DE MODON. — > AVRIL
truirait en peu de temps tout ce qui a été fait jusqu*ici pour soustraire le peuple aux influences funestes des pailis , des capitaines et des primats.
En eflet pour ane'antir les hommes de Limeni et de Scardamoula , le gouvernement n*aurait besoin que d*armer contre eux les autres provinces de Sparte qui le demandent, et qui sont dans Tattente que le gouvernement agrée leurs offres. Il en serait de même pour faire chasser de la Grèce les meneurs. Je n*aurais qu*à en donner Tordre aux communaute's oii ils se trouvent. Biais en reVelant ainsi aux masses et aux chefs qui se mettront à leur tète le seCTet de leur puissance, quel est le pouvoir qui les dompterait ensuite? Ce ne serait plus un pouvoir national libre et indépendant de leur influence. Or c est pour prései*ver la nation de cette funeste influence que j*ai travaillé assidûment depuis trois ans, et je ne me résignerai jamais à replonger moi-même cette malheureuse nation dans les horreurs du désordre et de ranarchie.
C^est dans Tespoir dé prévenir une crise semblable que j*ai adopté d^autres mesures, et que j*ai demandé la coopération du général Schneider et de M. le commandant Lalande. Le premier a déjà rappelé les deux oUIciers ingénieurs de Liméni, et le second y enverra un brick, pour faire entendre aux Mavromichalis des paroles sages, mais fermes et sévères. D*un autre côté je tacherai d'établir un cordon sanitaire autour de Liméni et àe Scardamoula; et s'il ne sullit pas, j*en établirai un se-
général je m'eirorceraî d'empéclier les progi^ès de I contagion, et de la guérir, 8*il se peut, là oii elle poiii rait fixer ses foyers.
Il est inutile, mon prince, de vous répéter ici toute que je vous ai écrit sur la nature du remède dont noi avons le plus urgent besoin <
Messieurs les résidents avec lesquels , avant de quitfa Nauplie, j'ai eu plusieurs entretiens sur cet état i choses, sont muets, car ils manquent d'Instructions. ( o*est à solliciter ces instructions que doivent se concei ti*er tous vos efTorts^ Qiit la conférence ordonne à Me sieurs les résidents de parler un langage uniforme; qu*i déclarent que les Puissances alliées, jusqu'à ce qu*eU aient décidé les questions majeures relatives au sort d finitifde la Grèce, ne reconnaîtront aucun autre ord de choses que celui qui se trouve maintenant établi i vertu des actes du congrès d*Ai*gos; et toutes les par
^ • rx4
DB MODOII. — AVRIL 1831.
une calostroplie, et c*est la main toute-puissante du neur qui peut seule la sauver, vous ai charge' par mes lettres prece'dentes de sollices instructions collectives, car j*en pressentais la ssitë; les faits me prouvent que je ne me suis pas i|ic'. Toutes les autres demandes tendent au même Il s*agit de convaincre les Grecs; il faut leur prou- |ue Talliance subsiste, et qu*elle veut aujourd'hui ce lie voulait Tannée dernière. Tout est là. Que cette ve soit donnée par une déclaration; qu'elle le soit !a conclusion de Temprunt, et qu'elle le soit parle L du prince souverain et par la délimitation; pourvu la preuve soit donnée et qu'elle frappe les convic- , la Grèce maintiendra son repos. Assurément devons former des vœux pour que ce grand but itteint au moyen de la décision définitive des quesmajeures ; mais dans tous les cas une déclaration ménagerait le temps et les moyens d'attendre le Liement des négociations, qui tiennent dans ce moen suspens les destinées de TKurope.
n'ai pas besoin de vous dire, mon prince, combien npte dans ces graves conjonctures sur votre zèle et >s talents. Vous en avez donne des preuves à la na-
AO CHBVALmR BYNAIU)* . 2^15
Nâuplio, 1| aTril 1631.
J*oi reçu , mon cher Eynard , vos lettres du 8 janvier et du 9 mars, au moment où je quittais Nauplie pour aller moi-même voir de près ce qui se passe dans les pro* yinces de Sparte. Je suis ici de retour de ma tournée* J*ecris aujourd'hui au prince Soutzos et à votre neveu par une frégate qui va mettre à la voile. J'ajoute ces li' gncs pour vous, noble et généreux bienfaiteur de la Grèce.
Vos 20Q,000 francs sont arrivés comme par miracle i point nommé. Je devais payer le trimestre à Tarmée et à la marine, et la caisse publique n*avait que 200,000 phénix ; et pour solder le ti^imestre il en fallait 500,000» La paie manquée, les meneurs auraient eu beau jeu auprès des troupes et des marins. Ce peu de mots vous donnent, mon cher Eynard, la mesure du service que vous avez rendu à ce pays*
Je n*ai pas le temps de vous répéter ce que j'écris au prince Soutzos sur notre situation intérieure. Elle se ressent de la maladie qui affecte et remue l'Europe. Je tâche de l'en préserver. Il en sera au reste ce qu'il plaira
TV
2i6 U£ NAUPLIK. MAI 1831.
Naupliei ^ mai 1831,
Depuis la réception de la lettre que vous in*avez fait rhonneur de in*écrire en date du 18, je n*ai pas eu Toccasion de voir réunis Messieurs les résidents, et je n'ai pas jugé urgent de leur proposer une confeVence, afin de nous entretenir sur la part qu on aurait dû prendre, dans le cas où le maintien du bon ordre et de la tranquillité exigerait qu*un détachement des troupes sous vos ordres eût a prendre position vers la frontière.
Les rapports que je reçois tous les jours de la Grèce contiâicntale sont très-rassurants. Karatassos, richement doté de proclamations et de projets d'adresses, a prétendu renverser les gouverneurs des provinces et instituer une administration nouvelle, qu'il a nommée constitutionnelle. Il s* est dirigé sur Thèbes et sur Talandi, n*ayant a sa suite que six ofliciers de notre soi-disant état-major et une centaine de soldats. Les autres bataillons et la population en masse se'tant levés contre lui, il a du se réfugier à Livanatès, doii il a déjà fait pressentir T inspecteur des troupes, s*il voulait s interposer auprès du gouvernement pour lui obtenir le pardon.
A Talandi il a enlevé des magasins de 1 état les vivres qu il y a trouvés; mais ce n était que peu de chose; à peine aura-t-il de quoi subsister six ou huit jours. Il
AU oiuÙLAh SCHHSIOBI. 247
avait mande les dëmogdrontics ; elles ont arrêté ses messagers et envoyé au. gouvernement ses lettres.
Les gardes qu'il avait laissées à Thèbes et à Talandi ont e'te' arrêtées, et les dépositions de ces gens sont tres-re* marcjuables. Karatassos avait promis aux officiers et aux soldats qu*il a séduits, argent, vivres et munitions de guerre, que deux bâtiments dllydra allaient leur distribuer : c^est pour cela qu*il les a menés à Talandi. N*ayant pas trouvé ces bâtiments , sa suite a commencé à se dé^ courager et à se disperser. On a saisi les lettres qu i% adressait h ses confrères dllydra, dit-il, par Icscjucilc?^ il leur rend compte de ses opérations, et leur demanda ^s avec instance les secours qu'il attendait»
Mon frère est déjà & Thèbes , et il sera aujourd'hui ^ Talandi. Il tachera de faire arrêter cet homme et ceis qui lui restent, parce que s'il allait grossir les bandes dévastent les provinces voisines sur le territoire turc? ^ nous aurions des embarras et des inquiétudes plus, s^^ ^ rieuses encore*.
Déjà le visir, avec lequel je suis dans de bonnes reli^ ^^ tions, porte plainte de ce que quelques-uns des capS^^^ taines grecs qui sont aujourd'hui les alliés des Albanais ^ se sont réfugiés dans le Yaltos et dans la partie de P^^ ^ tradjik que le gouvernement administre. Je viens de 1«^^ répondre en lui exposant avec une cntièi*e franchise 1^^ motifs qui mettent le gouvernement dans la pénible ^^^ tuation de ne pouvoir pas aiTeter complètement et a^^' tant qu'il le voudrait ce qui n'est utile ni au pays ni a«-i^
248 DK NAUPUK. -— MAI 1831.
provinces rnnHi*o])lies , par I*inviolabilitd d*un6 ligne de frontière qui ressemble à la ligne actuelle. Cependant je lui propose de se concerter avec nous pour preVenir, ou au moins pour mitiger,' les conséquences funestes de cet clat de choses. Si, comme on vient de me Tecrire, le visir a eu des succès contre le pacha de Scutari et qu*il retourne sur ses pas, il se peut qu*il ne se borne pas à des i*emontrances ; et dans ce cas que ferons-nousP Cest une cfucstion sur laquelle j ai aussi appelé Tattention de Messieurs les résidents, et à cette occasion je les pressentirai £t tissi sur celle que me signale votre sage prévoyance. Les llydriotes continuent leurs petites manœuvres, et f «-5S Spartiates semblent se donner du temps pour la ré- ^'^!xion. M. Zanétakis est al (c ù Marathonisi avec Tassen- ' m mncnt du gouvernement. Nous verrons ce qu*il saura ^-^^ ii*e pour mettre un terme aux mutineries de Liméni.
La poste du Péloponèse ne me parle que des voya- ET^csui^ anglais qui , dans leurs entretiens avec les gens du ^^nys, leur démontrent que les mouvements de Liméni, ^ *- tous ceux quï auront pour but la réorganisation con- ^^^ Htutionnellc du pays, sont honorables et dignes d^éloge. ^-^-^:2tte leçon ne semble pas avoir été donnée avec succès, '^ ^ tendu que les hommes auxquels ces messieurs se sont **^l.rcssés ne paraissent pas partager leur opinion.
Je ne vous fatiguerai pas, Monsieur le général, de plus
I^^Bigs détails sur nos affciires. Je m^émpresserai de vous
*^>Cormer de ce qu'eii pensent Messieurs les résidents,
l^our le cas dans lequel elles deviendraient plus graves.
A L AMIRAL KICOIIO. 2-19
Nâuplie» ^ nal lêSI.
Nous avons reçu la lettre que Votre Excellence nous a fait riionneur de nous adresser en date du 29 avril, durant la tournée que nous avons faite en dernier lieu dans Tinterieur. Cette circonstance vous expliquera , Monsieur Tamiral, le retard qu*a éprouvé la re'ponse que le gouvernement grec doit & la communication qu*elle renferme. Nous allons nous acquitter de cette tâche en vous exposant les faits que Votre Excellence pourrait attester, si elle le juge convenable ou nécessaire.
Votre Excellence n*ignore pas que lorsque les troupes de S. A. le vice-roi d*Egypte ont occupé Candie, plusieurs des habitants de cette île ont instamment demandé votre protection et celle de vos collègues, pourémigrer dans le nouvel état Grec. Votre Excellence et ses collègues ont accordé cette protection , et un grand nombre de Cretois se sont réfugiés en Grèce.
Ceux d*entre eux qui étaient débarqués dans les îles de TArchipel, et notamment à Naxos, sollicitèi*ent de la part du gouvernement la permission de retourner eo Candie, non pour s*y fixer, mais pour recouvrer, disaient-ils, leurs propriétés, telles que bétail et autres objets qui leur appartenaient.
C*était vers la fin de Tannée, Nous n*avons pas ac*
250 DE NAUPUB. «— HAÏ 1831.
cueilli la demande des émigrés candiotes ^ radoutant les conséquences de leur apparition dans leur terre natale, dans un moment où Tordre n^ëtait pas encore parfaitement e'tabli ; c'est aloi's que vous avez fait déclarer aux pétitionnaires que leur demande ne serait accueillie que pour autant que chacun serait muni d*un passeport de la part du gouvernement grec; que ce passeport serait visé par les résidents des cours alliées, et que Messieui*s les résidents se seraient donné la peine de réclamer Tintérét de Messieurs les consuls des cours alliées en Candie, en faveur des pétitionnaires.
Vous n*ignorez pas non plus , Monsieur Tamiral, cpie vous avez fait dans le temps des démarches & cet effet, et qu'elles restèrent sans résultat, attendu que Messieurs les résidents ont fait connaître que les consuls respectifs en Candie ne dépendaient que de Messieurs les ambassadeurs accrédités auprès de la sublime Porte.
Dans cet état de choses, les commandants turcs en Candie ont porté plainte contre les Candiotes réfugiés en Grèce; et nous avons ordonné au mirarqueSnhinis, commandant de la station dans TArchipel, de veiller à ce que les Candiotes débarqués à Nuxos et dans les autres îles ne se rendissent pas furtivement dans les parages de Candie ; mais de les adresser à Nauplie , où nous avions tuché de faire quelque chose pour eux.
Les Candiotes qui se sont conformés à cette direction, 50nt venus; ils ont essayé une seconde fois d*obtenir la protection de Messieurs les résidents, et ne Tayant pas
AUX MBSUnSRTB DES COURS ALUNS. 251
obtenue, ils vont tout seuls. Les commandants ottomans de Candie ont pris connaissance de leurs vœux, et ne s*y sont pas opposes.
Ces Candiotes accourent dans les places de la Messe'nie avec leurs familles et leur bétail.
Tels sont les faits cpii ont eu lieu.
Nous finissons par déclarer que le gouvernement grec n*a jamais mis obstacle à ce que les Candiotes se rendissent encore dans leur terre pour s*y re'tablir.
^ , 29 mai Naiiplic» : — ;— . • 1831.
^ 10 juin
Le gouvernement grec saisit avec empressement l'occasion que, conjointement avec vos collègues, vous voulez bien ofTrir par voire office du ... . d'appeler encore une fois votre bienveillante attention sur la situation tous les jours plus diflicilc et plus critique, où le placent les provinces limitrophes ottomanes et les plaintes du visir.
Son fils Kmin-Pacha, son lieutenant h Janina, nous a adresse en dernier lieu la lettre que nous joignons ici avec la réponse que nous lui avons faite. Nous vous prions de prendre en considération Tune et Tautrc, et de juger, d'après les notices que vous pouvez vous-mêmes recueillir aisément sur les lieux, s il est dans le pouvoir du gouvernement grec de mainlcnir sur la ligne actuelle
252 DE NAUPUE. -— JUIN 1831.
de la frontière une police aussi régulière el aussi sëvère que Texigerait la coopération que le visir lui demande ^ afin de préserver le pays des incursions dévastatrices des clephtes.
Le gouvernement grec fait et fera tout ce qui peut dépendre de lui pour concourir à ce résultat. Il est hautement intéressé a garantir les provinces qu'il administre du fléau du brigandage. Mais il ne peut se faire illusion, ni sur 1* insuffisance naturelle de ses propres moyens, ni sur les circonstances qui rendent encore plus qu insuffisants ces mcmes moyens.
Nous ne vous détaillons pas ici les faits qui caractérisent les circonstances actuelles. Nous nous bornons à vous faire observer que Tétat d'incertitude, où se trouvent les habitants des provinces sur lesquelles la délimitation doit se prononcer (celui de guerre et d'anarchie), encourage les hommes qui ont vécu de tout temps les armes à la main a courir les chances de la lutte actuelle entre les troupes du visir et celles du pacha de Scutari, et des chefs albanais et grecs qui se sont joints à ces derniers.
Dans cet état de choses nous avons proposé au lieutenant du visir d'envoyer auprès de lui un homme de confiance, pour s'entendre avec lui et avec le visir son père sur les mesures que dun commun accord nous pourrions prendre, afin de miligcr autant que possible les conséquences funestes du brigandage.
Ce terme moyen pourrait peut-être avoir un résultat plus satisfaisant, si d'accord avec Messieurs vos collègues
AUX lUBSIDlHTB DIS COURS AhUÊMS. 253
VOUS vouliez aussi envoyer de votre part quelqu'un de vos agents auprès du visir ou d'Émin-Pacha. Il lui ferait connaître avec une entière franchise les dispositions sincères du gouvernement grec, et il serait en quelque sorte témoin des explications que la personne de notre confiance lui donnerait 9 ainsi que des arrangements dont elle pourrait convenir avec lui.
Si nous pouvions être assures que la question relative à la délimitation de la frontière ne tardera pas encore longtemps à ctre résolue, le moyen le plus sûr de satisfaire les Turcs et d^assurer la tranquillité de Tétat Grec, ce serait sans doute de donner suite sans perte de temps au plan dont j'ai eu T honneur de vous parler dans nos entretiens d*Égine et de Salamine au commencement de Tannée.
Si les troupes françaises au nom de Talliance prenaient position sur quelque point de la frontière actuclfe, nul doute que leur apparition seule n'apportât le remède le plus edficace. Les capitaines grecs, qui comptent sur un asile dans le nouvel état Grec, y rentreraient pour ne plus en sortir, ou se condamneraient pour toujours a la soumission ou h la misère, vaincus par les Turcs.
11 vous appartient, Monsieur le résident, de prendre en considération, conjointement avec vos collègues, les observations qu il est de notre devoir de vous communiquer) cl de nous faire connaître ensuite les résolutions que vous I j aurez prises. 1^
254 DB NAUPUB. «— jirm 1831.
Nauplie, tt juin 1931.
Monsieur lo maréchal , Par ma Ictlre du 9 février j*aî pris la liberté d'exposer à Votre Excellence les motifs qui me portaient à considérer comme un bienfait accordé par elle a ce pays Tautorisation quil lui plairait d'accorder a M. le capitaine Pourchet de nous continuer ses utiles services. Aujourd'hui je m*empresse, Monsieur le maréchal, de vous offrir Texpression des sentiments de reconnaissance que m'inspire 1* intérêt bienveillant avec lequel vous avez bien voulu accueillir b cet égard mes observations et mes vœux. La communication que vous in*avcz fait Thonneur de m*adresscr du Havre, en date du 19 mai, m*est un précieux gage de cet intérêt^ et vous ne sauriez douter de tout le prix que j'y attache.
xS/ K^é. ^ i^Aciiaucp'' Syp^alc/, à j^e^cve.
Naiiplie, rr juin 1S3I.
J*ai tardé longtemps à répondre à plusieurs de vos lettres. La toute dernière est du 11 avril. Vous ne me ferez pns le tort de croire que ce retard est volontaire. Acca-
AU CHIVAUER lYNAlUI. 255
ble comme je le suis de travail et de tracasseries, il m*est impossible de disposer de mon temps comme je le voudrais, même pour les véritables et grands intérêts de cette malheureuse nation ; il est tout de'pensë en petite monnaie pour des affaires de détail et en conférences»
Je dois me rendre partout oii Ton tache de troubler la trnn([uillitéet le bon ordre. Une fois de retour à Nanpiie, il y a des milliers de lettres, de requêtes et de rappoiis, dont je dois m* occuper en personne, et auxquels le plus souvent je dois faire réponse en minutant Tacte ou la résolution qui y a trait. Ajoutez à cela les audiences de tous les jours, et vous verrez comment je passe ma vie.
J*ai envoyé h M. Odier, votre neveu, quelques lignes par lesquelles je vous ai annoncé la réception des 200,000 francs. Gruee à ce secours, j*ai fait le trimestra de Tarmée et de la marine, et toutes les intrigues par lesquelles on avait espéré de porter Tune et Tautre à la révolte ont été déjouées.
En tout dernier lieu les meneurs ont poussé le jeune Karatassos dans la Grèce orientale. Cet homme qui ne sait ni lire ni écrire, les poches pleines de proclamations, avait le projet d*insurger les troupes et de les déclarer Tarmce constitutionnelle dont il se nommait le chef. Il n*a pu séduire que quelques soldats et quelques ollîciers. Les bataillons et les habitants des provinces se sont levés en masse pour chasser et poursuivi*e ce soi-disant chef avec sa suite.
Afin de mettre à la raison ces braves gens, j*ai expédie
256 DB MAUPLIB. — JUIN 1831.
en Liradie mon frère avec la cavalerie régulière» Les brigands ont mis bas les armes. Quatre des ofiiciei*s les plus marquants ont e'té arrêtés. Karatassos s*est sauvé en Thessalîe; mais là même il est suivi, et Ton vient de me donner l'assurance qu*on Tarrêtera.
Cette écliauflburée a tourné à Tavantage du pays et de Tarmce. Il en sera sous peu de même de Sparte et d*llydra. A Sparte des bandits concentrés à Liméni ont arboré un pavillon sur lequel sont peints Lycurgue et Léonidas. A llydra on imprime un journal dont chaque numéra n*est qu\m tissu de mensonges, de calomnies, et de commentaires ridicules sur des questions que les lccteui*s ne comprennent pas.
Ce double scandale s*use , et il finira du moment que les hommes qui peut-être Tout provoqué, se convaincront que des moyens semblables ne peuvent à la longue que mettre encore cette nation dans Tétat de la plus affreuse anarchie.
Cependant les meneurs, qui en veulent h la personne du gouvernement, savent bien que de toutes ces intrigues résultent trois choses. Le gouvernement est forcé de vouer son temps et ses soins h conjurer ces petits orages; il doit employer pour cela le peu de ressources qui sont à sa disposition; et il ne peut utiliser celles que le pays lui oflrirait, s*il avait le loisir de s'occuper du grand trtivail concernant les domaines nationaux, le partage des terres, et Taliénation d'une partie de celles qui sont depuis trop longtemps en friche.
AU nuHci sauTzM. 257
Indépendamment de ces trois conséquences fiUcheuses, il y en a une autre qui me gêne le plus. Les menées de nos prétendus patriotes donnent un prétexte aux fermiers pour n*être pas exacts à vei'ser dans la caisse les revenus publics, et les contribuables à leur tour ne perdent pas non plus Foccasion de retarder les paiements qu'ils doivent* Jugez de notre détresse. J*ai fait et je ferai toutes les économies possibles ; je me tirerai d*aQàire pour rentretien de Farmée et de la flotte; mais commer^^ paierai- je le trimestre qui sera dû à la fin de juillet?
Je fais des vœux pour que la conférence de Londr^^s approuve votre proposition, ou que d*une autre manièacre quelconque elle vienne à notre secours. Dans le cas co^ktitraire je doute de pouvoir maintenir un état de clios^^^ supportable* J*en ai écrit au prince Soutzos depuis ^^ mois de février, et je n*ai pas cessé successivement de ^^ cbarger de présenter des notes à la conférence de Lo-^^idres, au ministère français, et à Messieurs les ambass^^^' ilcurs dWngleterre et de Russie, accrédités à Paris* Il ^^^ sera ce que le bon Dieu aura arrêté dans ses iTapénéi^C"^' blés décrets.
S^/ kJ/\ 4 ^uhcc C/o€i/ioJ, à ^aè4d.
Nouplie» TT ju>u ISSt
Peu de jom*s après vous avoir écrit ma lettre du 14 ^^^)
258 UK NA1TPLI£. — - JUIN 1831,
mai, j*ai reçu vos numéros 20 et 21 en date du 5 du même mois. Je suis bien aise d'apprendre que mes lettres datées du 16 (28) avril vous soient arrivées promptement, et que vous en ayez fait Tobjct de nouvelles communications aux cours alliccs*
Vos démarches antérieures ont déjà obtenu un premier résultat. Indépendamment de la lettre dont m*a honoré M. le comte Scbastiani, le ministère français vient de donner a M. de Rouen , au général Schneider et h M. le commandant Lalande les instructions que vous m*annoncc% par vos derniers numéros. Il est a deVircr maintenant que la conférence de Londres donne à son tour les mêmes instructions collcclivcs à Rlessicurs les résidents d'Angleterre et de Kussie, et qu elle nous envoie une avance quelconque sur l'emprunt, ne fiit-ce que pour la modique somme de 5 a G00,000 francs.
Vous verrez par la copie ci -jointe d'une lettre que j'adresse s'i I\l. le général Schneider, comment j'envisage 1 appui qu'il vient de niofl'rir en se déclarant prêt a m*en • vuyer 500 hommes, soit à Nauplic, soit à Argos.
M. de Uoiien vient aussi de m'en parler, et il est utile cpicvous connaissiez littéralement les observations que je lui ai Oiitcs h ce sujet aujourd'hui.
a Si les intrigues au moyen desquelles on s'efforce de
« eompronieltrc la tran(|uillité dont jouit encore la Grèce
« et l'avenir qu'on lui promet, arrivaient au point que le
« gouvernement fut réduit a ne pouvoir se faire écouler a
* ^Nauplie cl a \ri(os qu'au moyen de troupes auxiliaires,
AU PRINCE SOUTZOS. 259
le soyez bien assure j Monsieur le baron , que ce n*csl pas c moi qui serais ce gouvernement. Nous ne sommes pas c encore ù des exlrcmitos semblables; et nous les previenc (Irons, j'espère, pour peu que les intriganls connaissent c (l'une manière bien positive les ordres que vous avez
« re(!us. »
C'est dans ce sens que je me suis expliqué avec M* de Rouen, et que je m'expliquerai aussi avec ses collègues dans une confcrence a laquelle je les ai invitcJs pour demain.
Quand même je serais dans la pi'nible n(*cessil(* d'avoir recours h l'appui des troupes (étrangères, ce ne sera assurément pas pour les (établir dans la résidence du gouvernement; car une dtSmonst ration semblable aiKsintirait dans l'opinion du pays l'influence que donnent au gouvernement les services qu'il a rendus, et les sentiments de gratitude et de conliance dont il Tlionore.
Si, pour diijoucr les coupables menc'es des intrigants, un mouvement de troupes auxiliaires deveiiail n(*cc»saii*c, je ne consentirais qu'à un mouvement semblable a celui dont j'avais enlrclenu le général Schneider par ma lettre du l^i (2G) mai, que je vous ai transmise en copie par ma précédente.
Il y aurait aussi une autre combinaison dont j'ai fait mention dans la note que je viens d'«i(lresser a Messieurs les résidents, et de laquelle M. Kizos vous enverra aujourd luii une copie.
Ainsi (|ne je l'ai fait observer par toutes mes lettres
260 DK NAUPLIK. — • JIÎIN 1831.
précëdcntes, et comme vous lavez fait vous-même par vos communications aux cours alliées, ce qu il importe c*est de frapper les Grecs et les Turcs de la conviction que ralliance existe, et qu*clle veut aujourd'hui ce qu'elle à voulu 1 année dernière. Or pour produire cet e(Tet salutaire, pour garantir la tranquillité intérieure de la Grèce, cl pour satisfaire encore tous les Turcs du voisinage, pourquoi les troupes françaises ne prendraient-elles pas position sur notre ligne de frontière actuelle? Pourquoi les commissaires délimitatcurs ne se porteraient-ils pas sur les lieux pour reconnaître la ligne tracée par le protocole du 3 février? Cette reconnaissance prouverait aux Turcs qu*a moins d'une véritable rectification Tëtat Grec n*aurait pas de frontière, et ne serait nullement en mesures de se garantir, et de garantir le voisinage, des invasions des clephtes.
Je n*ai pas développe' cette idée dans ma note à Mes-
sieurs les résidents; mars je Tai fait de vive voix avec M. de Rouen, et je m*acquiltcrai aussi de ce devoir h Tégard de SCS collègues dans la conférence de demain. Je les prierai d*cn faire Tobjct d\m rapport à leurs cours et à Messieurs les ambassadeurs a Constantinople.
Puis(|u*on se propose de traiter avec la Porte d*une nouvelle délimitation, est-ce qu'un rapport par lequel les trois délimitatcui*s démontreraient fimpossibilité de ti*accr une frontière d'après les points marqués dans le protocole du 3 février ne serait pas un document d*une
AU PRINOB SOUTaiOâ. 2fil
Il ne nous appartient pas de prendre linitiative sur ces questions, et c*est pour cela que dans ma note je ne présente l'apparition des troupes françaises sur la frontière que comme une mesure qui oflrirait aux Turcs et aui Grecs des gages de tranquillité et de bon ordre.
Si M. de Rouen en écrit à M. le comte Scbastiani, vous serez en mesures d*expliquer ii ce ministre la pensas du gouvernement grec. Dans ce cas vous ferez de ces observations Tobjct de vos entretiens avec Mcssieui*s les ambassadeurs d* Angleterre et de Russie.
Je vous ai marqué tantôt que la nation jouit encore d'une pleine tranquillité, et qu'elle se montre jusqu'à présent animée de sentiments de gratitude et de confiance envers le gouvernement. En voici la preuve.
Le chef de bataillon Karatassos, lancé par les meneurs dans la Grèce orientale , a été chasse et poursuivi par tous les bataillons et par les provinces levées en masse. Mon frère, avec le commandant de la cavalerie régulière, vient de faire une tournée dans ces provinces. Ses rapports me donnent l'assurance que les troupes irrégulières, aussi bien que le peuple et les primats, apprécient avec assez de bon sens leurs propres intérêts, pour rejeter les armes a la main, s il le faut, tous les projets insensés et criminels de la clique. Je reçois des rapports semblables de la part des chefs militaires et des gouverneurs civils de la Grèce occidentale, du Péloponèse et de T Archipel.
Les mesures que j'ai prises pour déjouer les complots organisés au moyen de soi-disant voleurs de grand chemin
202 l)K NAUPLIK. -— JUIN 1831.
clans le Péloponcse, commencent a produire leur effet, et j*aime h espérer que le mal sera coupé dans sa racine.
Les Spartiates sont toujours cernés ù Liméni et a Cimova. Ilsm*envoientdes messa^s;ers pour obtenir une transaction. Je leur ai fait répondre que nulle transaction n*est possible, a moins que les coryphées ne se rendent repentants h la résidence du gouvernement. Les autres provinces de Sparte restent tranquilles, et sollicitent, comme je vous Tai dit par ma lettre du 16 (28) avril, les ordres du gouvernement, afin de contraindre par la force les hommes de Limcni a Tobéissance.
Dans le foyer de toutes ces misérables intrigues, a Ilyilra, les principaux faiseurs délibèrent sérieusement sur ce qu'ils ont à faire pour sortir de la position périlleuse oii ils se sont volontairement places. Pour ma part je leur ai facilité et je leur en faciliterai les moyens, sims toutefois porter la bonhomie au point d'encourager par des actes de faiblesse Tesprit de mutinerie et de révolte.
Tel est Tétat des choses aujourd hui. Si vous ajoutez, mon prince, à ces notices celles que j'ai consignées en résume dans ma lettre au général Schneider, vous aurez le tableau exact de la situation du pays et de celle du gouvernement.
Je crois ne pas me li*oniper dans l'appréciation de fune el de Tautre. J ose encore vous répéter cpie si les actes de la conlerence de Londres et le modique sul>side que j'ai sollicité tardent un peu trop à arriver, la Grèce ne firetirera au nombre des contriTS fpi'en s associant aux me-
AU CONTK MOGKNIOU. 203
ncurs insurrectionnels du temps, qui menacent le monde d'une longue crise.
Veuillez considérer qu au moment oit je vous ccris je n ai en caisse que 30,000 francs, que j*en dois 100,000 }K)ur le paiement de la solde des troupes régulières, et que sous peu de jours j*en devrai 300,000 pour payer le trimestre de la marine et de rarmcc. Veuillez aussi considérer que la rentrée des revenus est entravée, et que tous les eflorts des meneurs tendent a ce but.
Cependant je suis Lien loin de me décourager. Je ne recule pas d*une seule ligne dans la marclie droite que le devoir me trace, et je compte sur les promptes décisions de la conférence de Londres.
Vous ferez, mon prince, de Tensemlile de ces informations Tusage que vous jugerez le plus ulile. Je vous en laisse entière liberté. Je n'ai pas ]>esoin de vous dire combien je vous sais gré des preuves de zèle et de talent que vous donnez a la Grèce dans ce moment décisif. Vous ne doutez pas non plus, jespère, de Tempressement que je mettrai à vous prouver par des témoignages de sa \uxri toute sa gratitude au premier moment favorable.
tS/^ K^fô. /€ 6:Po9Jt/€ ^ôocentao , ee J/uU^f,
Naiiplic» U^*"*" *®^^'
Je vous rends mille actions de grâce, mon clicr comte,
264 DB NAUPLIK. — * JUIN 1831.
de votre bonne lettre du 1 (13) fe'vrier. J*ai tardé à vou« en accuser la réception, parce que les jours, les semaines, les mois et les années passent ici de manière à ce que je ne m*en aperçois que p^r raflaiblissement de ma pauvre aante'. Elle a soufTert et souffre de cet enfer, mais pas lissez cependant pour me mettre hors d*état de remplir mes devoirs.
Ma position et celle de ce malheureux poys s*aggravent tous les jours davantage. Les événements du dehors ne promettent nullement une prompte décision sur les questions dont la conférence de Londres doit prononcer. En attendant, Tesprit du temps fait tourner la tête à une poignée de brigands, et donne de Timportanceà une petite troupe de jeunes faiseurs. Les uns et les autres cependant n*ont réussi qu*à provoquer du scandalCé J*en écris à Naranzi , et je me dispense de vous répéter les mêmes choses. Ce qui me gêne le plus c*est la détresse des finances. Cependant je ne me décourage pas. Je marche droit, et il en sera ce que le bon Dieu voudra.
J*ignore quand et comment dans sa miséricorde il me délivrera des affaires. Je mettrai à profit cette gruce pour refaire ma santé. Sans cela elle finira par ne pouvoir plus se soutenir. Ce que je redoute le plus, c*est une vieillesse accompagnée de maladie, qui rend la vie à charge non-seulement à soi-même, mais à ceux qui vous entourent.
Laissons de côté ces idées misérables. Espérons, mou' cher comte, que j'en sortirai; que j*aurai le plaisir de
AUX G0MMI88AIRB8 IXTIUORDINAIIIKS, BTCé 265
VOUS revoir, et de passer avec vous quelque temps aux bains ou au coiu d*une cheminée.
Tout ce que vous me dites de mes travaux dépose pour les sentiments de prédilection dont vous m*avez honore de tout temps. Il n*y a pas grand mérite dans mon fait. J*ai subi, et je subis une situation qui n*est pas mon ouvrage, et qu'assurément je n*ai pas ambitionnée. Cest ridée du devoir, peut-être un peu ambiguë et pas à la mode de nos jours, qui est le principe de toutes mes actions, et peut-être de quelque succès.
Cette idée cependant n'entre pas dans la tête, el trèsrarement dans le cœur de tout le monde; et celui au milieu duquel je me trouve est le moins fait par ses antécédents pour la comprendre et pour en faire le principe de sa conduite. De là toutes les diflicultés que j*ai à combattre, et toutes les peines que je me donne pour peu de résultats. Ajoutez à cela les contrariétés du dehors, et vous aurez bien pitié de moi. Je vous le i^'pète, je ne me décourage pas.
Noiiplie» -- juin 1631.
Les vœux que nous avons exprimés dans notre circulaire du 7 mai s'accomplissent , et nous nous empressons
200 Dl NAUPUB. — JUIN 1831.
de vous fuire partager la satisfaction que nous en éprouvons.
La nation a répondu {i Tattente légitime de son gouvernement. Elle est demeurée calme et tranquille , au moment oii des liomnics de malheur se sont elTorcés de troubler son repos, h TefTet de justifier les assertions mensongères qu*i|s tachent de propager par les voies de la presse sur sa situation actuelle. Les provinces oii ces liommes avaient ose' mettre en œuvre leurs coupables machinations, les troupes qu*ils ont essaye de séduire, ont rejeté avec indignation leurs insinuations perfides, et ontiait preuve eiieure une fois des nobles sentiments qui les attachent à leurs seniientset h riionneur.
Les rappcnis circonstanciés que vient de nous soumettre notre lieutenaut plénipotentiaire de retour de hi (irèce orientale, nous donnent la mesure du dévouement ù la patrie et du xcle dont ont fait preuve les chefs militaires et les soldats , ainsi que le conunissaire extraordinaire et tous les employés civils dans ce département.
Le jeune J. Karatassos, accompagne à peine d*une douzaine de soldais, a ëte' contraint pour se sauver de franchir la frontière. Ceux qu*il avait séduits, au nomlire de deux cents environ, se sont rendus. D'autres avec ipiatre olïiciers ont ete arrêtes et seront juges.
Les bataillons cantonnes dans la Grèce occidentale nous ont aussi témoigne par Torgane de leurs chefs combien ils détestaient raclioii coupable et insensée du jeune Karatassos, et combien ils étaient prêts t\ répon-
AUX GOSIHUttAllUM EXTRAORDINAIRES, ETC. 267
dre à Tappcl du gouvernement, toutes les fois qu*ii s'agirait de i*e|)riaicr par la force des armes les tentatives cju*on ferait, afin de porter atteinte par des mouvements insurreclioiinels à Tordre de choses actuellement établi en Grèce.
Nous aimons à es|)ercr que nous ne serons pas dans la nécessite d*y avoir recours; mais nous n'apprécions pas moins tout ce que la nation doit à rexcellcnt esprit qui caractérise Tarmee.
Dans le Pcloponcse les brigands sont cerne's; et sous peu, nous nous ilaltons, les provinces de (lalavrita et de Gastouni ne redouteront plus de voir conqjroniis la seciu*ile et le bon ordre, dont nudgro Tappariticm des brigands cllcfl n*unt cessd de jouir. Nous devrons ce re'nidtat au zMe des ollicicrs d*elat-niajor pélopouésiens cl de leur clief.
Ce qui reste encore h désirer au gouvernement, c'est que les lionnnes égarés par des séductions perlîdcs, Uuit à llydra qu'à Liméni , fassent un retour sur eux-mêmes, et reconnaissent tout ce que Texpéricnce de ces dernici*s tem|)s leur doit apprendre. Ils reconnaîtront que le gobvernement leur a laissé le temps et leur a offert les moyens de renoncer à leurs erreurs, d'une manière dont un patriotisme éclairé devrait s'bonorer. Kufîn ils ne douteront plus peut-être que dans la situation oii se ti*ouve la Grèce, et lorsqu'elle est dans l'attente des décisions par lesquelles les cours alliées vont prononcer délinitivcnient sur les questions majeures qui concernent son s(H*t,
268 DE MAUPUE. — - JUIN 1831.
la nation se doit à elle-même de contribuer à ce grand résultat, et qu'elle ne le peut utilement qu*en demeurant paisible et en avançant sous les auspices de la concoi*de Fœuvre de sa raslauration.
Nous aimons h espérer que sous peu nous serons dans le cas de vous annoncer que cet espoir s*est aussi réalisé, et que le scandale de Limëni cessera par la coopération des Spaiiiates eux-mêmes, comme la fausse attitude que quelques bommes ont prise à Hydra se redressera par la sage intervention des primats et des notables de Tile.
Nous vous engageons à porter ces informations h la connaissance des démogérontes , des primats, et des autres citoyens de la province que vous administrez.
Nouplie, --- juin 1831.
Ainsi que j'ai eu Vhonneur de vous Tannoncer par ma lettre du 1 (13), je vais aujourd'hui vous faire part de mes observations sur les conditions auxquelles le bienCiit d'une colonisation française pourrait être procuré a la Grèce.
Je ne vous enverrai pas un mémoire : mes nombreuses cl pénibles occupations ne m*cn laissent pas le temps. Je causerai néanmoins, Monsieur le général, avec vous la plume a la main de cette affaire majeure.
AD GBMBIUI. SCHNBUIER. 269
La population de la Grèce , sortie h peine de quatre siècles d'esclavage, et réduite par la domination turque h moins d'un tiers de ce que peut nourrir le sol fertile du pays, a cté aussi décimce, dispersée, durant une lutte sanglante et Tabscnce de tout pouvoir sagement et fortement organise.
Les hommes cependant qui se sont efforça, dans celte époque de désordre et de crise , de donner a la nation des lois et de la gouverner, ont statue' par un acte législatif que chaque village avait droit de labourer les domaines qui dans ses limites appartenaient naguère aux Turcs, et que chacun pouvait en outre défricher et cultiver telle terre qu il aurait choisie, sauf à payer dans un cas comme dans Tautre une triple dîme à la caisse publique. Depuis deux ans cctie redevance a été réduite d'un tiers.
Indépendamment de cet acte législatif, d*autrcs ont été rendus, autorisant Taliénation des biens-fonds et des terres. Plus tard de nouveaux actes les ont invalides; mais ce que nul acte n*a empêché, ce sont les usurpations des propriétés de Tétat, lesquelles sont encore retenues dans ce moment comme propriétés particulières, et dont on prétend que la valeur est très-considérable.
De cet état de choses il résulte :
1**. Que les paysans se considèrent comme les héritiers légitimes de toutes les propriétés turques, et notamment de celles qui par la nature du sol ou par les avantages de Tirrigation exigent peu de travail et offrent un produit trèsconsidérable. Ils se contentent donc d*cn jouir aux condi-
270 D£ NAUPLIE. — JVIII 1831 <
lions auxquelles ils prétendent les cultiver niaintenant.
2*. Une grande partie des citoyens qui sont dans la classe des primats et des dëmogcrontes^ ne pouvant et ne sachant s' élever à rappréciation véritable de leurs propres intérêts^ ne sont nullement disposes a employer leur influence afin de faire cesser les abus qui se commettent journellement dans Texccution des mesures concernant les terres nationales, abus qui arrêtent dans sa source nonseulement toute amélioration agricole quelconque, mais qui en se perpétuant rendraient même impossible la restauration sociale et politique de la Grèce.
Quant au premier point, il suffit d'observer que le paysan laboure aujourd hui la terre qui lui convient, et qu il ne paie Timpot qu en raison du produit. Quant au second, il est aisé de concevoir comment des hommes formés pendant si longtemps a Tecole du gouvernement turc, ne se familiarisent pas volontiers avec Tidée que ce n'est qu'en plaçant la propriété sous la sauvegarde du bon droit qu*ils peuvent fonder leur constitution. Ils aiment plutôt laisser les choses in statu quo et se trouver encore, comme par le passé, les chefs de prolétaires, et non citoyens ayant chacun quelque propriété légitime, ne fut-ce que de quelques arpents de terre.
Depuis que j*ai eu la direction des intc'rcts de la Grèce, mes cfTorts ont tendu constamment a porter, d*une part les cultivateurs, de fautre les primats et les demogérontes, a reconnaître dun commun accord qu il faut pro- Cibler sans retard aux mesures suivantes :
AU CBNIIUL flcnmiDiH. 271
l*é A la légitima tion des propriclés particulicrea acquises depuis 1821, et par conséquent a Vexamen des litres sur lesquels chacun se croit en droit de les faire confirmer.
2*. A doter chaque province , c cst-h-dire les citoyens qui la com}K>sent et qui ne seraient pas propriétaires, dune porlion de terre analogue aux moyens qu'ils auraient de la cullivcr.
3*. A Tcstimation de la valeur de ces portions, et selon le prix de l'estimation, a l'inscription au crédit de la caisse publique du montant du capital, ù charge du citoyen qui serait devenu propriétaire.
4**. Cette dette serait payée par lui , a raison d*un tant pour 100 par an sur le capital, selon Li qualité de la terre, et proportionnellement au revenu quilen retirerait. Par exemple un citoyen qui serait devenu acquéreur d*un terrain dont Testimation aurait fixé la valeur a 10,000 phénix, se libérerait de sa dette en vingt-cinq ans, si c'était le 4 pour 100 qu*il en paysit. Il est entendu que Tacquéreur paierait en sus la dîme sur le produit des difTércntcs récoltes qu il ferait.
S"". Aux mêmes conditions pourraient aussi acquérir des terres ceux des citoyens des provinces qui en possèdent déjà; mais ces derniers ne les obtiendraient qu'aux enchères publiques, qui en seraient faites par le gouvernement.
En exécutant les dispositions de l'article 4 on constituerait les provinces, et en donnant suite à celles de Tarticle 5 on ne refuserait pas aux propriétaires un moyen
272 DE NADPUE. — JUIN 1831.
peu onéreux de donner de raccroissement et de la con.4istance à leur fortune.
C'est en partant de ces principes et de ces vues, que j*ai eu souvent des entretiens avec les primats et les laboureurs de plusieurs provinces, et j*ose me flatter de leur avoir fait partager ma conviction.
Je n'en dirai pas autant a Tégard du se'nat, auquel j*ai adresse depuis une année et demie des messages sur ces questions. Cependant sans Tassentiment du sénat il m*est impossible de procéder aux mesures d* exécution, attendu que les décrets du congres d' Argos exigent le concours de son opinion, toutes les fois qu il s*agit de dispositions concernant les biens nationaux. Ayant néanmoins persévéré dans nia résolution de rendre dépendante de Torganisation de la propriété l'organisation constitutionnelle du pays, j'aime a espérer que sous peu le sénat consentira aux mesures indiquées ci-dessus.
Je suis entré. Monsieur le général, dans ces détails pour arriver h une première conclusion sur la question de savoir comment les colons étrangers et leurs familles peuvent ctre assurés de trouver en Grèce protection , sécurité et facilité pour leur e'tablissemcnt, et pour acquitter peu a peu le prix du terrain qui leur serait accordé.
Mon opinion est que le gouvernement ne saurait leur offrir ces garanties, que du moment oii les habitants des provinces, au milieu desquelles les colons fonderaient leur diablissemcnt, seraient devenus eux-mêmes propriétaires, d*aprcs le système dont j'ai tracé plus haut les bases.
M ùiHÙiAh flCHNKIOKIl. 273
Les Grecs Ae sont pas assez avancés dans la civilisalion pour ne pas être jaloux des étrangers qui viendraient s*élablir dans leur pays, au moyen de la protection et des avantages que le gouvernement leur offrirait.
Il y a plus. 0;s sentiments s exaspéreraient par des observations que des malveillants ne manqueraient pas de faire. Ils diraient aux habitants : c Vous avez prodigué les sacrifices pour vous afTranchir des Turcs, qui seuls étaient les propriétaires de votre sol. Vous êtes demeures prolétaires; ce sont encore des étrangers qui vont devenir vos maîtres, et c est a eux que votre gouvernement donne la
prcfe'rcncc; cest à eux qu*il commence à donner des terrains et le droit de propriété, s
Un exemple trcs-rccent me confirme dans cette appréhension. Les Candiotes qui se sont réfugiés dans le nouvel état ont obtenu, avec Tassentimcnt du sénat, quelques arpents de terre dans plusieurs provinces* Â lexccption des habitants de Coron , qui leur ont fait bon accueil, les autres ont protesté contre les mesures du gouvernement; et ce n est pas sans beaucoup de peine que j ai pu parvenir a ménager a ces malheureux Candiotes Tespoir de vivre paisiblement du prix de leur travail, aux environs des villes, telles que Argos, Corinthe, et Monembasic.
Les mesures qui les concernent ont été enfin arrêtées avec Tassentiment des primats de ces province^; mais cet sissentimcnt est-il sincère? A plus forte raison il en serait de mcmc des difficultés insurmontables que le gouvernement rencontrerait pour rétablissement de colons étrangers
TOMC IV. IS
274 OB NAUPUB. ^ JUIN 1831.
dans b plaine qui 8*ctcnd de Gargaliano à Arcadie ou dans la vallcc de TAlphce, s'il n organisait d^ayance, comme je Tai exprime tantôt, la propriété des habitants des provinces qui touchent la belle vallce et la magnifique plaine dont il est question.
On pourrait objecter peut-être que la proximité des places de la Messc'nie et Toccupation militaire de ces places donneraient des gages de sécurité et de protection à la colonie. Je ne pense pas que des garanties semblables soient celles quil faut réclamer, et moins encore que le gouvernement grec doive cire appelé sN les procuixsr h leur égard.
Kn considérant donc rétablissement d'une ou de plusieurs colonies, indépendamment de tout appui de la part des troupes étrangères, je répéterai encore la même opinion. « Je ne crois pas que le gouvernement puisse répondre de la protection, de la sécurité, des avantages, et des facilités qu*il devi*ait accorder aux colons, avant d'avoir assigné aux provinces rcs|)ectivcs les terres qui seraient réparties parmi les habitants, et dont ils auraient la pi-opriétc. »
Cette opération préalable mettrait le gouvernement en mesures de disposer du surplus des terres, sans que les liabitants pussent élever la moindre réclamation, tandis qu il ne le pourrait pas légalement aujourd'hui, et avant que la répartition susmentionnée soit faite. Il opérerait d'une part sans avoir des données positives sur les besoins de telle et telle province, et ouvrirait de Tautrc la voie h
AU GÉNÉRAL SCIIKE1DBR. 275
dés' réclamations qui auraient au moins lapparence de la légitimité.
Comme j*ai eu l'honneur de vous le faire observer, j aime u espérer que le sénat accueillera mon plan, et que sous peu je serai dans le cas de le mettre a exécution.
Dans les enlrcfuilcs le temps pourrait être mis a profit de part et d'autre, pour haler le moment oii la colonie serait établie. Le gouvernement grec vous annoncerait officiellement les conditions auxquelles il ferait des concessions de terres aux colons, et votre gouvernement se plairait à son tour à lui faire connaître les conditions auxquelles il permettrait que des Français vinssent s'établir en Grèce. Sur Tune et sur Tautre partie de cette transaction , je ne puis vous donner ici que mon opinion personnelle, sans contracter d'avance aucune responsabilité quant à celle qu'émettrait le sénat.
Selon moi le gouvernement devrait accorder aux colons étrangers des terres aux mêmes conditions auxquelles il les aurait accordées aux Grecs eux-mêmes, bien entendu toutefois que les colons contracteraient rengagement de se faire naturaliser et de devenir citoyens du nouvel état. Ces conditions sont celles dont j'ai fiiit mention dans les articles 3 et 4.
En supposant que les colons fissent les premiers frais d'établissement, le gouvernement pourrait leur accorder en compensation les dégrèvements dont on conviendrait.
D.iiis riiypotlicse que les colons voulussent se raserver le droit <Ic rentrer dans leur pays a Texpiration
276 Dl NAUPUC. — JUIN 1831.
d*un terme qu! serait ùxé^ ils seraient en droit d'aliéner leurs propriétés 9 mais à des citoyens grecs ou à des e'trangers qui s'engageraient à le devenir aux mêmes (conditions que leurs devanciers.
Il ne m'appartient pas d'annoncer ici les garanties que le gouvernement grec devrait exiger sous le rapport de la moralité', de la conduite et des bonnes habitudes de travail des colons.
Si les colons se décident a devenir citoyens du nouvel état, c'est après trois nnnces re'volues, à dater du jour de leur établissement en Grèce, qu'ils seront appelés à exercer les droits dont jouissent les indigènes, en ce qui concerne le droit politique, c'est-à-dire le droit de suffrage. Sous tous les autres rapports ils seront considérés •comme les autres citoyens de l'état. Si c'était pour un temps limité qu'ils devinssent colons, alors ils n'obtiendraient pas le droit de suffrage, mais ils seraient assimiles pour le reste aux autres citoyens de la province.
Si votre gouvernement. Monsieur le général , désire donner suite à cette œuvre de bien , j'oserai vous engager à lui proposer de vouloir bien s'adresser ofliciellement au gouvernement grec, et lui faire part des arrangements qu'il considérerait comme propres à rendra possible et utile une colonisation française en Grèce. En réponse le gouvernement grec s'empresserait de mettra sous ses yeux les clauses qu'il accepterait, et de cette inauicre l'afliaire marcherait promptement vei*s son but.
Je vous demande pardon, Monsieur le général, de la
AU (dniMAL KHamiiKii. 277
longueur de cette lettre; à peine « j*oie vous le répéter, me laisset-on le temps de la lire. Je vous réitère Tassurance de ma considération la plus distinguée.
Nauplie, ^ juin 1031 .
Je regrette que vous ne m*ayez pas indiqué dans le post-scriptum de la lettre que vous m*avez fait Thonneur de m*écrire en date du 15, où il serait bien que je donnasse Tordre de faire metti^e en étal unacaserne pour y loger 20 ofliciers et 500 soldats.
Je ne pense pas que ce soit à Nauplie ou à Argos. D'abord il n*y a pas de bâtiment disponible ou qu*on puisse mettre en état; il faudrait en construire un depuis les fondements jusqu*au toit. D*aillcurs ayant causé avec M. de Rouen du post-scriptum de votre lettre , je lui ai exprimé sans réserve ni restriction mon opinion, sur Tautorisation que vous avez reçue , Monsieur le général, de déférer à la demande que je vous ferais d*un détacliement de 4 ou 500 hommes , lequel viendrait à Nauplie et à Argos pour aider le gouvernement grec de son appui moral •
Si M. le baron de Rouen vous a fait part de notre entrevue, il vous aura dit, Monsieur le général ^ que ce ne sera pas moi qui aurai recours à une mesui*e semblable'
278 DE XAUPUE. JUIN 1831.
Si en eftct le gouvernement grec était réduit au point de ne se faire écouter dans sa propre résidence qu'au moyen d'une garnison éti*angère, je vous le demande, pourquoi ce gouvernement se ferait-il encore illusion sur su position? Dans une extrémité semblable, il aurait perdu la confiance de la nation, et des lors il devrait re'signer ses fonctions, et quitter une place dont il lui serait impossible de remplir les devoirs. Mais si la nation lui donne tous les jours de nouveaux gages de sa confiance, en reprouvant par le fait et par des déclarations les menées coupables de quelques intrigants, Tapparilion du détachement dont il s*agit dans su re'sidence, ne ferait-elle ])as un eflet contraire a celui que nous nous proposerions de produire?
Les intrigants diraient, comme le journal de Smyrne : Il n'y a plus de gouvernement en Grèce ; la nation n'en veut pas, et la preuve en est que pour la contraindre à le respecter, il se fait entourer de baïonnetles étrangères.
L'armée et le peuple lui demanderaient compte de sa me'dancc, et n'en concevraient pas les motifs d'une manière qui lui fut favorable.
Je ne vous fatiguerai pas. Monsieur le géneVal, d'observations ultérieures sur cette question ; à mes yeux elle parait résolue. 31. le prince Soutzos a reçu l'ordre d'en entretenir M. le comte Sébastian!.
Pour vous tenir au courant de notre situation, du moins pour autant que je crois la comprendre, je joins
AUX RfiSIDENTS DBS COURS ALUÉlCS. 279
ici une copie d*une seconde circulaire que les gourerneurs civils Tont recevoir par la poste de ce jour. Si Ton achève la traduction des rapports que j*ai reçus de Sparte , je vous les enverrai ^ afin que vous jugiez combien les hommes de Limeni ont abuse' de la mission dont a été charge' le brick qui y fut expc'die' par M. Lalande.
Nauplie^ -- Juin 1991.
Dans la conférence que^ conjointement avec Mcssieun vos collègues , vous avez bien voulu m*accorder le 2 (14) du courant, j*ai cru de mon devoir de vous entretenir de la situation de'plorable oii se sont place's quelquesuns des citoyens d*IIydra à Te'gard du gouvernement.
J*ai mis sous vous yeux les faits , qui prouvent d*une manière incontestable que des hommes en armes et soudoyés maîtrisent la communauté, au point que les autorités locales sont hors d*état de remplir Icui^ fonctions. En cITet la démogérontle , par Torgane de laquelle le gouvernement fait exécuter toutes les mesures ix^lativcs il Tadministration et ù la police, lui a déclaré olUcicllement qu'à moins de recourir à Tcmploi de la force, et d*ctre par conséquent aidée par des troupes que le gouvernement lui enverrait, elle ne peut plus s^ucc£uitter de
280 Dl «AUPLII. — SVIH 1831.
En fixant voti*e attention sur ce fait affligeant^ j*ai dû vous faire observer que ^ si un pareil cftat de choses continue encore y le gouvernement se trouvera dans la douloureuse nécessite' de refuser aux bâtiments hydriotes et à leurs barques mêmes les diplômes de navigation , attendu que ces diplômes ne sont délivres que s.ur les actes de la dëmogerontie. Cest elle qui reconnaît les titres des pétitionnaires, qui reçoit de leur part, et donne au gouvernement , les garanties proppsiées par le règlement de marine. Or du moment que, par suite des circonstances mentionnées ci-dessus, les magistrats d*Hydra ne sont pas en état de remplir leurs devoirs en ce qui concerne I-execution des ordres du gouvernement, celui-ci peut-il admetti'e la validité' de leurs actes pour ce qui concerne la navigation?
Mais en refusant à la marine d*tJydra le moyen le'gal de navigation, quels en seront les résultats , et par rapport à nie même, et par rapport à la police de T^rchipelP Cette seconde question étant du ressort de Blessieurs les commandants des forces navales des cours alliées dans €:es parages, j*ai Tlionneur de vous faire observer, Monsieur le résident , que c*est à vous, ainsi qu*à vos collègues, de la prendre en considération le cas échéant.
Les réponses que vous ave^ faites à mes observations à ce sujet ne m*ont laissé rien à désirer; etc*est alors que j*ai pris la liberté de vous engager à vouloir bien intervenir oflicieusisment dans cette affaire, afin d*éclairer, s*il se peut, sur vos véritables intentions au moins les Hydrio-
AJOX WMÊUmMTB PMB OOVW ALUBI8. 28t
tes qui le déclarent les chefs de cette opposition hostile.
Vous avez eu l*extreme complaisance d*accueillir ma proposition, et tous venez d*avoir un entretien avec MM. Miaoulis, Ck>ndouriotis et Mavrocordatos. Ces messieurs, d*après ce que vous m*avez fait Thonneur do nie dire dans la conférence du 4 (16)) ne considèrent pas que le gouvernement puisse refuser à leurs marins les diplômes nécessaires à la navigation , attendu que leur système de conduite est fonde en droit, à moins que les griefs qu*ils ont à articuler contre le gouvernement ne soient redi^esses.
Leur ayant fait comprendre qu*il ne pourrait pas vous appartenir de discuter avec eux leurs griefs, quelle qu*en puisse être la nature, vous les avez engages à les articuler par-devant le gouvernement, vu que vous ne doutiez pas du bon résultat de leurs démarches. Ces messieurs vous ont déclare qu*ils n'avaient pas mission pour faire des de'marches semblables; mais que si le gouvernement les invitait à s'entretenir avec lui sur Tëtat des choses à Hydra et sur les moti& qui en étaient la cause, ils s'y prêteraient, et que dans ce cas ils se permettraient de se présenter au président.
Ce n'est assurément pas sans éprouver une peine trèsprofonde, que j'ai eu, par la réponse que ces messieurs vous ont faite , la mesure tout entière de leur aveuglement. Depuis que j'ai accepté la direction des af&iires de ce pays, j'ai fait et je fais tous les jours et i chaque instant abstraction complète de moi-même, et en mon par-
282 DK BfAUPUS. — - JUIH 1831.
ticulier il n y a pas de sacriGce qui soit au-dessus des sentiments qui m*animent en faveur dé la Grèce; mais les sentiments de Thomme doivent se taire là oii les devoirs du magistrat parlent haut. Condamné à être encore le chef du gouvernement de ce pays, j*aurais manqué à tous mes devoirs, si j*avais consenti d*aller au-devant d*une poignée de citoyens, qui se reconnaissent le droit d'opposer la résistance des armes et celle des intrigues à Texécution des actes du gouvernement qu'ils jugent illégalement.
Les choses en sont restées là, et j'aime encore à espérer que si le bon sens et la saine raison peuvent encore prévaloir dans l'esprit de ces gens, leur voyage à Nauplie peut contribuer au rétablissement du bon ordre dans la conmiunauté d'IIydra.
Ainsi que j'ai eu Thonneur de vous l'exprimer dans notre dernier entretien, j'ai résumé dans la présente lettre confidentielle le î>récis de nos deux conférences , afin de constater par un document les faits auxquels elles se rapportent. Ce document témoigne d'une part tout ce que le gouvernement doit à l'intérêt bienveillant avec lequel il vous a plu de joindre vos efforts aux siens, afin de huter par la voie de la persuasion la cessation du scandale à Ilydra. Il témoigne aussi que le gouvernement a fait tout ce qui peut dépendre de lui , à l'elTet d'atteindi*e ce même but.
Il se peut cependant que l'obstination dépasse toute 'imite , et que le scandale diminue. Dans ce cas le gou-
Ao PHiMCK soonos. 283
vernement devra remplir ses devoirs ^ et il les remplira sans redouter que les conséquences, fassent peser sur lui aucune responsabilité'.
Je vous fais , Monsieur le résident ^ bien des excuses pour la longueur de cette lettre.
NaiipUoi -;f juin 1S3I.
Je continuerai , mon prince, la longue lettre que je tous ai écrite en date du 1 (13) de ce mois. Les documents que M. Rizos vous envoie par le paquet ci-joint, et ceux que je joins encore à la pre'sente, vous prouveront que nous sommes à la veille de pouvoir mieux caractériser la crise dans laquelle se trouvent les intérêts de la Grèce.
Vous verrez par la copie des instructions dont est muni le sénateur Karapavlos, et par la note que j*si adressée à cette occasion à Messieurs les résidents, combien le gouvernement a été empresse de justifier aux yeux des Turcs et des Puissances alliées le prix qu*il attache à maintenir des rapports de bon voisinage avec le visir, et de garantir pour autant qu*il peut dé|)endre de lui lu tranquillité et le bon ordre dans les provinces de la Grèce contiucnlale. Nos envoyés sont partis; espe'rons que leur mission aura un résultat satisfaisant.
Le succès que le visir a eu contre le pacha de Scutari
284 DX NAUPLUC. — - JUIN 1831.
semble favoriser la mise à éxecution des mesures par lesquelles il tachera de délivrer le pays des bandes de clephtes. Le jeune Karatassos, avec le peu de soldats qui Tont suivi, s*est reTugié à Maskohuni d^Âgrapha, où il s*est associe aux brigands PandouUis et The'ocharis ^ tous faisant environ 300 hommes. On me mande qu'ils font des pre'paratifs pour se ménager une i*etraite en deçà de notre frontière actuelle. Je crois la chose possible, du moment que les forces du visir ne permettront plus à cette bande de continuer ses courses , et de vivre aux (rais du pays, en y portant la dévastation et la mort.
Le gouvernement fait et fera tout ce qui pourra dépendre de lui pour profiter de cette chance , et arrêter^ ou faire détruire ces hommes de malheur. Je ne vous dissimule cependant pas que le mouvement des troupes que cet état de choses rend indispensable , met à découvert encore plus qu*il ne faut la détresse de la caisse publique. Je vous le répète, je lutte contre des diflicultés insurmontables, et je n*ai à ma disposition que 24 ou 30,000 francs-
D'autre part les affaires de Sparte et celles d*Hydra sont dans un état de stagnation , tandis qu'elles auraient dû être finies et bien finies.
La communication confidentielle que j*ai cru de mon devoir d'adresser à 'Messieurs les résidents, ainsi qu à ; M. le général Schneider et à M'. Lalande , vous fera bien comprendre à quoi tient peut-être Thésitation que montrent nos soi-disant constitutionnels à faire amende ho-
AO PHKB aionot. 285
Donble, et à ne pat derenir Toocasion oa le prétexte de complications plus serieiues et de malhean plus grands.
Les hommes de Limeni ont abusé des procéda du commandant du brick finançais ^ M. Omano^ et du langage qu*il doit leur avoir parlé. Nous verrons sous peu quelles pourront être les conséquences de cet abus.
Au moment où je vous écris, MM. Condouriotis, Miaoulis et Blavrocordatos ont des explications avec Messieurs les résidents. Voici ce qui a donné lieu à ces explicatimis. Dans la conférence que j*ai eue avec Messieurs les rc^idents le lendemain de TexpiMiition de la dernière lettre que je vous ai écrite, je leur ai fait part des informations que je reçois tous les jours du désordre et de Tanarchie qui dominent la communauté d*Hydra. La municipalité' ou démogérontie , qui n*appartient pas au parti des Condouriotis , n*a plus de pouvoir dans le pays. C^est le gazetier entouré de quelques hommes eu armes et ses collaborateurs, qui ont Tair de faire la loi k Hydra; mais dans le fond c*est Condouriotis et les siens qui, en payant ces hommes armés, veulent mettre la démogérontie dans Timpossibilité d*exécuter les ordres du gouvernement. Les pièces ci-jointes que j*ai lues à Messieurs les résidents, montrent la situation alarmante où se trouve Tîle d*Hydra.
En partant de ces faits déplorables , j*ai demandé à Messieurs les résidents , si le gouvernement pourrait reconnaître les actes d*une municipalité qui se trouve hors d^état de i^mplir ses devoirs ; s*il ne peut recon-
284 Dx KAUPLuc. «— juur 1831.
lemble faToriser la mise à éxecution des mesures séyères par lesquelles il tachera de délivrer le pays des bandes de clephtes. Le jeune Karatassos, avec le peu de soldats q[ui Font suivi, s*est reTugié à Maskohuni d'Âgrapha^ où il s*est associé aux brigands PandouUis et Théocharis ^ tous faisant environ 300 hommes. On me mande qu'ils font des préparatifs pour se ménager une retraite en deçà de notre frontière actuelle. Je crois la chose possible, du moment que les forces du visir ne permettront plus à cette bande de continuer ses courses , et de vivra aux frais du pays, en y portant la dévastation et la mort.
Le gouvernement fait et fera tout ce qui pourra dépendre de lui pour profiter de cette chance , et arrêter* ou faire détruire ces hommes de malheur. Je ne vous dissimule cependant pas que le mouvement des troupes ^e cet état de choses rend indispensable , met à découvert encore plus qu*il ne faut la détresse de la caisse publique. Je vous le répète, je lutte contre des difficultés insurmontables, et je n'ai à ma disposition que 24 ou 30,000 francs.
D*autre part les affaires de Sparte et celles d'Uydra sont dans un état de stagnation , tandis qu'elles auraient dû être finies et bien finies.
La communication confidentielle que j*ai cioi de mon devoir d'adresser à Messieurs les résidents, ainsi qu'à; H. le général Schneider et à M'. Lalande , vous fera bien comprendre à quoi tient peut-être l'hésitation que montrent nos soi-disant constitutionnels à faire amende ho-
A0 PRiHCB somos. 287
Ces deux points importants ainsi ëclaircis^ j*ai exprime à Messieurs les re'sidents le vœu que le gouTemement devait former , afin que les primats dlijdra fussent avertis à temps des périls auxquels les exposait Tattitude inconside'rée et hostile qu'ils avaient fait prendre à leur communauté' à Fegnrd du gouvernement. Messieurs les résidents ont partage ce vœu, et m*ont demande' le temps d*engager deux ou trois des primats h se rendre à Nauplie , afin de pouvoir leur parler clair, et fiiire disparaître ainsi les illusions qui les aveuglent sur le plan de conduitc qu*ils semblent s*étre impose'.
Ces messieurs sont ici depuis cinq jours. J*ai ete moimême à Argos pour assister à Tinauguration d*une nouvelle école ; je ne suis de retour à Nauplie que depuis hier. J^ignore le résultat des avertissements que Messieurs les re'sidents doivent avoir donnc's aux dcfputcs dllydra. Si avant le de'part du courrier j'en ai connaissance, je vous en ferai part. Je vous avouerai, mon prince, que je ne m'attends h rien de bien satisfaisant. Ces hommes sont hautement compromis, et les motifi, pour ne pas dire les personnes, qui* ont agi sur leur faible esprit subsistent toujours, exercent la même influence, et veulent In même chose à quelque nuanœ près. Cette chose, c'est un changement qui rend impossible la continuation de mon ministère en Grèce.
Ne me gênant pas avec qui cpie ce soit au inonde, lorsqu'il s'agit de remplir mes devoirs comme je les entends, j'ai fait plus d'une fois observer h plusicui-s |)cr-
288 'm vAUPLix. — jdin 1831.
sonnages grecs et étrangers 9 que je marchais Aveu les messieurs de la soi-disant opposition vers un même but, mais par des voies opposées. Je désire autant qii^eux, et plus qu*eux, et du fond de Tâme, d*être quitte pour toujours de Timmense responsabilité' que fait peser sur moi la direction des affaires de la Grèce, surtout à cette époque : mais pour cela je ne trahirai ni la confiance de la nation, ni ce que je me dois à moi-même* Les voies que j*ai suivies pour atteindre ce but sont honorables; elles sont connues, et je ne serai jamais dans le cas de les de'sa vouer. Ces messieurs peuvent -ils en dire autant? Au reste je me garderai bien de descendre si bas pour e'tablir une comparaison entre ma conduite et la leur. Quoi qu il en soit, les peines que se sont données Mes- ^ sieurs les re'sidents produiront nécessairement quelque e^et, et nous pourrons sous peu voir plus clair dans cette partie de nos affaires.
On avait voulu provoquer du désordre dans le Péloponèse au moyen d*une bande de brigands; mais ils n*ont pas même bien commencé, qu'ils semblent toucher au terme de leur entreprise. Les chefs de Tétatmajor de la pres({u*ile ont arrêté ces brigands. Quelques-uns se sont rendus; d*autres demandent à être pardonnes.
Je dois compléter les informations que je vous donne aujourd'hui, en vous envoyant ci-jointe la copie d'une lettre que vient de m'écrire M. le général Schneider sur la cpiestion d'une colonisation française , et celle de la
▲ù PBdrcB aoonos. 289
réponde que je lui ai faite il y a peu de jours. Je joint ici encore la copie d^une seconde lettre^ par laquelle je re'ponds à la proposition qu*il me fait, d'ordonner qu*on mette en ëtat une caserne capable de loger 500 hommei et 20 ofiiciers, sans m*indiquer où. Tous ces documents vous mettront en mesures, mon prince, de repondre avec connaissance de cause aux questions que le minis^ tère français, ou Messieurs les ambassadeurs d* Angleterre ou de Russie, pourront vous adresser sur notre situation actuelle^ , '
Vous jugerez vous-même si, sans être appelé à donner des éclaircissements sur les affaires dont il s* agit dans la présente, il peut être utile que vous preniez Tinitia-' I tive, pour donner soit à M. le comte Sébastian! , soit à lord Granville et à M^ le comte Pozzo di Borgo^ les in^ formations que vous recevez.
Si la conférence de Londres n*a pas termine ses ti*avaux, il est d*une grande urgence qu'elle se hâte. Dans ce cas vous pouvez encore une fois puiser dans le récit fidèle que je vous fais de Tétat des choses les arguments les plus incontestables, pour lui démontrer la nécessite' majeure d*en finir.
Je ne vous répète pas que sans un prompt secours pécuniaire je ne réponds pas de la possibilité de maintenir le statu quo. S*il y a du désordre, je ne puis pas non plus répondre des conséquences.
P. S. Je viens de voir Messieurs les résidents. Leurs
* TOMB IV. ia
290 DB VAUPUl. *— JUILUBT 1831.
explications avec les Hydriotes ne me semblent pas de bon augm«. Les réponses qu*ib ont eu la patience de se laisser donner dans une conférence 9 caractérisent assez les hommes et les choses. Je ne puis pas me flatter que rintervention officieuse de Messieurs les résidents dans les affaires d*Hydra puisse amener aucun résultat satisfaisant. Sous peu de jours je serai sans doute dans la pénible nécessité de vous en écrire encore. Le cas échéant , vous pourrez faire toutes les communications qui seront jugées nécessaires.
C*est mettre le comble aux soins officieux que de m*annoncer, comme vous avez bien voulu le &ire par votre lettre d*hier, les prétentions que forment MM. Gondouriotis, Miaoulis et Mavrocordatos.
Vous n'ignorez pas, Monsieur le résident, que ces messieurs se sont abstenus de se présenter a leur gouvernement, et j*a]outerai que jamais ils ne m* ont adressé aucune réclamation, ni verbale ni écrite, sur la prétendue non-exécution des décrets du congrès d*Ârgos.
Je tiens trop a votre opinion personnelle et à celle de Messieurs vos collègues, pour ne pas mettre un grand prix a appeler votre attention sur des faits qui caracté-
A M. DAWKin. 291
ritent atses les hommes et les choses dont tous avez eu la bontë de vous occuper ces jours derniers, dans le noble but de donner une nouvelle preuve d'intérêt à la Grèce et h son gouvernement.
Je vous ferai observer avant tout que les griefs dont il 6 agit n'étant pas articules, il m*est impossible d'en démontrer la nullité ou d*en reconnaître la justice. Je puis cependant vous donner l'assurance la plus positive et la plus formelle que le gouvernement dans son administration, et en général dans tous ses actes, ne s*est pas écarte d*une seule ligne, non-seulement de Tesprit, mais encore de la lettre des décrets d*Argos. Je n*hésitcrai pas à con-, tracter des aujourd'hui l'engagement de répondre victorieusement à toutes les récriminations qu'on adresserait au gouvernement sur ce point.
Mais quel titre ont MM. Condouriotis , Miaonlis et Mavrocordatos, pour se constituer les censeurs du gouvernement? ou bien quel est celui de leurs intérêts personnels que la prétendue non-exécution des décrets d* Argos blesse ou sacrifie? Je ne sache pas quen leur qualité de citoyens ces messieurs aient jamais porté plainte au gouvernement à cet égard; et sans manquer li tous ses devoirs envers la Grèce, le gouvernement ne pourrait leur reconnaître la mission qu'ils se donnent en se qualifiant les organes d*un vœu national.
Mais il y a plus. Ces messieurs ne se bornent pas a parler arbitrairement au nom de la nation; il n y a pas d'efforts qu ils ne fassent poui' justifier leur assertion par
292 UK KAirPLU. — JUILLET 1831.
des faits; et ces faits ne sont ni plus ni moins que des in^ surrections.
Je ne vous fatiguerai pas de détails qui ne vourlais^ seraient pas de doute sur ces déplorables menées. Les preuves ne manqueront pas au gouvernement le jour oii il se trouvera dans la douloureuse nécessité d*y avoir recours, pour légitimer les mesures qu il sera force de prendre , si Tavcuglement et ToLslination de cette poignée dhommes continuent a ctrc inaccessibles aux conseils que, conjointement avec vos collègues, vous leur avez bien voulu donner.
Pour vous convaincre, Monsieur le reVident, que les prétentions dont ces messieurs vous ont entretenu ne sont pas celles qui forment Tobjet de leurs sinistres combinaisons, je vous prie d* observer que si en eflet elles étaient véritables, si elles étaient fondées au moins sur les vœux de la nation et sur ses intentions réelles, pourquoi se sontils refusés h les soutenir par-^devant leur gouvernement, et h se conformer aussi aux avis salutaires que vous leur avez donnés P Ne les ayant articulées sous aucune forme quelconque, n*ayant jamais eu par conséquent la preuve que le gouvernement les rejette sans examen et sans discussion, oîi CCS messieurs trouvent^ils les motifs d'exciter dans la communauté d*llydra une espèce d*insurrcction, et d'essayer d*en faire autant partout où des émissaires peuvent gagner quelques hommes qui n*ont rien a perdre et qui espèrent gagner quelque chose dans le désordre
AU PRINCE SOIftZM. 293
Le moyen le plus sur dç mettre ces hommes une fois pour toutes en mesures de ne se faire illusion ni sur leur situation ni sur les vœux véritables du pays^ ce serait de leur laisser atteindre le but quils poursuivent : c*est-àdire de leur livrer la direction des affaires de l'e'tat.
Je n*aurais pas hésité à adopter cette mesure , si deux considérations également graves ne m*en empêchaient. D'une part je ne justifierais aucunement la confiance que me témoignent chaque jour dans ces circonstances toutei les provinces de Te'tat; de l'autre je ne répondrais pas ii celle dont m*honorcnt les trois cours alliées.
Espérons que les décisions de la conférence de Liondres ne tarderont pas a nous ctre connues^ et que dès lors le bien pourra encore se faire en Grèce , sans que ce pays ait encore a subir de nouvelles et douloureuses calamités: Tanarchie et le désordre.
Je vous fais mes excuses de vous avoir entretenu si longtemps de ces aflaires : mais laissez-moi espérer que vous agréerez les sentiments qui ont guidé ma plume dan$ cette communication confidentielle.
Votre lettre du 16 (28) m*est arrivée par ^avant-de^ nier courrier. Je tous remeixie du zèle avec lequel vou'
294 DK VAUPUV, — • JUILLST 1831.
lâchez de me procurer les informations les plus rassurantes sur notre avenir. Je fais des vœux bien sincères pour que les délibérations de la conférence soient k leur terme, et que le courrier dont vous me parlez nous apporte enfin de quoi prévenir les conséquences funestes dont les intrigants menacent ce malheureux pays.
LfCS documents que je vous envoie aujourd'hui, et qui sont au nombre de onze, vous prouveront que les me* ncurs marchent vers leur but, et que les entretiens que leurs coryphées ont eus avec Messicui*s les résidents ne les ont point découragés.
Ce fait est bien saillant, et mérite attention j en voici un second qui n*est pas moins remarquable. Je vous ai dit par ma lettre du 15 (27) que les hommes de Karatassos, arrêtés dans la Grèce orientale, avaient des papiers, et que Tenqucte avait mis au grand jour le complot. Je viens de recevoir les premiers rapports de Temployë qui a géré les fonctions de juge instructeur* Ce rapport renferme la preuve matérielle que la seconde comme la première échauffourée de Karatassos faisaient partie du plan général dont je vous ai tracé le contenu par ma précédente lettre. Ce plan a été conçu, et Texécution a été dirigée, parles chefs d*une association secrète, qui tiennent leur^ quartier général a Ilydra. Cette association a pour but le renversement du gouvernement actuel.
Si ce but ne peut pas être atteint par le fait, il suffit aux chefs de Tassociation de fiiire croire par la voie de la correspondance et des gazettes de Smyme et d*Hydra,
AU PBncB aotmos. 295
qu il est au moins dans les vœux de la nation. Ceat ainsi qu'ils espèrent aocrëditer en France et ailleurs Topinion que la Grèce va se lever en masse pour secouer le. joug de son gouvernement actuel.
Mieux conseille dans les nombreuses confe'rences qui ont eu lieu à Nauplie , M. Mavrocordatos a prétendu donner une nouvelle direction aux manœuvres de l'association dont il est un des chefs. De son côte et pour, sa part , il se borne à donner pour motif du soi-disant mécontentement de la nation , la marche non-constitu« tionnelle du gouvernement. Mais en même temps il fait présenter par les communautés d'Hydra et de Syra des adresses au gouvernement, par lesquelles les signataires demandent au nom de la nation que le gouvernement convoque une assemblée nationale, laquelle ait mission de donner une constitution à la Grèce.
Je viens de recevoir les adresses de Syra ; celles d'Hydra sont en route. Des adresses semblables pourront être fabriquées dans quelque autre communauté de rArchipel ; mais d'auti*e part le Péloponèse et la Grèce continentale ne cessent d'en envoyer au gouvernement en sens contraire. C'est pour le moment la guerre civile à coups de plume; il serait déplorable qu'elle arrivât aux coups de fusil.
Tout ceci s'explique aisément, et je crois en avoir assez dit pour le moment dans ma seconde lettre à M. Dawkins. Ce qui complétera les explications qu'il est de mon devoir de donner, ce sera la réfutation que je
^96 DB HAVPUl. — - JinLLBT 18S1«
ferai des prétendus griefs que renferme la lettre dont U copie est cotée numéro 11 • Je n*ai pas le temps de tous deVelopper le peu de mots que je tous écris; je le ferai sous peu de jours.
Si la conférence de Londres ne s*est pas prononcée jusqu'ici sur les questions dont elle s'occupe 9 et sur celles que tous aTCz mises tout dernièrement sous ses yeux, le désordre et Tanarchie de'truiront en peu de jours tout le bien qui s'est fait grâce aux secours de TaU liance.
Le contenu de cette lettre tous senrira pour tos com^ munications ultérieures aTcc le ministère français et aTec Messieurs les ambassadeurs d'Angleterre et de Russie, et pour ne pas laisser l'opinion publique dans l'erreur. Acquittons-nous de nos devoirs avec droiture çt bonne foi, et que la Providence fasse le reste,
Naiiplia, tt juillet 1SS1.
BL le baron de Rouen qui va tous. arriTor à NaTarin yeut bien se charger de la pre'sente.
Je TOUS remercie aTant tout des explications que renferme la lettre que tous. m'aTez fait l'honneur de m*ëcrire en date du 26 juin , et plus encore de celles dont ]f • de Rouep Tiçnt de me faire part confidentiellement.
▲D COHTRX-AMIRAL LALÂMOE* 297
Nous sommes bien convaincus à cette heure que l*apparition de votre brick dans les parages de Limeni , loin d^intimider, a grandement encourage Tesprit sauvage et malicieux des brigands qui se sont groupes dans ce district. Espérons que la seconde leçon que vous leur avez donnée sera plus salutaire.
Tout ce que jiQ sais, c*est qu*ils ne trouvent pas de prosélytes dans les provinces dejSpartc, faute d*argent. Leurs véritables patrons, les grands faiseurs qui ont leur quartier gênerai à Hydra, ne semblent pas dispose's jusqu'à présent à leur en donner. Il se peut que plus tai^d ils s*y décident. '
Ces hommes marchent vers leur but; plus ils se flattent de la faveur des circonstances , et plus ils intriguent pour ne pas rester isolés. Leur projet est de renverser Tordre actuel des choses, et de porter le gouvernement a faire de deux choses Tune : ou à subir les menées de cette intrigue ourdie de longue main , ou à résigner ses fonctions.
Je connaissais ces trames, et je me suis bien gardé d*en couper le fil. Il m*a semblé d*un grand intérêt, et pour la Grèce et pour les Puissances qui protègent sa restauration , de ne rien prendre sur ma conscience, et de laisser parler les faits.
Les faits désormaiis parlent haut; il est temps de songer aux remèdes. Les véritables remèdes ne peuvent venir que de la conférence de Londres. Nous les avons sollicités ; on nous les'promet ; mais jusqu'à ce que cette
Aourir le i*afiaiblir
■ëside ce
d'autres
issez de'-
>eut pas^
finces de
complète
le le 80U*
griefs lé-
lent à sa
en e'tait
le com-
^ pousser
C[ue dans
ue le but
ment de
îssement
les intri-
seraient
lit cesser s papiers neste alayant de de faim, suffirait
AU COHTRB-AMIRAL LALAMOB. 299
il*une seule déclaration verbale de la part des commandants des stations alliées. Le gouvernement leur dirait d*une part : Vous me placez dans la douloureuse nécessite de vous refuser les papiers de navigation. Les commandants des stations alliées leur annonceraient en même temps : Si vous sortez sans papiers de navigation, nous serons dans le pénible devoir de vous faire rentrer dans votre port, puisque nous ne voulons pas vous aller chercher dans TArchipel. Aloi*s ils reconnaîtraient qu ib doivent avoir recours au gouvernement, et le gouvernement faciliterait, autant que les intérêts de Tétat le permettraient, un arrangement au moyen duquel les choses rentreraient dans Tordre, ou au moins le désordre ne deviendrait pas plus grand.
Tel est le but de la coo|^ération que le gouvernement vous demande. Monsieur le commandant, ainsi qu*à M. Tamiral Ricord et à M. le conmiandant de la station anglaise.
M. de Rouen aura la complaisance de vous donner toutes les explications qu*il a bien voulu recueillir de ma part, et en suite desquelles il est plus que démontré que, s*il est dans vos pouvoirs de prêter au gouvernement Tassistance qu*il vous demande, il est d*une grande urgence que vous la lui prêtiez un moment plus tôt. M. de Rouen m*a fait espérer que vous nous arrivez ici; veuillez donc hilter ce moment. Dans tous les cas ne me laissez pas attendi*e longtemps un mot de voti*e part.
fi HAUPLIK. — » JUILLET 1831*
IVâuplia, ^Juillet 1891.
le Rouen va faire une course jusqu^à Naa complaisance de m*avertir qu*un bâtirès demain pour Toulon. Je ne veux pas^ sser passer cette occasion sans vous donvelles.
e M. de Rouen, M. Lalande, et M. le gé- , en donnent à leurs ministères respectifs* t mis en ëtat de fournir les explications e français et Messieurs les ambassadeurs as de vous demander.
je vous ai c'crite en date du 25 juin (7 cuments qu*elle accompagne vous donnecomplète de Te'tat des choses, jusqu*au ^ous Tai expédiée. Depuis lors voici ce liaoulis, Condouriotis et Mavrocordâtos, dra, Se sont engages plus que jamais à
but.
)ar conséquent un acte d^accusation conment sous la forme d* adresse; et leurs ousse les aventuriers et les avides soecu-
AU PRIHCB sounoB. , 301
' A. Tinos ils ont échoué , quelque grands qu*aient ëte' les efîorts de HM • Ylacoutzis et Xenos. Ces messieurs ont tache' de gagner les employés du gouvernement en leur offrant quelque argent; cette ofTre a été réjetée*
Les minutes de ces adresses qu'on colporte dans les
lies, sont faites à Ilydra. On dit que la rédaction est de
Navrocordatos.
Des essais ont été faits dans quelques provinces du
Pcloponèse. On n*a réussi nulle part.
Par son adresse la communauté dllydra dit au gouvernement : Vous avez violé vos serments. Vous avex juré do gouverner d*aprcs les principes constitutionnels des actes de Trézène, et vous gouvernez arbiti*airemeiit. Convoquez donc une assemblée nationale, pour rendre compte de votre administration, et pour donner à Tétat une constitution représentative.
Je vous envcn*ai sous peu de jours ces libelles avec des notes marginales, et vous verrez oii nous en sommes.
Vous verrez par la copie ci-jointe de la lettre que j'écris aujourd'hui à M. Lalaudc quelle est la coopération que je lui demande. M. Tamiral Uicord ne la refuse pas. M. Dawkins hésite. Cc'pendanl il m*a répété plus d'une fois que, si les bâtiments de la station anglaise rencontrent en mer des bâtiments grecs sans papiers de navigation, ils les traiteront en pirates.
Ma proposition est plus simple et plus directe. Au lieu que les bâtiments des stations aillent les chercher, je leur demande de les empêcher de sortir. «Te doute que
302 DB IVAirpus. — JUILLET 1831.
M. Da^rkins adopte cette mesure. Je doute aussi de la coope'ration de M. Lalande. C4hacun a de son côte 9es instructions, et il ne lui est pas permis de s*en ëcarter.
La timidité' avec laquelle les résidents d* Angleterre et de France traitent les questions relatives aux soi-disant patriotes constitutionnels de la pre'tendue opposition, est nu point que Tun et Tautre ont fait entendre à M. Rukmann , re'sident de Russie , qu*ils ne conçoivent pcis comment M. Ricord avait ose improuver hautement k Poros la conduite de deux ou trois hommes que le gouveiTiement a tires de Tobscurité et de la misère, et qui conspirent aujourdlmi publiquement contre lui. Or je vous le demande, mon prince, loi^que les re'sidents des cours alliées ne désapprouvent pas les Grecs qui intriguent contre Tordre actuel des choses, est-ce qu'ils soutiennent de toute leur influence ce même ordre de choses ?
M. Dawkins dit qu*il n'a pas d'instructions ; mais M» de Rouen en a reçu; cependant c'est M. de Rouen qui a porté la parole auprès de M. Rukmann.
M. Rukmann ne m'a pas dit le mot. Sa discrétion passe !a mesure; le fait est cependant positif.
Tout ceci est bien déplorable pour ce malheureux >ays, et très-heureux pour moi. Je commence à espérer [ue je serai bientôt quitte de l'immense responsabilité [ui pèse sur ma tête.
Je reviens aux affaires d'IIydra. Pour vous mettre à léme de ne pas confondre les questions, j'ajouterai que
AO FRINCB 80UT106. 303
je itie garderai bien de priver les habitants d*Hydra des papiers de navigation à cause de Tacte d^accusation. C*est sur un fait moins théorique que je baserai mes mesures; le voici réduit aux termes les plus simples.
Par une seconde adresse les Hydriotes demandent une nouvelle dëmogërontie. Je leur répondrai qu'ils n*ont qu*à Te'lire comme bon leur semble ; mais que je ne la reconnaîtrai que si elle se charge d*executer les ordres que la dëmogërontie actuelle a e'te' placée dans l'impossibilité de faire exécuter. S'ils s'y refusaient, je ne pourrais pas leur donner les papiers de navigation.
Sous ce point de vue les commandants des stations alliées ne préjugent, comme on dit, aucune question de principes. Ils interviendraient pour préserver l'Archipel d'une navigation illégale, et par conséquent non permise.
Je ne me presse pas de donner suite à cette discussion
et aux mesures qui en dépendent, parce que suis dans
l'attente du courrier que vous m'avez promis. Mais si ce
courrier n'arrive pas, dois-je laisser détruire pièce à
pièce la frêle machine de l'administration de la Grèce P
Dois-je aussi indirectement provoquer l'anarchie, la
guerre civile, et le renouvellement du brigandage? Je
ne le puis pas.
Comme si ces tracasseries ne suffisaient pas, j'en ai eu aussi avec M. le général Gérard.* Je vous enverrai
* Colonel au service de France; il fut envoyé par le duc d*Angoulénc en Grèce , où il reçut le grade de gënëral et le commandement des troupes rëguliéres.
304 DE hauplu. — - juillet 1831.
sous peu ses lettrps et mes réponses,, et vous pourrez en cas de besoin les mettre sous les yeux de M. le duc de Dalmàtie.
Le gênerai Gérard et les autres officiers français au service de la Grèce, passent leur vie avec les coryphées de notre ridicule opposition .Il n*y a pas de propos in-' décent, pour ne pas dire davantage, contre le gouverne^ ment, qu*ils ne lancent à la figure des officiers grecs. Ceux-ci s'en oflensent et viennent m*en porter plainte. Je laisse dire et je ne cesse de recommander la prudence et la modération. Cependant les choses ont ëte' poussées plus loin , et je me suis trouvé dans la pénible alternative de me prononcer de'finitivement entre un officier supérieur français et un officier supérieur grec. Je n*ai pas hésité; le Grec a obtenu, comme il en avait droit, la préférence.
M. Pélion, fait par le gouvernement lieutenant-colo^ nel, avait le commandement et Tinspection de la cavalerie; et M. Calergis, lieutenant-colonel, devait servir sous ses ordres dans ce même corps, attendu que M. Pélion occupe aussi la place de chef de Tétat-major du corps régulier.
M. (^lergis a été nommé et placé dans la cavalerie i*egulière, sur la demande et d*après les recommandations de Monsieur le général et de M. Pélion.
Depuis quelque temps ces deux officiers ont commencé à être jaloux Tun de Tautre. Mais les officiers du iriirps ont montré de la prédilection pour M. Calergis.
Au PRINCS OS MRTTKRMlCn. 305
M. Pelion a tache de la lui enlever, mais sans succès. Dès lors il y a eu des froissements dans le service , et ils ont été' si loin que le gouvernement devait faire de deux choses Tune, ou renvoyer M. Calergis, ou engager M. Pelion à concentrer ses services dans TeHat-major. C*est le parti que j*ai pris , parae qu*autrement tous les officiers du corps m^auraient demande' leur de'mission.
Vous aurez 9 mon prince, une ide'e plus complète de ces pauvres affiiires par les documents que je vous envoie , et vous serez frappe' comme moi de la conduite pour le moins inconside'rée du ge'nëral Gérard.
Je finis cette longue lettre. Je suis fatigué; cependant je me tiendrai sur la brèche jusqu'au déifier mo* ment, et au risque d*y succomber.
Nauplie, --■ juillet ISSI.
Je m*empresse d'accuser à Votre Altesse la réception de la lettre qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrira en date du 27 avril ,* pour m'annoncer que S. M. I. et R. dési-
* Lettre de S. A, h prince de Metternieh à S, E, le comte CapadUhiMf
président de la Grèce,
Vienne, 27 avril 1S3I.
Monsieur le coinle, L'indi'pendance de la Grèce ayant éié foroieUf- TOMB ir. 90
306 BK MADPUB. — JUILLET 1831.
rarit mieux régulariser les relations de commerce existant entre ses états et la Grèce , et voulant aussi of&ir •au gouvernement provisoire de ce pays une preuve manifeste de ses dispositions amicales, a daigné nommer des consuls dans les trois échelles de Nauplie, de Syra, et de Patras.
Le haut prix que le gouvernement attache au gage d*intérêt bienveillant dont S. M. I. vient dlionorer le nouvel état, s* accroît de Tespoir fondé sur les assu-
'nent reconnue par la Porte oUoninne, S. M. Tempereur et roi te recon- •naît la faculté de yenir a Taide des intëréts commerciaux de ses sujets relativement a la Grèce. La position géographique des deux états les appelle à un échange fréquent et mutuellement avantageux de leurs pro- 'duits.
En se réservant pour un autre moment la nomination d'un agent diplomatique, l'empereur a jugé opportun de 5*occnper en attendant des moyens de mieux régulariser les relations de commerce. G*est dans celte ^ue et pour donner au gouvernement provisoire une preuve manifeste de ses dispositions amicales, que S. M. a résolu d'établir des consuls natio- •naux sur les points les plus importants » savoir: à Nauplie» a Patras et à Syra; et elle a daigné nommer à ces pinces M. Gropius, M. de Maïers* bachy et M. de Walembourg.
Je m'empresse d'informer Votre Excellence de cette détermination de mon auguste maître, en la priant de prêter une oreille favorable aux dits fonctionnaires, ainsi que de les faire reconnaître par les autorités du pays, et jouir dans rcxcrcicc de leur emploi,, non-seulement de prérogatives y attachées, m.iis aussi de toute la protection et assistance à laquelle leur qualité ofnciclle leur donne le droit de s'attendre. Les instructions dont ils sont munis leur imposent le devoir de mériter la bienveillance personnelle de Votre Excellence.
Je saisis en mon particulier cette occasion pour vous renouveler, Monsieur le comte, l'assurance des sentiments de ma considération Ires-distinguée.
Signe, DE Mbttchnich.
40 PBnrd DE HimBificH. 307
rances de Votre Altesse que la nomination des consuls sera suivie de celle d*un agent diplomatique.
Le gouvernement grec se trouve en attendant heureux de témoigner sa reconnaissance , en ne négligeant rien de ce qui sei*a en son pouvoir aGn de garantir aux consuls de S. M. I. la plénitude des mêmes droits dont jouissent en Grèce, dans lexercice de leurs fonctions, les agents des souverains alliés.
M. de Walembourg, M« de Maïersback et Mé Gropiu^, doivent donc compter sur Tempressement que le gou'» vernement mettra à leur accorder de la manière la plus efficace Tassisiance et la protection à laquelle ils pourraient, le cas échéant, avoir recours, et qu'il invoquerait sans doute avec succès lui-même en faveur de ses agents consulaires , au moment oii il serait en mesures d*en établir dans Tétat de S. M. L
Quant à la clause des instructions dont sont munis les fonctionnaires désignés ci-dessus, et que Votre Altesse veut bien citer à la fin de sa lettre dans des termes aux* quels je ne saurais être assez sensible, ces messieurs Font remplie d'avance, honorés qu'ils sont de la confiance de leur auguste souverain.
Que Votre Altesse veuille être auprès de S« M. I. Tin* terprète des sentiments et des vœux dont la présente renferme l'expression.
308 DE NAUPUK. — - JUILLET 1831.
Nauplle, j- juillet 1831.
Ali lord, Lors de mon dernier voyage en Angleterre Votre Excellence m*a honore d*un accueil bienveillant, et s*est plu à me donner des gages de Tinterêt que lui inspirait la situation de la Grèce, et à prévoir même ce que je pourrais faire à l'avantage de ce pays, en me chargeant de son gouvernement provisoire. C*est à ce double titre que je prends la liberté, Milord, de vous adresser la présente , et que je vous supplie d^accorder i|uelque attention aux observations qu^elle renferme.
D*après la communication confidentielle que M. Dawkins m*a faite ài^^ instructions dont Votre Excellence Ta muni en dernier lieu, je vois avec une peine inexprimable que vous êtes porte à croire, Milord, que la crise dont la Grèce est menacée dépend en grande partie du système suivi par le gouvernement actuel.
Ce système semble avoir été caractérisé à vos yeux sous les couleurs les plus défavorables. Il est, dit-on, impopulaire; les étrangers envahissent tous les emplois; Tespionnage est le principal ressort de Tadministration.
Ignorant les faits sur lesquels on se fonde pour étayer des assertions semblables, j*ai du demander à M. Dawkîns quelques éclaircissements à leur égard. Ceux qu'il
A HILORO PAUlKlIâTOBr. 309
a voulu me donner ne m*ont appris rien de nouveau.
Plus d*une fois dans nos entretiens confidentieb M. Dawkins s'est efforcé , en déployant infînimeiit de zèle, de m*engager à rappeler auprès de moi des par* sonnes qui ont resigne' volontairement les emplois publics qu'elles occupaient, dans le dessein bien arrêté d'avance de composer ce qu'elles appellent ropposition. M. Dawkins pense depuis longtemps qu'en m'associant à cette poignée d'hommes je rendrais mon gouvernement populaire , et que tout le monde le bénirait.
Je n'ai pas partagé , et je ne partage pas son opinion. Souffrez, Milord, que je vous en donne les moti&.
Ces hommes auxquels je suis le premier à reconnaiti^ le plus de capacité, sont ceux qui , sous différentes formes et couleurs, ont eu la dii*ection des affaires delà Grèce depuis le commencement de la révolution jusqu'à mon arrivée. Tout le monde connaît ce que la Grèce est devenue sous leur administration ; et j'en ap* pelle plus particulièrement au témoignage de l'amiral Codrington , qui a vu le pays à l'époque de la bataille de Navarin , et qui a traité d'affaires avec le gouvernement d'alors.
La Grèce , c'était Nauplie et Egine ; c'étaient quelques positions fortes, mal défendues, sur le continent et dans l'Archipel. La population errait dans les montagnes, ou était agglomérée sur ces points , subissant le plus affi*eux des despotismes , celui du soldat , que la misère et U faim poussaient au brigandage sur terre et sur mer.
310 BB NAUPLIX. — JUILLET 1831.
Je suis loin d^attribuer cette catastrophe tout entière aux hommes qui prétendaient gouverner la Grèce; mais malheureusement pour eux le pays n*est pas si indiplgent à leur égard, et il leur attribuée Ténorme dette e'trangère, la guerre civile, les progrès qu*avait faits Ibrahim-Pacha, la piraterie , et toutes les calamités qui avaient mis la nation au bord du tombeau.
Cependant à mon arrivée en Grèce, ce sont ces mêmes hommes que j'ai appele's auprès de mt)i, et c*est avec eux que j*ai désire' partager la responsabilité de Tadministration provisoire. Comment ont-ils repondu à mon attente?
Il ny a pas eu d*occasion dont ils niaient habilement profite, et il n*y a pas eu d^affaire un peu grave qu^ils n'aient exploitée, dans le but d*entraver, de déconsidérer et de paralyser, le gouvernement dont ils faisaient partie. Les preuves matérielles de cette déplorable vérité sont déposées aux archives, et il m*e$t permis de croire que celles même des ministres des cours alliées li*en manqueraient pas, du moment que la conférence de Londres jugerait devoir se donner la peine d'envisager sous ce point de vue les notions qu'elle possède sur la situation intérieure de la Grèce.
Je ne place pas sur la même ligne tous les Grecs qui composent ce parti. Les véritables intrigants et par conséquent les coryphées, nous sont légués par Técole du Pbanare et par celle de fei^ Ali-Pacha de Janina. Le reste se compose , d'une part de quelques primats qui con-
k MlUmO PAL«XM»TOII. 31 1
voitent Ifinfluence qu^ils. exerçaient dans leurs provinces sous la domination turque , de Tautre de jeunes gens qui sortent des sociétés secrètes de France et d* Allemagne. Les premiers commeles derniers ne s*accommodent guère d*un gouvernement qui peut se passer d*eux.. Ils travaillent dans Tespoir d!en créer un qui soit par le fait dans leur d'i tendance la plus absolue^
En cilet, comment ces primats places à la tête des affaires pourraient-ils trouver en eux-mêmes les ressources, nécessaires pour exercer le pouvoir, lorsqu*ils manquent des connaissances les plus élémentaires^ lorsqu*ils ne savent ni écrire ni lire que ti^s-médiocrement leur propre langue?
D^ailleurs cette prétendue aristocratie forme-t-elle , peut-elle former un corps dont Tesprit et Taction aient quelque unité? Tant que durera la génération actuelle, les Grecs de cette classe, par la nature des intérêts et des passions qui les font agir, pourront bien s^entendre pour intriguer et pour paralyser, jamais pour soutenir et encore moins pour fonder, un ordre de choses quelconque.
M. Dawkins en pense de même. Il m*a avoué plus d*une fois que selon son opinion le jour oii ces hommes composeraient encore une fois le gouvernement de Té* tat, le pays retomberait bientôt dans rangrckie la plus, funeste.
J'ajouterai que n*ayant et ne pouvant plus avoir aucune influence sur le peuple , ils ne sauraient pas même jouer le rôle d*un gouvernement illusoire, à moins qu*ils
312 DR IVAUPIiUC. — JUlUJtT 1831.
ne fussent sous la sauvegarde d*une force étrangère ^ non-seulement morale , mais mateVielle.
S*il en était autrement de Tinfluence de ce parti 9 pourquoi depuis trois ans , et surtout dans ces derniers temps, n*a-t-il pu atteindre le but de ses efforts? Et certes il n*a pas manque' et il né manque pas d^encouragement. Il a essaye de mettre en pleine reVolte Tarmëe; trois fois il a échoue'. Il a tâche' de soulever les provinces de la Grèce continentale et du Péloponèse, et ces pro-^ vinces sont reste'es tranquilles. Aujourd'hui enfin il tend à séparer de la nation les îles de TArchipel , au moyen d*un journal qui excite le peuple à la re'volte, et au moyen d'adresses qui prétendent la légaliser^
Cependant jusqu'ici Tordre général n*a été troublé nulle part. Tous les fonctionnaires sont h leur place^ et les revenus publics se perçoivent, avec peine à la vérité, mais ils rentrent pourtant dans la caisse publique. Or je vous le demande , Milord, si le peuple ne voulait pas de son gouvernement actuel, comment ce dernier pourraitil remplir ses devoirs ainsi qu'il les remplit, c*est-àdire par riictioii régulicre des moyens légaux et ordi-
naires i'
. Au surplus les informations que Votre Excellence a reçues sur la position de ce gouvernement sont dénuées de tonte vérité. Uien ne le prouve davantage' que ce que j'ai vu dans la clôture des instructions de M. Daw- Lins. Il est dit que la personne du président est mise à Tabri de tout danger, parce que les troupes françaises
A MILOIID PAIiXEllSTON. 313
ont reçu rautorisation de le prendre sous leurs.auspices.
Lorsque cette offre me fut faite par M. le gênerai Schneider, j*y ai repondu par la lettre dont je prends la liberté de joindre ici une copie.
Ce dont je puis, Milord, vous donnerVassurance la plus positive, c^est que j*ai voyage et que je demeure aujourd'hui en Grèce, comme je Tai fait depuis le premier jour que ]y ai del)arque , et qu*aujourd*hui comme alors, comme toujours, je me place sous la garde de Dieu et de ma propre conduite.
Je ne dissimulerai pas à Votre Excellence que ma position est devenue plus dlflicile et plus critique , non cependant à raison de Tingratitude ou de Tesprit factieux des Grecs , mais à raison , je le dirai avec une entière franchise, de Tappui que trouvent auprès des agents étrangers les hommes qui intriguent contre le gouvernement.
Ces messieurs se croient dans Tobligation d*accueillir ces hommes, et de les honorer de leurs égards et de leur bienveillance. Est-ce de cette manière que les agents étrangers persuadent h la nation que sou gouvernement jouit de Tappui moral des Puissances alliées P
Le journal de Smyrne, la gazette grecque dllydra, qui prêchent Tinsurrection, arrivent régulièrement chez ces agents, et ce sont leurs employés qui font lire ces feuilles aux gens du pays qui s*en soucient le moins.
Je ne continuerai pas cet affligeant récit. Je n*ai cite ces faits que pour vous prouver, Milord, qu*un gouver-
314 DE BIAUPLIE. — * JUILLET 1831.
nementqui malgré toutes ces hostilités est encore en me* sures de se faire écouter de la nation et de lui garantir la tranquillité et le bon ordre , ne peut pas être un gouvernement impopulaire.
Telle est cependant Taveugle exaltation des coryphées de notre parti révolutionnaire, qu*en tout dernier lieu ils ont fait colporter les articles des journaux français qui parlent de la prétendue alliance de la Russie avec la Porte. De plus le grand secret du parti (et il n*y a pas de secret possible en Grèce), consiste à faire accroire ^ ses dupes que, du moment où la nation se sera débarrassée de son gouvernement actuel, et qu'elle se sera donné un gouvernement constitutionnel, la France et T Angleterre procureront à la Grèce des frontières très-étendues. Candie et Samos.
Je m'arrête ici, pour 'passer au second chef d'accusation. Ce sont, dit-on, les étrangers qui occupent les emplois les plus lucratifs.
Il n'y a d'étrangers que dans le commandement des troupes régulières, dans les arsenaux, dans le génie, et dans toutes les par4ies de l'administration oit les Grecs ne pourraient être placés que pour apprendre. Ni la justice, ni les finances, ne peuvent pour quelques années être utilement organisées en Grèce, à moins que les étrangers possédant beaucoup de talents, de probité, et une position complètement indépendante, n'en soient exclusivement chargés.
Je n'abuserai pas, Milord, de votre temps pour vous
A niLORD PALMERSTOM. 315
donner tous les développements, qui ne vous laisseraient pas de doute sur la justesse et Timportance de cette observation. Je ne répondrai pas non plus, et par de longs raisonnements, à Tinformation fausse qu*on vous a donnée relativement à Tespionnage et à la tyrannie du gouvernement.
Si tels étaient le caractère et les ressorts du gouvernement, pourquoi aurait-il laissé subsister des menées qui datent de loin contre son administration. Les espions lui auraient révélé à temps les faits , les prisons auraient fait le reste.
Si les provinces, si la masse de la nafion m*expriment des plaintes, c*est justement de.n*avoir pas depuis longtemps renvoyé du pays les Plianariotes et les élèves d* Ali-Pacha , qui mènent tous ces coupables complots. Je n*ai pas adopté cette mesure , parce que je me suis d*abord bercé de Tespoir que ces hommes s*amenderaient dans la nouvelle position oîi je les plaçais, et par la suite j*ai préféré qu^ils fussent jugés par leurs oeuvres, et tôt ou tard ils le seront.
J*aime h espérer que cette longue lettre vous aiTivera, Mi lord, lorsque la conférence de Londres aura enfin prononcé sur le sort de la Grèce ; mais s'il en était autrement, hâtez, je vous en supplie, ses décisions, et ne permettez pas que ce pays continue à courir les chances de la démoralisation, de la guerre civile, du désordre et de Tanarchie. Les conséquences en seraient bien plus graves qu'on ne le pense peut-être.
316 DE MADPLIS. — JUILLET 183L
Les provinces limitrophes de Tempire Ottoman sont en pleine insurrection, et le visir se tient sur la défensive. Qu*en adviendra-t-il , si les Roumeliotes à leur tour se livrent à leurs anciennes habitudes, et aux combinaisons des hommes qui prétendent exercer parmi eux , comme par le passe, leur influence? L* Archipel sera encore une fois infeste de pirates, et les Puissances seront forcées par cet e'tat de choses d*adopter des mesures qui ne sont nullement en rapport avec les principes et le but de leur alliance.
Il ne m^appartient pas, Milord, de vous en dire davantage ; je vous prie seulement de lire cette lettre avec indulgence; et si Taccomplissement du sort de ce pays peut exiger que mon administration soit soumise au jugement des cours alliées et au vôtre, vous voudrez bien, j*espère, ne pas aiTeter vos opinions sans me faire Thonneur de m*entendre. Cette déférence, je la reclame, et je Tattends de votre équité'.
Sla profession de foi vous est connue, Milord. J*ai déclare' aux cours alliées avant de me charger du gouvernement provisoire de la Grèce, j*ai répété à leurs ambassadeurs réunis en conférence à Poros et plus tard à leurs résidents, que pour faire de la Grèce un état libre et indépendant il fallait lui donner un souverain , et que je serais heureux de préparer la voie à Taccomplissement de cette combinaison salutaire.
Les faits et ma propre expérience ont rendu, s'il* se peut, encore plus intime la conviction que j*ai exprimée
AUX COHMOBAinS BXTIUOEDIIIAIKXS9 KTC. 317
alors. Je n*ai donc travaille en Grèce ni pour moi ni pour les miens I et mon administration conune mes opinions sont complètement inde'pendantes de tout intérêt personnel , à moins qu'on ne considère comme un intérêt personnel d*un ordi*e élevé' Tabnegation complète que j*ai faite de moi-même.
Au point oii sont les choses hors de la Grèce et en Grèce, ce que j*ai sollicite', ce que je ne cesserai de solliciter, c*est que les Puissances tranchent d'une manière quelconque la grande question du gouvernement de ce pays.
Soyez bien assure', Milord, que de toutes les de'cisions la plus conforme à mes vœux sera celle qui me procurera une heure plus tôt le moyen de mettre un terme à la pénible tâche qui m*est imposée.
Nauplle» rr juillet 1S91,
Nos circulaires du 7 mai et du 5 juin ont porté à la connaissance de la province que vous administrez les menées par lesquelles une poignée d'hommes que nous ne qualifierons plus, s'efforçaient de troubler l'ordre et la tranquillité de l'état, afin de montrer à l'étranger et aux Puissances alliées que la Grèce est impatiente de se
318 DX NAVPUl. — JUILIST 1831«
délivrer de Tordre actuel des choses, pour s*en donner elle-même et sans retard ultérieur un nouveau | quMls appellent constitutionnel.
Les habitants des provinces, par Torgane de leurs primats et de leurs démogérontes , ont exprimé dans les adresses qu^ils nous ont transmises en dernier lieu combien ils réprouvaient ces intrigues, et combien ils tenaient à honneur de faire preuve dans ces grandes circonstances des nobles sentiments qui les animent. Ils apprendront par conséquent aujourd'hui avec autant d*indignation que de peine que ces mêmes hommes que nous avons déjà signalés se sont laissés aveugler au point de se croire dépositaires de la confiance de la nation , ses mandataires, et les juges des actes du gouvernement actuel* Ils demandent la convocation d'un congrès et la mise en vigueur d'une constitution.
Nous ne pouvons ^ sans manquer à ce que nous nous devons à nous-mêmes, prendre dès aujourd'hui en considération les prétendus griefs que la plus insigne mauvaise foi a forgés afin de provoquer des démarches semblables. Quand même ces griefs seraient fondés, il n^appartiendrait qu'à un congrès d'en réclamer le redressement. C'est à cette assemblée souveraine, et non à quelques citoyens , que le gouvernement est comptable de ses actes.
Nous appelons de tous nos vœux le moment oii nous pourrons soumettre au jugement et à la sanction d*un congrès national l'ensemble de notre administration.
AUX GOniSSAIHBS BXTRAOIIO» AIRSS , ETC. 319
Nous Taurions hâté ce moment , si des considérations d*un ordre plus ëlevë ne nous en avaient empêches.
Ln nation n*ignore pas que les Puissances alliées se sont réservé la décision des questions majeures relatives à la délimitation territoriale et h rétablissement du gouvernement définitif du nouvel état. Nous sommes assurés de la manière la plus positive que ces questions vont éti*e résolues, et que bientôt nous connaîtrons les déci- 'sions qui en seront la conséquence.
Nous venons aussi de recevoir de la part des cours alliées des communications ofiicielles, qui ne nous laissent pas de doute sur la haute importance que les dites cours attachent au maintien de Tordre actuel des choses en Grèce, jusqu'à la conclusion des arrangements dont elles s*occupent afin d'accomplir l'œuvre de sa restauration politique.
Nous ne croyons donc pas que les prétentions articulées par des hommes qui se laissent égarer par des combinaisons insensées ou perfides , puissent être mises en balance avec les plus grands comme les plus essentiels des intérêts du nouvel état.
Fermement décidés à ne prs dévier de la marche que nous tracent les devoirs dont la nation nous a fait l'honneur de nous charger, nous travaillons à faire coïncider la convocation du congrès avec le moment oîi nous pourrons connaître les décisions des cours alliées. Nous aimons à espérer que ce moment ne tardera pas; cependant si nous devions rester dans cette pénible attente
320 DE MAUPIiIK. — - JUILLBT 1831.
]usqu*au mois d'octobre, alors nous jugerions nécessaire de convoquer le congrès, soit pour pourvoir aux mesui*es que Te'tat des finances réclame , soit pour soumettre aux représentants de la nation les travaux que le congrès d^Argos nous a confies.
Telles sont, Monsieur, les explications que nous vous invitons à donner aux de'mogërontes et aux primats de la province , qu*à cet effet vous reunirez en conférence. Vous recueillerez avec une scrupuleuse exactitude les observations qu*ils jugeront devoir faire sur la teneur de la présente communication; vous en tiendrez procèsverbal, et vous nous transmettrez ce document.
Plus le génie du mal s'efforce de troubler la tranquillité' et Tordre dont jouit la nation, grâce au bon esprit et à la sagesse qui la caractérisent , plus les citoyens de chaque province doivent redoubler d'attention et de vigilance , afin de se préserver des suggestions insidieuses dont la malveillance tache de les circonvenir.
Ce grand but a ëte' atteint jusqu'ici, et nous ne doutons pas qu'avec l'aide de Dieu la Grèce ne traverse cette époque d'e'preuve et de crise de la manière la plus honorable. Elle en recueillera le fruit, en contribuant encore une fois à l'heureux accomplissement de ses destinées, et en acquérant de nouveaux titres à Testime des nations qui fixent sur elle un regard attentif.
AUX RISIDBffTS DBS COOM ALLIBBd. 321
NàupHe» r~ juillet 1691.
N0Q8 avons rhonneur de vous transmettre ci-jointe copie de la circulaire que nous venons d^adresser aux provinces de Tëtat , par Torgane des commissaires extraordinaires et des gouverneurs civils*
Nous ne nous arrêtons pas à développer ici les motifs qui nous ont portés à appeler Inattention du. pays sur les égarements auxquels la malveillance entraîne des hommes qui 9 en suivant de bonne foi les leçons de Texpérience, ont sans doute contribué, et peuvent contribuer encore 9 aux véritables progrès de la restauration du pays.
Nous ne vous expliquons pas non plus les raisons qui nous ont engagés , d'une part à faire partager à la nation Tespoir que nous donnent les assurances que nous avons reçues en dernier lieu relativement à la prochaine décision des questions concernant le sort de la Grèce 9 de Tautre h lui faire connaître Tintérêt bienveillant que les cours alliées nous témoignent 9 en nous faisant connaître le prix qu'elles attachent au maintien de Tordre de choses établi provisoirement dans le nouvel état, jusqu'à ce que les mesures définitives dont elles s'occupent puissent s'accomplir.
Nous nous bornons h vous prier, Monsieur le résident,
322 DE HAUPlilS* -^ JUILLET 1831 •
de metti^e sous les yeux de votre gouvernement la circulaire susmentionnée, et d*accompagner cette communication des observations que vous jugerez devoir faire^ à TefTet de kater, s*il en e'tait encore besoin, le moment où la Grèce pourra sortir de la situation périlleuse où la placent les grands événements qui ont lieu en Europe, et rinfluence qu*ils ne peuvent pas manquer d*avoirsur l'état intérieur du pays*
N«Dp1ie, -~ juillel 1691*
•Je m*empresse de répondre à Toffice que vous m^aves fait rhonneur de m'adresser, pour me communiquer de la part de S. E. M. Gordon , ambassadeur de S. M. Britannirjue , le mémorandum que lui a remis le ministère des affaires étrangères de la sublime Porte, relativement à la tournée faite par le général Pisa dans les provinces de la Grèce occidentale.
Le mémoire que je joins ici. Monsieur le résident, expose les faits avec une scrupuleuse exactitude, et j*aime a espérer que ce témoignage ne laissera subsister dans Topinion de S. E. le reis-effendi aucun doute sur la pureté des motifs qui ont engagé M. le général Pisa à demander le passage par le pont de Tataréna.
La sublime Porte peut être assurée que le gouverne-
AUX RÉSIDUIS DBS COUBS ALLIBRS. 323
ment grec n*a néglige et ne négligera aucun soin pour établir dès aujourdliui avec elle des rapports d*amitiëet de bon voisinage.
Du moment que les actes de la confe'rence de Londres lui ont été communiques, il a pris h tûclie de nuiintenir partout le statu quo^ la tranquillité et le bon ordre, dans Tattente des mesures ultérieures que motivera Texécution des actes concernant le nouvel état Grec.
Il fera redoubler, s*il se peut, par ses employés de vigilance et de zèle , afin d*atteindre ce moment sous les auspices les plus favorables à raffermissement de la pain et du bonheur des habitants des dites provinces.
Telles sont, Monsieur le résident, les explications et les assurances que je vous prie de vouloir bien transmettre à S. E. Monsieur Tambassadeur de votre auguste souverain auprès de la Porte.
NaupHe, ^ juillel 1891.
Le gouvernement n*a pas manqué de vous faire part des informations qui sont parvenues à sa connaissance, relativement aux menées au moyen desquelles des hommes réunis à Ilydra s*efforcent de troubler Tordre et la tranquillité dont jouit encore la Grèce, et de compromettre par conséquent les grands intérêts que les augustes
324 Dl NAUPIdS. — JÙILIilT 1831 •
cours alliées honorent de leur bienveillaute pt*otection«
Lia longanimité' du gouvernement, votre intervention officieuse , celle de Messieurs vos collègues , rien n*a pu porter ces hommes à reconnaître leurs erreurs et à renoncer à leui^ coupables intrigues.
Aujourd'hui il y a plus. Un fait grave signale désormais le but qu'ils se proposent et caractérise le$ moyens dont ils se servent pour l'atteindre.
Dans la nuit du 14 (26) du courant cent cinquante Ilydriotes, sous la conduite d'un chef que nous ne nommons pas encore, parce que nous ne croyons guère possible un égarement semblsible de sa part, se sont rendus dans le port de Poros, et se sont empares de la frégate l'Hellas.
Leur projet est de l'enlever et de la faire accompagner d'autres bâtiments que l'on arme à Hydra. D'autres prétendent que ces gens veulent aussi s'emparer de l'arsenal.
Le gouvernement a pris immédiatement toutes les mesures qui sont en son pouvoir, et il aime espérer qu'elles an*éteront le mal dans sa source; mais pour en assurer le succès, il est dans le devoir de demander la coopération des forces navales des cours alliées en station dans ces parages.
D'après les observations que, conjointement avec vos collègues, vous nous avez fait l'honneur de nous communiquer confidentiellement, vous nous avez donné l'assurance que les stations des forces navales des Puiss«inces
AUX RISIDIMTS DBS COURS ALLUBVS. 325
allicfes considéraient les bâtiments grecs prives de ppiers de navigation comme des pirates. Qr les actes de piraterie ont commence, car celui dont nous venons de vous informer ne peut être autrement qualifié.
Il est par conséquent de notre devoir de vous prier, Monsieur le résident, de vous réunir avec vos collègues, afin d*engager Messieurs les commandants des stations alliées à se concerter avec nous , pour prendre sans i*etard des mesures propres à convaincre les hommes d*Hydra qui sont les moteurs d'actes aussi insensés que. criminels, que les Puissances alliées ne les toléreront pas, et qu'elles sont résolues à les flétrir d'une manière exemplaire.
Nous ne doutons pas. Monsieur le résident, que telles ne soient en effet les intentions de S. M. votre auguste souverain, parce que nous avons sous les yeux des documents qui nous le prouvent.
Nous ne doutons pas non plus de l'assistance que M. l'amiral Ricord , M. Lalande et M. Lyons prêteront au gouvernement, afin qu'il puisse prévenir les conséquences des désordres qui menacent de nouveau l'Archipel.
VARIANTES DAMS LES TROIS COIIIlUBIlCATIOlf 8.
Dans celle pour le résident de Russie.
Nous regrettons que M. de Rouen soit absent de sa ré-
326 P£ NAUPLIS. — - JUILLET t831«
sidence, que M, Lalande soit à Navarin, et que M* Lyona soit parti hier. Cependant , vu Turgence des circonstan-» ces, nous aimons h espe'rer que vous engagerez M. l*amirai Ricoinl à se rendre à Poros, pour empêcher lei pirates dllydra d'accomplir leur projet.
Dans celte pour le résident d" Angleterre.
Nous regrettons, Monsieur, que justement hier dan$ la matinée la frégate le Madagascar ait quitte Nauplie^
Dans celle pour le résident de France.
Nous regrettons infiniment. Monsieur le baron, que votre retour h Nauplie soit retarde jusqu'à présent. Dans Tesperance que vous êtes de'jà en voyage pour revenir, nous envoyons la présente à votre chancellerie.
Nauplie» -- juillet 1831.
Un fait grave vient de signaler le but que se proposent les hommes d*Hydra, et de caractériser les moyens dont ils se servent pour Taccomplir. Ils ont lance sur Poros deux cents marins, qiu sont arrivés à Timproviste,
AOX C0HMJ88AIIIK8 KXTIUORDnAIRSS , ETC. 327
dans le projet de t^emparer de la frégate THellas qui était désarmée.
Le gouvernement a eu recours à Tassistance des commandants des stations alliées, et il a aussi envoyé à Porcs des troupes légères pour arrêter le mal dans sa source. Des trois commandants des stations alliées il ne s*est trouvé à Nauplie dans ce moment décisif que M. Tamirai Ricord, lequel, sur Tinvitation qui lui en a été faite par M. le baron Rukmann, résident de Russie, est immédiatement parti pour Poros avec tous les bâtiments sous ses ordres.
Messieui^s les résidents de France et d* Angleterre ont reçu les mêmes communications de notre part; et nous. n*liésitons pas à compter sur la coopération des bâtiments des stations française et anglaise, aussitôt que leurs commandants auront été informés des demandes, du gouvernement.
Tel est rétat actuel des choses aujourd'hui. Il est à espérer que cette crise finira d*une manière favorable au maintien c.e Tordre et de la tranquillité. Dans le cas contraire de nouvelles épreuves sont réservées à la nation ; mais nous ne doutons nullement que , grâce au. bon esprit des habitants de toutes les provinces et au zèle dont les employés publics seront animés,, elle n*en sorte honorablement.
Nous vous donnons ces informations précises pour vous mettre à même de repousser les alarmes et de démentir les bruits que la malveillance ne manquera pas
328 OB IVAUPUB. 7-r- JUILLET 1831 •
de répandre , afin d*egarer le$ paisibles habitants de la province dont vous avez Tadministration.
Le secre'taire d'ëtat vous tiendra au courant des nou« velles que nous recevrons de Poros.
Nauplie, il juUIel 1S31.
Les rapports que j*ai reçus hier au soir de Poroi in*annoncent que la fi*egate de S. M. Britannique^ le Madagascar, n*a fait que passer à la hauteur de cette île, mais qu*elle a continue Sja route vers Salamine et vers Athènes. Ainsi donc Tespoir que j*avais entretenui et que vous avez bien voulu partager avec moi hier, s*est pour le moment évanoui. C*est M. Tamiral Ricord qui seul se trouve à Poros.
Cependant les informations qu*il donne à M. le baron Rukmann, celles qui parviennent directement à ma connaissance , me prouvent de plus en plus que les Hydriotes sont dans la conviction que les stations anglaise et française ne s*opposent pas à ce qu*ils accomplissent leurs desseins. Il est par conséquent d*une urgence impérieuse de les tirer de cette erreur, doîit les conséquences vont devenir funestes tant à la marine qu*à la Grèce entière.
G>mme j*ai eu Tlionneur de vous le dire hier par
A H. DAWKIM* 329
mon billet confidentiel , Miaoulis a déclare au gouverneur civil que du moment que les ttationa alliées lui déclareront qu*il doit se retirer de Poros avec les siens, ils se retireront.
Le même Miaoulis s*est exprimé en termes encore plus positifs avec M. Tamiral Ricord, en lui déclarant que cette affaire serait tei*minée dans un instant, et que la frégate THellas rentrerait de suite en possession du gouvernement, si à côté de la frégate Lowitz se trouvaient un bâtiment anglais et un français*
Il me parait, Monsieur le résident, qu*il serait impossible de ne pas reconnaître désormais qu*un seul mot de votre part, comme de celle de vos collègues , éteindrait dans sa source le principe du désordre et de Tanarchie dont la Grèce est menacée.
M^ le baron de Rouen se fait encore attendre. Mais ne pourriez-vous pas , conjointement avec M. le baron Rukmunn, donner aujourd'hui une déclaration par laquelle vous feriez connaître aux Hydriotes qui se sont emparés de la frégate , et qui semblent vouloir en faire autant de Tarsenal, que vous les sommez au nom de vos cours de se retirer immédiatement chez eux, attendu que les stations des cours alliées ne peuvent les reconnaître que comme pirates , du moment qu'ils montent des bâtiments grecs sans être brevetés et autorises formellement par leur gouvernement P
Cette déclaration que, conjointement avec M. Rukmann, vous pourrez porter h leur connaissance de la
330 DK MAUPUB. — JUILLET 1831 •
manière que vous jugerez la plus convenable | suffira sans doute; et je vous demande avec instance de pren* dre dans la matinée la mesure que je prends la liberté de vous proposer.
Il est de mon devoir de faire tout ce qui peut dépendre de moi, afin de prévenir les voies de fait ou Tanarchie.
L*appui moral que je vous demande , Monsieur le re'sident, est, si je ne me trompe, dans Tesprit et dans la lettre des instructions dont vous a muni Hilord Palmerston, et dont vous m*avez fait Thonneur de me donner communication.
J'en dis autant des instructions de M. le baron de Rouen, et je n*liesite pas à croire qu'en arrivant ici il ne se plaise à accueillir la demande que je lui adresse aujourd'hui même, en lui transmettant la copie de la présente.
Les Ilydriotes ayant osé notifier publiquement à la Grèce qu'ils ne se retireront pas, à moins que les trois stations ne l'exigent, et ayant fait cette notification lorsque M. l'amiral lUcord avec les bâtiments sous ses ordres s*est mis en bataille à l'embouchure du port de Poros , en faisant sentir aux Hydriotes qu'ils n'en sortiront pas sans passer sur le corps à ses bâtiments, je vous le demande. Monsieur le résident, quelle est l'impression que produisent sur l'esprit des Grecs le départ du Madagascar, son apparition instantanée à la hauteur de Poros , et son éloignement immédiat ?
AU. DAWKllIS. 331
L^absence de M. de Rouen , le retard que met M. Lalande à arriver, enfin la réponse que m*a faite M. Vaillant 9 commandant du brick français TÂcteon qui est maintenant à Nauplie, quel effet produiront-ilsPJ*a jouterai : Que devrait penser le gouvernement gi^eo lui-même, au cas où vous jugeriez devoir vous refuser à la demande que j*indique par la présente P
Il est tout simple que les Grecs aiment à croire, comme les Hydriotes , que Messieurs tes re'sidents de France et d* Angleterre sont portes à reconnaître la nation et le gouvernement grec plutôt à Ilydra qu*à Nauplie. Dans ce cas croiront- ils aux manifestations que je leur ai faites en dernier lieu, en leur annonçant que les cours alliées mettent un grand prix au maintien de Tordre et de Te'tat actuel pacifique des choses P
Je vous prie, Monsieur le résident, dlionorer de votre attention ces observations, et de vous concerter dans la journée avec M, le baron Rukmann , afin de faire partir sans retard pour Poros la déclaration collective que je viens de vous demander.
Je ne vous écris pas d^officc, pour ne pas retarder renvoi de la présente. Si vous le desirez, elle vous arrivera sous la forme oflicielle dans la journée. Je communique, en attendant, la copie de la présente à MM. les barons Rukmann et de Rouen.
332 DB MAUPLIB. -— AOUT 1831.
kS^ n^. 4 â/ena/eu0^ J^
4n4an.
^ ,, îl juillel ^,.
Cest par votre intermédiaire que les sieurs Georges et Constantin Mayromichalis ont sollicité le gouvernement de consentir à ce qu'ils se rendissent à Limëni^ afin d'engager leurs parents, les sieurs Katzakos, Anastase et Dëmétrius Mavromichalis, et ceux de leur suite qui voudront les suivre , à venir auprès du gouvernement pour obtenir leur pardon , et pour terminer ainsi les scandales qui ont eu lieu à Sparte à cause de leur conduite inconsidérée et coupable.
Les sieurs Georges et Constantin nous ont présenté à cet effet la requête ci-jointe en copie; et ayant prêté pleine et entière confiance à vos observations sur la sincérité du repentir de la famille Mavromichalis , nous avons consenti et nous consentons aux dispositions suivantes :
1*. Vous êtes chargé de vous rendre à Lime'ni, en prenant avec vous les sieurs Constantin et Georges Mavromichalis. Le ministre de la marine mettra à cet effet UQ bâtiment national à votre disposition.
2*. Arrivé à Liméni , vous prendrez les mesures que vous jugerez les plus convenables pour mettre MM. Mavromichalis à même de faire partager à leurs parents les sentiments qu*ils nous ont exprimés dans leur pétition
A M. AnuM. 333
du 5 de ce mois. Du moment qu*iU tous domieront cette assurance par écrit, et que leurs parents s*y seront associés au moyen d*une déclaration signée par eux, vous leur ferez savoir que le gouvernement étant satisfait de ce témoignage de repentir, leur pardonne, à condition cependant qu*ils s*embarqueront avec vous et avec les sieurs Constantin et Georges, et qu'ils viendront à Nauplie. Vous leur déclarerez aussi de notre part qu*arrivés dans la résidence du gouvernement, ib se réuniront au chef de leur famille Pierre Mavromiclialis , ainsi qu*à leur oncle Jean Mavromiclialis, et qu'ils se rendront tous en pleine liberté àEgine.Enfîn que le gouvernement pourvoira à leurs besoins, et leur offrira de quoi subsister convenablement jusqu'au moment où les affaires de Sparte seront définitivement arrangées.
3*. Pour vous mettre en état de faciliter le départ des sieui*s Katzakos, Anastase et Démétrius Mavromiclialis et de leurs familles, si elles veulent les suivre, nous vous munissons d'une somme de. . . . phénix, de l'emploi de laquelle vous nous rendrez compte à votre retour.*
4*. Dans la supposition que les conseils des sieurs Georges et Constantin Mavromichalis restent sans effet auprès de leurs parents, et que ces derniers persévèrent dans le système de conduite qu'ils ont suivi dans ces derniers jours, vous reviendrez à Nauplie accompagné
* Geue mesure fut exdcuiëe, mais elle n'eut point de rëtultal.
334 Dl NAUPLIE. — AOUT 1831.
des sieurs Georges et Constantin Mavromichalis , sanâ faire aucune promesse ni accorder aucun soulagement pécuniaire à leur famille.
5*. Nous communiquons les présentes au gouyemeuf civil de Sparte, et nous vous engageons à Tinformer exactement du résultat de votre mission. Pour votre information nous joignons ici copie des instructions que nous adressons h M. Eugcnidès en cette circonstance.
Nous ne doutons pas, Monsieur le scnateur, du zèle que vous déploierez pour terminer une affaire qui a trop longtemps compromis les plus chers des intérêts des provinces de Sparte.
Nauphe, ^ . — 1831.
^ ^ août
En prenant connaissance des instructions dont nous munissons M. le sénateur \inian, vous vendez que le gouvernement désire encore une fois offrir à la &mille Mavromicbalis le moyen de faire amende honorable pour ce qui s*est passé à Liméni dans ces derniers temps. Il veut plus : il désire aussi lui ménager Toccasion de reprendre avec le temps la situation qui lui convient dans Tordre politique de la Grèce.
M. le sénateur Ainian vous informera du résultat de su mission. S*il est conforme aux voeux que nous ont
^ M. luoiniDis, 335
exprimes les sieurs Georges et Constantin Mavromichalis, vous êtes autorise à engager de la manière la plus positive et la plus formelle ceux des Spartiates qui , pour préserver leurs provinces des incursions dont les menacent les hommes de Limeni , ont porté et portent les armes 9 h les déposer et à vivre paisiblement dans leurs foyers.
Une fois que les Mavromichalis se seront retirés, et que les hommes de leur suite auront contracté aussi rengagement de déposer les armes, vous déclarerez aux provinces que le gouvernement va s*occuper immédiatement d*un ordre de choses provisoire , qui puisse entretenir la bonne harmonie et la paix dans Tintérieur, et qu^il s* occupera en même temps à i^ecueillir Topinion de leurs primats, sur les mesures définitives que le gouvernement devra proposer à l'assemblée nationale, pour asseoir sur une base solide le bonheur et la prospérité de Sparte.
Vous engagerez de notre part M. le sénateur Zanétakis à contribuer avec le zèle qui le caractérise, à ce que ses compatriotes coopèrent au succès de la mission de M. le sénateur A.inian, et à celui aussi de toutes les mesures que nous venons de vous indiquer comme propres à rétablir pour toujours Tordre et la tranquillité dans le pays dont l'administration vous est confiée.
336 Dl HAUPLIB, — AOUT 1831.
kS^ %.^%^^. ^ ^^4i/enéj e/ed {û€4êt4^ aû&ed.
, „ >8 juillet ^^.^ Nauplie, ' ** ^ — 1831.
MM. les capitaines Lyons et Lalande^ commandants des stations anglaise et française, nous ont fait Thonneur de nous entretenir de la mission dont ils ont bien voulu se charger, conjointement avec S. E. M. Tamiral Ricord, afin de ramener à leur devoir les hommes égares qui se sont empares des bâtiments de Tétat et de Tarsenal de Poros.
n est d*un grand inteVét que le gouvernement grec puisse publier une heure plus tôt, et les déclarations que Messieurs les commandants des stations alliées ont faites à M. Miaoulis, et les réponses que ce dernier s*est permis de leur donner.
Du moment que la nation connaîtra que Messieurs les commandants, au nom de leurs cours respectives, ont sommé les Hydriotes de se retirer, en laissant les bâtiments et Tarsenal de Poros dans l'état oii ils les ont trouvés ; du moment qu'elle apprendra que Messieurs les commandants ont annoncé de la manière la plus formelle qu*ils ne toléreraient pas que les bâtiments de guerre grecs stationnés à Poros, ni aucun autre, missent à la mer sans être munis de patentes de la part du gouvernement; loi*squ'elle saura que M. 91iaoulis, alléguant les ordres de ses supérieurs, s*est obstinément refusé à se confor-
AU BAROV RUKKAim. 337
mer à la tommalion susmentionnée ^ b nation Grecque déplorera un semblable aveuglement) mais ne redoutera pour elle aucune de ses funestes conséquences. Nous vous prions par conséquent, Monsieur le résident, de nous mettre à même, le plus tôt que faire se poun^a, de porter à la connaissance du public les rapports que vous ont donnés Messieurs les commandants des stations alliées.
\S^ %^Ô. /s ^aioat c^uA^nann > ^^jsHs^eJeiun/
Nauplie, ./ . 1831.
^ 11 août
Le gouvernement grec éprouvait un besoin si impdrieux d'épancher dans le sein de la nation entière la douleur dont le pénètrent les déplorables événements de Porcs, qu il s*est cmpi*essé de le satisfaire au moyen d*un acte public et solennel.
C'est la copie de cet acte que nous avons l'honneur, Monsieur le baron, de vous transmettre ci-jointe, en réponse a la lettre que vous avez bien voulu nous adresser en date du 27 du courant.^
* Leltre de M. le baron Rtthmann à S. E. h président de la Grèce,
Nauplie, 37 juillet 1831.
MoiiAÎnir le pnUifloiit» Votro Excellence eit di'jà iiifomi^ de rellM-
TOMK IV. 33
338 DB MAVPUB. — Aoirr 1831.
Vous verrez que la Grèce a déjk flëtri d*aytnce, si nous pouvons nous exprimer ainsi^ les auteurs de ratten» tal consomme contre le pavillon impérial^, et qu'elle les rend par conséquent seuls solidaires de l'atteinte funeste qu'il peut porter a ses intérêts les plus essentiels , lor»* que les rapports de M. l'amiral Ricord et les vôtres, M. le baron , seront parvenus en Russie.
La Grèce et son gouvernement osent donc se flatter que, dans sa justice et dans sa bienveillance, S. M. !• daignera ne pas confondre la grande masse de la nation, qui est pénétrée de gratitude pour les bienfaits qu'elle
tut que les Hydriotes renfermés à Poros ont ose commeUre contre un des bâtînients de Tescadre de S. M. I.
Le çourcnicnicnt grec comme toute la notion ouront apprit, j*en ai l*iii« Urne conriction , avec une profonde indignation que ces hommes de mol» heur ont poussé l'ingrnlilude et Taudace jusqu'à tirer sur lepoTilloo d'une Puissance qui n*a épargné pour sauver leur patrie » ni le sang de set soldats, ni l'argent denses trésors. Après tant de bienfaits que la Russie ft ré* pondus sur ce pnys, après la constante protection qu'elle o accordée à Ift nation Grecque , après tous les serrkes que ses agents rendent encore journellement dans Tétcndue de Tempire Ottoman à ces mêmes Hydriotes qui n*y Tiennent que sous Tégide du pavillon qu'ils ont aujourd'hui inon* dé de sang» la Russie pouvait sans doute se croire à l'abri d*une pareille atteinte et d'une aussi noire ingratitude.
Je me plais à croire que Votre Excellence prendra, outant que celo peni dépendre d'elle» toutes les mesures pour empêcher le retour d'un méfoit propre à flétrir le nom Grec.
En Attendant je suis dans lo pénible obligation de porter à la connoiisonce de mon auguste cour les détails de ce déplorable événement. Je Tuis en donner également avis à la mission de S. M. I. à GonstontiDople» afin qu'elle pui.^sc adopter dès à présent les mesures qu'elle jugero à pro* pos contre les bâtiments hydriotes qui se trouvent actuellement dons les ports russes de la mer Noire.
Sif/n/, Le baron RuKMifnf.
Aux O0MH18BAI1IXS XXTIUOBDnrAlUS, ITC. 339
lui doit, avec quelques hommes dont ropiniàtrettf à poursuivre des* projets insensés et coupables, caractërise asscs Tdgarement.
Nous prendrons 9 n*en veuilles pas douter, toutes les mesures qui seront en notre pouvoir, pour prévenir le renouvellement de complications semblables à celles que nous avons a déplorer, et pour dessiller les yeux des Hydriotes sur le long avenir de malheurs que de perfide^ suggestions leur préparent. La proclamation que je me fais un devoir de vous communiquer aujourd'hui , ainsi que la publication de Tofiice auquel nous répondons, nous faciliteront peut-éti^e les moyens d*obtenir ce double résultat.
Nous le désirons d*autant plus vivement, que Fallianco s occupe en ce moment décisif avec une active sollicitude d'accomplir lœuvre de la restauration politique do la Grèce.
Nauplie, 7- aoûl 1831.
Par notre circulaire sous le numéro 4,055, nous avons informé la province confiée \ votre administration de l'attentat que les Ilydriotes venaient de commettre, en s*emparant des bâtiments de l'état et de Tarsenal de la
340 DS MAUPLIS. — AOOT 1831.
marine è Poros. Nous avons porte aussi à sa connaissance la déclaration par laquelle Messieurs les r&idents se sont empresses d*improuver hautement cet acte criminel. 11 est maintenant de notre devoir de ne point bisser ignorer au pays les événements qui se sont succédé à Poros depuis lors jusqu à ce jour, et nous nous en acquittons par la pré* sente communication, h laquelle vous êtes chargé de donner la plus grande publicité.
MM. les capitaines Lyons et Lalande, commandants des stations anglaise et française, ayant rejoint à Poros M. Tamiral Ricord , réitérèrent aux che& de Texpédition insurrectionnelle les mêmes déclarations que Messieurs les résidents avaient déjà faites au nom de leurs cours. Ils les sommèrent de se retirer et de remettre au gouvernement les bâtiments nationaux et Tarsenal. MM. Mavrocordatos et Miaoulis alléguèrent les ordres péremptoires dont les avait munis la communauté' dllydra, pour ne point se soumettre à celte injonction, et ces ordres furent plus tard confirmes par une députation arrivée à cet cfîet d*llydra à Poros.
Dans cet état de choses MM. Lyons et Lalande appareillèrent pour Nauplie, afin d*en conférer avec Messieurs les résidents et avec le gouvernement grec. M. Tamiral Ricord resta sur les lieux, protégeant avec sa frégate et Tun de ses bricks la grande entrée du port, tandis que la petite passe était gardée par un second brick russe^ le Télcmaque.
Dans la soirée qui suivit le départ de MM. les com* 1
AUX C0NMI88AI1UB8 nTRAOBDDIAIlIBS 9 ITC. 341
mandants Lyona et Lalande^ une corvette venant d*Hyclra tenta de pénétrer par la petite passe dans la rade. Le canot russe qui avait ëtë de'tachë du brick afin d'avertir U corvette de se retirer, fut repoussé h coups de fusils. Aussitôt le fort de Poros, rendu par une lâche trahison aux insurgés 9 ainsi que la corvette Spetzia dont ils s'étaient emparés 9 tirèrent simultanément contre le Télémaque. Après un combat de près de deux heures la corvette Spetzia fut démâtée, et Tautre forcée de revenir sur MS pas.
Notre proclamation sous le numéro 4,154 a déjà in^struit toutes les provinces de cet événement déplorable , du méfait qui Ta provoqué, et des vœux que nous devions former pour qu'il contribuât du moins ii arrêter sur le bord du précipice les hommes que de perfides conseillers continuent à pousser dans les voies du crime.
Cependant, malgré la sanglante expérience que les Ilydriotes réunis à Poros venaient de faire , ils paraissaient loin de vouloir renoncer à leurs projets insensés de résistance, ou à ceux plus insensés encore d'agression. En conséquence ils renouvelèrent l'équipage de la corvette Spetzia, renforcèrent d'autres bâtiments, demandèrent enfin des renforts à leur communauté.
M. l'amiral Ricord jugea dès lors nécessaire de les prévenir dans leurs desseins, en s'emparant des deux corvettes qui se trouvaient dans la baie du monastère. Le brick l'Ulysse reçut l'ordre d'exécuter cette commission, tandis que deux autres bricks canonneraicnt le fort. Le brick
3i2 BB KAVPUB. — - AOOT 1831.
r Achille qui arrivait a linstanl même de Nauplie put se^ couder ces trois bâtiments. Quelques minutes suffirent pour faire sauter la corvette Spetzia^ et Tautre baissa pavillon.
Ce résultat meurtrier (Vappa les llydriotes de terreur. Serres de près par les bâtiments de M. Tamiral Ricord et par les troupes du gouvernement , dont une partie occupaient déjà les hauteurs qui dominent la ville, ils commencèrcnt à déserter en masse leur poste. Le lendemain de la destruction de la corvette Spetzia, M. Miaoulis n*avait à bord de la frégate quune vingtaine d'hommes. D'autre part les habitants de Poros demandaient eux-mêmes avec instance que le gouverneur civil rentrât dans la ville accompagné de quelques centaines de soldats du corps régulier.
Nous ne saurions nous priver de la satisfaction de donner a cette occasion au général Nikitas et a M. le lieutenant Calcrgis, qui commandaient les troupes, ce premier témoignage de la reconnaissance que le gouvernement leur doit pour la fermeté^ le zèle et le patriotisme, dont ils ont £iit preuve dans Taccomplissement de la tâche diflicile qui leur était prescrite.
M. Miaoulis, se voyant comme nous Tavons dit plus haut, successivement abandonné de tous les siens, fit savoir indirectement a M. Tamiral Ricord, par l'entremise du commandant du brick français le Grenadier qui était arrivé l'avant-veille à PoroSy et par MM. Sactouris et Sa- Jbinis, quau premier mouvement hostile qui serait en*
AUX 0>MHU»AlfiB8 BXTHAORDlll A1RB8 ^ BT€. 343
treprii contre IHellas, il brûlerait ce bâtiment, ainsi que tous ceux qui étaient en son pouvoir.
La connaissance d'une détermination semblable, digne, de la barbarie stupide des hommes qui l'avaient conçue^, engage^ M. l'amiral à donner sa parole qu*il suspendrait toute hostilité quelconque jusqu'à l'arrivée de ses collègues, dont il connaissait le départ de Nauplie, et qui ne tarderaient pas sans doute à se réunir & lui, pour mettre un terme à toute cette déplorable affaire.
On convint donc d'un arrangement, en vertu duquel les bateaux à vapeur et autres bâtiments nationaux de- . vraient immédiatement être évacués par les Hydriotes. M. Miaoulis garderait la frégate avec cinquante hommes; enfin les troupes du gouvernement entreraient au nombre de 150 hommes dans la ville de Poros.
Ces dispositions étaient en partie arrêtées et mises k exécution dans la matinée du 1 (13) août. Tout semblait donc présager une suite aussi prompte et aussi satisfaisante que possible.
Voici dans quels termes s'exprimait quelques heures, plus tard le brave Canaris, dans un rapport qu'il adressa à S. E. le président.
« Poros, 1 (13) août, dix heures et demie du matin.
c Miaoulis vient de livrer aux flammes la frégate Hellas « et la corvette Ilydra. Que l'auteur de cet acte de mons- « trueuse barbarie soit livré pour toujours à l'exécrac tion. »
Les troupes ont occupé la ville, le fort et les bateaux à
314 DB NAUPUS. — - AOUT 1831.
vapeur qui existent encore. Dans ceux-ci, dans rarsenal^ clans les magasins, on a trouvé des mèches dëjk apposées, aux mines qui devaient faire de Poros un monceau de décombres j quelques instants seuls paraissent avoir manqué h Aliaoulis et a ses complices pour achever cette œuvre de désolation.
Tel est Texpbsé succinct mais fidèle des événements dont Poros a été le théâtre ces jours derniers. Toute expression par laquelle nous tacherions de caractériser des faits semblables, resterait au-dessous de leur affreuse vérité et des sentiments de douleur qu ils nous inspirent, et que partagera avec nous la nation entière.
Que les malheureux qui, après avoir violé leur parole, ont lâchement porté une main incendiaire sur notre marine nationale naissante, osent maintenant se proclamer, comme ils le faisaient naguère avec impudence, les défenseurs des habitants de l'Archipel, les champions de leurs droits lésés. L*iufamie dont ils viennent de se couvrir dé-, trompera les plus crédules.
Comme si tout devait concourir à rendre la catastrophe du 1 (13) août plus révoltante, elle eut lieu au moment même oii les commandants des stations anglaise et française étaient dans le voisinage de Poros, et portaient avec eux la déclaration dont ils étaient convenus avec le gouvernement grec, animes comme lui du ferme espoir que ce document mettrait un terme à Teffusion du sang, a la destruction, et peut-être aussi au funeste aveuglement
AVJL nuuiMMs. 345
Nous publierons incessamment, ainsi que cette déclaration, les actes qui vous annonceront les mesures ultérieures que le gouvernement devra prendre.
Vàufllt, — août IS3I.
Hellènes , Des motifs d*un ordre supérieur nous por« tent à huter la convocation d*un congrès nationaL Nous, ne vous indiquerons point ici ces motifs, mais vos représentants les connaîtront et en jugeront.
Les commissaires extraordinaires et les gouverneurs civils, en se conformant au décret du 4 mars 1829, sous le numéro 10,049, réuniront les assemblées électorales.
Celles-ci pourront, ou confirmer les députes qui ont siégé au congrès d*Argos en 1829, ou en élire de nouveaux dans le nombre et les proportions voulus par la loi.
Les députés plénipotentiaires doivent être rendus à iWgosle 1 (13) septembre pourqu*il soit procédé, dans les formes usitées , à la reconnaissance des actes d*élection et de confirmation dont ils seront munis de la part des provinces.*
* Le prëiident artit d'abord conroquë pour le moia d'octobre le coo* grét national auquel il désirait rendre compte de ton adminittraiion. II
346 Dl MAUPLUB. — - AOOT 1831.
Nauplie» rr août 1831 •
Monsieur le résident, Nous avons Thonneur de vous transmettre ci-jointe la copie de la proclamation par laquelle nous convoquons pour le 15 septembre le congrès national 2i Ai*gos.
Ainsi que nous Tavons fait par notre office du • . • . en TOUS envoyant notre circulaire du 11 (23), nous vous prions de même aujourd'hui , Monsieur le résident , de porter cet acte à la connaissance de votre cour.
Nous ne vous rëpe'tons pas encore .une fois combien il est urgent que la conférence de Londres hâte la décision des questions relatives au sort de la Grèce.
Nauplie, -- août 1831.
Je m*empresse de vous faire part des eVenements fu-
espi^roit qu*à ceUe époque les dëcitiont de r«lllanoe ooncernanl le torl de la Grèce seraient dëfinitiTement arrêtées» et qu'il pourrait enGn déposer la responsabilité qui pesait sur lui. Les représentations des résidents de France et d'Angleterre lui Grent rapprocher la convocation du congrès qu*il fixa su 15 septembre. Mais il n*eut pas la satisfaction de le roir aemblé.
AU PRIHCK fHWtXM. 347
nettes qui mettent la Grèce en deuil. La perte qu^elle Tient de faire est immense. Dieu veuille qu^elle puisse un jour la reparer.
La circulaire ci-jointe renferme le précis exact de la catastrophe de Poros. Les faits parlent haut. Ils caractérisent assez les hommes qui en sont les auteurs.
Il est d*un grand intérêt pour Thonneur de la nation , que la conférence de Londres ait sous ses yeux 9 le plus tôt que faire se pourra, Texposë que je vous transmets. Si j*en avais le temps, je m^acquitterais mot-même de ce devoir. Ne Tayant pas, je vous charge de rédiger vous-même un mémoire d*après la teneur de la présente, et de raccompagner des documents qui sont annexés à la circulaire, ainsi que de ceux que je joins ici.
Ceux sur lesquels je vous engage à fixer Tattention de LL. EE. Messieurs les plénipotentiaires, sont le rapport de Messieurs les commandants Lyons et Lalande, et les observations que je n*ai pas pu me dispenser de faire sur quelques points essentiels de ce même rapport.
Je n'ai pas voulu répéter dans mes notes les observations que j*ai articulées de vive voix à Messieurs les commandants , ainsi qu*à Messieurs les résidents, dans deux entretiens que j*ai eus avec ,eux ces jours derniers. Je crois cependant devoir les consigner ici pour que vous en fassiez usage «
Messieurs les résidents par des déclarations solennelles ont réprouvé les mouvements insurrectionnels qui venaient de se faire à Poros« Ils ont annoncé qu*à Tarrivée
348 DK VAUPLIB, -— AOUT 1831»
de M. le baron de Rouen et de Messieurs les capitaines Lalande etLyons, les chefs de ces mouvements seraient sans doute ramenés au devoir , si une première déclaration ne sufOsait pas.
Le surlendemain parurent à la hauteur de Nauplie les frégates la Calypso et le Madagascar. Elles se dirigèrent immédiatement sur Poros, sans que Messieurs les commandants eussent pu s^aboucher préalablement 9 ni avec SIessieurs les résidents ni avec moi, sur Uimportante mission qu*ils allaient remplir. Arrivés sur les lieux ^ quelles mesures ont-ils prises pour ramener au devoir les chefs égarés? Us ont traité avec eux sans fruit 9 et rien ne le prouve plus que le rapport dont je vous transmets la copie.
Pouvaient^ils, devaient-ils, traiter avec des honunes en révolte , admettre qu*ils pussent rejeter les moyens de salut qu*ils leur ofiraient, et puis quitter Poros pour venir conférer avec Messieurs les résidents et avec moiP
Quel but pouvait avoir cette conférence P Obtenir du gouvernement des concessions en faveur des Hydriotes , lesquels ne tendent à rien moins qu*à renverser Tordre de choses provisoirement établi , que les Puissances alliées ont déclaré vouloir maintenir.
En posant ainsi la question , je n*ai pas laissé ignorer à Messieurs les commandants, que par le fait de leurs pourparlers avec les Hydriotes, ceux-ci se trouvaient jouir de Tappui moral qui devait être exclusivement prêté au «gouvernement; que dans ce cas Tinsurrcction s*éten-
' AU puHci somnos. 349
drait, et que le gouyemement devrait alors se retirer et se considérer comme non -responsable des consëquences.
Je leur ai démontre avec les documents à la main que les intrigants qui se sont réunis à Hydra ont essaye à plusieurs reprises, mais en vain, d'insurger Tarmee et les provinces du Pëloponèse et de la Grèce continentale; que leurs essais ont eu quelque succès dans TATchipel, mais que dans les îles mêmes oit ils ont pu séduire quelques aventuriers et les hommes timides, la grande majorité des citoyens honnêtes et paisibles ne cessent de m*envoyer des suppliques, par lesquelles ils invoquent Tassistance du gouvernement pour délivrer les iles des Ilydriotes.
J*ai enfin prouvé à Messieurs les résidents et à Messieurs les commandants que je ne pouvais ni traiter avec rinsurrection, ni lui faire de concessions, sans trahir la confiance dont la nation m*honore.
En effet les provinces du Péloponèse et de la Grèce continentale ont répondu à ma circulaire en date du 11 (23) juillet, et elles s'expriment de manière à ne plus laisser de doute sur la haute improbation dont elles frappent les projets et les mouvements insurrectionnels des HydiMOtes, ainsi que de la poignée d*hommes qui les dirigent. Ces adresses sont publiées à mesure que le gouvernement les reçoit. Ce qui prouve que les citoyens de chaque province ont été en pleine liberté d'exprimer leurs opinions et leurs vœux, c'est que j*ai également
350 m HAUPui. -— AOUT 1831.
reçu et fiiit publier les adresses du peu de citoyens de Calavrita, de Yonitza, de Patras, et de quelques ëtran* gers qui se trouvent à Nauplie^ lesquels semblent sympathiser avec les Hydriotes. Lorsque toutes les adresses avec leui^ signatures auront été publiées, il sera aisé de voir de quel côté se trouve Timmense majorité.
L*ensemble de ces témoignages parait avoir fait quelque impression sur Tesprit de Messieurs les commandants, et j*ose le croire, même sur celui de Messieurs les résidents. Je dois m*en flatter, en songeant qu*après quelques pourparlers nous sommes convenus de la déclaration que MM. Lalande et Lyons devaient aller faire encore une fois , et une dernière fois , à la communauté d'Hydra.
L'acte de lâcheté et de barbarie consommé à Poros le 1*' août j achevé, j*cspère, de convaincre ces messieurs que les Grecs dont ils ont aimé h s entourer ont constamment surpris leur bonne foi. Ils leur avaient persuadé que toute la nation allait se lever pour soutenir le mouvement d*Hydra. Ils verront que toute la nation se lève pour flétrir ce mouvement et ceux qui en sont les coupables auteurs.
Le congrès national est convoqué pour le 15 septembre, et ses délibérations en offriront la preuve.
J'ignore quels autres désastres sont réservés a ce malheureux pays. Ceux qui me semblent les plus imminents sont la piraterie, la peste et le choléra-morbus.
Des forbans se sont déjà montrés au cap Sunium. Un
AU niMci 9oimo8« ^ 351
bâtiment arriré de ConstanUnople à Spetzia, quoique ayant eu dans sa traversée un homme mort et un autre malade 9 a étë admis immédiatement à la libre pratique, nulle autorité n'étant respectée k Spetzia , pas plus qu'à Hydra et à Syra.
En résumant ce déplorable état de choses dans votre mémoire, vous ne manquerez pas de demander avec in* stance de prompts remèdes a la conférence de Londres.
Vous devez répéter que, si elle avait daigné accueillir les vœux que j*ai pris la liberté de lui exprimer par votre entremise depuis le mois de janvier jusqu'à ce jour, les malheurs qui pèsent déjà sur la Grèce, ceux plus graves encore qui la menacent, auraient été prévenus. 1
Des instructions collectives aux résidents auraient décourage la clique j elles auraient fait plus : elles auraient préservé Messieurs les résidents de France et d'Angleterre des suggestions d'une poignée d'hommes qui n'ont rien à perdre en Grèce, et qui veulent, n'importe par quel moyen, s'emparer sinon du pouvoir, du moins de la direction des affaires.
J'ai sollicité des secours pécuniaires; ces secours ont été promis, mais je les attends encore.
J*ai encore insisté pour qu'on accélérât la décision des questions majeures desquelles dépend l'avenir de la Grèce ; et au cas oit une décision semblable serait impossible pour le moment , j'ai demandé que les cours alliées déclarassent dune manière claire et positive leurs intentions quant au maintien de l'état provisoire. Vous n'igno-
352 DB HAOPUB. -— AOtfT 1831.
rez pas dans quels termes M. Dawkins à été autorise k me fisiire confidentiellement cette déclaration. Vous areirecu la copie de la lettre que j*ai adressée k ce sujet à Milord Palmerston.
Aucune responsabilité ne pèse donc plus sur moif ci TOUS devez énoncer bien positivement cette vérité dans votre mémoire. Je ne me crois pas pour cela dispensé de remplir mes devoirs envers le pays, et je les remplirai.
Je vous charge par conséquent de demander k la conférence de Londres de munir d'instructions collectives tant Messieurs les résidents que Messieurs les commandants des stations alliées. Ces instructions doivent leur enjoindre de se concerter avec le gouvernement sur toutes les mesures qu'il est d*une flagrante urgence de prendre :
1*. Pour e'teindrc l'insurrection d'IIydra, et pour en préserver les autres îles de la mer Egée.
2*. Pour garantir de la piraterie la navigation et le commerce.
3*. Pour mettre le gouvernement k même de pr&erver la Grcce de Tirruption de la peste et du choléra-morbus.
Ces mesures résultent du principe déjà admis par Messieurs les commandants, savoir, qu ils ne peuvent permettre la libre navigation qu'a ceux des bâtiments grecs qui sont munis de commissions ou de patentes de leur gouvernement.
Il serait k désirer que Messieurs les commandants fussent aussi autorisés à enlever k lîte d'Hydra, tant qu elle reste en révolte, les bâtiments qu'elle arme en son port,
A0 nuHpB foimoe. 353
et k ne lui laisser que les embarcations qui sont nécessaires Il son raritaillement.
Si ces mesures avaient été mises II exécution depuis un mois, ainsi que j*cn ai bit plusieurs fois la demande li Messieurs les commandants, nous n*aurions pas h dcplorcr aujourd'hui les scènes sanglantes de Poros, et le sombre avenir dont elles menacent la marine grecque.
Je vous engage a rcpclcr encore une fois combien sont ardents et sinccrcs les vœux que je forme, pour que les augustes cours alliées décident enfin les questions dont elles s* occupent, pour qu'elles procèdent au choix du prince souverain, et qu'elles me délivrent ainsi du fardeau dont les circonstances du dehoi*s rendent tous les jours le poids plus insupportable.
Je ne ferai que vous accuser la réception de vos lettres du 23 (5) et du 27 (9) sous le numéro 24. Ai-je besoin de vous dire qu'au moment où je vous écris, la caisse publique contient a peine 30,000 francs?
Je ne doute pas du zèle et de l'habileté avec lesquels TOUS remplirez la commission importante dont je tous charge aujourd'hui.
Nauplie, ^«oût IS31.
Je joins ici, mon prince, deux pièces qui vous donnent
TOMi nr. 33
354 DM HAUPUB. — AOUT 1831.
ridée du plan révolutionnaire des Hydriote8| et des moyens qu*ils ont osé employer pour le mettre k exécution.
Je n*ai pas assez de secrétaires pour faire traduire ou copier un volume de documents, lesquels jettent un grand jour sur ces infâmes menées. Je vous en donne un court extrait.
Il résulte de ces documents que depuis quelques mois les directeurs de la société secrète avaient gagné les hygionomes de rArchipcl, charges des fonctions de commissaires de la poste aux lettres. Ceux-ci envoyaient toute la correspondance du gouvernement avec ses employés dans TArchipcl aux directeurs d*IIydra. On retenait à Hydra les dcpcches qui pouvaient éclairer les Grecs sur Tétat des choses et sur les intérêts du gouvernement. On expédiait ceux que Ton pensait commenter pour rendre Tadministration impopulaire. La gazette d'IIydra publiait les commentaires.
On a traduit Varticle du Globe, qui parle de la prétendue alliance de la Russie avec la Porte. On a ajouté que la Russie s est entendue avec le sultan pour faire du Pcloponcsc seul une principauté dont je serai Thospodar. C*est en prenant la populace sur cette thèse, qu on a révolutionne Syra et quelques autres îles de la mer Egée. Le gouverneur de Syra a trahi ses devoirs. On prétend que les Ilydriotes l'ont bien payé pour cela.
Ce qui a donné de la force h cette coupable entreprise^ c*est que nos meneurs ont annoncé publiquement et par
ÀQ pimci floimsos* 355
lear correspondance, que la France et T Angleterre ne le mêleront pas des affaires intérieures, et qu'elles ne peuvent pas improuver des mouvements semblables à ceux qui caractérisent la grande semaine de Paris de Tannée dernière et ses conséquences en Belgique et ailleurs. Ils ont ajouté que la Russie sera forcée de suivre la même ligne de conduite.
L*attitude prise par Messieurs les résidents de France et d* Angleterre, celle des commandants des deux stations, les rapports d*intimite que les uns et les autres ont tou* jours entretenus et entretiennent avec les chefs de la ré* volte, tout cela a fait des prosélytes aux coryphées d*IIy* dra, et notamment à Mavrocordatos qui en est le prin* cipal.
Ce qui nous a sauvés pour le moment, c est la fermeté avec laquelle Tamiral Ricord a rempli les ordres de sa cour. On a fait tout au monde pour Tintimider et pour le paralyser. Il a tenu ferme , et Miaoulis est reste presque seul a Poros; il se serait retire' sans incendier nos bâtiments, si des conseils perfides ne lui avaient fait envisager sa retraite sans incendie comme un acte de lâcheté.
Bref, on a voulu priver le pauvre état Grec de sa frégate, de deux corvettes, de deux bateaux a vapeur, et de tout le mateViel de sa marine. On a voulu mettre le gouvernement dans r impossibilité de se faire respecter dans TArchipel.
Ces lignes et les événements vous expliqueront où trouver la source de tant do perfidies, et leur but véritable.
356 m HAUPux. «-^ aoot 1831.
Est-ce que les mille bâtiments marchands grec8| qui ont passé par le Bosphore dans la première année de notre res^ tauration (et quelle restauration) n en sont pas une des causes? Je ne vous développe pas cette observation , mais elle vous frappera sans doute.
J*ai dit : Grâce à la fermeté inébranlable de Famiral Ricord. Supposez -le en effet quittant Poros avec ses collègues, et y laissant Miaoulis maître de diriger où bon lui semblait les bâtiments armés j la révolution des côtes du Péloponèse et celle de la Grèce continentale était toute prête 9 et allait éclater. Elle n aurait pas fait de progrès, mais la guerre civile en eût été la consé- . quence funeste.
Admettons que Miaoulis eût promis aux comman* dants des stations alliées qu il ne ferait pas sortir les bâtiments qu il avait enlevés; mais d^autres seraient sortis d^Hydra, comme en eflet deux allèrent, Tun à Salamine portant Karatassos , Tautre à Granidi portant d*autres intrigants.
Quand même nul bâtiment insurgé ne fût sorti ni de Poros ni d'Hydra, il n'est pas moins vrai que les insurgés auraient acquis aux yeux de la nation le caractère d*un pouvoir légitime, lequel traite d*égal a égal avec le gouvernement par la médiation des commandants des cours alliées.
Quelle eût été l'impression de ce fait dans l'esprit des Grecs? et quelles en auraient été les conséquences? Les Grecs auraient pense que c'est h l'insurrection que les sou-
▲V CHEVAUm BYITABD. 357
rerains Miés donnent leur appui moral. Dès lors quel moyen aurait pu faire respecter Tëtat des choses, que d*autre part les Puissances veulent maintenir P
Je dicte à la liàte ces observations, et je tous engage k en fiiire bon usage.
NaupUe, — août 1831.
Je TOUS écris, mon cher Ejnard, ces lignes pour tous donner signe de Tie, et pour vous prier de rabattre les neuf dixièmes de toutes les nouvelles que Ton vous donnera sur notre situation. Elle n*est nullement bonne ^ mais elle pourrait être plus mauvaise.
Des Hydriotes, menés par nos faiseurs de grandes semaines, se sont mis en révolte, avec la prétention de se faire suivre par T Archipel , et puis par les provinces du Péloponèse et de la Grèce continentale. Ils n'ont réussi qu*à faire brûler par Miaoulis la seule frégate que nous avions et une corvette.
Cette catastrophe et toutes ses circonstances menacent d'anéantir notre marine et notre commerce. Je fais tout ce qui peut dépendre de moi pour prévenir cette grande calamité.
Je suis toujours sans aucun secours pécuniaire, et trèspeu aidé par l'alliance sous tous les rapports; néanmoins
358 01 NAUPLIB. -— AOUT 1831.
je ne me décourage pas , puisque je sais que Dieu est avec nous.
Vous ne serez pas étonné si dans ce moment je ne ré-^ ponds pas à votre lettre du 20 mai de Florence.
Nâuplie» — ; août ISSU
L* inspecteur des troupes légères cantonnées dans la Grèce orientale vient d*annoncer au secrétaire pour la guerre en date du 1 (13) du courant de Talandi:
« Que dans la soirée du même jour, le brick TAntisilos (TËmule) avait quitté sa station devant les magasins de Talandi, emportant à son bord la caisse militaire qui ren* fermait 25,000 phénix, et que ce brick avait, dit-on^ reçu de Miaoulis Tordre de se rendre immédiatement à Poros. ^
Ce fait vous prouvera encore une fois. Monsieur le com- 1 mandant, que les plans insurrectionnels des Hydriotes ne se bornent pas h TÂrchipel, mais que leurs efforts tendent surtout a mettre en pleine révolte Tarméc. Or ils se flattent d*y réussir, s*ils parviennent à enlever au gouvernement les pauvres ressources au moyen desquelles il peut payer ses soldats.
Les termes de la déclaration dont, conjointement avec Messieurs vos collègues, vous avez bien voulu convenir
AO GOMMAMDAMT LALAHDB. 859
arec le gouvernement grec, sont trop positifs pour que je développe ici toutes les considérations qui me portent à vous prier avec instance de prendre des mesures aussi promptes que faire se pourra, dans le but d'obtenir des Hydriotes la restitution immédiate du bâtiment et de Fargent tombés en leur pouvoir par la lâche défection du capitaine de ï Émule.
11 vous plaira sans doute de faire part de cette demande à M. le commandant Lyons, et je communiquerai moi-même le contenu de la présente k M. Tamiral Ricord.
Xattends une réponse favorable de votre part.
lS^ %yfè?. ^ {^a^nmancux^ J^oianc^.
Nauplie» -* ^oût IS31.
J*ai l'honneur de vous remercier des informations que vous voulez bien me transmettre par votre lettre de ce jour.
J'aime à espérer que la surveillance que vos bricks exercent dans les parages d'Hydra, garantira l'Archipel de nouveaux désastres. Je vais adresser à Messieurs les résidents un rapport que je viens de recevoir de la part du gouverneur de Tinos, en date du 31 juillet (vieux style).
Il y est dit qu'une goélette hydriote a conduit dans File d'Andros des commissaires chargés de changer le
360 DB KAUPLIS. — - AOUT 1831.
personnel de Tadministration. Ils se sont acquittés de cette mission en renvoyant le gouverneur, et en le fiiisant remplacer par un Hydriote.
Ils ont accompli ce nouvel attentat en substituant au pavillon national celui de France.
J'envoie à Messieurs les rcsidents la traduction exacte du rapport en question , et je les prie de prendre en considération les faits graves qu il annonce.
La circulaire sur laquelle vous avez bien voulu me communiquer quelques observations, est le résumé fidèle de tous les rapports que j*ai reçus de la part des autoritésciviles et militaires qui se trouvaient à Poros.
Comme les conventions dont la circulaire &it mention, n*ont pu être que le résultat des pourparlers qui ont eu lieu par 1* intermédiaire de trois ou de quatre personnes, il se peut bien qu*on m*ait annoncé comme définitivement arrêté et acquitté, ce qui paraissait être dans le vœu de toutes les parties intervenantes.
Ce qui est avéré et positif, cest que M. Tamiral Ricord a donné par écrit a M. Miaoulis Tassurance quil garderait le statu quo jusqu h votre arrivée et jusqu à celle de M. Lyons, et ce (ait suppose, ce me semble, une proposition de la part de M. Miaoulis.
Quoi qu il en soit, et de quelque manière qu'on envisage les circonstances dont il s'agit, elles ne peuvent dans aucun cas rendre moins odieuse et moins coupable la conduite des Hydriotes à Poros.
Je vous remercie de nouveau , Monsieur le comman-
AUX ECSIDBHT8 DBS C0UII8 ALUBES. 361
dant I de Tempressement avec lequel il vous plaît de me faire part de vos informations.
Nanpiie, ^ août 1831.
Monsieur le résident, Nous ne saurions nous dispenser de porter li votre connaissance le rapport que vient de nous adresser Monsieur le gouverneur de Tinos. ^
Les faits dont il rend compte nous semblent de nature k mériter votre attention. Ils nous prouvent encore une fois quels sont les moyens dont se servent les hommes de malheur re'unis à Hydra , pour révolutionner les îles de la mer Égec.
Il vous plaira peut-être, conjointement avec vos collègues , de prendre en considération le nouvel attentat commis à Ândrosy et d'offrir au gouvernement les moyens qui sont en votre pouvoir pour démontrer aux paisibles habitants de r Archipel que l'insulte faite au pavillon français ne saurait être tolérée ni par Monsieur le résident de France, ni par M. le commandant Lalande.
362 DB VAUriIS. — AOUT 1831 •
Nioplie, Il août 1831.
C'est par la voie d*Ânc6ne que je vous ai envoyé, mon prince, mes lettres en date du 3 (15) août. Je les ai accompagnées de beaucoup de documents. Je joins ici la suite; et pour mettre à votre disposition les adresses de l'armée et de la marine, je joins aussi la gazette grecque, laquelle vient de publier ces pièces.
Vous verrez que la nation tout entière reprouve hautement les attentats de Poros, et quelle demande au gouvernement la punition exemplaire des auteurs et des promoteurs. Le ministère de la justice s'occupe d'un rapport qui sera publié, et par lequel le gouvernement sera fondé à appeler devant la cour destinée aux crimes de haute trahison les chefs de la révolte.
Ce qui me fait le plus de peine dans ces graves circonstances , c'est que ces hommes de malheur semblent tous les jours plus encouragés \ ne pas se désister de leurs coupables desseins. Quoique surveilla par un brick français qui défend la sortie d*Hydra a tout bâtiment armé, quoique M. l'amiral Ricord soit à la poursuite de deux bricks hydriotcs qui s'étaient échappes avant rétablissement de la croisière , les meneurs ne renoncent pas à la tache de faire des complices.
Ils ont envoyé et ils envoient par des voies détournées
AO PBIHCB MOTIOS. S6S
des émissaires partout où ib espèrent pouvoir gagner des prosélytes. En tout dernier lieu ils en ont envoyé )i Liméni , et tâchent en même temps de débaucher les équipages des petits bâtiments grecs qui veillent sur les cotes du Magne afin de préserver la navigation de la piraterie. J*ignore s* ils ont complètement réussi 2i attirer a Ilydra deux de ces bâtiments.
Autant que je puis en juger, notre situation est toujours critique, à raison de la persévérance de nos révolutionnaires et des circonstances extérieures qui la motivent. Je dis des circonstances, pour ne pas dire davantage. Si, comme M. Tamiral Ricord et M. le baron Rukmann, Messieurs les commandants des stations alliées et MM. de Rouen et Dawkins se prononçaient et agissaient d*une manière positive, nul doute que des hommes égarés n*eussent déjà fait un retour sur la route de l'honneur et du devoir; nul doute aussi que les principaux auteurs de cette funeste parodie révolutionnaire n'eussent demandé grâce et pardon.
Quoi qu'il en soit, le temps nous dévoilera ce mystère. Espérons que ce sera sous peu de jours. Sans cela je ne puis pas vous dire ce qui adviendra de ce malheureux pays.
Je vous ai recommandé par mes lettres du 3 (15) août de présenter un mémoire à la conférence de Londres; et dans la ferme conviction que vous avez déjà rempli cette tâche, je vous engage aujourd'hui à faire l'extrait des documents que je vous envoie , à les accompagner avec les observa-
364 DE 1I4UPLI1. -— AOUT 1831.
tions que je viens de vous tracer à la hàte^ et à enroyer le toutîi LL. EE. Messieurs les plénipotentiaires, afin qu'ils ne jugent pas de la situation actuelle de la Grèce sans avoir pleine connaissance de toutes choses.
Ciomme si ce nétait pas assez des entreprises révolutionnaires des Hydriotes pour paralyser le gouvernement, j*ai tous les jours à lutter avec quelques-uns des officiers supérieurs français au service de Tétat. L*un d*eux, le commandant de rartillerie et directeur de Tecole centrale militaire, M. ***j capitaine français et lieutenant-colonel au service de la Grèce , a mis le comble a ses égarements contre le gouvernement quil prétendait servir. Dans ses relations sociales, et qui plus est envers les officiers sous ses ordres, M. *** n*a cessé, surtout dans ces derniers temps, de saisir toutes les occasions pour déverser du blâme et du mépris sur tous les actes du gouvernement. Désirant conserver cet officier au service k raison de ses capacités et de son mérite réel , j'ai fait tout ce qui a pu dépendre de moi pour le ramener h d*autres sentiments et à une conduite plus analogue à ses devoirs. J*ai demandé pour lui des faveurs de la part de son gouvernement, et j*ai pris la liberté d*en écrire dans le temps k Monsieur le maréchal duc de Dalmatic.
Lorsquen janvier et février il a itérativement demandé sa démission pour des démêlés quil avait avec M. le général Gérard, directeur du corps régulier, et avec M. Pourchet, directeur du matériel de Tartillerie, je me suis interposé, et j*ai taché, gruce aussi à Vintervention de
AD nmiCB Munof. 365
Monsieur le eommandant de Tartillerie française, de ne pas donner suite aiiz demandes de M. ^** et de le fiiire rester à sa place. Mais connaissant par une pénible expérience combien il était important de mettre un frein au caractère de cet officier , je me suis bien gardé de fiiire donner aucune réponse h ses demandes de démission.
Les funestes événements d*llydra et de Poros excitèrent ses sympatliies au point qu*il ne sut pas se contenir. Sa correspondance avec Monsieur le secrétaire pour la guerre dans la moindre petite affaire devint inadmissible à raison , non de T inconvenance, mais de Tinjure*
S*il se permettait de manquer au gouvernement par ses lettres, jugez de ce qui en était de son langage envers des élèves dont il devait diriger Téducation, envers des officiers qu il devait former à la discipline. Il n*y avait pas de jour où je ne fusse accablé de plaintes et de récriminations de la part des officiers grecs qui ne toléraient pas de voir le gouvernement méprisé en public par cet officier supérieur.
Tous les efforts que j*ai faits, en appelant auprès de moi M. *** et en le priant de se modérer, ont été inutiles.
Il ne me restait donc qu à accepter aujourd'hui la demande de démission qu*il^m*avait adressée en janvier.
Avant d'arrêter cette mesure, j'en ai prévenu le général Gérard. M. ^^, pour me faire changer de détermination, m'a adressé une lettre dont je joins ici copie. Ce document me dispense d'y joindre une foule d'autres, qui tous caractérisent assez Thomme.
366 DB NAUPLIB. — AOUT 1891»
Si au moment de demander au gouvernement une fa* ▼eur, M. *** ne sait que Tinsulter grossièrement , jugez de quelle manière il se comporte dans ses relations journalier res avec Monsieur le secrétaire pour la guerre.
Je joins ici une lettre que j'adresse li S. E. le duc de Dalmatie, pour lui faire part en peu de mots des motifs qui m*ont force a accorder aujourd'hui à M. ^^ sa démission du service de la Grèce. Je prie Monsieur le maréchal de vous donner audience pour que vous puissiez Tentretenir plus en détail de cette aflaire désagréable.
Les ofliciers français qui, comme M. Pourchet, remplissent avec zèle leurs devoirs, et qui font profession de sentiments honorables , sont chcris par le gouvernement, et il se félicite toutes les fois qu il peut saisir une occasion de leur te'moigner sa confiance et sa gratitude.
En désirant pacifier le commandant de Tartillerie et le directeur de Tccolc centrale militaire, j*ai confié distinctement la direction du matériel de rartillcrie li M. Pourchet, en le plaçant, ainsi qu*il Ta désiré^ de manière II ce quil n*ait de relations directes qu avec le secrétaire pour la guerre.
Vous pouvez donner a Monsieur le duc de Dalmatie Tassurance que c*est pour prévenir le désordre qui allait avoir lieu, tant dans le bataillon d'artillerie que dans Técole centrale, que j'ai du dispenser M. *^ de continuer ses services à la Grèce.
Je suis loin de vouloir faire pour cela du tort k la carrière que cet oflficier peut faire en France dans une autre
AU GOHKAllDAlfT I.AL4II1IB. 367
position j place sous les ordres de chefi qui sarent et qui peuvent maintenir leurs subordonnes dans le devoir, M. ^ par ses capacités qui semblent incontestables, servira encore la France avec distinction.
Si, comme je Tespcre, Monsieur le maréchal duc de Dalmatie vous accorde un entretien, veuillez lui (lEiire part de toutes ces observations et mettre sous ses yeux la copie de la lettre de M. *** que je vous envoie.
iS^ %^6. ^ '(ûof?tf9tana€tn^ Jtamnm.
Nauplie, ^ août ISai.
Ce n*est point un seul bâtiment qui est sorti d*Hydni, mais trois. L*Ântizilos, et une autre goélette bien arm^ qui portait \ son bord Karatassos. Cette expédition a pour but, \ ce qu on prétend, la Grèce orientale; c*est donc rers Salamine ou vers Talandi qu* elle se dirige.
Un brick connu sous le nom de Vieux-Sactouris est parti aussi, et celui-là paraît destine a rallier sous ses ordres les petits bâtiments du gouvernement qui gardaient la côte du Magne, et à Tcgard desquels j*ai eu Thonncur de vous écrire avant-hier.
Ces informations me sont arrivées hier au soir. C*est BI. Tzamados, preVident du sénat, qui les a recueillies lui-même d'un homme de sa confiance arrivé d*ttydra.
Les intrigants accréditent ces phrases de révolution et
368 DE «AUPLU. «— AOUT 1831.
de malheur, parce que dans leurs entreprises ils ne ren-* contrent aucun obstacle réel, ni de votre part. Monsieur le commandant, ni de la part de M. Lyons. Ces hommes 8*en vantent, et cela se conçoit, parce que sans la ressource de cette séduction leur procès serait perdu sans retour.
Ces gens poussent Taudace au point d*e'bruiter qu ils préparent une nouvelle expe'dition pour aller brûler ce qui reste de matériel à Poros.
Dans cet état de choses permettez- moi, Monsieur le commandant, de vous demander ce que vous en pensez, et ce que vous pouvez faire pour aider le gouvernement à arrêter le mal dans sa source.
Je vais faire la même demande à Monsieur Tamiral Ricord qui est arrive' ici depuis hier matin. Il s*est borné daps sa course devant Syra , à séquestrer dans cette île le brick de Miaoulis.
Du moment que vous me déclarerez quil n*est pas en votre pouvoir de faire respecter aux Hydriotes les injonctions que vous leur avez faites itérativement, je verrai alors quelles sont les mesures générales que le gouvernement devra prendre pour garantir le pays du désordre et du brigandage, dont ces hommes le menacent.
Je vous supplie de me faire Thonneur d*un mot de réponse; le temps presse, et la responsabilité pèse sur moi.
AU BAROM RUKMANX. 369
«-Qr kAO. ^ <^a4e^n âfbunnmnn s â/e^eénA^t^
f^ ^^MÂfiC.
Rauplie» — âoAl la^l.
Le gouvernement est assui^é que par tos rapports le mi^ nistère impérial a ëté dejk informé de tout ce que la Grèce doit à la persévërance avec laquelle M. le contre-amiral Ricord a su mettre un frein aux entreprises révolutionnaires des Hydriotes. Néanmoins il est de notre devoir de vous prier de mettre sous les yeux de votre auguste souverain les vœux que nous formons pour qu*il daigne apprécier la haute importance des services que M. Tami^ rai a rendus dans ces graves circonstances.
Pénétre de Tesprit des instructions dont il était muni, il sut reconnaître les devoirs qu*il avait à remplir dans un moment où le gouvernement lui demandait d*arrêter par sa présence à Poros les mouvements insurrectionnels des Hydriotes qui sétaient emparés des bâtiments et de Tarsenal de Tétat.
Messieurs les résidents des cours alliées réprouvèrent alors par une déclaration soli*nnelle ces mouvements. Ik promirent même la coopération des commandants des stations navales , afin de ramener à Tordre les hommes égarés.
Messieurs les commandants des stations anglaise et française se rendirent en effet à Poros; mais les rapports qu ils