avais respiré aussi librement.

Mais venons à vous et aux chers vôtres. Cornélie a donc pris trois dents sans s'en apercevoir? qu'il en soit de même des autres ! Il y a juste un an que cette dentition nous a été si fatale! La Suisse consolera Marcus de l'Italie; cette belle nature, cet air balsiimîque des montagnes fera plus de bien à votre chère épouse que toutes les eaux du monde. Si vous vous en apercevez, prolongez-y votre séjour.

Quel intérêt et quel charme ont vos lettres pour moi, cher ami ! comme vous voyez bien dans chaque chose le trait qui va droit à mon âme, et que j'aime à voir, à sentir, à réfléchir avec vous! Je n'ai pas traversé le Tyrol ; mais j'ai un vieux respect pour cette terre loyale. Le peu que vous m'en écrivez m'a ravi. Il reste bien peu de cette race pure sur la terre. Au contraire, je me suis affligé de vos remarques sur la partie de la Suisse où vous êtes. Ce n'est donc pas seulement notre frontière qui est infectée de jacobinisme. Comment s'appelle déjà ce poison qui décompose les corps et les fait tomber en lambeaux? Quel dommage que cette épidémie ait gagné ces bons Souabes, ces bons habitants d'un beau pays où j'ai été si bien accueilli il y a vingt ans! I^ corruption était déjà dans les mœurs ; elle nVtaît pas encore dans les opinions.

Voilà le Wurtemberg iiidement tancé ; il est clair

qu'il a des torts; mais je ne connais pas assez les détails pour juger si la correction n'est pas plus que fraternelle*.

Je pense comme vous sur Tabsurdité des bruits dont on voudrait inquiéter la Suisse. Berne et les petits cantons ont seuls soutenu de leur sang Thoûneur du nom suisse contre Tinique agression du Directoire*. On peut se demander s'ils auraient encore le même courage. Tout est vieilli, tout est usé dans notre Europe; et les gouvernements, et les écrivains, et les partis conspirent à la ruine de ce qui reste encore de l'antique énergie. Et cependant cette partie du monde est l'unique espoir du reste. Quelle dissolution dans cette Espagne et ce Portugal ! quel délire et quelle hicheté tout ensemble ! Y a-t-îl vertus d'une nation voisine qui puissent secourir de tels peuples? et ces vertus, les avonsnous bien, et méritons-nous que la Providence nous les accorde?

* M L'Autriche et la Prusse rencontn^rent, au sein de la Dicte même, une assez vive resibtance. Dans l'enivrement «lu triomphe, elles (lemamlaient A la Confdtleration g^Tmaniquc de ratifier txpresse'ment les principes et les mesure-jquî a\'aicnt prt^valu à Veroue. La Bavière ot plusieurs Ktats consentirent à approuver le* principes, mais non les mesures qui avaient etd prises, tans qu'un daignât mémo les consulter. Le \Vurtenil>erg refusa toute adhésion Cette (»pposition inattendue du Wurtemberg produisit,

dans les trois cours du Nord, une grande irritation et, apr^ un échange de notes, menaçantes du cùtd des trois cour», embarrassées du côté du Wurtemberg, la Russie» l'Autriche et la lYuAse rap|>elërent leurs ministres de Stuttgard. w (Histoire da (foui'er^ arment purlrrnrniair**, par M. de Ilauranne, t. VU, p. UQS.)

« En 1796.

Savez-vous que je suis. presque fâché que vous ayez trouvé quelques manuscrits à Saint-Gall; que je compte bien peu sur le séjour des eaux, séjour de distraction même pour un savant? et vous qui y retrouverez tant d'anciennes connaissances et tant à rechercher du passé sur votre Allemagne, comment écrire là? J'espérais mieux du loisir et (le rinspiration des monts helvétiques. Découvrez quelques vieux manuscrits, soit : vous trouverez cent autres qui les déchiffi-eront. Mais ce que vous arez bien voulu me promettre sur le plus grand peuple qui ait jamais existé et qui existera jamais, TOUS seul le pouvez écrire, et je me fais un devoir de vous sommer de votre engagement. Si donc et les lieux, et votre disposition, et notre amitié vous imitent à mettre la main à l'œuvre, ne résistez pas : Frisch begonnen isi halb gewonnen ' .

Je ne cours pas le mondé comme vous ; renfermé dans ma petite île, j'aurai à vous entretenir des insnlaires, mais il les faut d'abord observer ; de mes occupations, mais je vous dirai seulement que, en rKonneur de votre futur travail, je relis Machiavel* sur les décades de Tite-Live. Vous avez à faire ce que lui et Montesquieu ont laissé à faire. CelacouroQoera vos premiers travaux, votre long séjour à Rome et en Italie. Il me semble que cela vous ôtera tout regret sur l'emploi de ce séjour.

Au revoir, cher ami; ma femme et mes enfants

* Liilëralement : vivement commence est àmoitîë gagne.

* Nicolas MacliiaveUi, né on 1^69 à Florence, où il mourut en

iriî7.

fM CORRESPONDANCE.

sont sensibles à votre bon souvenir et à celui des vôtres. Que la santé et le bonheur vous accompagnent tous! Je vous embrasse tendrement. Aimezmoi et m'écrivez sans calcul.

1268. — M. de Serre au baron Emmanuel d'Hoart.

Iscliîa, lo 8 juillet I8âS.

Annette veut, mon cher Emmanuel, que je commence sa letti'o. Recevez, ainsi que votre chère Juliette, mes remercîments pour toutes les preuves Je tendre attachement que vous nous donnez. Embrassez tendrement pour nous notre commun filleul • ;

♦ Philippo-Hercule-CIiarîes, baron «1*1 îiiart, neveu et nilnil de Afv et <le M*"® de Serre, naquit au clulteau «le [kîlange, prés Thionville, le 26 avril 1823. Après avoir pass^ par l'École polytedinique et l'Kcole d'application (ISiiO-lK.'iO;, il fut nomme lieutenant (l'artillerie. Capitaine en 18r,C, il fit la rampaî;iie d'Italie (1850) et celle du Mexique (18(52-1807); il o))tint le grade de chef d'escadron (1869); il dtait, en outre» chevalier de l'ordre de la Ldgîon d honneur et de ceux de Guadalupe et de Notre-Dame de la Conception de Villaviciosa. Frappi* d'un «'dat d'ohus sur les remparts de Straslxïurg le 16 septembre 1870, il succomba immédiatement.

Ordre du ^Â $e§àterf^ie JS70.

u Le Conseil de défense, voulaiH li^worer la mémoire du commandant d'IIuart, du 10** régiment d'.irtillerie, tomU' sous le feu de l'ennemi le 10 courant, a ppopeeé d'appeler le bastion IS : Iwê* t ion d'Huant,

M Homme «l'énergie et de devoir, cet officier supérieur a. éHé

ANNÉE 18313. mj>

j'espère qu'il ne sera pas moins beau que ses aioés

Mes dÎYerses nouvelles ne laissent rien à attendre <le Saveme. Si je dois un jour reprendre le fardeau <[ue j'ai quitté, le temps amènera naturellement ce jour; il ne faut pas prétendre le devancer. Ce qu'il y aura de mieux alors sera notre rapprochement df DOS parents et amis Dites bien à Toncle et à U tante de Janbert la part sincère que nous avons pri% à la maladie et au rétablissement du premier. Victor^ a le soin de nous donner de ses nouvelles il est heureux d'avoir eu l'occasion de faire une si belle campagne .

Ab revoir, mon cher Emmanuel; j'embrasse tendrement vous, Juliette et vos beaux enfants.

fnppë au imliea de son commandement» dans lequel se trouvait le bastion là.

« Le gc^nëral de division, commandant supérieur, voulant s'asvwr au désir exprime par le Conseil de défense et honorer une «arriére militaire bien remplie, décide qu'à l'avenir le bastion 12 Vapptllera bctstion (ÏHaarty par application de l'article ^7 du lerfice des places.

• Fait au quartier ge'nëral à Strasbourg, le 22 septembre 1870.

M Le gënëral de division, commandant supilrieur,

M Uhricii. »

• M. Victor d Huart.

«g CORRESPONDANCB.

1269. —M. de la Boulaye à M. de Serre.

Ay, prés Épemay» 10 juillet 1823.

Cher ami,

Depuis ma dernièi'e lettre j'ai couru le monde, et' j'ai remarqué avec plaisir dans mes courses à Reims, Compiègne et châteaux voisins, qu'on me demandait de vos nouvelles en tête des nouvelles de famille. Je suis décidément votre satellite. Prenez garde à vos mouvements, ma planète, et charrions droit. Les campagnes sont magnifiques ; il y a émulation d'embellissements et de bonne culture. Je trouve dans un bel état d'amélioration diverses propriétés im-? portantes que je n'avais pas visitées depuis dix ans. Mes amis tirent bon parti de leurs pommiei*s, tandis que de notre côté nous ne nous ruinons pas avec nos vignes. J'ai eu un temps mêlé de soleil et de pluie ([ui m'a permis d'être souvent dehors et de beaucoup exercer ma jambe reconquise. Hélas! à propos de jambe, on a coupé hier et la jambe et la cuisse de l'un de mes ouvriers qui, en jouant avec ses camarades, comme vous l'avez fait jadis avec Wendel, s'est fracassé le genou ; ce pauvre garçon va bien aujourd'hui. Cuisinier par delà, tonnelier en deçà, nous nous tenons encore par les accidents. La vie en est toute parsemée. Cependant on veut vivre, et je demeure d'accord qu'on ne vit pas sans quel([ue plaisir dans la belle saison et dans un aussi

ANNÉE 18S3. mé

beau pays que la France. Quand y déviderons-nous ensemble notre peloton? Si vous avez chaud, je vous en félicite. Ici nous ne savons pas ce que c'est que de la chaleur. Il y a bien, dans la journée, quelques lieures pou ries blés qui s'accommodent de la modération, mais nos matinées et nos soirées veulent du feu, et la vigne» qui ne peut s'approcher des lares du maître, souffre matin et soir; de belles espérances diminuent tous les jours. Dieu sait bien ce qu'il fait, car je ne sais pas comment mes treilles auraient pu . supporter leur fardeau.

C'en est assez sur nos campagnes; passons à celles d'Espagne. J'ai foi aux nouvelles deDesprez. (>Li il est, certain parti ne voit que Donnadieu, le héros du Drapeau blanc et probablement ITiomme dont ces messieurs veulent faire un ministre de la (Duerre.Vâllin*, Bordesoulle et autres pétulants sont

* Louis ValHn, ne à Dormans (Marne) le 16 août 1770, éitài le fils d'an maître de poste. 11 venait de terminer ses études de droit lorsque la loi de la première réquisition l'appela sous les drapeau». Colonel de hussards en 1807, il fut nomntf général de brigade lors de la retraite de Russie, et commanda l'aTant-garda du prince Eugène. Sous la première Restauration, il eot le couifmandement d'une brigade de cavalerie. En 1815, il prit part à la bataille de Waterloo (18 juin) et au combat do Rocquencourtt prés Versailles (1*' juillet). Sous la seconde Restauration, il fut employé aux inspections et aux remontes. En 18^, il commanda Tarant-garde du 1*' corps et ouvrit )a campagne par le coup de canon de la Bidassoa (6 juillet) ; il obtint peu après le grade de lieutenant général et la plaque de grand officier de la Légion dlionneur. 11 est mort le 95 décembre 185/i. 11 avait reçu le titre de vicomte. — Voyes la Biographie universelle et portative des rontempotninSf publiée par Rabbe et Vîeilh de Roisjoslin, t. IV,

95a CORRESPONDANCE.

déjà SOUS Cadix et par mer et par terre ; on ne néglige rieu pour que les gens de Cadix meurent de faim et de soif en attendant mieux. Les orateurs des Cor tes se passeront d'eau sucrée. Dieu veuille qwt tout ceci finisse vite ! La dégringolade de la Consd* tution portugaise y est un bon acheminement. Lea principes sont fort menacés d'être bannis de la péninsule, et je crains bien que les Grecs ne puissesl pas les inoculer aux pachas. Si nous usons sagement de la victoire et si, de retour chez nous, on reste convaincu de tout ce qu'une liberté sage peut donner d'aisance, de force et de dignité aux grandes comme aux petites populations, Tafifairc d'Espagne sera une bonne, une excellente affaire. Amen.' C'est ainsi qu'on pense en Fi-ance et méuM en lîelgique.

Adieu, mes chers amis, et maudites soient leî cinq cents lieues qui nous séparent ! Je vous aime bien tous et vous prie de me le rendre, Si je suis en arrière de numéros, cette longue lettre compensera; je donne de la quantité ; vous, de la qualité : c^ lieux choses siéent au venclaniîeur.

1270. — M. de Serre à sa mère.

litchi», \k juiUal 1Ô23.

Enfin, chèi*e maman, je reçois à la fois cinq lettrès de vous, sous une seule et même enveloppai

des Affaires étrangères : celles des 27 maî,l•^ 5, lA et 19 juin. 11 est clair que M. Prévost, qui tous porte ou vous transmet mes lettres avec une si aimable et si obligeante exactitude, n'est pas la personne que vous chargez de l'envoi des vôtres; au moins, ne les lui adressez-vous pas directement. C'est cependant ce qu'il faudrait faire, chère maman Mais jugez quel triste intervalle, quelles

incpiiétudes doivent ainsi me causer tant de vos lettres retenues à la fois. Dieu soit loué ! au bout de cette longue attente, j'ai de bonnes nouvelles de vous, et je puis espérer que pour l'avenir vous prendrez mieux vos mesures

Vous devez savoir que le colonel MuUer est parfaitement rétabli. J'en remercie Dieu pour cette pauvre Joséphine*.

Il n'y aura point d'électîon cette année dans la >foselle, et je vois peu ou point de chances ailleurs. Je ne vous ai point entretenue des biniîts de gazettes; quant à moi,* cela n'avait ni fondement ni apparence. Mon ai'dent désir de notre réunion est ce qu'il y a de plus sûr et dé plus clair. Revenir aux affaires est en soi plus à craindre qu'à désirer. .Vbandonnons-nous donc pour l'avenir à la Providence; car, de nous-mêmes, nous n'y pouvons rien.

Le prince d'EckmtlM* avait de bonnes qualités;

* Joséphine de Chevers, baronne de Muller.

> Le prince d'EckmUhl passa les premières années de la Restauraikm loin dea affaires publiques; mais rordonnance du 5 mars IBi9 lai rendit son siëge à la Cbambre des pairs. l\ moumt à Paris le l»' juin 1853. Il avait en la douleur de perdre en idSI rafale de ses filles, M«« Vîgîer.

je lui avais conservé de l'attachement et j'ai eu l'occasion de le lui prouver. Le repos tue ces hommes qui ont eu une activité extraordinaire et plus tôt si un grand chagrin vient s'y joindre ; car, privés de toute distraction, ils le sentent avec toute leur

énergie.....

Au revoir, chère maman ; Annette a partagé ma joie de savoir de vos nouvelles. Elle et les enfants vous offrent leurs tendres hommages; moi, je vous embrasse et vous aime de toute mon âme.

Votre bon fils.

1271. —M. de Serre à M. Ramy.

Iscliia, U juillet 18».

Je réponds, cher ami, à ta lettre du 18 juin

Ta position continue à m'inquiéter, d'autant que les remèdes et les conseils que je n'ai pu découvrir étant au pouvoir, je les aviserai encore bien moins d'aussi loin. Toutefois, le danger me parait encore éloigné, et que d'événement-s peuvent détourner un danger lointain! Quelque favorisés que soient les pères de la Foi, ils ne sauraient sortir de terre, et il me semble qu'ils ont bien des postes à envier et à occuper avant la bicoque de Verdun. Je désire bien savoir quel est votre évêque et que, à son arrivée, tu te mettes en bon rapport avec lui ; cela doit Vêtre facile si tu es bien, comme je le suppose, avec le

ANNÉE 18S3. â53

clergé de \'erdun. Il me semble que, de Metz même, ton respectable père pourrait t'y aider Méfie-toi de tout ce qui, de près ou de loin, tient au libéralisme^ ; je sais que Verdun en est infecté. Sois sûr que cette faction, que je connais bien, est essentiellement irréligieuse et déloyale; que, si elle recherche et appuie parfois des hommes estimables en but à Tinjustice, ce li'est que pour s'en servir comme d'un manteau et en abuser. Souviens-toi de nos dernières conversations à ce sujet, et interdistoi toutes causeries et discussions politiques.

Nous sommes depuis quinze jours à la campagne, dans l'île d'Ischia. M. Riboulet t'aura écrit l'alarme que nous avons eue pour notre petite Marie et comme nous avons craint de la perdre ; elle reprend un peu. Mes autres enfants vont bien;

ma femme prend ici des bains Ce séjour et cet

isolement me plaisent; M. Riboulet t'en fait sans doute la description, ainsi que de notre genre de vie.

Je te félicite de la guérison de tes enfants. Je les embrasse, ainsi que ta femme et toi, de tout mon cœur.

J'ai de bonnes nouvelles de ma mère; sa santé se soutient, tout attristée qu'elle reste de notre séparation, J'en ai aussi de mon frère, qui est heureux à Gothembourg avec sa famille.

Au revoir, cher ami ; tout à toi.

I Comparez t. II, p. ^S.

S5A COURËSPONOANCE.

1272. » M. de la Boulaye à M. de Serre.

Ây, prës Epemy, 16 juillet ItiSS.

C'est le seizième jour de sa mise au monde, cher ami, que j'ai tenu votre n'' 25 du 30 juin, et quelle que puisse être la vélocité des Augio- Américains, les lettres des États-Unis ne me paiTiendront pas si vite, quand même ils établiraient à travers l'Océan un roulai^e accéléré, c'est-à-dire des paquebots A vapeur. Notre vieille Europe est une fourmilière : on y va, on y vient, on y trotte dans tous les sens. Ces oblîi^eants courriers, qui jamais ne donnent A la même place, et qui ne s în(|uiétent guère des sujets d'espoir et de crainte, dos biens, dvs maux, des misères et des fortunes dont Kurs malles sont pleines, font rondement l(;ur d(»voir, et le fei'aient plus vite encore s'ils ne rencontraient pas sur les chemins des gens plus curieux (ju'ils ne le sont euxmêmes. Mais, lorsqu'il faut franchir les grands fossés et dépendre des vents comme des marées, on ne peut plus compter sur rien de régulier. 11 faut, de plus, écrire deux fois les mêmes choses. Je trouve donc fort bien qu'on ait mis à la retraite Tempereur Iturbide^; c'est une ambassadi* de moins. En atten-

* Don .Augustin Ilurbiibs ne à Valladolitl Mexique, le 57 septembre 1783. Quand la guerro <1<^ l'Indépendance éclata (1810), il demeura fidèle au gouvernement espagnol» qui lui confia» en ISld»

liant qu'il soit forcé de lever l'ancre, mon pauvre cousin est assez malade ; on le saigne, on le cautérise. Il vous a écrit de son lit de douleur. Je compte cependant sur lui dans les premiers jours d'août. Hélas! sur quoi compter! Je croyais que votre bonne mère arriverait ici aujourd'hui avec ma bellefille; ma belle-fille vient seule. M""^ de Serre est

incommodée depuis cinq à six jours C'est le 10

de œ mois, cher ami, que l'indisposition s'est manifestée ; je vous écrivais ce jour-là même. Les nouvelles du 11 et du 12 n'avaient rien d'inquiétatit;

celles du 13 et du Ih étaient moins rassurantes

Votre bonne mère désirait que je ne vous alarmasse pas. De façon ou d'autre, bon ou mauvais, je vous aurais écrit aujourd'hui. Je mande à mon beau-fils, qui reste à Paris, de vous envoyer directement un j>etit bulletin.

J'auiîure bien d'Ischia et j'embrasse là père, mère, enfants, toute la famille.

Sans adieu, bien cher ami.

Il fait chaud pendant quarante-huit heures et puis plus. Cependant le raisin grossit.

M. Pasquier pérégrine; il y a pris goût: le voilà en Belgique et pointant vers le Nord.

un corps d'armée; mais, en 1830, il s'insurgea, et, en 1892, se fit proclamer empereur du Mexique sous le nom d'Augustin I*'. 11 perdit la couronne en 1823, essaya de la ressaisir en ISÎW», fut pris, H fotîllë la 19 jaillet de cette même annexe.

1273.— Le vicomte de Chateaubriand à M. de Sana.

Paris, 18 juillet 1893.

Je VOUS dois une réponse depuis longtemps, moa* sieur le comte; j'espère que vous aurez bien voulu m^excuser en songeant à tous les embarras dans lesquels j'ai été plongé.

Vous m'avez vu à Vérone très-éloigné d'une intervention militaire dans les affaires politiques de TEspagne. En principe général, je suis toujours de la même opinion : rien ne me parait plus contraire à l'indépendance des nations qu'une guerre dans l'unique but de détruire ou d'imposer une Constitu-» tion. Mais je suis revenu en France blessé au fond du cœur de notre nullité en Europe; j'ai trouvé, d'un autre côté, en arrivant, dans le parti ré\'olutioiinaire un espoir mal dissimulé de corrompre notre armée, des conspirations prêtes à éclater, et tous ces maux ayant leur foyer à Madrid. Appelé subitement au ministère par la retraite de M. de Montmorency, j'ai pris mon parti sur-le-champ. L'occasion se présentait d'en finir, une fois pour toutes, avec la cocarde tricolore, de savoir si les Bourbons avaient ou non une armée, de terminer la Restauration et de nous replacer à notre l'ang militaire en Europe. Si nous avions le bonheur de réussir dans cette grande entreprise, nous abattions

deux révolutions d'un seul coup, car il était clair que les Cortès démagogiques de Portugal tomberaient avec les Cor tes conventionnelles d'Espagne. Les conséquences de ces événements seraient incalculables pour la France : nous pouvions périr, mais il valait mieux périr en essayant de redevenir la première puissance du continent que rester dans Tétiit de trouble au dedans et de faiblesse au dehors où nous étions réduits. L'événement a été heureux, et je ne demande à Dieu que de vivre jusqu'à la reddition de Cadix pour mourir plein de joie du haut rang de gloire et de prospérité où j'aurai contribué à replacer notre patrie.

Les obstacles ont été grands. L'Angleterre a été bien menaçante, l'Autriche, bien jalouse et bien envieuse. Ne sachant plus comment entraver notre marche, elle avait suscité le roi de Naples pour reclamer la régence d'Espagne, c'est-à-dire pour remettre TEspagne sous l'influence anglaise à travers l'autorité, du prince de Metternich. L'Autriche disait qu'elle ne reconnaîtrait point la régence d'Elspagne, si d'abord les droits du roi des Deux- Siciles n'étaient reconnus. Après bien des conférences et des écrits, la prétention du roi de Naples a été repoussée ou, du moins, ajournée. Ma lettre officielle vous donne aujourd'hui quelques détails sur cette affaire misérable.

Vous aurez appris, monsieur le comte, les nouvelles de notre emprunt avant d'avoir reçu cette lettre; nous sommes dans une grande prospérité ; il ne nous reste plus à emporter ([ue Cadix pour tout V. 17

finir. La chute de cette place peut être plus ou moias avancée, plus ou moins retardée; mais, comme nous sommes déterminés à ne pas laisser raffaire d'Espagne incomplète, Tévénement n^est pas douteux.

Nous ferons tout ce que nous pourrons pour que notre invasion de l'Espagne ne produise f>as dans ce malheureux royaume ce que Tinvasion autrichienne a produit à Naples ; conune nous ne comptons rien garder ni rien demander, loin de ruiner L^ pays, nous l'aurons enrichi, et c'est déjà une grande chose. Quant aux institutions, nous ne nous en mêlerons point, empêchant seulement le Roi de retomber dans les fautes et de commettre les actes stupides de tyrannie qui l'ont perdu.

lï est inutile, monsieur le comte, de vous dire que irette lettre, très-confidentielle, est uniquement pour vous. Notre métier est un peu contraire à la fran* ■chise : ne laissons rien percer de ce que nous savons des dispositions de la cour de Vienne pour nous. Il est d'ailleurs juste de dire qu'elle doit craindrez plus qu'une autre notre résurrection militaire; elle en est inquiète pour Tltalie; elle n'a pu s'empêcher de manifester son dépit lorsqu'elle a vu le prince de Carignan^ servir et se distinguer dans les rangs de nos soldats*. Elle avait cru que nous ne pouvions

* Charles- A U)ert, né en 1796, ëtait issu de la branche collal^rala de Savoîe-Carignan. Il monta sur le tr6ne en 1831, abdiiiua en ldJ!i9, cl mourut quelques mois après à Oporto (I^ortugal).

* A la prise du Trocadffro (31 août), il fit preiire d'un brillant courage. — Voyez V Histoire de la Reniauration^ par M. Nettement, t. VI, p. t61.

pas faire la guerre seuls, que nous serions ou battus ou forcés d'ouvrir aux alliés le passage de la France. Elle a été trompée sur tous les points, et elle a de rhumeur : c'est fort naturel. La Russie, au contraire, n'est pas jalouse de nos succès et, quoiqu'elle affecte toujours une grande déférence pour le prince de Metternich, on voit que celui-ci a perdu à Pétersbourg depuis notre guerre d'Espagne : ce sont des germes qui se développeront un jour. L'Angleterre a joué un triste rôle : elle a été à la fois injurieuse et faible; mais, comme cette puissance a des forces A part et d'admirables institutions, elle reprendrait toute sa puissance si, au lieu de s'opposer par de petits moyens à la délivrance du roi d'Espagne, elle se joignait à nous pour mettre ce prince en liberté et terminer, de concert avec nous, la grande affaire des colonies espagnoles.

J'en étais là de ma lettre, monsieur le comte, quand un courrier de Rome m'apporte la nouvelle de l'accident arrivé au Pape* et qui sera peut-être suivi de la mort de ce saint religieux. L'Autriche va se mettre en mouvement; elle nous a déjà proposé de nous entendre avec elle pour l'élection d'un Souverain Pontife. Cela veut dire qu'elle ne se croit pas sûre de triompher sans nous. Je crois que nous ne pourrons rien à cette affaire, et que l'intérêt italien, qui nous est plutôt favorable, l'emportera^

* Pie VII aviût fait une chute dans son cabinet et s'ëtait rompu le col du fëmur. — Voyez Y Histoire du Pape Pie Vllf par M. Artaud, t. II, p. 600 et saifrantes.

Nous ferons partir nos deux cardinaux ^ si nous avons le temps. Dans le cas où T Autriche voudrait occuper militairement les Légations, nous ferons des représentations ; mais je ne crois pas à cette occupation, et j'y croirais bien moins encore si une dépêche télégraphique nous annonçait la reddition de Cadix.

Veillez, je vous prie, aux corsaires espagnols, et qu'ils ne viennent pas vendre leurs prises ou se ravitailler dans les ports de Naples et de Sicile.

Recevez, monsieur le comte, je vous prie, la nouvelle assurance de mon dévouement et de ma haute

considération.

Chateaubriand .

Ay, 19 juillet 1823.

Voici, cher ami, ce que m'écrivait hier mon beau-fils à quatre heures du soir :

« Désirant vous donner des nouvelles très-fraiches de M"'*^ de Serre, je me suis interrompu pour passer chez elle. Je n'ai malheureusement rien de bon à vous apprendre : depuis avant-hier, son état a empiré. On a fait venir hier M. Alibert; il

* Les Cardinaux de Clcrmont-Tonnerre et de la Fare.

est d'accord avec M. *** sur le traitement; maïs il s'accorde aussi pour craindre que la maladie ne soit sérieuse. Je n'ai pas été reçu hier, pas aujourd'hui ; M** de Serre est très-faible. Dans cet état de choses, je n'ai pas osé hasarder le bulletin et donner de mauvaises nouvelles, sans titre pour y joindre des consolations. Excusez-moi si j'ai eu tort, et renouvelez Tos ordres. »

Je mande à mon beau-fils qu'il a eu tort et qu'il doit vous envoyer le bulletin. Il est sans doute fort douloureux de dire des choses qui affligent , mais je ne connais rien de pis que l'incertitude : elle me fait mettre tout au pire. J'ai été vivement touché, cher ami, de votre exactitude à me donner des nouvelles de Marie; je vous dis donc la vérité. Je suis affligé, je suis inquiet de l'état de votre bonne mère ; et, lorsque je songe que sa maladie a commencé peu de jours avant celui où elle devait venir ici, je ne puis me défendre d'un certain frémissement. Nous Teussions certes bien soignée ; mais des médecins de campagne, le changement de lieu, d'habitudes, Féloignement de ses plus proches, tout cela eût aggravé mes inquiétudes. Espérons, cher ami; Jules vous écrira et m'écrira. 11 a quelques dispositions à voir en noir; il faut se t<inir en garde.

Mon pauvre ouvrier, dont on a coupé la cuisse,

va passablement bien.

Mille tendresses à tous.

ia7t^— M. d« Serre à M. Miébiihr.

Ischia, 90 juiUet 1893.

Il y a huit jours, cher et digne ami, que j'ai reçu votre lettre du 30 juin; elle m'a, sur bien des points, fourni matière à d'affligeantes réflexions, particulièrement en ce qui concerne votre avenir. Reconnaissant des détails que me donne votre amitié, je ne m'ingérerai pas à vous rien dire qui ressemble à des conseils ; ce sont des rapports trop délicats et que je ne saurais connaître et sentir aussi bien que vous. C'est donc sans ombre de prétention à exercer une influence quelconque sur vos résolutions que je trace ici quelques idées.

La manière du Groënlandais pourrait bien n'être bonne que pour le Groenland; dans l'immensité des plages couvertes d'une neige perpétuelle, telle ou telle place ne vaut pas la peine qu'on la dispute/ En serait-il de même parmi nous? Et quand l'homme de bien verrait, pour lui et pour les siens, tous les rangs avec une philosophique indifférenoe, doit-il accroître, en lui cédant sans combat, une insolence dangereuse à elle-même autant qu'à l'Etatt n'est-il pas responsable du poste qu'il occupe, lorsqu'en le gardant il maintient une vérité essentielle?

Ce n'est pas sans crainte que je vous vois en train de vous reléguer dans quelque coin du nord

de TAlIemagne. Il me semble que ce parti nous ôte toute chance de nous revoir. Les raisons d'économie qui vous font hésiter en ce moment et presque reculer devant le voyage de France deviendront plus fortes lorsque vous n'aurez plus d'emploi et que votre famille croissante exigera de nouvelles dépenses. Les désagréments que vous avez essuyés au passage de votre monarque à Rome sont, il me sonble, bien au-dessous de vous et bien faciles à mépriser. Un second voyage de ce genre n'aura pas lieu, et celui du prince royal vous aurait offert une pleine indemnité ^ Le point vraiment embarrassant, et celui dont vous ne me parlez p^^ est la santé de M"* Niebuhr. Je comprends que, surtout avec le temps pluvieux, vous ne puissiez encore juger de l'effet d'un nouveau climat sur sa santé et que cette ooDsidération sera pour vous déterminante.

Vous ne retrouverez probablement plus ce vénérable Pie VIL Vous savez déjà le funeste accident qui lui est arrivé. Il parait qu'on a renoncé à lui remettre la cuisse fracturée. Qui le remplacera dans le mouvement actuel et quel sera l'esprit d'une administration nouvelle? Sous ce point de vue encore, vous aurez à examiner votre retour à Rome et des relations toutes nouvelles. Santoro , chirurgien

• M. Niebuhr araît donne quelques leçons au prince royal, notunneni sur les finances et radmînistration. Le prince se montra toujours reconnaissant : après la mort de Tillustre professeur el de sa femme (qui succomba neuf jours plus tard), il leur ëleva un tombeau; il prot^ea leur fils. — Voyez la Notice 8ur D.-G. Aiehuhr, par M. de Golbery.

flàh CORRESPONDANCE.

très-habile, est parti de Naples pour donner des soins au Saint-Père.

Tous les bruits de gazettes qui me sont i*elatifs n'ont ni fondement ni apparence. Tout en parlant en très-bons termes de moi, on n'ose m'avouer. On doit se flatter de vivre longtemps sur les derniers succès; la vente des rentes^ en est un; c'est une bonne mesure prise en temps opportun qui assure pour longtemps notre position financière. Mainte^ nant il faudrait pouvoir couper et finir prompte* ment cette Affaire, mettre un terme à des dépenses qui bientôt nous épuiseraient ; payer de 2 ou 300millions la gloire et les résultats moraux de cette expédition ne sei*ait pas trop. Mais le difficile est d'en

* M M. de Villéle se &t autoriser, par une ordonnance royale do

5 juîn^ à vendre une somme de 23 millions de rente. La plus

faible partie du produit de cette vente e'tait destinée à réaliser le crëditde 100 millions accordé pour la guerre d'Espagne Un arrête ministëriel, joint à l'ordonnance, fixa au 10 juillet l'époque

de l'adjudication Quatre soumissions avaient été déposées

Trois de ces soumissions^ provenant de compagnies qui avaient

pour chefs M. La!Titte, M. Sartoris et M. de laPanouze, offraient

de prendre les rentes au taux de 87 francs 75 centimes. La quatrième, signée par les frères Rothschild, offrait le prix de

89 francs MM. Rothschild furent déclarés adjudicataires.....

Cette opération, si avantageuse pour la maison Rothschild, qui y fit preuve d'une sage hardiesse et dont elle agrandit encore la position déjà fort considérable, n'eut pas des résultats moins heureux pour le Trésor. On avait espéré en tirer une somnae de 387 millions; par suite de l'élévation du cours et du taux de l'adjudication» cette somme se trouvait portée à /«lli millions, ce qui donnait au Trésor un excédant de 97 millions. L'effet moral d'un tel succès fut très-grand. »(f/i4toire de la ReMiaaraiion^ par M. de VieUCastel, t. XII, p. «)5-506.}

ANNÉE 18Sd. SÔ5

finir et de s'arrêter. Nul doute que mainte pensée ne se porte sur la contre-révolution des colonies espagnoles. Dieu nous préserve de ces projets lointains !

Je vous félicite de vos découvertes en manuscrits. J'en comprends tout l'intérêt, malgré la rancune que je porte à celui de Naples.

Je ne sais si le malaise que vous observez dans les nouveaux cantons tient précisément au nombre des membres du gouvernement. On trouverait, je pense, facilement dans les temps anciens et dans le moyen âge, dans vos défuntes villes impériales, par exemple, des modèles aussi compliqués pour une population moindre. Ne serait-ce pas plutôt qu'il y a dans ces cantons de fraîche date quelque chose de factice, moitié l'œuvre de l'étranger, moitié le produit de la faible&se de leurs anciens maîtres ? Ils ne sont point nés de leur propre force, ils n'en sauraient avoir la conscience ; ils n'ont qu'une végétation languissante ; la sève, le principe dévie, leur manque; il manque bien ailleurs!

Quant à l'Irlande, il y a, ce me semble, autre chose là que la maladie générale : il y a d'abord un vice de fausse position qui parait incurable : c'est Thostllité de religion et de nation entre la masse catholique et le petit nombre des protestants qui s'est fait exécrer par la manière dont il use de la propriété et du pouvoir. C'est un peu la position des Turcs et des Grecs là où les Grecs sont dix contre un. Et quand la famine vient développer une telle crise... avez-vous rien lu qui indique un remède?

^ous attendons avec impatience le développe-

ment de la contre-révolution de Lisbonne*; quoi qu'en disent nos journaux, je doute que Tinfluenoe anglaise y soit pour quelqe chose, je doute qu'elle en règle les conséquences. Quelque formelles que soient les promesses du Roi', Tarrivée de la Reine' et du comte d'Amarante^ doit faire incliner la balance en faveur de Tabsolu. La conclusion des affaires en Portugal ne saurait être indifférente à la conclusion des affaires de TEspagne ; et cette dernière n'arrivera jamais assez tôt à mon gré.

Nous sommes toujours contents de notre solitude d'Ischia. Nous avons jusqu'ici très-peu souffert de la chaleur; souvent même la fraîcheur des vents m'a fait suspendre les bains de mer. Les bains minéraux éprouvent un peu ma femme. Tous les soirs nous faisons des promenades à âne sur les rivages ou dans les montagnes de l'île. Les aspects soot beaux et variés. Les nuits, les claii'S de lune soot admirables.

Les Ischiotes sont bonnes gens; le paysan, comme partout, est un peu avide ; je le lui pardonne eu pensant à ce que coûte de sueurs un écu; ils sont gais , ne ménagent point leurs ânes et se plaisent à les pousser à la course. Les dimanches soir nous les

* Sur la conlre-r<?voIution de Portugal, consnltez V Histoire d» la liestauration, par M. de Viel-Castel, t. XII» p. 553-5^

' Jean VI, ne en 1767, proclame roi de Portu^ en 1816» mort en 1836.

• La reine Cliarlotte, sœur de Ferdinand Vil. ^ Le %énén\ Silreyra.

faisons danser dans notre cour; le violon, la cornemuse, la guitare, la mandoline, le fifre, le tambour de basque, voilà la musique; ailleurs ils ont de petites hai'pes. Les airs sont fort animés ; les danseurs, fort agiles, ne manquent pas d'une certaine grâce iiistique. Souvent un chanteur accompagne la musique et la danse. Ils exécutent aussi de petites scènes en dansant. Rien dans tout cela n'est ccxitraire à la décence ; la jalousie veille sur les jeunes fenmies et les amoureuses, qui ne manquent pas de mesure.

11 y a un fond de foi sous beaucoup de superstition. Le clergé est régulier dans ses mœurs; il ne lui manquerait que Tesprit de la religion pour exercer la plus heureuse influence. J'ai souvent pensé que c'était par lui qu'il faudrait commencer la réforme de l'Italie. Que de grandes choses ferait une suite de grands Papes !

Au revoir, cher ami. J'arrange quelquefois que vous allez à Berlin ; que, pour vous éloigner, on réunit la mission de Naples à celle de Rome, et que toutes vos santés se trouvent bien de ce partage. Ce rêve est autant celui de ma femme que le mien. Elle embrasse la vôtre et, avec moi, Marco, le fort

Marco, et vos chères petites Au revoir, bonhemr

et santé.

Votre ami de cœur,

H. DE s.

Mandez-moi bien toujours les impressions de vos voyages. Que j'aimerais à voyager avec vous !

1276. — M. de Serre à sa mère.

Ischia, n juillet 18S).

Le courrier de cette semaine ne m'a point ap-» porté de vos lettres, chère maman, et votre demièv» est celle du 19 juin, que j'ai reçue avec quatre autres*

Nous vivons ici dans une grande solitude; il y a cette année peu de baigneurs de la société, et une seule famille de notre connaissance, logée à 5 milles d'ici. Nous nous accommodons assez bien de cetli. retraite : nous avions un peu trop du monde et des spectacles de Naples; nous les retrouverons peut» être avec quelque plaisir.

Bien qu'on ne soufTre pas de la chaleur cet été, en comparaison de Tannée dernière, cei>endant ces mois-ci sont toujours les plus pénibles à passer pour les étrangers; jusqu'à présent, nous les supi>ortoo8 beaucoup mieux cette année. Nous avons ici changé notre genre de vie, et menons tout à fait celle de la campagne; nous déjeunons d'un sorbet et de quelques gâteaux, nous dînons à une heure et soupons à dix. Le matin, on prend le frais sur les terrasses; on se couche souvent après dîner par la chaleur; et le soir, un peu avant le coucher du soleil, on va en grande bande courir sur des ânes au bord de la mer ou dans la montagne. Nous sommes assez loia de Naples, et le trajet de mer est souvent assez dif-

ficîle pour éloigner les visites indifférentes. Je suis maintenant incertain si vous êtes ou non à Ay. Si l'allée et la venue ne vous fatiguent pas trop, j'en serai charmé ; la campagne vous serait une distractk» à la solitude comme à nous elle en est une au Boode. Le roi de Naples est attendu dans les pre- ■iers jours de la semaine prochaine, ce qui me rawnera de ma personne pour quelques instants à Kaples. J'y retournerai encore également seul, pour donner mon dîner de la Saint-Louis, et nous v retBomerons tous au commencement de septembi^e.

Au revoir, chère maman; je vis dans Tespérance faela semaine prochaine m'apportera de vos lettres. Vous avez dû avoir le temps de prendre de ■eilleures mesures. Annette et les enfants vous ttbrassent tendrement, et moi, de tout cœur. Au ifvoîr.. excellente mère et meilleure amie.

Votre bon fils.

1277. — M. de la Boulaye à M. de Serre.

Ay, près Épernay, 2A juiUet 1823.

Dieu soit loué! cher ami; votre bonne mère est liors d'affaire. Les nouvelles de mon beau-fils et celles du jeune de Vaulx sont parfaitement d'accord. Jules, le beau-fils, vous a écrit le 21, et vous aenvové une lettre de M. Alibert. Ce docteur et

Dupuytren* ont amoui'eusement traité notre chètia^ malade; la Fortelle et M™* Duterrîer en ont m^ grand soin. J'ai dit que, si Ton avait les moindra besoins, votre intention était qu'ils fussent iminè» diatement satisfaits et qu'il n'y avait qu'à parler; les domestiques ont été fort attentifs. Enfin, fai crise est passée. Le mal était au foie, et il parait que ce mal n'avait pas été bien jugé par le pr^nky^ médecin, M. ^**. Maintenant, j'ai regret aux inquiétudes que je vous ai données. Que voulez- vousT C'est là un des mille inconvénients, une des mille calamités de l'absence.

Dans ma famille, il y a beaucoup de malades: tout ce jeune ménage d'Adrien de Jessaint, père, et mère, et enfants, et, de côté et d'autre, les misèni habituelles des marmots. Mon pauvre cousin eiÉ dans les remèdes violents ; il espère être ici ven Is mi-août.

On me mande, date d'hier, qu'on a appliqué des ventouses, au côté, à M""' de Serre, et que Dupuy-

* Guillaume Dupuytren, né à Pierre-Buffiére (Haute-Yienne} k 6 octobre 1777. Il fut successi rement chef des travaux miques à l'École de me'decinc de Paris (1801), chirurgien de oonde classe à l'Hôtel-Dieu (1802), professeur de mc^decine op^i toire (1819), chirurgien en chef de TIIôtel-Dieu (1815), (1890)> chirurgien consultant de Louis XVIII (^1823), premier diK rurgien de Charles X et membre de l'Acadëmie des sciences (1 Après les événemenis de 1890, il ëcri^nt au Roi exile : « Grêcê partie à vos bienfaits, je possède 3 millions ; je rous en offre je destine le second d ma fille, et j« réserve le troisième pour nfll vieux jours. » Il mourut à Paris le 8 février 1835. — Vorez la Vm de Dupuytren, par M. Cruveilhier, professeur à la Faculté éê mëdecine. Pftris, \Sh\.

tren Ta embrassée en lui disant qu'elle était sauvée. Mille tendresses, mes bien chers amis.

1278. — M. Niebuhr à M. de Serre.

Zurich, le 96 juillet 1823.

Mon cher et respectable ami ,

\^otre lettre d'Ischia, qui nous est parvenue avant notre départ de Saint-Gall, nous a doublement réjouis, et par les nouvelles rassurantes qu elle nous donne de l'aimable enfant (une maladie bien connue est à moitié guérie), et par le reste de ce qu'elle contient.

Je me reprocherais de ne vous avoir pas écrit plus tôt, si je n'avais été fort occupé et que je ne pusse aujourd'hui même vous en donner la preuve en vous adressant, avec cette lettre, un exemplaire du manuscrit que je viens de publier. Pour pouvoir vous y intéresser, il faut que vous vous représentiez ce terrible V" siècle, où l'Empire d'Occident s'écroula, et où le seul grand homme qui vécût alors et que célèl)re mon poète, maintint l'illusion de ce nom d'Empire avec des armées barbares et l'ascendant de son génie.

Aujourd'hui nous nous reposons ici, demain nous continuerons notre voyage : je ne saurais vous ex-

primer avec quelle terreur je m'approche de ma . patrie. Les sept annexes de mon absence me rappellent la l(^gende des sept dormants, qui se réveillèrent pour trouver tout changé, se recouchèrent et de nouveau s'endormirent.

Du premier endroit où je m'arrêterai je vous donnerai des renseignements sur le pays où nous ? sommes et sur celui que nous allons visiter. Ne \ sommes-nous pas convenus que je vous écrîi^aî alors même que je n'aurais pas de récita vous faire, d'obsenations à vous communiquer, ou que je n'en aurais pas le temps; et aujourd'hui c'est le cas, du moins quant au premier point.

Je me réjouirais de votre projet de ne pas quitter Tschia avant l'automne, si je n'en devais conclure que pour le moment du moins il n'est plus question de votre retour en France : un bruit fort répandu me Favait fait espérer, espérer, dis-je, pour le bien général. Je le souhaitais aussi pour vous: je crains, d'après ma propre expérience, que vous ne vous habituiez au charme de la dulcis Parihcnojye, à cette existence libre et facile. Je le souhaitais aussi pour nous, car, si nous n'exécutons pas cet hiver notre projet de voyage à Paris, nous devrons probablement y renoncer; et combien ce voyage serait plus agréable s'il nous conduisait vers vous!

Je pensais toujours (|u'«avant Touverture de la prochaine session on comprendrait la nécessité de votre rentrée aux affaires.

Vous aurez lu avec indignation l'article semiofficiel russe que vos journaux ont rapporté d'après

une feuille anglaise. S'il ne cache pas l'odieux projet de diviser dans votre patrie le gouvernement et la nation, il n'est rien qu'une énorme sottise; car, à moins que vos compatriotes iiè soient complètement aveuglés par l'esprit de parti, ils devront être outrés d'apprendre comment on use d'eux, comment on use du gouvernement lui-même.

Vos aimables paroles, mon très-noble ami, réjouissent plus que tout le reste mon âme qui vieillit. Le temps ne peut pas être loin où, rafraîchi et ranimé par la conscience d'écrire pour vous, je chercherai dans le silence du cabinet, et non plus dans les bibliothèques, à évoquer les pensées de mes jours heureux. Mais une auberge où Ton est constamment entouré des cris de quatre petits enfants n'est pas un bois d'Égérie, une Académie, un Tusculanum.

Je dois terminer pour ne pas manquer une promenade avec un homme qui, plus que tous les autres, est capable de me faire connaître l'état moral de ce peuple.

Ma femme se joint à moi pour vous saluer trèsamicalement, vous, votre digne épouse et vos chers enfants, et pour vous adresser à tous les souhaits les plus affectueux. De toute mon âme.

Votre ami.

sou COBEB8FOKDAKCE.

Ifchim, SjiiillMlSSS.

1j^ courriers de cette semaine ne m'ont point encore apporté de vos nouvelles, chère maman, «t votre dernière lettre est toujours du 19 juin. Cepoh dant je suis sûr que vous m'écrivez exactepient Q est donc clair que Ton me retient encore vos lettres, ainsi qu'on Ta déjà fait deux fois. Je m'en sm tant plaint que, crainte de vous impatienter, je souffre et ne me plains plus

Si vous êtes à la campagne, je crains que tous n'ayez pas trop beau temps, car, depuis trois semaines, nous n'avons vraiment pas de chaleurs, et alors vous devez avoir froid : notre bien fait voUt mal. Cependant, pour n'être pas incommodés du chaud, nous ne le sommes pas moins, depuis quelques jours, d'un fort vent venu d'Afrique qu'on appelle ici scirocco. A cela prés, nous continuons à bien nous trouver du séjour de notre ile.

Nous aurions été plus heureux ici que nous ne ravoiis (Hé depuis notre départ de France, si j'avais iviiiiliéreinent de vos nouvelles. Cette ile est prescjue toutr hal)itée par des pécheurs et des vignerons. I^u'fois, les (linianches soir, nous les faisons danser, ce ((u'ils font plus gaiement et de meilleure grâce que nos paysans lorrains. Avant-hier était la

d'AjBBctte ; ils avaîe&t décoré la coor de jeuaes ckênes et de guîriandes de myrte, qui croît ici oommecfaez noua k& iMÛasons. .C^était réellemeat fort joli. Les nuits sant si belles dans ce pays que ies fèies en plein air y ont un agrément qu^elles n'ont nulle part ailleurs. Avec 50 livres de macaroni et quelques barils de vin, que le pays prodoit en abondance, on régale une multitude.

Au revoir, chère Biamaa; je vais encore, cette iniiîiie, soupirer après vos lettres. Agréez les respects et tendresses d'Annette et de nos enfants.

Votre bon fils et meilleur ami vous embrasse de tout son cœur.

1280. ^ M. de la Boulaye à M. de Serre

A j, 31 jaîllet 189?^.

J'ai rame bien triste, cher ami, et ma position serait pire encore si le rétablissement de votre excellente mère ne jetait pas du jour sur mes ombres. De ce coté, nous pouvons être tranquilles ; soit que le mal n'ait pas été aussi grand qu'on Ta fait d'abord, soit que les docteurs aient tenu une conduite .héroïque, on est hors d'afifalre. U ne faut plus que delà prudence et du temps. La convalescence peut être lon^e ; car, à soixante et dix ou soixante et .douze ans, iln'y a pbint de petit échec. Mon cou-

siii deMai*euil n'en a que cinquante-quatre, et Dr

va pas bien Comment, en pareil état, son^i

passer les mers ? Cela est impossible. Je vous ai dît souvent ({ue ce pauvre cousin avait à peine quinzr ans lorsque je Tai pris dans la plus tendre affiecium. Nos liens se sont de plus en plus resserrà. Nous avons eu, nous avons encore des intérêts crounnuiis ; la bonne et la mauvaise fortime ont ni, (le part et d'autre, traversées. Les amours de jeunesse, les unions de Tàge mûr, la maladie, la santé, tout enfin nous a rendus plus chers Tun à l'autre. Aucun nuaf^e, à quelque époque et dans quelque circonstance (jue ce lut, ne s'est élevé sur notn? amitié; cela est dû à la candeur, à la sagesse, à riioureux caractère de ce vieil ami, qui est pour moi un frère, plus ([u'un frère. Jugez de rinquiètudc ({ue sa situation me cause. Il se flatte quil

pourra venir ici à la mi-août Je ne puis pas

(liiv au malade tout ce que je pense, tout ce que je rcdoiiti», i*t c'est une consolation pour moi que d'en causitr avrc vous. Tous deux, vous m'êtes bieu cJKM's. Notn» amitié, do plus fraîche date, est dans toute sa sévi ; il me semble que j'ai, avec vous, à n'parrr \r trm|)s perdu.

( )n dit (pie le feu du soleil manque d'aliment, et que c'est pour cela que nous avons si peu de chaleur et tant de pluie. Je ne sais pas remédier aux maux (pii viennent de si haut et de si loin. Le soleil me parait juscprici fort excusable; nos malades .^e >ont bien trouvés de sa modération. Nos aens, en MNpagne, n'ont point à s'en plaindi*e. Cepen-

dant tout doit avoir un tenue. Je voudrais donc, et pour mille raisons, que les colonnes d'Hercule s*abaissassent devant nous, que Ferdinand fût à Madrid, notre armée sur TEbre, et que le roi des astres eût quelque monde inhabité à dévorer pour mûrir nos raisins. Les moissons jaunissent, les vignes sont belles encore ; il ne nous faut plus que de la chaleur. Vous en avez sans doute assez, pmsqiie vous parlez de bains de mer. Sur nos côtes, il&ut être enragé pour entrer cette année dans la Taste baignoire.

Une lettre de mon beau-fils arrive ; et, bien qu'il TOUS écrive à peu près la même chose, je vous en- Toie cette lettre pour augmenter votre sécurité. Elle ne vous était pas destinée ; c'est la vérité sans fard, sauf ce qui me concerne.

Mille tendresses à votre chère famille, en commençant par notre belle Excellence. J'embrasse les t-nfanis et réembrasse ma Marie.

Adieu, bien cher ami; bonne santé.

Je le tiens, ce joli petit serre -papiers ; il est sur vos lettres. Je me pare de ce bijou. On m'a brodé (c'est ma cousine) un magnifique écran ; une autre amie m'a fait des dessous de lampe; M""** de Mézy m'a envoyé des porte-allumettes. Je resplendis des bienfaits d'autrui.

IdSA. --1E.4S BMm àM

NiHPlat» 5 Mai Itta

Pauvre Baman,

Lorsque je vous croyais à Ay jouissant en de Tamitié et de la campagne, j'apprends par la Boulaye que vous êtes tombée malade à Paris. Sa lettre me raconte avec beaucoup de détail votre indisposition du 10 au 15. Quoiqu'il m'annonçât du mieux, je serais encore fort inquiet sans une lettre de M. de Fontenay du 17. H vous avait vue la TriHe et me dit que vous lui avez paru tout à fait rétablie. C'est trop dire, sans doute ; mais enfin cela me donne bonne espérance ; j^'attends le prochain courrier pour la confirmei'.

M. rie Murât, à qui vous a^iez donné une lettre pour moi, n'est pas venu jusqu'ici; mais son camarade. M. de^ , me Ta apportée avec deux autres

de vous

D'après ce qu'on me fait dire des Affaires étrangères, vos lettres ne s'y arrêteront plus désormais, et je les recevrai exactement. Je sais que Tliérèse est près de vous et vous donne ses soins ; je IVmbrasse et lui fais mille remerciments et amitiés.

J'ai quitté hier Ischia. où j'ai laissé toute ma fa-

* Nom devenu iUisiblt.

ANNÉB 18Sa S79

mille, et suis venu attendre ici le Roî, qui doit arri- Ter demain ou après. J^ passerai toujours six ou sq)t jours. Notre petite Marie a encare été bien souffirante la semaine dernière.

Je fais bien des remercîments à M™* Foucher et aux nens du bon accueil qu'ils vous ont fait à Garches. Mille choses aux le Breton^ O'Hegerty, «TAugier, du Teil, Lanty, dont nous sommes toujours charmés d'avoir des nouvelles.

Nous perdons M. de Saint-Mauris ; il passe comme secrétaire de légation au Brésil. C'est un gnjad parti; mais cette carrière les exige. C'est poor nous, par son attachement et ses qualités esseadelles, une perte réelle, et celle que nous avons déjà faite de M. de Fontenay la rend plus sensible. 3L de Saint-Mauris vous verra à son arrivée à Paris, où il ne serait pas impossible qu'il arrivât presque aussitôt que cette lettre.

Au revoir, chère maman; nous sommes impatients du courrier qui nous apportera la nouvelle de votre entier rétablissement. Toute la petite famille et Annette unissent pour vous leurs prières et leurs vœux aux miens. Au revoir, chère maman et meilleure amie; je vous embrasse de toute mon àiue.

Votre bon fils.

380 A- CORRESPONDANCB.

128à. — M. de Serre à W^ de Serre.

Naples, 5 août 1890.

J'ai bien regretté, chère amie, d'arriver hier comme la barque était partie et de ne pouvoir décrire.

Ce matin, j'ai vu Schomberg^ ; nous avons beaucoup parlé de Marie ; il approuve pour les aliments le régime prescrit par M. Civita

Nos jeunes gens m'ont apporté ton aimable lettre; j'espère qu'être venu ici un peu avant Tarrivée du Roi abrégera mon séjour; j'ai pu faire ou mettre en train aujourd'hui presque toutes mes affaires, et après l'arrivée du maîti-e j'aurais trouvé tout le monde préoccupé. Le Roi a été signalé ce matin à la hauteur de Ponza; on l'attend ce soir ou cette nuit; le duc de Calabre est allé à sa rencontre. On ne sait décidément pas qui il fera chef du Conseil, et tout le monde est en suspens. Demain probablement il nous recevra.

J'ai passé toute ma journée à courir et à écrire ; pour avoir plus de temps, nous avons mangé à la maison. Demain je dîne chez M. de Ficquelmont^ jeudi chez M"** de Préville, vendredi chez M. Ilamilton, samedi, si je ne suis bien contrarié, àischia.

< Le docteur Schomberg <^Uit Tun des princifMux mifdecins de l'armëe autrichienne qui occupait le royaume de Naplea.

AXNÉE 1833. SBl

Au revoir donc, chère amie; ne t^ennuie pas; . 9<H£:oe-toi bien, toi et tes enfants. J'embrasse liouise et Gaston dans Tespérance qu'ils contentent kur maman, sans condition le beau blondin, et inuit tous et plus que tous la chère petite Marie. Qu'Adèle tienne bien à son régime. Au revoir le plus tôt possible; le batelier attend ma lettre. Je t'embrasse du meilleur de mon cœur.

Tout à toi.

1283. ~ M. de Serre à M™* de Serre.

Naples, 6 août 18â3.

Le batelier n'arrive pas ; il est trois heures etdemie : je vais dîner avec nos trois jeunes gens^ à quatre heures chez M. de Ficquelmont. Craignant de ne pouvoir te répondre, chère amie, je t'écris quelques mots de provision .

Le canon t'aura appris l'arrivée du Roi ce matin a midi moins un quart ; je me suis trouvé dans sa Salerie comme il venait d'y entrer ; il y avait des dames et des hommes napolitains en grand nombre, les généraux autrichiens, point de ministres étrangers ; le corps diplomatique n'avait pas été prévenu. J'ai usé du privilège de famille. Le Roi se

' MM. de BelleTal, de Saint-Maurîs et d'Huart. Ce dernier avait ^ vitre d'attache d'ambassade.

99S CORRBSPONDANCB.

porte à merveille; son accueil a été fortgracieux, il m*a beaucoup demandé de tes nouvelles et de celles de son filleul ; beaucoup félicité sur la conduite de nos troupes en Espagne. J^ai vu un instant après la duchesse de Floridia* , qui a été très-aimable ; elle est changée : on voit qu*ene a souffert. Je dois la ravoir encore ainsi que le Roi avant mon départ. J'espère que cela ne me retardera pas.

M. de Saint-Mauris n'a pas encore trouvé un arrangement pour son départ; le pauvre cousin paraît triste ; je lui en sais gré.

J'ai vu hier soir tous les Mohr. Ils nous ont invités à dîner pour dimanche ; j'espère bien n'y pas être.

Le palais Strongoli est comme un désert sans toi et les rtxceê; les chambres sont vides; Sainte Ma^deleine et Sainte Cécile^ elles-mêmes ont perdu les trois quarts de leur prix

Le général Frimout et une foule d'autres m'ottt au château demandé de tes nouvelles. 11 est quatre heures ; il faut vite m'habiller. Je t'embrasse à la hâte, mais de tout mon cœur.

Ton meilleur et heureux ami.

* Aprdf la mort de U reine Caroline» la première flamme (UUj, le roi Ferdinand arait ëpoue^ la reure du prince de Partanat et lui arait donne le titre de duchesne de Ploridia.

*I)eux taUemux de l'deole italienae réoemaenl acket^ M. de Serre.

AfINÉE inS. S83

1284. — M. de Serre à M""* de Serre.

Meccradi soir» sc^t heures [6 août 18^].

Jaî reçu ta première lettre chez M. de FîcquelmoDt; j'ai volé éhez SchoDaberg, que j'ai heureusement rencontré et décidé à aller demain à Ischia. D bat absolument ^qull visite sonliôpital demain JBtin. A midi et demi je l'envoie avec une calèche iPtouczoles, où il prendra une barque. Je voudrais Faecempagner, mais J^al avis de me trouver demain m diàtean. J'enverrai Eugène ou M. Becquet av-ec hi.... Schomberg, à qui J'ai lu toute ta lettre, n'a {AS para autrement alarmé

En rentrant pour t'écrire, pai trouvé Lecomte^ ta seconde lettre à la main. Tu as bien fait de ne pas m'épargner, ce n'est pas le cas dans de tels intérêts. En réfléchissant autant que le moment le permet, je ne teouve pas ces symptômes alarmants ....

Imagine que, sur la demande de M. de PrévîTle, j'ai consenti à mener ce soir dans ma voiture sa femme à Saint-Charles. Si j^étaîs mon maître, j'inds prier pour Marie près de la tombe de sa sœur.

Adieu, pauvre amie; le Ciel te donne force et courage! Sans aucune croyance aux pressentiments,

DomestUpM £rma(pû» anjornca de li. àê Ssme.

Sâb COREESPONDANCE.

je ne sais pourquoi j'ai bon espoir. Je t'embrasse, toi et nos chers enfants.

Tout à toi.

1285. — M. de Serre à M™* de Serre.

Jeudi» midi et demi [7 août 1823].

Ta lettre et celle de M. de Saint-Maurîs aixivent. Je vous remercie tous deux; j'avais besoin d'un peu de consolation. Schomberg entre; je lui lis ces deux lettres. Je ne t'écris qu'un mot pour ne pas retai'der Schomberg, ce qui est l'important. Je te dis seulement que je viens de voir le Roi ea audience publique, puis en particulier; j'en ai été fort content. Il m'a dit bien des choses pour toi et tes enfants. Je presse toutes mes affaires pour te rejoindre le plus tôt possible, demain même, d'après ce que rapportera Schomberg ; s'il me donne sécurité, je prendrai un peu plus de temps. Je t'embrasse, toi, nos enfants et surtout Marie. Courage, mon amie; Dieu récompense le courage. Tout à toi. Je garde encore Eugène.

Hier, à Saint-Charles, j'ai vu la duchesse \ fort bonne à son ordinaire.

J'attends Gaetano* et les lettres. S'il tarde eu-

* La duchesse de Floridia.

* Domestique napolitain an tenrice de M. de Serre.

ANNÉE 18S3. Sfô

coredeux minutes, je n'y tiens plus et laisse partir Schixnberg.

Voilà une lettre de de Vaulx venue par le consulat. 11 V a deux mots de ma mère d'une écriture bien altérée.

1286. — M. de Serre à M»« de Serre.

Jeudi, six heures et demie du soir [7 août 18S3].

Chère amie,

• On est venu me chercher chez M""*" de Préville, pour m'annoncer que la barque allait partir; je t'envoie tes lettres. J'y ai cherché au hasard quelques nouvelles; je joins les Débais et le seul Drafjcfiu blanc arrivé. Tu as Schomberg; j'espère qu'il t aura rassurée. Je l'attends avec impatience ; s'il me rapporte de bonnes nouvelles, je resterai encore une couple de jours ici.

Rien n'est encore décidé et, quoique n'y pouvant rien, je ne voudrais pas avoir la mauvaise grâce de paraître abandonner la partie. Mais, comme ce u*est réellement qu'une apparence, si tu as besoin de moi, j'accourrai.'

Je n'ai ni esprit ni cœur pour te parler d'autre chose que de nos espérances et de nos craintes. J'embrasse toi et nos enfants.

Tout à toi.

GORIlBdPONDÂNCE.

J'écrirai demain 4 M. de Saioi<-Maurkk Mille

choses à lui ainsi qu'à M. Riboulet.

1287. -*M. de Serre à 1P« de Serre.

Vendredi soir, sept heares [jB août 186tl].

J'ai reçu à quatre heures du matin ta première lettre; elle m'a fait du bien. A dix heures j'ai vu le docteur. Je l'ai bien interrogé ; mais tu sais comme il est difficile, à travers tous ses mots scientifiques et ses grimaces , d'avoir de lui une réponse catégorique. J'ai compris à peu près comme toi qu'il jugeait qu'il faudrait de grands ménaganents, un peu de temps, et qu'avec cela il avait bon espoir. Voici ce qu'il recommande

J'attends la poste de dimanche pour avoir des nouvelles de ma pauvre mère. Le courrier arrivé, je pars pour Ischia. Envoie-moi une barque de Laeco à Pouzzoles.

Je fais écrire par M. de Belleval à M. de Saint- Mauris. Je suis, par les raisons qu'il donne, contre le voyage de mer. 11 faut cependant que ce pauvre Victor s'achemine; je crains qu'il ne se reproche de nous avoir donné le temps qu'on ne lui permettra pas de donner à ses parents. Outre mes lettres, il on porterait du roi de Naplcs que j'ai déjA. SU est de notre avis, il faudrait qu'il, vint demain

samedi, n m'en coûte» tu peux Ten assurer, d'écrire un terme si rapproché ; mais M. Desmousseaux Voulait partir ce soir, et iU.tendre mon retour à Ischia pour donner mes lettres à VictCNr prendrait bien du temps. Il aura trop appris avec nous que la vie est un continuel exercice de courage et de résignation Il emportera notre tendre attachement, nos vœux et, si j'ose dire, nos bénédictions. Il a si entièrement partagé toutes nos peines !

Mais je t'attendris peut-être, et ce n'est pas ce cpi'il faut faire. On me presse; je n'ai que le temps d'embrasser nos chers enfants, Marie plus que tous, et toi, bien chère amie, du meilleur de mon cœur.

Je te ramènerai Eugène.

1288. — M. de Serre an vicomte de Chateaubriand.

Naples, 9 août 18323.

J'ai reçu, monsieur le vicomte, votre lettre confidentielle du 18 du mois dernier. Je vous remercie

> fiemard-Jeao-Ebrard Desmousseaux de Givre, né prés de Dreux le !•' janvier I79h. Attache à l'ambassade de Londres en 1859, second secrëUire â celle de Rome en 1823, il donna sa dëen 18W. Après 1» rëvc^ution de 1830, il fut aUachë aux ëirang^res avec le titre de publiciste. Depuis de Dreux de 1837 i ISJS, il représenta en 10.9 le département dEure-ei- Loîr k l'Assemblëe législative. 11 mourut à Paris le SA août 18W». — Consultez l'article inséré par M. Villemain dans la Revue œniemparaine du 15 avril 1855.

de la peine que vous avez prise de m*explîquer les motifs qui vous ont décidé à la guerre et Tétat actuel de nos relations diplomatiques.

Il y a une partie de vos motifs de guerre qui ii*a pu être bien jugée qu'au moment même et sur les lieux; mais d'ici j'en aperçois assez pour coni* prendre qu'à votre arrivée au ministère Tinvasioa de l'Espagne vous ait paru nécessaire. Au milieu de l'hésitation de la plupart des esprits, la promptitude et la vigueur de votre détermination ont fait beaucoup pour le succès. Il est grand; vous avea toute raison de vous en applaudir, et je vous en félicite de tout mon cœur. Toutefois, et même après la chute de Cadix, vous êtes loin de pouvoir penser il votre nu Aie dimitiis. Vous avez le pi-emier rendu à la France cette vie, cette action exérîeure, nécessaires à un grand peuple, et qui semblaient suspendues depuis la Restauration. Dans cette carrière, les Jurandes affaires s'ai)pell(Mit l'une l'autre.

Ce n'est pas seulement la ({uestion politicjue de l'Espagne où, sans vouloir imposer des institutions, vous no pouvez cependant laisser élever» dans un autre sens, un système aussi absurde, ruineux et menaçant que celui (jue vous avez détruit; un système capable de ressusciter un jour le dernier, et de faire évanouir le fruit de vos travaux. Ce n'est pas seulement la question plus épineuse encore des colonies espagnoles, dans laquelle il faudra bien se rappeler la promesse de lYSserrer autant que possible le cercle et la durée de la guerre. Il n'est pas que vous n'ayez souvent rc-

marqué que, dans le va-et-vîent des choses liuouuDes, le danger qui cesse ne fait presque jamais que céder la place à un autre. La crainte des ré- Tolutions est le sentiment commun qui, depuis huit années, tient les grandes puissances unies et TEurope en paix. Le péril passé s'oublie vite, et cette crainte sera bien affaiblie une fois que la Péninsule sera restaurée, pacifiée. Alors la politique des intérêts, des ambitions de puissance à puissance , la rieille politique, si l'on veut, reprendra tous ses droits. Les cabinets sont timides, endettés, mais k$ peuples sont reposés et les années nombreuses. Cela n'est point à la longue d'un pacifique aujnire, encore bien que la paix soit sur les lèvres et dans les cœurs. Cette jalousie de la France, que déjà vous voyez poindre, grandira malgré votre prudence et votre générosité. Il y a de l'habitude iQtantque de la raison. On craint ce nom même de France, qui depuis des siècles a si souvent remué If monde; on craint, plus encore que la contagion de lanarchie, l'effet lent, mais irrésistible de nos institutions, le mouvement et la force qu'elles nous impriment. Précisément parce que nous avons toujours joui d'une certaine liberté, nous n'avons jamais fait nos affaires sans quelque bruit : vous vous souvenez de vos États, de votre Parlement de Dretagne. Pour nous, ce bruit prévient ou détourne le daniser ; mais, après les crises dont nous sortons, c'est aux yeux des cabinets accoutumés à gouverner dans le silence l'indice d'un volcan, de laves

prêtes à se répandre. Le plus sur moyen de calmer V. ' 19

los jalousies, c'est d'être fort : on ne conteste quee les supériorités qui s'élèvent ou se relèvent; on s'y" résîpue dès qu'elles sont bien établies.

On est fort par les lois et par les armes. C'est une avance (jue celte guerre qui, sans être meurtrière, aguerrit nos troupes; mais il nous manque la fa^ culte indispensable de consen'er au besoin les soldats agueiTis sous le drapeau ; il nous manque une lésene; les vétérans n'en sont point une, au moins suffisante dans toutes les conjonctures ; la première campagne, nous avons dû recourir à une levée anticipée; ceci est urgent, parce qu'il faut })lusieurs années révolues pour avoir amassé les réserves ; pour qu'elles restent entières, le temps de sei-vice ne doit courir que du jour de l'arrivée au corps.

Il ne faut point faire halte non plus dans le développement de nos institutions politiques: en consenant ce qui est propre à la France et à une monaixhie continentale, elles doivent marcher vers cette perfection que vous admirez, à si juste titre, en Atigleterre. Chez nous, les royalistes seront, pour plus d'une génération encore, l'appui nècessiiirc du gouvernement; c'est par eux qu'il doit s'enraciner. Il faut, partons les moyens, les mettre en jouissance des avantages de nos institutions ])our leur en donner le goût, pour vaincre les préventions (|ui restent. La question de l'indemnité «les biens des émigrés mérite st»rieuse considéralion; elle est bien plus politique que financière. Je vous dis toutes ces choses, monsieur le vi-

ANNÉE 18S3. 99t

comte, pai'ce qn'une guerre heureuse vous donne une force, et que vous possédez des avantages que n'ont point eus vos devanciers. Pour conseiTer et accroître sa force, il en faut user.

Le Saint-Père se rétablit comme par miracle ; ce sei'a un jour une grande affaire aussi que le choix de son successeur. La Providence a donné à TÉglise^ dans ses dernières tribulations, deux chefs qui ont eu le courage des martyrs* ; Tépoque actuelle en demandei'ait un qui eût le zèle des apôtres ; nous sentons ce qui manque en France à Tinfluence de la religion, et cependant nous sommes encore les mieux partagés; notre clergé, toujours le premie de la chrétienté, a été épuré au feu de la persécution. Mais c'est dans le clergé de l'Italie, à commencer par celui de Rome ; c'est dans le clergé de l'Allemagne, dans celui de la grande Péninsule, qu'est grand le mal moral qui travaille l'Europe ; c'est là qu'il faudrait commencer à l'attaquer. Comme vous le prévoyez, les Italiens feront la nomination. On pourrait peut-être leur faire sentir leur véritable intérêt, les arracher im instant à leur triste maxime : il inondo va da se, leur prouver qu'ils vaudront précisément autant que le Pape qu'ils éliront. Malheureusement il paraît que depuis longtemps le sacré Collège a été faiblement recruté.

Sur les Deux-Sîcîles, je n'ai rien à ajoutera mes dépêches officielles. D'ici à longtemps notre, rôle à Xaples sera, je présume, de simple observation. Il

• Pie VI et Pie VII.

C0:ia£9P0NDANCE.

y a peii rie kiim a taire: 4?t^ quelque mal que peutêtre nouà réiiÂsirioQâ à éTÎter ne vaut pas Tom* hrafff^ que nous donnerioDS à l'Autriche.

Tette lettre, monsieur le vicomte, est plus une j*iiit-c à nos conversations de Vérone qu*une dêju'cUe diplomatique. Votre confiance a entraîné b wU'uiU'.. Je sens hien que, dans mon coin, ma poli- \U\ui'. doit i'ire trop spéculative. Vous êtes au centre iVixciUm, foyer dans lequel rayonnent tous les faits. Vous rectifierez mes erreurs.

.Ir vous renouvelle, monsieur le vicomte, les tiHsiiratHM'S de mon dévouement et de ma haute ronsidérntioii.

H. DE Serre.

IMO. — M. de Serre à sa mère.

Naples, 10 août 1^3.

IsvvtN' x-: Inon-aîméo mère,

l . . -,-.\v- *. X ,;/ Xv^trt* maladie du i'*, arrÎTées » , .V N- , X .*. *iuî!*our\*< : puisse cette lettre

V • s \'. V, . .*\ .\- sVînaîos^vuiv! M. de Saint-

V . \ '. X î. vv',* -.1 \vk:> donnera de nos s V •. X ,;^.;v.-\ ::v:. crainte de vous

• V \ . Vn . ^ .-^ > ,w>^r>ei-vou> au plus

Tous nous prions pour votre rétablissement, tous

nous remercions les bons amis qui vous ont donné

des soins. Au revoir, excellente mère , excellente

amie.

Votre bon fils.

1290. — M. de la Boulaye à M. de Serre.

Ay, prés Epernay, 12 août 1833.

Ma réponse à votre n*'^? a été retardée, cher ami, par un petit voyage chez M. Flury, des consulats \ dans le voisinage de Château-Thierry. Flury a la goutte et accroche avec peine quelques jours de congé pour la soigner. J'ai trouvé là mon cousin Challaye, second de Bourjot. Le cousin a la fièvre pour tenir compagnie à son goutteux collègue. Ma belle-fille, dont le mari est sous les ailes de Flury, était bien aise de faire un petit doigt de cour, et je n'étais pas fâché moi-même de causailler avec ces camarades. Ces pauvres gens de bureau sont avides de la campagne et donneraient beaucoup de liasses de papier pour un cent de bottes du foin qui se fane sous leurs yeux : c'est l'ode d'Horace. On est content de votre frère

* M. Flury ëtait chef de la division commerciale aux Affaires ^tran^res, conseiller d'État honoraire et chevalier de la Lëgion d'honneur.

tgft CORRESPONDANCE.

Nos aflFaîres en F^spagnc vont bien. Les constît^' tionnels, les uns après les autres, remettent Vi dans le fourreau. In cauda l'cncniim. îl est vra^ mais, celle (jneue chî Cadix écorchée, il faudra bû que tout le reste se somnelte. Le parti pris pa^^ notre excellent iiénéralissinie de se trans|>orter surles lieux est de bon augure, et les Portugais, qui ont déjà donné de bons exemples, continueront jieut-— être. L'Angleterre finît comme elle a commencé. Ses frégates viennent offrir un dernier asile à tous ces révolutionnaires, que, selon toutes les appaivaces, on a trop longtemps trompés par de fallacieuses promesses et bercés do vaines espérances. Sir William A'Court\ entre Gibraltar et Cadix, ne sait trop où donner de la tête, et ]M. Canning sortira de là fort amoindri en toutes choses, sauf les impertinences.

Notre ministre aux Etats-Unis a fait connaître à M. de Chateaubriand son état et la déteimination qu'il a prise pour continuer à senir le Iloi. II est maintenant aux eaux d'Knghien, prés Paris. Son projet est de passer avec sa famille et moi, à Ay, les mois de septembre et d'octobre. Il s'y disi)Osera à la terrible épreuve (ju'il doit subir en novembiv ou décembre à Paris, et, si les suites réjx)ndent à nos vœux, il partira au printemps prochain. Sa femme ne se doute pas de tout ceci. On la comble à Bnixelles de témoignag(*s d'amitié et de regrets, de fêtes d^idieu. Je Tattends de moment à autra. Quel

* Minîstro du roi d'Angleterre prtis Is roi d'E^pagiio.

. ANNÉE isra. âgC

changement de scène, grand Dieu ! Que le rôle que je dois y jouer est douloureux ! Que de tristes jours ! Voyez ce que deviennent les projets!

^'otre bonne mère a eu une nouvelle crise

Vous avez des nouvelles directes. La malade se trouve fort soulagée, et M. Dupuytren regarde cette crise comme salutaire.

ir>e Vaulx passera ici après ses examens en se rendait t en Lorraine. C'est un loyal gar^'on que j'aime

I^e gendre de votre ami M. de Chevers est guéri. Je iiïi'en réjouis.

V'^ous devez être rendu à votre île, à vos brises, au3c siestes, aux méditations, aux bains de mer, à not K-e belle Excellence et à ce joli quadrille ; c'est cet t^ jolie quadrille qu'il faut dire : je parle des enfaats. Mon pauvre cousin n'a jamais habité Ischîa. 1^ séjour en était alors trop périlleux, et il aurait ew. mauvaise grâce à se faire enlever par les Angles. Distribuez mes plus tendres caresses. Pour être profondément triste, je ne vous en aime pas n^oîns tous, et la Marinette en arbalète.

Avant-hier, je ne sais pourquoi, le bruit s'est répandu que j'avais été frappé de mort subite. On ^t venu pour s'en assurer, et j'étais là pour répondre à tous venants. C'est un mémento, je suis prêt. En attendant, je me dispose à fêter la Saint- Louis. Je vous presse contre mon cœur, bien cher ami.

1291. — M. Niebohr à M. de Sem •.

Francfort, ce 17 août l^Q.

Avez-vous déjà fait de pénibles expériences, moQ cher et respectable ami, et la rareté de mes lettres a-t-elle éveillé en vous d'autres sentiments que celui d'un amical dépit? Mais je me sais innocent; je le suis aussi de ne répondre qu'aujourd'hui et i la hâte à votre aimable lettre n** h, que j'ai trouvée à notre arrivée il y a huit jours. Depuis trois mois je vis au milieu des enfants, soit eu voiture, soit à Tauberge : comme nous nous sommes bornés raisonnablement à une seule voiture, notre voyage est, pour ainsi dire, un séjour dans une chambre d'enfants. Vous comprenez qu'on ne saurait écrire en de telles circonstances. Alors même que je ne prends que de simi)les notes, je commets des erreurs au milieu de leurs joyeux ébats, et plus encore de leurs cris; et cela m'arriva tant que nous eûmes le bonheur inouï de les posséder tous en bonne santé ; mais nous avons éprouvé ce à quoi nous devions nous attendre : la maladie nous a visités, vi notre petite Lucie a eu une attaque de croup, qui nous a forcés de nous arrêter ici, où nous ne comptions rester (|u'un jour. Vous savez combien le seul nom de cette maladie est terrible. P^lle est en convalescence maintenant; le mal sVst changé en catarrhe, dont

* CeUo lellre est traduite do rallemaiul.

nies trois autres enfants sont également atteints. Je ne crains plus rien en ce moment, et, comme on me cède une chambre non habitée pour une heure, après laquelle nous nous remettrons en route, je néglige tout ce que je dois de lettres pour penser uniquesent à vous, oui, à vous, car, depuis la rupture de mes relations de jeunesse, c'est votre souvenir qaiest de beaucoup le plus doux à mon âme.

Nous avons pris plaisir à nous représenter l'image

de votre vie domestique dans cette île d'Ischia, vrai

paradis. Que Dieu bénisse l'air et l'eau, et affermisse

Tossantés ! Puisse la fraîcheur de l'air se maintenir,

afin de fortifier et de préserver le petit Ferdinand

dans les mauvais jours qu'il doit traverser ! Nous

aroDs pour votre chère compagne les meilleures es-

pénuces, pui.sque le mal du pays ne lui empoisonne

pas, comme à ma femme, l'air d'Italie. Jamais on

n'apprécie mieux les douceurs du ciel méridional.

Ces jouissances de paradis terrestre, que dans les

froides régions au nord des Alpes, par un été comme

^t'iui que nous ti*aversons, où se passe à peine une

}jumée sans averses. Encore y renonce-t-on facile-

nient lorsqu'on a conservé une patrie : moi, je l'ai

perdue; ((uand on ne trouve ici, où tout manque de

cluinne, jiour unique dédommagement que notre

liijuhomie et notre honnêteté septentrionales, alors

m sent toute l'étendue de sa perte, toute la gran-

deurde son sacrifice. Mais le mot Ilcimueh^ décide:

il ne peut être question de retour; il est certain que

' Mal (Jii pays (noâtalgio).

ma femme retomberait dans ses anciennes souffrances, comme il n'est pas douteux que ses nerfe se sont fortifiés et qu'elle a perdu sa maigreur.

Je vous remercie cordialement de vos bons et sages conseils au sujet de notre avenir, et vous avez tort de vous en excuser. Je vous répondrai en détail dès que nous aurons trouvé une demeure où, à côté de la chambre des enfants, il y ait un petit cabinet à ma disposition. Nous espérons la trouvera Bonn, que nous atteindrons dans quatre ou eiwi jours.

Depuis que nous avons quitté le Tyrol, je ne me suis plu qu'à Ileidelberg. Vous deipez conuaitrc cette ville ; on ne saurait imaginer un site plus magnifique dans Tintérieur du continent. Je ne pouvais m'en arracher; je remettais mon départ de jour en jour. J'y revis un ami de jeunesse que je craignais de revoir, parce qu'il s'était engagé dans luie odieuse polémicpie littéraire avec M. de Savigny ^ et qu'il aimait furieusement la Ilévolution. il y a quelque trente ans. Je trouvai ce différend sagement terminé, et ses opinions politiques au^si

* Frëdëric-Charles de Savimiv» ne à Francrorl-sur-le-Mein » 1770, appartenait à une f.unillc calvinislc> originaire de MeU.^* qui avait émigré au WII" siècle. Professeur de droit à l'UniferftJhî de Berlin en 1810, membre de TAcade'mie des sciences de c*^* ville en 1811, conseiller d'Ktat on 1817, conseiller à la Courte r(^vision pour les provinces rlienanes en 1819, il fut ministre ^^^ la Ju.,tice de 18^*3 à 18;*S. Il mourut à Berlin en I8lîl. Ce «»•«»» jurisconsulte est regarde' conune l'un des cliefi» de Tëcolc hi*W>' ri(pw. — rVm-iuliez VJ'Jss/ii sur la vie et les dijctrincê de F-'^' de Sai'ùjnyy par M. E. Laboulaye. Pârisi IShâL

raisonnables que possible; de telles conversions sont rares chez nous. Par malheur, il est devenu i'eDnemi d'un vieîllaixl d'une grande renommée dans notre littérature, Voss^ le traducteur d'Hoaiêre, auquel je suis resté attaché depuis mon enfince, malgré mille petits accidents, et auquel je aepuis tourner le dos maintenant qu'il a soixante et douze ans. Vivre entre les deux est chose impossible; sans cela, nous aurions pu nous décider pour Ir séjour de Heidelberg.

Mo» noble ami, puisque vous accueillez mes j'édts de voyage, j'ai bien des choses à vous commu- Biquer, et je le ferai dès mon arrivée à Bonn ; puis HHis serez ma muse de l'histoire. J'ai observé et «ppris des choses remarquables que je vous écrirai, avec laide de Dieu, parla poste.

Gniee à Dieu, la guerre d'Espagne touche à sa fio; mais, après tout, je n'y vois encore d'autre gouvernement possible que le despotisme absolu avfH'de grands droits provinciaux. Je me réjouis de vos succès; il est certain que personne n'a jamais moins abusé du succès que votre noble prince etson armée. Ai-je besoin de vous dire que, ayant appris à juger de toute autre façon tout ce ([ui concerne votre patrie depuis que, comme une pure et brillante étoile, vous m'avez appani, avec les libertés royalistes, dans le firmament de votre politique, je m'y attache, à présent que nous sommes

* Jean-Henri Voss, né i Sommersdorf (Mecklembourg) en 1751, mcn i Heidelberg en 1826; il doit sa ronommëc non-seulement i des traductions, mais encore au po(lme de Louise,

lirveniis amis, eomine à des événements qui me oonoemeraient moi-même.

Nous alIijQS voir Savi^n v aux bains . Je lui souliairertils. aîo^i qu'a vous, que vous vous connussiez.

Ma femme Sfr joint à moi pour présenter nos sali'^1:1002 L-rs plus cordiales à vous, à votre di^ -c«:fiî*r rrC a vc^ chers enfants. Marcus porte fîdè- L-rCjrc: ■ Lins ^ya ortur parents et enfants. Il es! ii^iiifriix ri-r I-rs dcransements du vovai?e favorisent

J AÏ A r*rlr.-r Ir txvji'axse dc vous donner moD .î*Jj?f<«r a^-^fcû: de vous avoir écrit plus lonxîue- L>-Lir. En attendant, remarquez qu'elle est icichei MM. Mulheiis frères.

.V vous de toute mon âme.

1292. — M. de la Boulaye à M. de Serre.

Ay, pnl's Kj>ernay, 17 août 1853.

Jo répoiuls, nies chers amis, à la lettre de noti^' i\ Ile Kxeelleuee du 'l\ juillet et au n" 3h, du 'i^' 1 a i>Iiunt' est jKsaute lorsqu'on ne peut en fdi^ : an iriste usaiie. Je suis inquiet, et plus înqui^^ I. lu' 1\ lais ilaburd, de la bonne mère qui vot^' \ .^ ;^ vil a\e/. nnulièrement des nouvell*^ • '. •■ '. !', \ jKir de ^'aulx et par mon beau-fil^- ■ •:: nw «luliier on avait profité d'un coui*''

rier extraordinaire pour vous écrire. Ce qu'on me mande m'afflige beaucoup : une grosse tumeur s'est manifestée au côté. C'est peut-être le dépôt de la maladie; mais que deviendra ce dépôt et quelles en seront le suites? La convalescence en sera au moins retardée. Cependant la tète de la malade s'échauffe et l'agitation accroît le mal. Ce n'est donc pas assez d être à 500 lieues les uns des autres, il faut encore que l'absence soit envenimée par de douloureux événements et de perpétuelles inquiétudes ! Je me reproche, mes chers amis, d'être si sombre. Faites la part de tous les chagrins dont je suis assailli.

Ma cousine est arrivée ces jours derniers de Biiixelles; elle m'a laissé sa sœur et ses enfants et elle a été joindre son mari aux eaux d'Enghien, près Paris. Ces eaux, maintenant à la mode, ne signifient pas grand'chose ; je l'imagine ainsi pour quelque maladie que ce soit; mais, à plus forte raison, pour le mal que nous avons à guérir. Les médecins l'ont voulu. Toute la famille ne sera réunie ici que dans les premiers jours de septembre. Dieu veuille qu'après tant de projets bouleversés, ce dernier projet s'exécute! Mes tristes parents m'ont chargé pour vous de mille tendres hommages.

Je ne sais à quoi m'en tenir sur les bains de mer. Le mari et la femme en parlent différemment. Les lettres sont à quatre jours de distance, et je m'en tiens à la dernière qui en fait l'éloge. Je veux donc ^ire que le père et les enfants s'en trouvent bien ^t que ma petite Marie reprend des forces. Tout ^^U sera plus ou moins troublé par les inquiétudes

i\yw ilonnrroiit los iumvi^lles de Paris. K?[»»iv.:jîrt arim>ns-iuMis tlo ronrnge. La teuiix-raturt-. nKdrM où vous rtos, est ici presque froide; l'rtè re>?rmbl*î à Tautonuie: le eîel est presque toujours cou vrH et le mïNmI est saus ardeur. Nos fniils ont. j«?4|inâ mûri taui bien <pie mal, et la moisson est U'ile. Le raîsiu mûrira diflieilement et n'aura pi-esijue pas»!»saveur: nous ferons de mauvais vin.

.le n'ai pas le eourai;e de parler de politiqik. J( suis eonvaineu <[ne nos affaires vont tivs-hien. car jt» n'iMitends pas drbiter de mauvaises nouvilli^N

Mille temlresses à tout ee que j'aime à Isiliia.

Tout à vous, mes cliers amis.

1293. — M. de Serre à sa mère.

Isoliî.1, le 18 .unit 1823.

(u'àee au beau-fils de M. de la lîoulave, à la Fortclle, à sa fennue et. à de A'aulx, je rerois exacleuKMit, ehère maman, de vos nouvelles. Les (1ernic-n^s, et partieuliôrement eelles de de \'auLx»l^ 3 août, m'assurent <pie vous êtes entive en eonva- Irseence et mr donnent resi)oir de voti-e pixK-hain rétablissement. Je ne saurais trop rcmereier Die" (ravoir <lrtourné de moi le plus crand des malheurs et lie >'ous avoir rendue à mon amour. J Vspère q" >'

achèvera son ouvrage en me permettant de vous re- Toir. Je le désirais bien, je le désire plus vivement eDCore. Ayez pour vous tous les soins, tous les méluuftments possibles. Je renouvelle tous les témoimsies de ma reconnaissance à tous les amis, à tontes les personnes qui, dans cette cii'constance, TOUS ont entourée de leurs ser\'ices.

\oas aurez vu M. de Saint-Mauris, que nous re- IwttoDs. 11 vous aura parlé avec détail de nous et pirticulièrement de Marie, qui nous a aussi bien nquiétés. Depuis huit jours que je suis de retour à bcfcia, elle va de mieux en mieux. Ce sera d'ici à «wz longtemps un enfant débile, mais j'espère qa'à force de ménagements nous relèverons. Louise * Gaston ont bien pris part à la maladie de leur bonne maman. Ils prient tous les joui-s avec An- ■Ptte pour son rétablissement. Ils vont bien ainsi ^ le dernier.

Continuez à charger de Vaulx de m'écrire et attendez pour le faire que vous ayez repris vos fcrces.

Au revoir, chère maman et meilleure amie. Re- ^tt nos tendresses et nos vœux à tous. Je vous ^'^'^se du fond de mon cœur.

A'otre bon fils.

làM. — M. de Serre à M. de Yeulx.

Ischia, 18 août I8S3.

J'ai reçu successivement, mon cher de Vauh. to$ lettres sur la maladie, puis sur la convalescence de ma mère. Votre dernière est celle du 2 de ce mois qui m'a été apportée, il y a trois jours, par un coorrier extraordinaiiv. Dieu soit louéî nous pouvoK être à peu près hors d'inquiétude, et je consent Tespérance de revoir ma bonne mère. J'ai beaucoop souffert pendant toute la durée d'une crise ans» cruelle; je n'ai trouvé de consolation que dansks soins dont nos amis l'ont entourée. Crovez, m* cher de A^'aulx, que nous avons distingué les vôtre* sans en être surpris, ayant depuis longtemps ju^ votre c(ï»ur. Engagez bien ma mère à se ménager jusqu'il son parfait rétablissement et u ne pas s^ presser de m'écrire. Je vous ])rie de conserver re©* ploi de secrétaire jus<[u'à ce qu'elle ait recouvre toutes ses forces.

Vous aurez vu M. de Saint-Mauris ; il vous aura donné avec détail de nos nouvelles; il nous a laissés au plus fort des inquiétudes; nous en avions aussi pour notre pauvre petite Marie. Elle va bien maintenant, mais reste faible, maigre, délicate. C'est un enfant que nous n'élèverons qu'avec les plus grands

roroaireinente. Les trois autres et ma femme vont

Au revoir, mon cher de Vaulx ; nous vous embrassons tendrement.

H. DE Serre.

1286. — M. de Serre à M. Niebuhr.

Ischia, 18 août 1823.

J'ai reçu, cher ami, à Naples, où j'ai été pastr six jours à l'occasion du retour du Roi, votre if 6 de Zurich ; il m'a trouvé dans de pénibles •goisses dont heureusement je suis à peu près «ni. Je savais ma mère attaquée à Paris d'une ■ladîe grave que son âge avancé rendait plus Armante encore ; mes dernières nouvelles du 2 portent qu'elle est hors de tout danger, sauf ceux foDe convalescence assez longue. J'avais en même tacs laissé à Ischia ma petite Marie fort soufferte, et son état s'empirait de manière à pousser i l'extrême les inquiétudes de ma femme, qui en a iîcn plus quand elle est séparée de moi. Il y a huit /BOTS que je les ai rejointes, et ma petite est allée de mieux en mieux ; il ne lui reste plus qu'une {nmde faiblesse et une effrayante maigreur, et à nous ce fond de crainte fruit d'atteintes aussi répétées.

Je présume que mon n*' 0 vous sera renvoyé

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