EXTRAIT DE LA CORRESPONDANCE DU PRINCE LEOPOLD
HEliATlVSMENT A LA SOUTEAAIirBTB OB LA GHÈCB.
N* 1 • Milord Aberdeen au prince Léopold*
Argyll-House^ 30 jaurier 1890.
Avant de transmettre officiellement au prince Léopold les protocoles qui Tont être incessamment signés» Milord Aberdeen se croit obUgé de rerenir sur les obsenrations que S. A. lui arait faites la yellle» et qui semblent marquer Téloigneroent à accepter la souTcraineté de la Gréée» dans le cas oîi Candie ne ferait pas partie du nouTcl état Grec.
11 ne pouTait encore une fois qu'en témoigner une rire surprise. S. A. arait sans doute le droit de refuser la soureraineté, même a présent. Elle pourait aroir des raisons suffisantes pour changer d'opinion» Milord Aberdeen ne croyait pas nécessaire de le nier ; mais il derait ajouter reapectuensement que rexclusion de Candie ne saurait en aucune manière justifier une semblable décision.
Le protocole du 22 mars fut publié subreptirement peu de mois après dans la gazette d'Augsbourg» et ce n'est que sur ce document que S. A. s pu fonder le désir qu'il conçut d'obtenir la principauté de la Grèce. On y stipule non-seulement l'exclusion de Candie» mais le rassclage du prince; c'était en stricte conformité arec la lettre et l'esprit du traité de Londres; et l'article 10 de la transaction signée à Andrinoplc» en forçont
428 PlicSS V0DITI0MNBLLS8.
la Porte A aceëder au protocole da îl niarf« y donne une novrene confirmation; mais quoique cette convention ne toit aucunement obligatoire» et pour TAnglelerre et pour la France» elle dorait en quelque sorte sanc* tionner les prërisiont du protocole.
II est rrai que Ton a négocié depuie dans le but d'abolir la clatite de •uzerainetë» mais il ne fut jamais question de Candie.
Lorsque S. A. sollicita la coopération du roi de France pour raccom* plissement de ses désirs» et que S. M. T. G. Tout promise définitivement le 20 norembre dernier» on ne fit sans doute aucune mention de Candie. Au retour de S. A. en Angleterre» et lors de la correspondance qu*il eut subséquemment arec le duc de Wellington , qui s'eflbrçait de son côté à lerer dirers obstacles relatifs à la position personnelle du prince Léopold 9 pas un mot ne fut articulé sur Candie.
S. A. n*en parla que mercredi passé» et seulement sur la possibilité qu*il y aurait à entamer par la suite une négociation amicale avec la Porte» afin de rengager à céder cette ile contre une indemnité pécuniaire. Milord Aberdeen lui répondit à celte occasion que le prince souverain de la Grèce serait le maître d'entreprendre des négociations» et qu'à Tégard de Candie le choix du prince Léopold diminuerait considérablement la jalousie qui existerait autrement» dans le cas où Tile de Candie devrait appartenir à tout autre gouvernement qu'à la Porte.
Quelle que soit la coïncidence qui existe entre les sentiments de S. A. et le but politique de quelques personnes dans ce pays par qui elle a peut-être été conseillée» il croit que le prince ne tardera pas à reconnaître combien peu une semblable conduite pourrait contribuer à sa dignité et a son caractère.
Il craint que les Puissances alliées» qui après des retards et des difficultés innombrables» sont enfin tombées d'accord sur le plan qu'elles envisagent comme le. plus désirable pour l'établissement définitif de la Grèce et qui ont offert la souveraineté à S. A. conformément à son propre désir» n'aient aucune intention de négocier avec elle; elles devront nécessairement attendre une accession aux termes de cette proposition» et on ne saurait révoquer en doute que toute réponse conditionnelle ne soit considérée comme un refus de fait de cette souveraineté» dont jusqu'à hier matin on avait tout lieu de croire que S. A. ambitionnait la possession.
fÛSCES ADDITIOVUXIiLIS. 429
N* s. ^Lê prine0 Léopoid â MUarà Jberdêên.
Claremonlf S féirHer 1930.
D*api4t là lellre d« M ilord Aberdeen» le prinee Uopold Toit qu*0 «► TiMge 1m choMt tout un polnl de rue tout à fait diffërent. Les traoM^ tiens de 8. A. A. aree le gourernement brilannique n*ont ea rapport Jufqu*à présent qu'à des affaires domestiques; mais il paraît que le noble lord le oonsidére oomme forcément lié aux clauses d*un protocole dont &• A. prit lecture à la liAte« et pour la première fois^ le 90 du omis passé.
Il s'attendait au contraire :
1*. Que le protocole donnerait une notion précise de ce que la Grèce derak être.
2*. Que le prince aurait non -seulement la faculté de demander des explications « mais celle de donner après une mûre considération une réponse conditionnelle» comme il le jugerait convenable.
S. A. se fondait sur le principe qu'elle dcTait naturellement être par* tie, quoiqu'elle convienne que les circonstances limitaient considérablement ses droits; S. A. n'avait cependant jamais pensé qu'il lui serait interdît d'objecter à toute clause qui lui paraîtrait fatale à Tœuvre qu'elle doit entreprendre. Le prince de Gobourg n'a pas cru en conséquence devoir élever des contestations, avant qu'on lui eût fait ToiTre formelle de la souveraineté. C'est pourquoi il considère même a présent comme prématurées les observations relatives à Candie , qui ont été faites an noble lord le 30 janvier. Loin de partager l'opinion consignée dans sa lettre^ le prince répèle encore qu'il ne voit point le moyen de pacifier la Grèce si Candie n'est pas incorporée au nouvel état.
S. A. doit en outre se disculper de la supposition qu'elle ait puisé dans la gazette d'Augsbourg le désir d'obtenir la souveraineté de la Grèce. Quels qu'aient pu être il y a quelque temps ses sentiments à Tégard de la Grèce y la résolution d'accepter cette ticbe, si on pouvait la rendre praticable, ne date que de la conversation qu'elle a eue depuis peu avec Milord Stuart à Paris.
Jamais le prince ne demanda la coopération du roi de France. S. M. aborda ce sujet d'elle-même A l'audience de congé « disant qu'elle désirait que l'on offrit d'abord la souveraineté au prince Jean , Saxon, et puis au prince de Cobourg. Il ne fut nullement question de Candie, et S. A.
*i30 PlicXS ADDITIONNBLLBS.
nVoUma jamait la question det limilet arec le duo de Wellington La circonttance que S. A, n*ait point appujê fur rallaire de Candi dans l'entrerue du 27 janvier » et d'aroir exprime ensuite plus olairemen ses sentiments dans celle qui eut lieu le 30 arec le noble lord, doit él attribuée & d'autres motifs que ceux qu'il reut bien donner. S. A. arai entendu, il est rrai, qu'on avait rinlention d'exclure Candie, mais qu d'un autre côté rien n'avait été encore dëcidë , et que cette affuire ëtai ouverte à de nouvelles négociations. Elle n'avait d'ailleurs rien appri qui puisse invalider l'opinion générale, que la force des circonstances fi« Dirait par contraindre les Puissances à admettre cette île dans la composition de l'état Grec.
Lorsque S. A. mentionna Candie le 27 janvier, c'était principalement pour apprendre quel pourrait être le meilleur mode de paciCcation dan rhypothése contraire; mais quand elle fut informée que les armes ottomanes seraient peut-être le seul moyen efficace, elle se persuada de plus en plus que l'exclusion de Candie deviendrait un obstacle insurmontablo pour celui qui se chargerait de la direction de l'état Grec. C'est unique* ment par suite de cette conviction, que le 30 janvier dernier elle exprima frAnclieroent son opinion a ce sujet.
Milord Aberdeen s'abandonne a la crainte que les Puissances ne voudront pas négocier avec le prince; mais S. A. ne saurait croire avant d'eu avoir eu la conGrmation , qu'il puisse entrer dans les intentions des Puiaaances que celui qui gouvernera la Grèce doive commencer par se sou* mettre aveuglément à leurs décisions, et abandonner les obligations qu'i contracte dés le moment qu'il accepte leur proposition.
N® S. Milord Aberdeen au prince L^opoid,
Argyll-Mouse, 4 février 1830.
Par suite de quelques expressions contenues dans la lettre du prince, Milord Aberdeen exprime la crainte qu'il n'y ait peutrétre quelque malentendu dans la manière dont S. A. envisage les intentions futures des plénipotentiaires des Puissances alliées, et il s'empresse de l'assurer que, bien qu'ils considèrent les négociations comme terminées, c'est néanmoins leur désir et en même temps ieur devoir -de lui offrir des explications détaillées sur les protocoles. Il se flatte que leur lecture et celle des documenta qui s'y trouvent annexés, pourront tranquilliser les appréhen*
Plias ADDITIOIfNKLLBS. 431
•loM d« 8« A* reUtlTêttent à Candie» et il •'ettinen haurenc de posToIr loi eoBmuniquer tous les renseignemeoU postiblet, soit en se préMnUnt seul ches S. A.» toil ensemble arec ses collègues de France et de Rossie.
H^l. Le princê Ldopoid au due de H^élUngton.
Claremontj îérrlet 1830.
Le prince Lëopold pense que si le protocole du S férrier doit être dû* ment ezëcutë» il aura établi :
!*• Un armistice et une paix de facto, si les moyens pacifiques suffisent à cet effet,
2^ Il aura donné naissance à un état Grec» arec la promesse d*nne indépendance politique.
S*. Il aura tracé des limites suffisantes» sous le rapport de la défense et des rerenus.
4*. Il aura trouTé un souverain pour le nourel état.
Voilà tout ce qu'il contient , et S. A. se trouve en conséquence obligée de s'informer arant de donner son adhésion au protocole» si le traité subséquent contiendra des stipulations telles que nécessite le nourel élat, et sans lesquelles il ne pourrait guère exister longtemps» quoiqu'elle n'en doute aucunement; mais il est de son deroir de s'en assurer d'arance.
S. A. prie le duc en qualité de ministre anglais de rouloir bien écbirer préalablement les doutes suirants :
1®. Dans quelle position l'adliésion au protocole mettra-t-elle le prince Léopold relatJTement au traité subséquent?
2®. Le duc de Wellington doute-t-il que le nourel état Greo soit re* connu par toutes les Puissances européennes?
S®. Croit-il que la garantie ne sera que partielle» et pas aussi complète que le chef futur du gourernement grec doit le désirer et l'attendre?
4*. Quel contingent fourniront les Puissances jusqu'à ce que le gourer^ nement grec derienne stable?
5®. Pour quelle durée et à quelles conditions accordera*t-on le contin* gent» et son séjour pourra-t-il être prolongé au delà de l'époquo coutcnue» si les circonstances venaient à le nécessiter?
6®. Quelle protection aura lu Grèce pour le cas d*inTasion étrangère?
7®. Quels secours reccTrait la Grèce dans le cas que ses ressources se-
•132 PliCfitf ADDITIONNSLIikS.
raient diminuées au point de jMif pouvoir fufBre aux beaolna du gotnremement? S. A. prie le duc de répondre catégoriquement anr ce point » puisjqu*elle apprend que le gourernement prorisoire n*a pu exiater que pat des subsides étrangers « et que ceux-là allaient cesser. l
S\ Quelle sera la base de la politique de la Grande-Bretagne dans leat relations à venir arec Tétat Grec?
11 y a encore quelques points que le prince Léopold doit particulier ment recommander a son attention , et dont le principal est la question de Candie. Gomme il ne peut aucunement voir qu*il soit de la politique anglaise d*exclure Candie, S. A. décèle la crainte que l'intérêt caché qui a présidé a la séparation , n*augure rien de favorable pour le nouvel état.
La Grèce en sera mutilée , appauvrie , exposée continuellement à l'in* vasion des Turcs, et ofTrira une foule de difficultés au chef de son gou* vernement, car les Grecs ne pourront jamais comprendre la nécessite qu*il y aura à en exclure Candie.
Est-il probable aussi que les Grecs perdent de leur sympathie pour de malheureux coreligionnaires ou que ceux-ci oublient qu*ils sont Grecs? Gomme la force sera probablement le seul moyen de pacification , il pourrai t paraître au moins à la nation Grecque que le même traité qui place le prince Léopold à sa tête sanctionne le carnage de leurs frères; et de quels yeux le regardera-t-elle?
Il s'abstient d'entrer dans d'autres détails non moins pénibles qui peuvent le compromettre à Tégard des Puissances et ternir sa réputation. Si donc on ne saurait changer de décisions à l'égard de Candie, S. A. croira de son devoir pour le cas de son adhésion au protocole de demander, non une amnistie turque, mais des engagements solennels. Elle engagera en même temps les Puissances à se prévaloir du paragraphe S du traité de Londres pour obtenir une amélioration dans l'état des habitants chrétiens de Samos et de Candie.
Si Milord Aberdeen a voulu tourner au préjudice de S. A. la circonstance qu'elle aurait dû être préparée par les journaux à l'exclusion de Candie, au moins ne s'attendait-cUe pas & voir de semblables limites au nord-ouest de la Grèce. Le prince les considère comme trop insuffisantes pour ne pas élever les plus fortes objections à leur égard.
Il ne pourra se prononcer qu'après l'éclaircissement de tous ces pointa, et il désirerait d'un autre côté que si l'on communique en attendant sa nomination aux Grecs, ils puissent librement émettre leur opinion sur le choix do leur nouveau souverain.
S. A. entend par Tartide 9 du protocole qu*elle aura le droit de doii-
nICIK ADDITI01liriU.IS.
MTt oo de ■• ptf aooorder les Institatlons eonpatiblet areo une monarehie qtt*elle Jugera nëoef salre aa bonheur de l'étal.
Jusqu'à présent S, A. ne t'est encore consultée areo personne sm* ces ■Mtiéres délicates» et elle s'en abstiendra arsnt d'aroir reçu une réponse du duc 9 et lui aroir désigné la personne à qui elle s'adressera a cet eflet.
fi^ê, Milord H^eUington au prince Ldopold*
Londres f 10 férrier 1090.
Depuis l'eniréTue que le duc de Wellington eut dans la matinée arec 8. A. il a examiné les points contenus dans la lettre du 9« et il espère que les éclaircissements qui se trouvent dans le mémorandum annexé'la met* Iront A même de donner une réponse définitire aux plénipotentiaires.
Mémorandum, le 10 f février 1890.
1*. Il aura établi un armistice et une paix de facto ^ si les moyens pacifiques suffisent à cet effet,
* 2*. 11 aura donné naissance à un état Greo» arec la promesse d'une indépendance politique.
S®. 11 aura tracé des limites suffisantes sous le rapport des rerenus et de la défense.
4®. II aura trouré un sourerain pour le nouvel état.
1®. Pans quelle position l'adhéslon au protocole roettra-t*elle le I prince Léopold rolatireroent au ' traité subséquent?
Le protocole répond à tous ces points 9 et les souverains alliés devront naturellement se charger du soin d'établir la paix entre les Turcs et les Grecs.
Le duc difTéro ici de S. A.
La faiblesse ou la force d'une frontière doit être comparée avec les moyens de Tétat limitrophe» et Ton doit d'ailleurs considérer que le territoire sera garanti. Il ne croit pas aussi qu'une légère augmentation de terrain puisse améliorer les finances.
1®. S. A. R. sera prince souverain de la Grèce en vertu et selon le protocole. Un traité sera nécessaire entre les trois Puissances et la Porte, et peut-être même entre cette dernière et le prince souverain.