‹ Correspondance du comte J. CapodistriasChapitre 18 sur 33 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

370 I» iiAUPiiix» — » AOUT 1831.

adressèrent à leurs chefs respectifs en cette occaûon, signalèrent assez le point de vue sous lequel ils croyaient devoir envisager la révolte des Hydriotes. Ib traitèrent avec ceux qui en étaient les chefs; et par cette démarche ils les encouragèrent 9. involontairement sans doute , k persévérer dans leurs coupables desseins , et à commettre tous les attentats que nous déplorons maintenant.

N'ayant obtenu aucun résultat conforme à la déclaralion de Messieurs les résidents, MM. Lalande et Lyons engagèrent M. Tamiral Ricord a quitter Poros et k se joindre à eux pour se rendre a Nauplic. Si Monsieur Tamiral avait adhéré à cette proposition, la révolte aurait eu aux yeux du pays la sanction pleine et unanime des commandants des stations alliées. Les conséquences étaient fiEiciles à prévoir.

Cependant Monsieur Tamiral demeura à son poste. Par sa présence il encouragea une grande partie des habitants de Poros et des cotes voisines du Péloponèse à rejeter les perfides insinuations des Hydriotes. Il fit plus: il donna des secours et de sages conseils a nos troupes et aux marins qui étaient restés fidèles a leur gouvernement.

Les hostilités que Miaoulis eut la coupable audace de commencer contre les bâtiments de guerre sous les ordres de Monsieur Tamiral, Texpédition que la communauté d'IIydra fit de deux bâtiments armés, Tun a Salamine, l'autre à Granidi, dans le but de soulever Tarmée et les provinces, sont autant de faits qui se sont passés sous les yeux de Monsieur Tamiral.

A8 BAAOH RDIUUn. 371

A quels exoàs ces hommes de malheur ne se («went-ib pas livrés 9 si Monsieur Tamiral, en suivant les conseils de MM. Lyons et Lalande^ eût quitté Poros pour se rendre à Nauplicf Les Ilydriotes nauraient eu de succès ni dans la Grèce continentale, ni dans le Pcloponèse; mais les habitants auraient cté contraints de prendre les armes. Le désordre, la confusion et la viole*ice, auraient dû prévaloir dans des provinces qui jouissent de la plus complète tranquillité, et qui respectent et afTectionnent leur gouvernement.

Larairal Ricord, auquel la Grèce doit le bienfait de s être préservée jusqu ici de la contagion révolutionnaire, continue encore aujourd'hui à aider puissamment le gouvernement dans la grande tâche de rendre impossibles les communications que les révoltes s* eflforccnt de conserver ou d'établir avec TÂrchipel, avec Sparte, et avec U Grèce orientale.

Cette persévérance de leur part serait inconcevable, sr les déclarations réitérées que Messieurs les commandants des stations anglaise et française leur ont faites avaient eu une suite réelle. Elles n en ont eu aucune.

En elTet, quoiqu'un brick français se soit placé en croisière devant llydra, quatre bâtiments armés ont échappé ï sa surveillance, et se sont rendus à Salamine, ayantà leur bord Karatassos et quelques autres émissaires qui lui ressemblent. Un autre brick a éludé avec la même facilité la croisière française, et s est porté dans les parages du Magne , pour enlever les bâtiments légers que le gouverne-

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nemcnt tient en station^ et pour pousser encore )i la tévolte les hommes de Limëni^ que nous étions sur le point Yoir rentrer dans la voie de Thonneur et du devoir.

Il ne nous appartient pas d'approfondir les intentions de Messieurs les commandants des stations anglaise e\ française. Nous nous bornons à signaler les faits. Nous devons par conséquent reconnaître que si Monsieur Tamiral avait partagé la manièi*e de voir et d'agir de Messieurs ses collègues, à cette heure l'anarchie aurait envahi toute la Grèce, tandis que maintenant, grâce à la noble )et loyale conduite de M. l'amiral Ricord, grâce à Tinfatîgable activité des ofliciers sous ses ordres, la Grèce, à l'exception d'Uy dra et de quelques îles de la mer Egée , -est encore tranquille, et se montre plus que jamais résolue à maintenir l'ordre actuel des choses, jusqu'au moment oîi elle connaîtra les décisions des augustes Puissances alliées.

Ce court mais véridique exposé des faits, à l'égard desquels nous n'hésitons pas. Monsieur le baron , à invoquer votre propre témoignage, nous semble assez caractériser r importance des services que M. l'amiral Ricord rend dans ce moment à la Grèce, et nous osons le dire aux Puissances alliées mêmes.

Nous aimons à espérer que S. M. I. daignera les prendre en considération , et qu*il lui plaira d'honorer de son auguste suffrage la conduite de M. l'amiral;

Nous oserons ajouter que nous regarderions comme un nouveau bienfait de S. M. I. envers ce pays, les mar-

AUX UFHSSBMTAMTS D^AMCLETBIIBB ^ BTC. 373

ques de bienveillance qu'elle daignerait à cette occasion accorder à Tamiral et aux officiers qui se sont distinguas.

Pour notre part ^ nous ne pouvons nous acquitter de la dette de reconnaissance que la Grèce a contractée envers eux, que par cette demande. Nous nous en acquitterons en vous priant , Monsieur le baron , de mettre la présente lettre sous les yeux de S. M. L

i/e Ky^iance â^ ae c^n/dic, comÂoda^t/ 4a i/e /a ^iece.

Naupllef . I8SI«

^ S teptembra

Le gouvernement provisoire de la Grèce a charge M. le prince Soutzos de présenter à Vos Excellences Texposé des événements déplorables qui ont menacé en dernier lieu , et qui peuvent menacer encore , la Grèce des horreurs de Tanarchie*

Nous nous acquittons nous-mêmes aujourd'hui de ce devoir, à raison des circonstances qui nous semblent aggraver de plus en plus la situation du pays, et rendre par conséquent plus urgente la nécessité d'un prompt remède. Il ne peut appartenir qu'à la conférence de Lon-

374 DK MAUPUE. -— 8EPTBIIBIIB 1831.

dres d*en adopter un, et d*en faire Tapplication la plus immédiate.

Nous n^abuserons pas de F indulgente attention de Vos Excellences 9 en détaillant encore une fois les faits qui caractérisent les projets révolutionnaires de quelques hommes réunis à Hydra, ni ceux qui constituent les attentats de Poros. M. le prince Soutzos doit les avoir mis sous vos yeux, et Messieurs les commandants des stations navales en Grèce les. auront sans doute portés aussi à votre connaissance.

Cependant ayant désormais la certitude que ces faits sont appréciés sous des points de vue divers , tant par Messieurs les résidents que par Messieurs les commandants, nous sommes dans Tobligation de les présenter sous le jour qui nous semble le véritable. Vos Excellences en jugeront.

Depuis bien longtemps la tendance à l'opposition et à la mutinerie avait prévalu dans Tcsprit borné, mais orgueilleux, des primats d'Hydra. Encouragés par Tastuce et Tartifice de quelques Grecs étrangers au pays, mais BOn aux calamités dont il a failli être la victime durant la guerre, les primats dllydra commencèrent par méconnaître dans, leur ile l'autorité des fonctionnaires du gouvernement.

Les grands événements qui eurent lieu en France dans Le courant du mois de juillet 1830 , ceux qui finirent par faire de la Belgique un état indépendant, ceux enfin qui accumulent malheurs sur malheurs dans d'autres

AUX RIPRtSBlITAliTS D^AROLmElll^ ETC. 375

contrées de TEurope ^ fournirent tant de moyens de séduction aux meneurs 9 qu'ils parvinrent à frapper de vertige les hommes les plus sensés et les plus considérés parmi les Hydriotes.

Ne nous faisant pas illusion sur la nature et le but de ces menées, ni sur les circonstances qui les favorisent, nous sollicitâmes itérativement Vos Excellences par Tentremise de M. le prince Soutzos de vouloir munir Messieurs les résidents d*instructions collectives, au moyen desquelles ils pussent d*un commun accord déclarer au gouvernement provisoire les intentions de Talliance.

Ces instructions furent données ; mais ne résultant pas d*un acte de la conférence , n*étant pas collectives , elles ne pouvaient mettre Messieurs les résidents en mesures de ramener au devoir par leur influence les hommes, qui travaillent à révolutionner la Grèce.

Nous n*avons cessé de demander aussi quelques subsides. En les obtenant par un acte de la conférence de Londres, le gouvernement aurait pu non-seulement satisfaire les besoins les plus pressants de Tadministration, mais il aurait en même temps désabusé les citoyens honorables dllydra , auxquels les perfides conseillers faisaient et font croire encore que le gouvernement actuel manque de Tappui réel des Puissances alliées, et que celles-ci approuvent tacitement les mouvements qui tendent à changer Tordre de choses établi en Grèce. Ces illusions se seraient dissipées à Taspect seul des secoui*s donnés par les trois cabinets à compte de Temprunt.

376 DE MAUFUK. — - 8EPTKNBIIJB 1831.

Rien ne prauve davantage Tinsuffisance des lions que Messieurs les résidents ont données en date du 20 juillet (1 août) pour engager les Hydriotes à se retirer de Poros^ que les vains efforts faits par MM. les capitaines Lyons et Lalande pour atteindre ce même but*

Il y a plus : à en juger par les résultats, il paraîtrait que ces efforts n'ont abouti qu*à exalter davantage les chefs de la révolte. Ils se sont crus en droit de se considérer comme un pouvoir véritable, lequel , par le fait des négociations entamées avec eux, se trouvait placé au moins sur la même ligne que le gouvernement provisoire. Dès lors la stupide arrogance des hommes d*action et la malveillance de leurs conseillers n*ont plus connu de bornes.

Les attentats consommés à Poros nous en donnent la douloureuse conviction.

Après la catastrophe du 1 (13) août, Messieurs les commandants ont réitéré encore leur déclaration ; M. Lalande a établi une croisière devant Ilydra.

Mi la déclaration , ni la croisière confiée au brick le Palinure , n'ont empêché les auteurs de la révolution de faire sortir du port bloqué des bâtiments armés en guerre, et de les expédier dans les îles de T Archipel, dans les parages de la Grèce orientale, dans ceux du Magne , et partout oîi ils se berçaient de Tespoir d'exciter les habitants à la révplte, de susciter au gouvernement des embarras, et pour le moins de le contraindre 9 des dépenses qu'il est dans l'impossibilité de faire.

Ces hommes veulent paralyser et renverser l'admiuis-

AUX EKPftISIIITAlITS D*AIIOLBT£AU| STC. S77

tration actuelle, ou en d^autres termes le ^uTemement*

En difployant rétendard insurrectionnel , ils ont proclame' vouloir délivrer la nation d*un gouvernement arbitraire , et lui procurer les bienfaits d*un ordre constitutionnel. C*est sous ce drapeau qu*ils se sont flattes de pouvoir rallier de nombreux partisans.

Pour mieux réussir ils ont institue une société' secrète, appele'e la socie'te' de la force sous les auspices d*Hercule. Les coryphe'es de la socie'te' , en promettant de donner à Tétat un ordre constitutionnel, promettent aux inities des places, des emplois, des grades.

Il y a de quoi attirer dans leur système tous les ambitieux, tous les mécontents, tous les aventuriers. Cependant ni la pre'tendue constitution, ni la société' secrète avec ses promesses ^ ni la protection de la part de TÂngleterre et de la France, que les chefs ont Taudace d'annoncer comme leur étant garantie , rien n*a pu ébranler la nation.

Toutes les provinces du Péloponèse et de la Grèce continentale, plusieurs des iles de TArchipel, se sont prononcées et se prononcent tous les joui's davantage, en improuvant la révolte d*Hydra, et en demandant au gouvernement de venger la nation , en prenant des mesures sévères contre les auteurs de tant d*attentats.

L*ile de Syra a subi le joug révolutionnaire ; quelques autres communautés des îles de la mer Egée ont feint de s*y soumetti*e, redoutant la présence des bâtiments liydriotes.

378 DI HAirPUS* •— SfiPTBHBRS 1831.

A Texception des catholiques qui sont les habitants, Tile de Syra s^est peuplée durant la guerre de tous les Grecs sans feu ni lieu, et de tous ceux qui, n*im* porte par quel moyen, tachent de faire fortune. Ces derniers ont réussi dans ce but, lors du del)arquement d*I* brahim-Pacha en Moree, en devenant les fournisseurs des flottes turques, en prenant part à la piraterie et à la fabrication de la fausse monnaie , enfin en se livrant à toutes sortes d'opérations ou d*actes coupables*

Ces Grecs redoutaient toujours la justice d*un gouvernement, et quelques-uns d*entre eux se trouvant à la veille de manquer à leurs engagements envers d*autres honnêtes négociants de Te'tranger, se sont associes aux coryphées de la révolte, et Tout provoquée à Syra, pour se soustraire à la rigueur de la loi.

Nous ne joindrons pas ici la série des documents qui démontrent jusqu*à la dernière évidence la vérité des faits que nous venons de résumer.

Toutes les fois que dans nos entretiens avec Messieurs les résidents de France et d* Angleterre, et avec Messieurs les commandants des forces navales de ces deux Puissances , nous avons présenté ces faits sous ce point de vue , en appelant à leur propre opinion, nous n*avons pas eu lieu de nous apercevoir qu'ils en eussent une différente, mais nous ne pouvons non plus affirmer qu'ils partageassent la nôtre.

Néanmoins d'autres indices nous donnent la pénible persuasion qu'à leurs yeux la révolte n'est que de l'op*

AUX UPEisXBTAIITS d' AHGUTUUB , BTC. 979

position. Ils ont pensé et pensent peut-être encore ^ que la nation tout entière se serait prononcée pour le sjstème d*Hydra, si Faction du gouvernement ne retenait forcément dans Tobéissance les provinces du Péloponèse et de la Grèce continentale.

L'expérience devrait cependant avoir éclairé à ce sujet Messieurs les résidents et Messieurs les commandants. Plus les Ilydriotes et le peu de Grecs ou d'étrangers qui les secondent 9 ont fait d'efforts pour se procurer des adhérents dans les provinces, et plus la nation a prouvé par sa conduite et par son langage qu'elle repousse leurs insinuations, leurs projets, et que fidèle à ses véritables intérêts elle veut l'être aussi à son gouvernement provisoire.

Quels sont les moyens dont le gouvernement s'est servi pour empêcher que la nation ne s'associât aux Ilydriotes et à leurs combinaisons P II n'y en a assurément pas dans ce pays de plus puissant que celui-ci de l'argent. Les fonds sont épuisés. La caisse publique ne contient que 30 ou 40,000 francs. L'armée n'a pas été soldée , et les employés civils manquent de leur traitement depuis trois mois.

Cependant c'est Tarmée, ce sont les employés civils, ce sont les habitants en masse, qui ont rejeté le fusil à la main les apôtres de révolution, que nos soi-disant constitutionnels leur ont envoyés à plusieurs reprises dans le courant de ces derniers mois.

Si l'on veut apprécier ce fait , on n'a qu'à considéi^r

380 Dl ITAUPUI. -— SBPTIHBIUB 1831*

queb sont les hommes qui dirigent le mouvement rtfvo* lutionnaire. Ce sont les mêmes qui ont entraîne la nation au bord du tombeau durant les huit annëes de la lutte contre les Turcs ^ contre la guerre civile et Tanarchie. Le foyer où ils se sont concentres est Tile d*Hydra. Or quand même les antécédents leur seraient moins défavorables, il suffit qu*ils comptent sur Tinfluence et sur les moyens de cette île , pour que le Péloponèse et la Grèce continentale les abjurent et les réprouvent.

Les antipathies, nous dirons presque les haines naturelles qui divisent les hommes de ces parties de la Grèce^ s accroissent aussi de la dissemblance , si ce n*est de Topposition des intérêts respectifs , tels que ces hommes les entendent.

Une autre cause plus puissante encore a préservé Fimmense majorité des Grecs de la contagion révolutionnaire. C*est la crainte fondée de perdre au milieu de nouvelles secousses la prospérité matérielle qu*ils ont pu acquérir, conserver et étendre, sous une administration régulière. Us comparent sous ce rapport si essentiel le présent avec les époques où, vivant sous un prétendu régime de liberté, ils subissaient Tautorité vexatoire des mêmes hommes qui se servent maintenant des Hydriotes pour la ressaisir; et par cette comparaison ils se fortifient de plus en plus dans la résolution de s*opposer de tous leurs efforts aux tentatives que F intrigue et la violence multiplient, dans le dessein de détruire Tordre des

AUX RBPWBSIHTAIITS 9*AIIGLITRBU| SIC. 381

Nous ne développerons pas davantage ces observations; mais nous affirmerons, sans craindre que les faits viennent nous démentir, que jamais les primats d*Hydra, joints à deux ou trois anciens boyards du Péloponèse et à de jeunes faiseurs grecs et étrangers, enfin que jamais cette poignée d*hommes qui veulent aujourd'hui révolutionner le pays, ne réuniront en leur Êtveur le suffrage véritable de la nation.

On peut les lui imposer par la force des arme^ , mais encore ces mêmes hommes, aujourd'hui d'accord pour renverser le pouvoir, resteront-ils unis pour Texercer? On peut hardiment répondre que non. Le lendemain de leur installation, quelle que soit la place qu'ils occuperont, ils ne travailleront qu'à se supplanter mutuellement. Ils ont montré ce qu'ils sont, ce qu'ils veulent, ce qu'ils peuvent, avant notice arrivée en Grèce.

Nous les appelâmes aux affaires. Ils promirent dé s'associer au système du gouvernement provisoire. Gelui-d eut la patience , ou plutôt la longanimité, de les mettre à l'épreuve pendant deux ans environ ; sans manquer ï tous ses devoirs, il n'aurait pu les conserver plus longtemps dans l'administration.

Mais quand même l'esprit de parti aurait influencé cette opinion du gouvernement à leur égard, leur conduite actuelle n'est-elle pas faite pour la justifier P Ne les caractérise-t-elle pas une fois pour toutes?

Ils ont entrepris de révolutionner la nation , dans un moment où les Puissances alliées ont déclaré par Tor-

382 DI VAUPLIB. — - SXPTBHBIUB 1831.

gane de leurs agents ^ qu*elies attachent le plus grand prix au maintien de Tétat actuel des choses.

La nation les rëprouvé: ils persévèrent 9 ils commettent d*enoiines attentats. La nation les fle'trit 9 les couvre de malédictions , et demande au gouvernement de les punir selon la justice.

Comment et pourquoi Messieurs les résidents d* Angleterre et de France, ainsi que MM. Lyons et Lalande, les honorent-ils de leur intérêt P

S*il était dans les vues bienveillantes des cours alliées de donner un autre caractère au gouvernement provisoire , et de lui faire adopter un système autre que celui qu*il a suivi jusqu'ici avec Tassentiment de la nation , les Puissances n'auraient-elles pas daigné annoncer leurs intentions au gouvernement lui-même f Celui-ci en aurait fait part à rassemblée nationale, et sans doute elle se serait empressée d'accueillir avec reconnaissance ces nouveaux gages de la protection éclairée des augustes bienfaiteurs de la Grèce.

M. le prince Soutzos accompagnera le présent mémoire des documents que nous lui transmettons, et d*un bulletin qui rendra compte de la situation des choses au jour oii le courrier partira.

Nous ne pouvons plus répondre de ce que deviendra ce pays, si les résidents des cours alliées et les commandants de leurs stations ne reçoivent des instructions collectives, au moyen desquelles ils puissent adopter un langage et suivre une marche identique.

AUX BXPBBSnTAKIB D*A1IGIBTBSBX| STC. 383

Nous le répétons 9 s il est de Tintention des cours alliëes de porter la Grèce à se donner un nouveau gouvernement repre'sentatif 9 avec les formes suivies dans les pays qui sont avances dans la civilisation , qu'elles se plaisent à l'annoncer. L'assemblée nationale en fera l'objet de ses délibérations , et le résultat sera dans ce cas ^ nous le pensons, conforme aux vues des Puissances.

Toutefois nous n'hésitons pas à affirmer que, d'après notre opinion particulière , un système semblable organiserait, s'il est permis de s*exprimer ainsi, l'anarchie, peut-être la guerre civile , et mènerait en peu de temps cette malheureuse nation au despotisme de la force des armes, quelles qu'elles soient, étrangères ou nationales.

Que si les Puissances préfèrent de fonder une décision sur les vœux et sur les besoins véritables de la nation , elles considéreront d'abord l'état moral où l'ont laissée des siècles d'esclavage et de longues années d'anarchie ; elles jugeront en second lieu des progrès qu'elle a faits en moins de quatre ans vers sa restauration , sous la direction d'un gouvernement légal, modéré, mais non subordonné h Topinion des hommes qui ne sauraient en avoir une indépendante.

Pour que la Grèce puisse jouir d'un gouvernement représentatif, tel que de nos jours il en existe en Europe, il faut avant tout que la propriété des citoyens soit constituée , et elle ne Test pas.

Il faut que le cultivateur obtienne un morceau de

384 DB VAUPLIB. — SIPTBHBRV 1831.

terre en toute proprietë, et les neuf dixièmes des cultivateurs sont prolétaires.

Il faut que le peuple puisse avoir non-seulement le sentiment de sa liberté , mais Tétat assuré qui la lui fasse apprécier à sa juste valeur, et il ne Ta pas*

Il faut enfin que la nation tout entière s*liabitue graduellement et par une utile expérience aux formes judiciaires des actes légaux, qui garantissent les intérêts du commerce , de la navigation , et qui constituent dans le fond la prospérité intérieure d*un état*

G*est vers ces grands résultats qu*ont tendu tous les efTorts du gouvernement actuel, et il les aurait sans doute atteints avec la bénédiction du peuple, si les mêmes hommes qui sont aujourdlmi h la tête des mouvements révolutionnaires n'avaient constamment entravé et empêché Texécution des mesures qu*il a prises dans ce but*

Ce que la nation veut , c*est sa restauration , c*est la fondation de son existence politique sur des bases solides* Elle veut sans doute aussi jouir d*un gouvernement constitutionnel ; mais elle a trop de bon sens, pour ne pas reconnaître que cette forme de gouvernement ne doit pas être le principe, mais bien la conséquence, de sa restauration*

Tels sont, du moins selon notre opinion, les vœux véritables de la Grèce, et ils sont strictement conformes a ses plus chers intérêts* Ces vœux sont ceux que nous avons pris dans le temps la liberté d'exprimer h S* A* R*

AUX RIPUSBIITAIITS d'aHGLBKARS) BTC. 385

le princ6 Léopold , lorsque la Grèce e'tait dans Tattente que S. A. aurait accompli les vues bienfaisantes des Puissances alliées en sa faveur.

Quoi qu*il en soit, ce qu*il est de notre devoir de de* mander instamment à Vos Excellences , c^est :

1*. De buter autant que possible la décision des ques* tions qui concernent le sort définitif de la Grèce*

2*. Jusque-là, de munir d*instructions collectives Mes* sieurs les résidents et Messieurs les commandants des stations, afin qu'ils agissent d*un commun accord, et selon un système décidément arrêté, tant par rapport au gouvernement actuel, que par rapport aux hommes qui s'efforcent d'insurger le pays.

3*. D'envoyer sans retard ultérieur quelques subsides à compte de l'emprunt.

En soumettant à Vos Excellences les demandes ainsi que les observations qui précèdent , nous nous sommes acquittés de cette tûclic avec la franchise que nous impose la confiance dont la Grèce, dont les augustes cours alliées, nous honorent.

Qu'elles se plaisent en retour h nous faire connaître, par l'organe de Vos Excellences, leurs décisions. Qu*elles daignent surtout, nous les en supplions, nous donner à cette occasion un. nouveau gage de leur haute bienveillance, en abordant sans réserve toute considération qui nous serait personnelle. Nous leur en aurons une profonde reconnaissance ; car ce que la Grèce attend avec impatience , nous dirons avec angoisse , c'est d'être fixée

ToMC IV. 25

386 1)B HAUPUS. — SBPnUIBllB 1831»

une heure plus tôt sur le sort que Tinterêt gënëreux de^ Puissances lui réserve.

Nous croyons inutile d*exprimer ici encore une fois l'Opinion respectueuse que nous avons émise sur cette grave question. Nous nous bornons par conséquent à renouveler Texpression des vœux sincères que nous formons, pour que Vos Excellences hâtent par le choix du prince souverain le moment ou nous pourrons nous conside'rer comme au terme de notre carrière»

-^ ,. Î4 août ^^^

Nauplie» z r — ISSI.

^ 5 septembre

€*est le 18 (30) de ce mois que j*ai reçu^ mon prince^ vos dépêches du 30 juillet, et le 7 de ce même mois celles sous les numéros 25 et 26.

. Je ne saurais assez vous remercier du zèle et de Tempressement que vous avez mis à me faire parvenir les informations importantes qu'elles renferment.

L*ensemble de ces informations , les détails que nous apportent les journaux ministériels et ceux de l'opposition, me font grandement soupçonner que la guerre est inévitable, quels que soient les efforts que fait et fera la diplomatie pour la retarder au moins pour le moment.

La giien*e est dans les choses, ou si Ton veut dans les

AU PRINCX aOUTZOS. 387

intérêts ; que peuvent dès lors les paroles qui ne représentent ni les unes ni les autres P

Je suis porté à croire que la communication confidentielle qu*on vous a faite est de bonne source. Je pense aussi que si la guerre éclate, rÂngleten*e ne se prononcera pas , et qu*elle demeurera neutre.

Un homme très-sage et très-profond a dit qu^en politique souvent ce qui ne paraît pas probable est possible. S*il doit en être ainsi dans ces graves et périlleuses circonstances, il se peut encore que la paix se maintienne , et que dès lors TafFaire de la Grèce se décide sous les auspices de Talliance.

Dans cette dernière hypothèse comme dans toute autre 9 nous devons remplir nos devoirs en honneur et conscience.

Fermement résolu de remplir les miens jusqu*à la dernière extrémité, je vous transmets aujourd'hui le mémoire adressé à la conférence de Londres, que je vous ai annoncé par mes dernières lettres. Je vous envoie aussi plusieurs documents que vous vous empresserez de mettre également sous les yeux de LL. EE. les représentants des cours alliées.

Ces documents sont : le contenu des adresses des provinces et de Tarmée, le rapport du ministère de la justice sur la révolution d*Hydra et sur les attentats de Poros. Les autres qui font suite à cette pièce donneront ridée de Tétat des choses jusqu'au moment du départ du courrier.

388 DE MAUPUE. — ^ SSPTBHMRS 1831.

Ces documents et ceux dont ils résultent jettent | oé me semble, un grand jour sur notre situation intërieure^ et ne laissent pas de doute sur la nature des remèdes dont la prompte application peut faire encore le salut de la Grèce.

Si la conférence de Londres existe encore 9 ces remè-> des sont faciles. Si elle ne les a pas adoptes sur yos demandes réitérées, elle pourra encore les adopter, et ce pays sera encore en état de répondre aux vœux des Puissances alliées. Dans le cas contraire, quelles que soient les combinaisons, nous devons faire connaître la vérité tout entière à chacun des trois cabinets. Dans cette hypothèse vous vous donnerez la peine de tirer des copies du mémoire , et vous les ferez parvenir ofliciellement aux ministères anglais et français, et à Mes* sieurs les ambassadeurs de Russie. Vous tacherez d*obtenir au moins un accusé de réception.

Je ne répondrai aujourd'hui ni aux questions qui re* gardent les revenus des provinces dont on se propose de demander la concession à la Porte, ni à celles des Vacoufs; je crois tout ceci hors de saison. Quand même je me tromperais, il y aura toujours temps de faire amende honorable.

J'en dis de même de la proposition que vous m*avez faite quant au mode de pourvoir aux objets d'équipement pour nos troupes. Votre plan suppose l'emprunt et une avance; si cette double supposition se réalise, j*approuve votre idée et je vous autorise à y donner suite.

AU PIUNCK S0UTZ06. 389

Je mets uu si grand intérêt à vous &ire recevoir prompt ement et sûrement le mémoire et la pr^nte dépêche, que j*expédie un courrier ad hoc à Âncône.

Je vous le répéterai. Soyez bien assuré, mon prince, que je demeurerai ferme à mon poste jusqu*au dernier moment, et que si des circonstances majeures m*engagent à le quitter, je ne le ferai jamais qu*en employant tous mes efforts pour justifier la confiance dont la nation me donne tous les jours des preuves très-touchantes.

P. S. Au moment de faire cacheter le paquet , je reçois deux rapports de Salamine et un de Syra. Je les fais copier et je les joins ici.

Vous verrez quelle est la mission dont a été chaînée la corvette française la Lionne. Son commandant a réprimandé le gouverneur civil et les officiers de la garnison, d*avoir opposé aux Hydriotes la résistance des armes. Il leur a dit en toutes lettres que sous peu de jours les patriotes d*Hydra triompheront du président, que BI. Ricord sera renvoyé avec ses bâtiments , et que ceux qui s'opposent aux Hydriotes agissent en aveugles qui ne connaissent pas leurs véritables intérêts.

M. Lyons a engagé les coryphées de la révolte de Syra à délier la bourse , attendu que le président est fort du Péloponèse et de la Grèce continentale, qu*il a de Fargent, et que s*il réunit le congrès ils seront perdus, attendu que les Puissances alliées ne peuvent pas intervenir dans les affaires intérieures.

390 DE NAUPJUB. *-> SKPTBnBRK 1831*

Ces documents sont d*une haute importance* Ib prouvent que le gouvernement provisoire lutte , non avec les Hydriotes et le peu dliommes qui les mènent, mais avec les grands patrons qui les protègent désormais ouvertement.

M. Tambassadeur Gordon vient d*arriver de Constantinople. Il a passe' pur Hydra. Il a à son bord M. Clonarès, Tun des brouillons que le gouvernement a du faire sortir d*Àrgos.

Je fais complimenter Monsieur Tambassadeur. Il viendra me voir ; je lui parlerai clair. C*est une ancienne connaissance. Tout ce que vous apporte le courrier de ce jour , vous donne assez la mesure des circonstances péril- ' leuses et critiques dans lesquelles se trouvent le p^ys et son gouvernement.

^ ,. 54 août ^^.^

Nauphe^ r^ 189t.

5 septembre

C'est avec une veVitablc satisfaction que j*ai reçu , mon cher Eynard, en tout dernier lieu votre lettre de Genève en date du 18 juin.

Comme je vous Tai dit par ma lettre du 3 (t5) aoùt^ je suis condamné à combattre les folies qui nous viennent du dehors, et je les combats en manquant complètement du moyen le plus eflicace , c'est-à-dire d'argent. Néan-

. AU PBIMCB aOUTZOS. 391

moins j*aluiie pleine confiance en DieU| et je. ne perds pas courage* Jusqu'ici la masse de la nation. s*est montréesous un jour très- honorable. Il en est de même de l'armée; elle a un trimestre à recevoir, et cependant elle demeure ferme dans les sentiments d'honneur et de fide''^ lité. La marine s'est laissé gagner par les séductions de ses ennemis. Cependant l'île de Spetzia , une grande partie des Psariotes, et quelques Hydriotes sont restés fidè-. les ; et nous avons encore à la voile quelques bâtiments armés à la hâte après la catastrophe de Poros.

Ne soyez pas en peine pour vos 200,000 francs. Je vous les ferai garantir par l'assemblée nationale, ce qui vaudra mieux que toute autre autorité.

Le prince Soutzos m'écrit en date du 7 août. Il espère encore le maintien de la paix et la possibilité des subsides que les Puissances alliées nous ont promis. Je voudrais bien partager la même espérance, mais je n'ose pas y compter.

Dites mille choses de ma part h M"' Eynard. Je vous serre la main de tout mon cœur.

K^ %yfÔ. « c^i^ce ^l/o€ié^O^, à c:^U4^.

^ ,. 31 août

Nous avons ici les journaux français jusqu'à la date du 18, mais je n'ai pas reçu par cette occasion de vos nou-

392 DK NAUPLIS. — - SKI»TEXBR£ 1831.

relies. Les dernières sont du 7 ; je tous ai rëpbndu par mon expédition en date du 24 de ce mois^ voie d*Anc6ne ; et je joins ici le duplicata des documents qu'elle tous porte. J'en ajoute deux autres qui vous mettent en mesures de bien apprécier la situation des îles de la mer Égee.

Vous pouvez par conséquent donner des informations positives sur le véritable état des choses. Je le résume encore une fois.

La clique dlfydra , protégée toujours par les commandants des stations française et anglaise et par Messieurs les résidents de ces deux Puissances ^ reste ferme dans ses projets subversif.

Tous mes efTorts se réduisent aujourd'hui à maintenir le statu quo^ au moins jusqu'à l'arrivée des réponses qu'on attend de France et d'Angleterre , et qu'on lui fiiit espérer favorables à Taccomplissement de ses desseins. Ce statu quo n'est rien moins qu'inoffensif pour la nation. Les bâtiments hydriotes oppriment et ravagent l'Archipel, fomentent les troubles et la guerre civile dans le Nagne, coupent enfin, autant qu'ils le peuvent, les communications maritimes du gouvernement avec différents points de l'état.

Plus cette crise se prolonge, et plus le gouvernement est dans la douloureuse nécessité d'armer les citoyens pour la défense de leurs propres foyers. Tout ceci se passe au moment oii je n'ai , comme je vous l'ai marqué itérativement, ni fonds en caisse, ni subsides, ni crédit, ni

AU PiUNCS 80UTZ0S. 393

Tespoir d'obtenir des uns ni de l'autre. Nëanmoins nous nous deTeodons , et la reVolution ne fait pas de progrès. Si elle n'était pas encouragée ^ elle ferait des pas rétrogrades sur le terrain étroit qu'elle a choisi pour le centre de ses folles et criminelles entreprises.

Dans cet état de choses, M. Gordon de retour de son ambassade à Constantinople est arrivé à Nauplie après avoir visité Athènes. J'ai Thonneur de connaître M. Gordon depuis longtemps, ayant été en relations d'affaires avec lui à Vienne, à Carlsbad, à Laybach et ailleurs. Nous nous sommes donc entretenus longuement à cœur ouvert sur la déplorable situation de la Grèce. Je lui ai fait part avec un entier abandon des observations que j'avais pris la liberté d'adresser à Milord Palmerston, et de celles que j'ai consignées dans le mémoire destiné à la conférence de Londres.

M. Gordon semble avoir jugé des hommes et da choses comme un personnage de sa sphère le doit, et les vœux qu'il m'a témoignés le prouvent. II a désire contribuer à rétablir en quelque sorte la confiance entre les représentants des cours alliées, les commandants des stations et le gouvernement, et leur faire adopter d'un commun accord des mesures au moyen desquelles on puisse arrêter dans leur source les menées révolutionnaires, au moins jusqu'à ce que la conférence de Londres se prononce ou que le congrès. national soit assemblé.

Je ne vous répéterai pas les longs entretiens que j'ai eus avec M. Gordon. Vous en aurez une première idée

394 DS MAUPLIS. — 8SPTBHBRK 1831.

dans la copie ci-jointe d*un billet que m*a ëcrit hier ma-* tin M. le baron Rukmann , et dans la courte réponse que je lui ai faite.

Le courrier de ce jour partira avant que la négociation dont M. Gordon a eu rextrême bonté d*être Tintermëdiaire ait un dénouement. Ce que je puis vous dire cependant d'avance , c*est qu'elle ne peut avoir de suite 9 que pour autant que le gouvernement s'assurera que les Hydriotes sont mis dans Timpossibilité matérielle et morale de continuer leurs pratiques hostiles contre le gouvernement et les provinces de Tétat, tant dans rArchipel que dans le Péloponèse et dans la Grèce continentale.

Ils seront dans Timpossibilité matérielle, lorsque les commandants des stations alliées leur auront enlevé les moyens de faire sortir du port d'Ilydra des bâtiments armés, ou lorsqu'ils n'auront plus en main des gages qui leur donnent une pleine et entière sécurité à cet égard.

Ils seront dans l'impossibilité morale, lorsqu'en prenant ces mesures on procédera dans des formes qui puissent convaincre les hommes de la révolution et tous les Hellènes de la haute improbation dont les représentants des cours alliées frappent les projets insensés et coupables, qui menacent des suites de l'anarchie ce malheureux pays.

Hors de là, tout ce qu'on ferait dans un système de prétendue conciliation aggraverait le mal, et rendrait peut-être inefTicace plus tard l'action salutaire d'un

AU PRiNCK soimos. 395

Ma conviction est à cet ëgard aussi profonde cpi*invariable; M. Gordon parait ne pas en douter. Nous allons voir ce qui en résultera; mais je ne m*attends à rien de bien satisfaisant, et la raison en est que Messieurs les residents et Messieurs les commandants se sont trop avancés avec les coryphées de notre essai révolutionnaire.

Ils ont pensé, et ils pensent encore, que le peu d*liom« mes dont ils se sont laissés entourer depuis deux ans, représentent la nation. Ils ont accordé à ces honunes pleine confiance. Ils ont répété peut-être à leurs cours les infonnations qu*ils leur ont données* Messieurs les résidents et Messieurs les commandants sont donc dans la pénible nécessité de les soutenir. Il ne leur suffit pas de les sauver. Ils veulent plus : ils veulent leur garantir une espèce de considération et d'influence , si ce n*est dans le pays, au moins auprès de leurs cours.

Toute la question est là. Je n*ose pas me flatter que M. Gordon puisse la trancher de manière à satisfaire Messieurs les résidents et Messieurs les commandants, et à obtenir en même temps Tassentiment du gouyemement provisoire.

Quelles que soient mes dispositions persolinelles à tout concilier, je ne puis pas y donner suite au prix des devoirs que j'ai h remplir pour répondre à la confiance de la nation.

En jetant un coup d*œil sur Tensemble des faits, il me semble démontré jusqu à la dernière évidence que le (gouvernement a toujours voulu ramener les hommes

39G DK MAUPLIX. — : 8SPTfiMBR£ 1831. •

égares I par la voie de la persuasion et non par eelle de la force.

Tant quMls n*ont fait que parler, ëcrire des adresses, et imprimer des libelles , il les a laisses faire. Les menées et les complots datent du mois de janvier. Quelles mesures le gouvernement a-t-il prises pour les arrêter P Aucune. Il a voulu que ces hommes fussent jugés par leurs œuvres. Il a voulu plus : il a mis à Te'preuve la nation. Il js*est dit : Si elle sait apprécier ses véritables intérêts, elle ne se laissera pas ébranler, et elle demeurera tranquille. Cette attente n*a pas été trompée. La nation en masse a rejeté et rejette les projets coupables de nos révolutionnaires, quoique appuyés au moins par les apparences d'une protection imposante.

Mais le gouvernement pouvait-il, devait-il, laisser ces hommes agir hostilement contre lui, et ce qui est plus encore, contre les provinces amies de Tordre et de la tranquillité? C'est alors, et ce n*est qu'alors, qu'il a du se garantir au moyen de la force.

Tel est le point de vue sous lequel je vous engage à faire envisager nos tristes affaires et la position du gouvernement, toutes les fois qu'il s'agira de faire des apologies. Je répugne à croire que la conférence de Londres vous place dans cette nécessité.

Les expéditions que les Hydriotes ont faites à Maïna portent leur fruit. On se bat dans les montagnes. J'ai été obligé de mettre à l'abri d'un coup de main Calamata et Mistra. En attendant, la piraterie a commencé

AD PRIMCX 80CT206. ^97

sûr les côtes du Magne. J*y ai envoyé trois de nos bàti«> ments. J*ignore ce qu*ils pourront (aire.

Les choses restant dans Te'tat actuel , c*est-à-dire si Tinsurrection continue à être protégée, le mal empirera tous les jours davantage. Il sera plus tard difficile , sinon impossible, d*y remédier. Pendant qu'il en est temps encore, tout peut être sauve'. L'ordre peut se rétablir : mais il faut que la confe'i^nce de Londres se prononce; il faut qu'elle envoie des subsides. Ce sont les deux conditions de rigueur.

Insistez sur ces points. Faisons notre devoir; Dieu fera le reste.

P. S, Les protecteurs desHydriotes se plaignent main* tenant que le gouvernement ait mis en accusation les promoteurs de la catastrophe de Poros.

En réponse j'ai fait une observation, sur laquelle il im* porte que vous vous arrêtiez en cas de besoin.

L'attentat de Poros a été consommé le 1 .(13) août. Le rapport du ministère de la justice et la proclamation du gouvernement portent la date du Id (26). Que s'est-il passé dans cet intervalle?

Messieurs les commandants des stations alliées ont déclaré aux Hydriotes que leurs bâtiments ne sortiraient pas du port; et que s*ils sortaient, ils y seraient refoulés, et qu*une croisière allait être établie h cet effet.

Malgré la déclaration, malgré la croisière, ti'ois expéditions ont passé sous les yeux du brick chargé de la

398 DB NAUPUS. — 8BPTBHIIIUB 1831.

croisière : Tune pour SalaminCi Tautre pour TArchipely et la troisième pour Maïna.

Ce n'est que lorsque le gouvernement a reçu les rapports de Salamine, de Maïna ^ de Syra et de Siphnos, qu'il a signe la proclamation du 14 (26) ^ et expédie des troupes sur la côte du Péloponèse opposée à Tile d*IIydi'a. Pouvait- il se dispenser de prendre ces mesu* res? Il a laissé aux Ilydinotes le temps de reconnaître leur crime, et de revenir spontanément sur la route du devoir et de Thonneur. Il leur aurait pardonné; ils ne Font pas voulu.

Si les déclarations de Messieurs les commandants des stations alliées étaient vraies et formelles , en ne s'y conformant pas les Ilydriotcs n'auraient-^ils pas dû perdre tout droit quelconque à Tintervention de Messieurs les commandants et de Messieurs les résidents ? Tout au contraire : ces messieurs les protègent encore.

Je reviens avec une peine inexprimable sur ces observations. Vous en ferez Tusage que vous jugerez le plus nécessaire.

Nauplle» T-r septembre 1891.

C*est en éprouvant une peine et des regrets que nous ne saurions pas assez exprimer^ que nous sommes encore

A ■• wAWMMm. 399

de iKHiTCAa dans Tobligation de ferenir mr les qoertioiifl que molÎTe TofEce que tous nous ayes fiul rhonncnr de nous adreMer en date du 1 (13) de ee mois.

Noos ne les dbcolerons pas une antre fois; mais nous licfaerons de les placer dans leur jour TéritaUe, afin que si le ministère de S. M. Britannique Tcut s'en occuper, il puisse !e £iire avec pleine connaissance de cause.

Le gouTemement a donné a Messieurs les résidents des cours alliées, ainsi qu a llessieurs les commandants de leurs stations, l'assurance qu'il n'avait nullement Tintention de chasser par la force des armes les Hydriotes révoltés des bâtiments et de l'arsenal de Porcs. C'est pour cela qu'il a demandé li Messieurs les résidents la déclaration qu'ik ont donnée le 20 juillet (1 août), et qu'il a insbté auprès d'eux, pour que les commandants des stations voulussent bien se charger de donner suite aux injonctions exprimées au nom des cours alliées dans la dite déclaration.

Si en vous rapportant donc. Monsieur le résident, a ce moment et à celte déclaration, vous avez donnéàTun des pétitionnaires l'assurance qu il n'avait rien à craindre, vous avez fondé votre conviction sur celle oîi était le gouvernement, savoir que la déclaration solennelle que Messieurs les commandants des stations avaient iaite aux Hydriotes aurait sufli pour les engager à se retirer.

Nous avons appris avec autant de surprise que de peine que les Hydriotes rejetaient hautement les injonctions de Messieurs les commandants, et que Messieurs les

400 D« MACPLnt. ^-' aSPTBHBRB 1831.

commandants jugeaient convenable , non«seulement: de ne pas insister au moyen de mesures coercitives, mais de conférer sur cette opposition de la part des Hydriotes avec vous, avec Messieurs vos collègues^ et avec nous.

Les Hydriotes ont fait plus dans ces entrefaites} ils ont commence les hostilités contre les bâtiments russes sous les ordres de M. Tarairal Ricord.

N*était-il pas temps alors de provenir les pétitionnaires, et de les engager a mettre en sûreté leurs propriétés ?

Par leur réponse hautaine, et par le fait des hostilités commencées de leur part, les Hydriotes ont assez donné la mesure des désastres que leur aveugle malveillance amoncelait sur la ville de Poros, soit qu ils fussent contraints de vive force, soit qu on les eût strictement bloqués dans le port et dans Tenceinte de Poros. . Plusieurs jours se sont passés avant la catastrophe. Pourquoi donc Monsieur le consul n*a-t-il pas soigné les intércts des étrangers qui jouissent de sa protcctiohP

Nous regrettons que le fait du bâtiment nolisé par les pétitionnaires et retenu par les troupes n*ait pas été alle'gue dans leur pétition. Nous aurions tâché de prendre des informations : mais quand même ce bâtiment aurait été retenu pour le service public. Monsieur le consul n*aurait-il pu en trouver d'autresP

Assurément le moment n'était pas le plus opportun, attendu que les Hydriotes avaient commencé les hostilités; mais alors, nous le répétons, Monsieur le consul

À H. UAWKIIIS. 401

aurait pu sauver dans sa propre maison ces effeU. Leur volume n*aurait pas été embarrassant, du moins à en juger par les listes données par les pétitionnaires.

Nous ne pouvons non plus admettre que rexécution des mesures du gouvernement dans la ville de Poros se soit faite précipitamment. La bande armée sous les ordres de Karatassos devait couvrir la fuite des marins, et c est pour cela quelle combattait contre les soldats du gouvernement.

L*entree des troupes ëtait-elle précipitée, lorsque les Ilydriotcs avaient allume des mècbes pour faire sauter Tarsenal, les bateaux li vapeur, les magasins à poudre et par conséquent la ville ?

Nous ne pouvons admettre finalement dans aucun cas que tous les Hydriotcs puissent être responsables envers les étrangers auxquels la catastrophe de Poros aurait apporté des dommages.

Si Ton admettait ce principe, on caractériserait la révolte comme une guerre civile, et le gouvernement se garderait de se méprendre ^ ce point sur ses propres devoirs envers la nation qui lui a confié la direction de ses intérêts les plus chers.

Nous finissons, Monsieur le résident, par vous prier de mettre sous les yeux de votre gouvernement ce peu d'observations, conjointement avec celles que nous avons eu rhonncur de vous adresser en date du 1 6 (28) juillet. Nous ne doutons pas que les ordres que vous recevrez ne soient conformes à Topinion que nous avons énoncée.

TOMB ir. 26

402 DB MAUPLIX. — - 8BPTKHBU t83l«

Nous TOUS rëpëtons encore qa au moment où les finan-> ces de Tëtat sortiront de Textrême détresse oh elles se trouvent dans ce moment , nous serons empressa d'offrir quelque soulagement aux pétitionnaires qui ont des titres à votre intervention.

Nauplie, ^ leptembre 1SS1.

Le gouvernement provisoire de la Grèce s*empresse d^ vous transmettre ci-jointe la copie d*une communication importante qu il vient de recevoir de la part de M. lé général Guéhencuc, commandant les troupes françaises dans les places de la Mcssenic^ ainsi que de la réponse qu il va lui adresser par le courrier de ce jour.

Il vous prie ^ Monsieur le baron ^ de vouloir bien ac* corder votre attention a ces deux documents^ et de faire part \ M. le général Guéhëncuc de votre opinion^ tant sur les explications que sur les propositions que renfer* me la réponse du gouvernement à son office du 17 de ce mois.

En mettant ces pièces sous les yeux de votre gouvernement ^ il vous sera facile de ne plus laisser de doute sur le caractère véritable des mouvements révolutionnaires qui partent du foyer dllydra^ et que la mal-

. AO iAMOH Dk KOOKll, 403

▼eillanoe fiche de répandre aujourd'hui dans le Pâoponèse.

L'incendie de Poros et le pillage dont ëtail menacée Caiamata, en disent plus que tout ce que le gouvernement pourrait ajouter sur ces tristes circonstances.

Il ne doit pas vous laisser ignorer, MonsPeur le baron , que déjà les cotes de la Messénie commencent à être infestées de pirates.

Nous portons le contenu du présent office à la connaissance de Messieurs vos collègues.

Nauplie» -- sqiteiiibre 1831.

Désirant vous épargner des communications officielleSi je vous transmets ci-jointe confidentiellement la copie de la lettre que M. le général Guékéneuc m'a écrite, ainsi que celle de la réponse que je lui adresse/

* Cet officier, succeMeur du gëoëral Schneider en Morëe, avait de m propre autorité fait occuper Calamata par les troupes françaises. La copie de cette correspondance manque aux archives du président i nais voici la réponse du résident de France.

Nauplie, 22 septembre ISSI.

Monsieur le comtOi J*ai re^u le billet confidentiel que Votre Excellence

404 DS HAIIPUl. — 8EPTBHBES 1831.

Je TOUS réitère en même temps ici la prière de TOuloit* lui faire part de votre opinion sur les mesures que je lui -propose. Mon courrier partira demain avant midi, et il est à votre disposition , si vous voulez écrire au gene'ral par cette occasion.

m'a faitllioDneur de m*ëcrire» et je la remercie de la commtioicAtion qu'elle reut bien me dooner des obsenratioos qu'elle adresse À M. le général Guéhëneuc au sujet de roccupatton de Galamata par un bataillon de la brigade française.

Le gënéral m'avait également Informé de ce mouTcment de nos troupes» et quel que puisse être le motif qui a déterminé celles du gourcmement grec chargées de défendre cette place» à l'abandonner» je pense comme lui qu'il n'y avait pas un moment à perdre pour la préserver du pillage dont elle était menacée.

Quant aux dispositions ultérieures que Votre Excellence se propose de prendre pour obliger les Maïnotes À rentrer dans leurs montagnes el à n'en plus sortir» elles sont toutes militaires. Je ne saurais» ainsi qu'elle reut bien m'y inviter, émettre à cet égard aucune opinion k l'égard du général, et c'est h lui qu'il appartient déjuger de leur opportunité.

Persuadé d'ailleurs qu'il n'a eu d'autre but en faisant marcher des troupes sur la Mcsscnie, que de sauver cette province de la dévastation et du pillage, et de donner au gouvernement grec une nouvelle preuve de l'appui que nous n'avons cessé de lui prêter pour le maintien de l'ordre el delà tranquillité, je ne doute pas non plus queVotre Elxcellcnce ne trouve M. le général Guéhcncuc entièrement disposé à s'entendre avec elle sur l'emploi des mesures qui pourront contribuer h mettre pour le présent comme pour l'avenir les places de la Messénie à l'abri de nouvelles incursions des Mainotes, et des dangers dont l'envoi des troupes françaises vient de la préserver.

J'ai répondu à M. le général Guéhéneuc par un de nos bricks que M. le commandant Lalande a expédié cette nuit pour Navarin» et je ne pourrai profiler de l'occasion que Votre Excellence a bien voulu m'oflrir.

Signé, Baron A. de Rouur.

AV PIUIIOI lOOTXOSi 40&

Nauplle» -r teptMBbre 1831.

M. deRegny est arrivëi et il vient de me remettre rotra lettre du 10 (22) août. Vous ne m^accusez que la rëcep* tion des miennes en date du 1 (13) juillet. Cellea qui les ont suivies jusqu*à la date du 31 du mois passe, et que je vous ai expédiées par la voie d^Ancône et de Modon, doivent à cette heure vous être parvenues. J*aime à espérer que , muni de toutes les informations qu*elles vous apportent , vous aurez pu remplir avec succès la tache importante que la confiance du gouverrï^ment vous a assignée.

Je continuerai d'abord le récit de nos misères. Je vous avais annonce par ma dernière du 31 août (12 septembre ) les négociations amicales de M. Gordon ; mais en même temps je ne vous ai point laisse ignorer le peu d*espoir que j*entretenais d*un résultat satisfaisant.

Les pièces ci-jointes sous les lettres A et B vous prouvent que je ne me suis pas trompe'. La première est un projet de note verbale dont la rédaction appartient , me dit-on, à M. le commandant Lalande. M. Gordon en me la communiquant confidentiellement a reconnu avec moi qu*il m'était impossible de l'admettre. L*esprit dans lequel cette pièce était conçue , les termes dans lesquels elle exposait Tétat des choses , les mesures enfin qu'elle

406 DB HAUPLIB. — * SBPTBHBIUB 1831.

proposait pour y remédier, tout ëtait de nature à encourager d'une part l'insurrection , et de Tautre à déconside'rer le gouvernement. Le peu de notes dont j*accom« pagne cette pièce vous donnent le résumé de mon entretien avec M. Gordon.

Ayant reconnu , comme je viens de vous le faire observer, qu*il m'était impossible de recevoir une semblable communication et de consentir aux mesures qu'elle proposait, M. Gordon prit la plume, et voulut bien tracer sur le papier la courte proposition que je lui exposai de vive voix. C'est l'annexe sous la lettre B.

Après avoir expliqué encore une fois à M. Gordon toute ma pensée sur la situation intérieure du pays, je l'ai instamment prié de solliciter les décisions déûnitivés de la conférence, ne fût-ce que sur les deux questions vitales, c'est-à-dire la nomination du prince souverain et les subsides.

M. Gordon est parti le jour même, et j'aime à me flatter qu'il ne tardera pas à informer Milord Palmerston des faits dont il a été témoin durant le peu de jours qu'il est resté ici.

Le lendemain du départ de M. Gordon , Messieurs les commandants des stations alliées m'ont fait Tlionneur de venir me voir^, Ils m'ont parlé de deux propositions que M. Gordon leur avait communiquées. J'en ai pris connaissance, et je leur ai répété que j'étais prêt à les adopter, et à concourir de tous mes efforts pour que les mesures qu'elles indiquent soient mises à exécution.

AO PRIHCB MHinos. 407'

M. Lalande qui portait la parole de la part de $e$ collègues revint alors sur la nécessite d*accorder aux Hydriotes la liberté de fiiire sortir leurs bâtiments de commerce 9 et de leur promettre en même temps qu*ib seraient reçus dans les ports de Tëtat.

Il serait trop long , mon prince , de repeter ici toutes les observations que j*ai dû faire à H. Lalande ^ pour lui démontrer que le gouvernement ne pouvait consentir ni. à Tune ni à Tautre de ces deux demandes.

Ma conclusion a été : que les Hydriotes rappeUent tous les bâtiments armés qu'ils ont expédiés sur les côtes du Péloponèse et dans la mer Égee; qu'ils dcfsarment; qu'ils montrent par le fait qu'ils ne sont plus en état d'hostilités envers la nation et le gouvernement. Alors le gouvernement pourra leur ménager le moyen de ravitailler leur lie; peut-être même celui de la réconciliation y non avec les hommes sur lesquels pèse l'accusation de haute trahison, mais avec la communauté dHydra, laquelle est victime innocente de tant de crimes et de folies.

Voyant que nulle insistance ultérieure ne pourrait me faire changer de détermination , M. Lalande se chargea de faire connaître aux Hydriotes les conditions auxquelles ils obtiendraient les sûretés que je venais de donner à Messieurs les commandants. Pour hâter ce résuU tat, ces messieurs sont convenus de faire arriver à bord de leurs bâtiments une députation d'Hydra.

Dans les entrefaites j*ai appris que dans Tile on pré-

408 DB NAUPIJE. — SKPTfiVBIlE 1831 •

parait une nouvelle expe'dition de trois bâtiments armes* J*en ai pre'venii moi-même Messieurs les commandants ^ et je leur ai déclare' que si, au moment oii ils hono* raient encore les hommes d'IIydra de leur intérêt , ces derniers leur manquaient au point de faire une nouvelle expédition, je ne consentais plus à la possibilité d*un arrangement quelconque.

M. Lalande me répondit qu*il savait bien qu*on armait des bâtiments , mais qu*il était assuré que c*étaient des bâtiments qu*on destinait au commerce.

J*insistai à mon tour auprès de lui, comme auprès de M. Tamiral Ricord, pour que ces bâtiments fussent empêchés de sortir.

Peines perdues. Les bâtiments armés sortirent, en surprenant la vigilance des croiseurs. Deux se rendirent dans les îles de Zéa et de Thermia, pour châtier les habitants qui avaient rejeté leurs agents révolutionnaires , et qui avaient appelé à leur secours le brave Canaris. Un troisième, dit-on, est allé renforcer la division hydriote qui travaille à insurger les hommes de Liméni et de Calamata.

Cest sous ces auspices que la députation d*Hydra cmbaixjuée sur un brick français vint dans le golfe de Nauplie, et que M. Lalande me lit dire par un de ses ofliciers quMl désirait connaître mes intentions.

Ma réponse a été courte et claire. La voici : u Du mojpient que les Hydriotes ont manqué à tout ce qu*ils dexaient au bienveillant intérêt de Messieurs les comnum-

AU PIUHCX SOUTZOâ. 409

danta, et qu'ils ont fait partir leurs bricks armes maigre leurs déclarations réitérées et le blocus, il m'est impossible d'admettre que Messieurs les commandants puissent désormais compter sur la parole de ces gens-là. Par conséquent je ne puis plus consentir à ce qu'on leur promette rien , mais rien au monde , au nom et de la part du gouvernement. »

J'ai fait la même réponse à M. l'amiral Ricord, et je me suis abstenu de toute autre explication. La députation est retournée à liydra. J'ignore ce qui en adviendra.

Si ces gens rappellent tous leurs bâtiments , s'ils renoncent à se considérer comme le noyau autour duquel doit bientôt se grouper une soi-disant représentation nationale ; en un mot s'ils veulent et peuvent demeurer paisibles dans leur île, et que les faits m'aient assuré que telle est leur situation et leur détermination, assurément je ne persisterai plus alors dans les mesures de rigueur dont je les environne dans ce moment. Les principales consistent dans quelques troupes que j'ai fait camper sur la côte du Péioponèse opposée à Ilydra, et dans les ordres donnés aux employés du gouvernement de ne pas recevoir dans les ports de Fétat les barques et les bâtiments d'Hydra.

Les choses en sont restées là jusqu'à ce moment, pour ce qui concerne le foyer de T insurrection.

Il n'en est pas de même d'une de ses émanations , le foyer de Liméni. Les bâtiments hydriotes échappés, diton, à la croisière arrivèrent à Liméni. Les brigands qui

410 DS MAUPUS. — SSPTSnBllS 1831.

8*y tenaient assembles, sans cependant ayoir ose rien entreprendre depuis le mois de mai , reçurent une députation d*H)rdra , laquelle leur apporta enfin des déclarations , des munitions de guerre , des vivres, et qui plus est une somme d*argent conside'rable.

Le projet de cette de'putation révolutionnaire était d'armer les Spartiates en masse, de les pousser d*une part vers Calamata, dans les provinces de la Messénie, de là vers Tripolitza et, s'il était possible, jusqu'à Argos; de Tautre par Marathonisi et Mistra.

Les Spartiates ont rejeté les ofEres de la députation dllydra; et à Texception des Mavromichalis, et de 5 à 600 hommes qui ont été gagnés par de fortes paies , le reste des provinces est demeuré tranquille et attaché au gouvernement.

Les Mavromichalis avec leur suite , aidés par les bâtiments hydriotes, se sont présentés aux environs de Calamata. Ils ont même occupé cette ville. Les troupes que j'y avais envoyées pour la défendre auraient suffi, si les bâtiments de Tétat étaient arrivés à temps.

Le retard qu'ils ont mis à se rallier à cause des temps contraires, et une foule d'autres circonstances, ont favorisé les insurgés. Calamata a été pillée, dévastée, rançonnée par ces héros constitutionnels.

Au moment où les bâtiments étaient arrivés, et que des renforts considérables de troupes s'assemblaient aux environs de Calamata, au moment où ces troupes allaient prendre des positions pour forcer les Maïnotes et

AU PUirCB 80im06. 411

lesHjrdriotes à se retirer, M. le général Guëhëneuc se décida de son propre mouvement à j envoyer un détachement de ses troupes.

Je joins ici sous les lettres C , D , E , la lettre qu*il m*a adressée , la réponse que je lui ai faite , et celle aussi que M. de Rouen me donna , par une suite de la communication confidentielle que je lui fis de cette correspondance.

Je ne doute pas que M. le général Guéhéneuc n*admette ma demande. Si je dois cependant m*én tenir aux informations que je reçois à chaque instant 9 et de Calamata et des villages et des faubourgs qui sont entre les places de la Messénie et ce point central, les Français ont répandu le bruit qu'ils vont occuper militairement Calamata, et qu*ils y resteront jusqu'à ce que le général re> çoive des ordres de Paris.

Ces bruits me semblent tout à fait malveillants, et je ne veux leur donner aucun crédit. Au surplus je ne puis en juger que sur le témoignage des faits, et la réponse que le général m'enverra en constatera le principe.

Jusqu'ici cependant il parait que le commandant Barthélémy a aussi voulu occuper Nisi , où se trouvent assemblées les troupes du gouvernement sous les ordres du général Colocotronis. Sur l'invitation qui lui a été faite de se retirer, il a répondu comme il devait. Il a déclaré qu'il ne bougerait pas, h moins qu'on ne lui présentât un ordre du gouvernement.

412 DX MAUPUS. *— 8BPTBBIBIIS 1831.

Si avant le départ du courrier je reçois la réponse du gênerai Guëheneuc, je tous en ferai part.*

Je Tiens aussi de recevoir la nouvelle qu*à Tarrivëe de la petite division des bâtiments de Tëtat et de M. Vamirai RIcord dans le golfe de Calamata, les insurges ont mis le feu à trois de nos bâtiments et en ont fait échouer un.

Ces nouvelles catastrophes et Tinvasion de Calamata ont produit un double re'sultat, lequel est utile , queb que soient les regrets et la peine que doivent faire éprouver les circonstances dont il dépend.

11 est prouvé de Taveu même du général Guéhéneuc (voyez sa lettre) que la soi-disant commission constitutionnelle de Liméni , ainsi que son auxiliaire la commission constitutionnelle d^Hydra, est un assemblage de brigands dont le mouvement ne peut produire que spoliation et anarchie.

Il est prouvé en second lieu que la totalité de la population guerrière de Sparte est restée inel)ranlable dans ses sentiments envers le gouvernement, et qu'elle veut Tordre et la tranquillité , même à^Sparte.

Il est prouvé en troisième lieu que le Péloponèse réprouve les menées révolutionnaires des Hydriotes, attendu que le général Colocotronis a sous ses ordres 1,500 hommes de la milice de toutes les provinces.

* GeUe demande du prësideni au gënëral Guëhëneuc ëlait de laisser CUilamata aux troupes du gouvernement. 'La repense fui nëgalive; nais elle manque aussi aux archives du prësident.

AU PRINCX 80UTZ06. 413

Si les dispositions des habitants de ces proTÎnces étaient difiëi^entes , nul doute que les constitutionnels de Sparte et d'Hy dra n*eussent fait des progrès. Ni le temps, ni l'argent , ni la protection , ne leur ont manque'.

Non le temps} parce que Tincendie de Poros et la desorganisation complète du service de la marine ayant enlevé au gouvernement les moyens d*armer promptement des bâtiments, lesHydriotes ont eu Tavantagede se montrer sur tous les points des côtes de Maïna pendant environ six semaines.

Non Vargent} ils ont apporte avec eux environ 50,000 francs. Le gouvernement n*a jamais eu en caisse et disponibles dans ces périlleuses circonstances au delà de 15 à 20,000 fî^ancs, et n'a pu payer les marins et les soldats qu'avec de petits à-compte et avec des assignations.

Non la protection} parce que après les déclarations de Messieurs les commandants des stations alliées et maigre la croisière, la sortie des bâtiments hydriotes est envisagée par les Grecs comme une forte présomption en faveur de la protection dont jouissent les insurges de la part des Français et des Anglais.

Plusieurs auti^es circonstances les confirment dans cette opinion. Quelques officiers français radicaux approuvent et encouragent dans leur particulier les menées qui ont pour but un pre'tendu changement constitutionnel dans Tordre intérieur du pays.

On va même jusqu'à re'péter que les hommes de Li-

414 DX VAinPLIl. — - aiPTIBIBIIB 1831.

mëni ont reçu de Modon et de Navarin des munitions de guerre.

Tout ceci peut tourner à mieux. Ces opinions peuvent se rectifier, si le gênerai Guelieneuc retire de Calamata sonde'tachement. Dans le cas contraire on ne persuadera pas aux Grecs que les Maïnotes n*agissent point par une impulsion étrangère.

Les Mavromichalis, ainsi que les Hydriotes, sont restés à Calamata , et sont maintenant sous la sauvegarde des troupes françaises.

Peuvent-ils y rester sans produire une impression défavorable dans Tesprit de la nation qui les improuve, qui les combat, qui les maudit, parce qu'ils veulent troubler la tranquillité intérieure, tranquillité que d'ailleurs on leur recommande de maintenir au nom et de la part des Puissances alliées P

J*aime à espérer, mon prince, que vous n'aurez pas besoin de faire usage des informations que renferme la présente pour hâter les décisions de la conférence de Londres.

Ces décisions doivent être prises à cette heure. Mais vous en ferez usage pour démontrer à LL. EË. qu*ib n'ont plus de temps à perdre.

Les faits déplorables que je vous retrace viennent vous démontrer que je ne me suis pas trompé en jugeant depuis le mois de mai de notre situation , des causes qui la rendent périlleuse et critique, et des remèdes que j'ai sollicités et que je sollicite en vain depuis lors.

AO CnVALlU XYVAID* 415

Je TOUS répète et je tous autorise à rëpëter, que je ne déTierai pas de ma marche. Je ne trahirai aucun dé mes dcToirs. Je les remplirai tous jusqu'au dernier moment.

Loi'sque j'aurai la conTiction de ne pouvoir plus rien faire pour sauver ce malheureux pays des horreurs de la guerre civile , de l'anarchie ou bien d'une occupation militaire, je mettrai sous les yeux de la nation Grecque et du monde l'historique vrai et sincère des choses et des hommes, et je me retirerai en emportant avec moi le plus grand des biens, la puretë et le repos de ma conscience.

Il me reste à vous dire un mot du congrès national. Les élections commencent, à se faire. La plupart des pro« vinces ont préfère des hommes nouveaux pour ple'nipo* tentiaires. Le^ nominations sont bonnes. Je ne presse pas la reunion. Elle devrait avoir lieu après-demain. Il se, peut qu'elle tarde encore un mois. Je le désire pour que les îles de l'Archipel aient le temps d'envoyer aussi leurs de'putés. D'ailleurs il se peut que jusque-là la conférence de Londres nous ait fait connaître ses décisions, soit définitives, soit transitoires.

%S^ x^é. €e {ûAcuauJ^ âpynata^ à Z^enette.

Nauplie» — septembre 1SS1.

Mon cher Eynard, M. de Regny est arrivé. Je viens

416 DX NAUPUl. — SXPTSnBlIt 1831.

de le voir; il m*a remis votre lettre du 5 du mois passe.

Je TOUS remercie infiniment du secours que tous m^en^ Toycz dans cet homme , qui me paraît aussi être celui que je cherche depuis longtemps.

Il dînera demain chez moi avec les employa des finances. Il tachera avant tout de connaître Tctat actuel de no* tre administration ; il me donnera ensuite ses idces.

Dieu Teuille que dans ces entrefaites les cvënemcnts du dehors me laissent les moyens et le temps d'utiliser M. de Regny. Je vous dis les événements du dehors, parce que nos petites echaufTources révolutionnaires ne sont que la conséquence directe et immédiate de ces mêmes événements, et des efforts des hommes qui les exploitent a leur avantage personnel.

Ces hommes ne sont pas seulement ceux qui composent la clique dllydra; il y en a d'autres ici même à Nauplie^ qui les poussent. Ce sont ces derniers dont les événements du dehors devraient nous délivrer. Sans cela ii la longue il n*y a pas de salut véritable pour ce malheureux pays.

Au moment où je vous écris, je n*ai pas un sou en caisse. Je fais néanmoins aller le service avec une espèce de papier-monnaie , que le gouvernement reçoit en son temps en paiement des revenus et des droits de douane.

Cet expédient réussit, mais cela ne peut pas aller longtemps. Il faut du crédit, et le gouvernement ne peut pas en avoir, lorsque les cours alliées lui promettent depuis six mois des secours pécuniaires sans les lui donner; lorsque les commandant; des stations et Messieurs les résidents

AU CmrAURR SYIIARD. 417

lie France et d*Angleterre témoignent de Tintëret aux hommes assemblés à Hydra, lorsque enfin les incertitudes planent sur ce même gouvernement, que Talliance préfend étayer de son appui moral.

Cen est assez sur ce grand et triste chapitre.

Quelques personnes et quelques journaux se montrent peu satisfaits du gouvernement grec: je ne m*en étonne pas, vu leurs opinions politiques; cependant le témoignage qui me paraît le seul irrécusable est celui des faits, et les faits prouvent que le gouvernement na éloigné des affaires et du service que ceux qui mal versaient ou qui intriguaient contre Tordre actuel des choses et qui tâchaient de le renverser. Le général Schneider qui est arrivé en France, donnera, j'espcre, des renseignements qui ne seront pas défavorables au gouvernement grec.

Ni la crainte des intrigues et des intrigants, ni celle des longues colonnes de quelques journaux, ne me fera dévier de ma marche. On dira, on écrira ce qu on voudra^ mais a la longue les hommes ne sont pas jugés d'après ce qu on dit ou écrit de leurs actions, mais d*apres le témoignage de ces mêmes actions. Fort de cette maxime, j'ai vécu dans le monde avec ces principes jusqu'au déclin de ma vie, et je m*en suis bien trouvé. Il m'est impossible a cette heure d'en changer; je ferai ce que je dois, advienne ce qui pourra.

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