‹ Correspondance du comte J. CapodistriasChapitre 27 sur 33 · JIUPPLBHIVT · texte numérisé non relu

JIUPPLBHIVT

indiqués «ont appronmiUft teuknienl^ el qu'il nous a été impossiblo d*en donner de plus précis.

Péloponèse.

jusqu'à 1821. ACTOlLLIinilT.

Ghrëtiens. Turcs. Chrétiens. Tares.*

* Il est à présumer qne par la suite de réracuation de Patras et des forteresses de la Messëoie , il ne reste que quelques indiridus Isolés.

Continent.

Sandjak do Nègrepont comprenant TAttique, llèbes, Lindie, FEubée, Turcochori, Boudounitza, Zeilouni, Talandi, Salona, lidoriki et Malandrino; ou TAttique, la Béotie, la Locride opontienne, TEubéc, la Phodde, la Doride, et une partie de la Locride ozolionne.

Sandjak de Trikala comprenant presque toute la Thessalio; ou les districts modernes de Trikala, de CLassia, de Cratzova, do Clinoro, d'Aspropotamos, d'une partie d'A(jraplia, do Plicrsala, de Ooura, d*Armyro, do Vélcstino, de Volos, d'Aya, do Zagora, d'Olympe, d'Alasona, et du Mossalik.

Sandjak de Lépante comprenant Vénético, û^vari, Apocouro, Carpénisi, Domoco, et Patradjik; ou une partie de la Locride ozolionne, rÉlolie épictète, et une petite partie du sud de la Thessalie.

Sandjak de Karéli comprenant Mcssolongfhi, Anatolico, Zygosj

WfPLMEMY. 467

Vlodiof, Xénoméron, Vonitiâ, el Vallos; ou fÉlolie proproncnl dite et FAcarnanie. '

jusqu'à 1821. ACTOELLIMINT*

Chrétiens. Turcs. Chrëliens. Turcs.

La partie du sandjak de Janina eomprenanl les dîslricts de Rado- YÎidî, d'Arta, de Prévésa, de Lamari, deLakia, de SouU, et de Malakassi; ou l'Amphilochie, la Selléide, el rAlhamanie.

Deuxième Qiœslion. « A combien s'élève approximativemeut le « nombre des réfugiés qui, par suite des événements, sont venus des « pays situés au delà de Tisthme, chercher un asile? De qud pays « proviennent-ils respectivement? »

Il est absolument impossible d'indiquer même approximativement le nombre de ceux qui se trouvent en deçà de Tisthme.

Si Ton jctlc un coup d*œil sur les tableaux statistiques déjà pré* sentes à LL. EK., il ne sera pas diflicile de trouver h peu de diose près le total des habitants du continent et même des Iles qui, |iar suite des événements ont été obligés d'abandonner leurs foyers; mais comment connaître combien d'entre eux ont cherché leur asile dans le Pélojionèse. En supposant qu'on l'eût connu, l'on no pour^ rait plus vérifier maintenant quel est le nombre de ceux qui ont plus tard abandonné cet asile pour se transporter ailleurs, dans des moments où les habitants de la péninsule même ne s'y trouvaient pas ta sûreté.

On pense que cet aveu sincère est préférable à des calculs hypotliétiques qui ne peuvent être bases sur aucune donnée positive.

Troitième Qttesiion. « Quelle est la profession dominante dans la « masse de la population, de chacune do ces divisions? »

466 suppiinBHT.

La profession dominaDte dans la masse de la population de chaque localité dépend beaucoup de la situation et de la nature du ptys# ainsi que du degré d'oppression qui a pesé ou pèse encore sur les habitants.

Cjùux des montagnes sonl^ ou pasteurs ou guerriers. Ceux des plaines auraient tous cultivé une terre fertile en riches produits, ai les persécutions ne les eussent obligés et ne les obligeaient encore souvent d'abandonner la charrue pour prendre les armes et aller chercher la siireté dans les montagnes.

Les côtes peuplées du continent et des Iles, le sont de marins et de négociants.

Telle est la seule réponse positive que Ton peut faire à cette troisième question.

En donnant un tableau indicatif de la profession dominante dans la masse de la popuktion de chaque district, on doit prévenir qu'il m été impossible de le porter au degré d'exactitude que l'on aurait désiré d*altcindre ; en efTet un district ne comprend pas toujours exclusivement de la plaine ou des côtes, par exemple, il peut s'y trouver des parties montagneuses.

On a donc souvent rencontré dans le même district, des pasteurs , des agriculteurs, des marins, dont le nombre respectif ne diftéraii pas sensiblement. Toutefois, pour indiquer autant qu'il a été possible de connaître la prédominance numérique d'une profession sur les autres, on a cité la première, celle qui est la plus généralement exercée.

Les noms anciens ont été mis dans le tableau à côté des modernes, jfiirce que souvent ceux-ci ne se trouvent point sur les cartes, et que les premiers sont plus généralement connus.

On n'a pas cité des sandjaks ou divisions turques pour éviter les intercalations. L'Acaraanie et l'Étolie, par exemple, qui forment ime province nommée Karéli, étaient souvent, sous le rapport administratif, réunies au sandjak de Nègrepont, tandis que la Doridc et la Locride qui se trouvent intercalées dans la province de Karéli

SVFPLiHKNT. 469

ODi presque loujoun été administrées |iar le padui de Lépanle. Lt jurididioii présentait dans les districts des biiareries encore plus firappantes, par exemple^ le volvode de Patras dans rAchale avait sous sa juridiction la conunune de Kioutiuk-Malna^ située k rextrémité de la Messénie, tandis que le pays intermédiaire était di« visé en plusieurs autres juridictions.

Tableau relatif à la troisième question. Grèce continentale^ les six sandjaks.

DISTRICTS. PHOFESSlOlf MS lABI-

Noms anciens. Noms modernes. tants.

Olympe et Ossa. . . Kissavos Pasteurs guerriers.

Plaine de Thessalie Cultivateurs.

Magnésie thessalienne. Ghoria-tou-Volo(vil- Artisans, marins^ pas-

lages deVolo). • teurs.

Lamie Zeitouni | Artisans, marins,

Phthiotis Palradjik ) pasteurs.

Béotie Livadie, Tbèbes. • /</•

AtUquo Id.

Phocide Salona Id.

Doridc et Locride • • Lidoriki, Malandri- /</., pasteurs, prè-

no, Cravari. • • très mendiants.

Étolie Vénético Cultivateurs.

Mcssolongbi. • .. • Marins, pécheurs.

Anatolico Artisans.

Zygos Cultivateurs.

Apocoron A/., pasteurs.

Carpénisi Cultiv., past., artii'.

VIochos Cultivai., pasteurs.

Locris, ou Locride • Boudounitza • • • • | Cultivateurs , arti«

Talandi ) sans.

SUPPUSnfKNT.

DMTlUCTt.

Noms aDélens. Noms modernes

Acaroanie • • • • • XéroméroD

Vonitza • • Vallos. . •

Araphilocbic* • • • • Radovizdi •

Lamari • •

raopntioif Ms 1411-

TAIITS.

Cultivât.^ armaiolts, Id., id.

Jd., id»

Jd., id., pasteors.

Id; artisans.*

^ Quelques arlisaos et nëgociaots se trooreol dans la Tille d*Arla.

Selléide Souli Guerriers, pasteors.

Djoumerka • • • •

Aspropotamo. •••#»« -â*

* "^ f Pasteurs, artisans,

Malacassi > i.. ^

( cmtiTatears.

Zagon

Agrapha

Péloponèse, province unique.

Achale

Élide.

Messénie

Messénie^

Laconie •«%!••

Fatras

Vostitza

Calavrita

Gastouni

Pyrgos

Arcadio, Navarin, Modon , Coron , Nissi, Calamata.

Kioutzuk-Malna, Androussa, Embrakika, Léondari •

Ma{pie occidental. •

Ma(jne oriental. . .

Napoli da lUalvasie.

Mistra, Prastos • •

Cultivateurs, négociants, artisans, pasteurs.

Artisans, pasteurs.

Artisans, né(jociants.

Cultivateurs, n^odants, pasteurs.

Cultivateurs, négociants, pasteurs.

I Guerriers, marins.

Cultivateurs.

M., pasteurs.

SUrPLBMUT, 471

MtTMCTt. . raOfftttlOll DO lAM-

Noat anoieiia. Noms modenief* TàiiTS.

Ha(poa-Pétros, IVi» ) Cultivateurs, pu-

politza, Ftnaii • ) teurt, artisans.

Napoli de Romanie • ) *' "^

Corinthe Gorintbe Jd., pasteurs.

Iles, Candie*

Kissamos. . . • • • Kissamos • . • ^ • Agriculi., artisans.

Éiinos Sélinos Jd.

Cydonie La Canée Négociants, artisans,

cultivai,, pasleursi

Panécie Sphakia Pasteurs, marins.

Aptéra • Apricoma A(][ricult., artisans.

Réthymos, • • • • • Rélhimo. #••••. K^o^ants, artisansj

a{vriculleurs.

Lampée •••.••• Hagios-Vasilios» • • A{*ricult., pasteurs.

Panacre •••••• Aman • /</., iV/.

Avlopotamos • • • • Milopotamo • • • . Cuit., past., artisans.

Cnossos .••••• Malvisa .«•••• Jd,, iV/.

Lcolium ••.»••• Candie • Négociants, icf., n/.

Phœstos •••••• Priatina Agriculteurs.

Cœnon Kénouria Id.

Gortyna ••••.. Monofatzi. • • • • M.

Arcadie Rizo-Castro • • • • A/., artisans.

Iliéropétro IGérapétra A/., id.

Chéronèsé Pédiada td.

Pétra • • . MirabcUa id., hL

Lassœum Lassithi A/., pasteurs.

Cœtium Gtia Pasteurs, agricult.

472 «UPPUBHUT.

Eubée.

DltTllCTi> mOWMMWIW Hâil-

Noms ancienf • Noms modeniet. TANTS*

Eobée Nègrepont Cultivât., pasteurs,

Qiarins.

Archipel.

Qiios. • Cultivateurs, négo*

dants,' marins,

Samos. •••••• Jd»$ id»f id»

Andros • Cultivateurs, marint*

Tinos M.

Naxia Id.

Santorini Cultivateurs, marint.

Nio Id.

Hydra • • Marins, négociants»

Spetzia Id., id.

Eo gënéral la classe des cullivateors esi la plus nombreuse dans les ties où un terrain fertile ne manque point k la population » mais dans celle oit le contraire a lieu» ce qui se rencontre plus particulièrement dans les petites» les marins sont en nombre supérieur.

Quatrième Question. « Dans quelles proportions la propriété fon* « cière était-elle partagée dans chaque division entre les Grecs et les « Turcs, antérieurement à 1821 ? Et quel était Tétat et la valeur des « parties qui appartenaient aux Turcs? »

Pour répondi*e à cette question, on récapitulera les tableaux déjk communiqués, en y «njoulant tous les renseignements qu'il a été possible de recueillir jioslcrieurement à leur confection.

SOrPLBBKNT.

Grèce ocddenUk.

ruMË» itfttsim

PMTIRCM»

CnTtn • • • • YénéticoB. . .

Apoooron . . .

Carpénin . . .

Agrapha. • . • Zygos. . . X Mcssolongiii. >* AnatoUcon . / Xéroméron • Vlodios. . .

Yonitza. . .

Valtos. . . .

AspropotaoKM BaJovizdt 1 ctArU. I

jé reporter t

r«OMkflOR.

Gncque*.

24,600 Goinine5à4enTiiw.

2,100 » 261/4àl > 1,400 » 8il.

23àl 7àl

56 3/4 à 1 13il5

1,500 » 60àl

208,000 950,000 » là41^ »

* La difTërence qui se fait remarquer relatiTemenl i la quanlllë im atremmes des troia disiricts de Zygos» Messolonghi et Anatolico» eotra le tableau prëcëdemment communique et la rëpoose actuelle» Tleal de ce que Ton a depuis peu reçu des reoseignements plus exacte. Il faut observer en outre que sur les 23,000 stremmes des propriëtês indiquées comme turques dans les propriëtês de Zygos» environ 6»000 qui appartenaient aux chrëtiens» ont ëtë usurpëespar les Turcs en 1770; à cette ëpoque les habitants de cette province s*ëtaient révoltes contre le sultan. En se soumettant de nouveau» ils stipulèrent des conditions pour nel* tre leur vie et leurs propriétés en sûreté ; mais les Turcs violèrenl bientôt les conventions arrêtées» et se mirent eu possession des propriétés des chrétiens.

La grande disproportion qui existe entre les propriétés grecques et

SUPPLEMENT

TERRES AtAL0£eS EN STREMMBI.

PROTDfCBS*

Grecques.

Turques.

moroRTiON.

Rqfort,

LRiDRri • • • •

Prévésa • . • •

Souli^ Botza- %

ri^ouTzé- [

Commo2 à 1 enviroD»

récovista • )

Catzanochoria •

ToUl,

Grèce orientale.

Nègrcponl* . .

CkMmne 5 à 6 eoTÎron.

Aliique • • • •

Proportion égale.

Thcbcs . . . . :

Gomme 1 i 2 envïnm.

Livadie • • • •

» 4il »

Talandi • • • •

Proportion égale.

Turcochori • •

Comme 7 à 9 environ.

Bouilounitza • •

Salona • • • •

Lidoriki* • • •

» 7 1/5 il.

Malandrino • •

» 5 1/3 il.

turques dans la proTlnce d*Arta, yleot de ee que la famille d*Ali*Paclia s'y dtait emparée par force des propriétés clirctfeDnes»

* Des 4]d|600 siremmes de terres turques dans Tîle de Négrepont» une partie coosidërable appartient aux clirëtiens ; car à cause des charges onéreuses» et d'une multitude d*autres TexatlonSi ringtpquatre tU* lages grecs possédant environ 3I|000 stremmes» se mirent sous la pro* tection du domaine turc» à la charge de payer 20|000 piastres À la Porto pour racheter leur tranquillité» et pour éviter les contributions vexa*

SinVLBHBVT.

TtUŒÈ tfàLUtu EN STUnilBI,

PROTMG».

nOPORTION.

Grecques.

Turques.

Pilradjik*. . .

» 2 i 1 environ.

Zeilouni. • • •

» 2 1/2 il »

Domooo* • • •

» là41/2.

Armyro. » • •

Magnésie tbe«-

salieDoe. . •

Olympe. . • N

Niaoufta • • j

V Pour kf partie* qui

Madémocho- \

< ont prit les ir*

na« • • • 1

1 mes.

Cassandra, • )

ToUl, 5,178,440 2,082,990

AtteDdu les cirooDsUDces présentes, on ne peut dans oe momeol donner des renseignements positifs sur la Thessalie (Trlcala).

Péloponèse • • Candie • • • • Chios

0>inme 1 à 2« » tô à 22.

* Des 71,400 stremmes de terres turques dans la prorince de Patra^ djik, enriron 6|(M)0 sont propriétés grecques; car ils appartenaient i un primat nommé Hadji-Cliristo Economes. A sa mort la Porte confis* qua ses propriétés » et les remit ensuite a ses enfants, k charge pour ces derniers de payer ft^SOG piastres par an au trésor.

** La différence qui se fait remarquer entre le tableau précédemment communiqué et les derniers renseignements relatireroent a l'étendue des ferres cultivées dans la Grèce orientale» rient do ce qu'ici on a réuni les vignobles» les plantations d'oliviers et les jardins évalués en strem«

476 SUPPLBMKIIT.

Des de TArdiipel.

Toute It terre des lies de TArchipel iTpparteiiail aux dirétieiii sans aucune exception*

Cinquième Question. « Quels sont le nombre el laTaleur des pro» « priétés qui, ayant appartenu à la Porte, aux Tacoufs, aux timars, « et aux ziamets (fiefs militaires), à des personnages apanages ou à « des particuliers musulmans, etc., entrent aujourd'hui dans le doa maine de Fétat Grec? et dans quelles proportions étaient-elles ré- « parties? »

Les propriétés appartenant à la Porte, celles qui sont connues sous le nom de vacoufs ou donations, et celles appartenant à des particuliers turcs appelées tchiftéliks, sont indiquées dans h quatrième réponse sous le nom de terres turques évaluées en stremmes; mais quelle est la quantité des propriétés qui ont appartenu à la Porte ou à des particuliers turcs, il nous est impossible de donner aucune notion positive sur ce point.

Les timars, les ziamets (fiofs militaires), consistaient en dîmes, et montaient dans la Grèce occidentale à 265,870 piastres. Dans la Grèce orientale y compris Armyro, Domokos, Olympe, Nia» ousta, Madémochoria, et Cassandra, à 1,741,000. En Candie, à 1,500,000. Dans le Péloponèse, à 2,500,000.

Mais dans quelles proportions ces dîmes étaient-elles réparties? On rignore absolument. Les lies de FArchipd n'étaient point grevées de cette taxe.

Sixième Question. « Quelle était, avant 1821, Testimation a|»- « proximative des revenus de ces propriétés ? »

n est impossible de donner l'estimation des revenus des propriétés qui ont appartenu à la Porte ou à des particuliers turcs, cependant on pourrait la présumer approximativement par Tindica^

SUPPLBMBVT. 477

Ik» qai est doDnée dant la quatrième i^ponae à Téganl des fcn^ des lerrea.

Septième QuesHim» « De quels éléments se composaient les va- « coufs; en d'autres termes, quels étaient, 1% ceux administrés « directement par l'administration des vaooufs, 2*, ceux possédés « par des particuliers musulmans à diarge de redevance, 3% ceux « possédés par des sujets chrétiens aux mêmes conditions; ceux « enfin qui dépendaient des mosquées ou des fondations pieuses de « Constantinople ou d'autres villes de la Turquie? »

De même qu'il a été impossible de savoir dans quelles proportions les dîmes étaient réparties aux timars et auxziamets, etc., de même aussi il est de toute impossibilité de connaître distinctement quelles étaient les propriétés indiquées dans cette question.

Huitième Question. « A quellle valeur pourraient se monter les « propriétés qui, censées faire partie de celles des seigneurs musol-* « mans, appartenaient néanmoins en propre à des chrétiens qui étaient « simplement tenus de leur payer certaines redevances? Et dans « quelle proportion ces redevances étaient-elles ordinairement ré- « glées dans chacune des catégories dont il est question dans ce paa ragraphe et dans le précédent? »

Il faudra consulter la quatrième réponse pour la province de Patradjik et pour Die de Nègrepont.

n y avait aussi dans le Péloponèse quelques propriétés de cette nature, consistant en vignobles, mais le nombre en était extrêmement borné.

On ne pourrait indiquer aucune proportion dans ces redevances, parce qu'elles étaient réglées en bloc.

Neuvième Question. « A quelles redevances et autres charges les a paysans étaient-ils tenus envers leurs propriétaires ? »

Les fermiers qui cultivaient les terres turques payaient aux pro-

478 suppLÉnsKT.

priétaires les redevances auxquelles ils s'étaient obligés par leurs baux.

Les conditions de ces baux étaient avantageuses pour le fermier dans les parties de la Grèce où les propriétés étaient étendues^ où il y avait beaucoup de terres labourables d'où Texportation des produits était facile^ et où les hommes livrés à Tagriculturo étaient en petit nombre.

L'usage avait consacré pour la location des terres trois espèces de baux.

1^. Le spitrophicon. D'après celui-ci on prélevait sur le produit brut, tous les frais de production ainsi que la dlmc régulière; le propriétaire cl le métayer prenaient chacun une moitié du surplus.

2®. Le tritaricon. En vertu de celui-ci, tous les frais de production restaient à la charge du métayer. La dlme était payée sur le produit brut, et le reste était divisé en neuf parties dont trois revenaient au propriétaire, et les six autres au métayer.

3^. Le giomoro ou apocopi. D'après ce dernier, tous les frais de production ainsi que la dime, étaient à la charge du métayer. De plus^ celui-ci, soit que la récolte fût abondante ou non, devait donner au propriétaire pour la terre labourable, autant de grain qu'il en fallait jiour rensemencement. Pour les plants d'oliviers, il devait donner les deux septièmes de leur produit.

Les difTérentes clauses du bail fixaient les redevances que le propriétaire avait droit d'exiger du métayer sur les autres productions.

Le trilaricon était le plus généralement en usage. Dans les parties de la Grèce qui manquaient de cultivateurs, les propriétaires turcs, afin d'en attirer sur leurs terres, faisaient à ces hommes quelques avantages ; par exemple, ils leur prêtaient de petites sommes d'argent pour subvenir à leurs besoins, ou bien ils leur avançaient une partie des frais de culture; mais les corvées auxquelles ces mallicurcux étaient assujettis, balançaient, et le plus souvent sur^ passaient de beaucoup b valeur de ces petits secours.

.Ainsi ils cultivaient la partie la plus fertile de la ferme, au pro-

8UPPLBIIK9IT. 479

fit eiclaiif du piopriéUire, ce qu'on appdaii paraqiom; ib étaioil obligés de prêter leurs bètes de somme pour le service de Faga ; ou bien, ils étaient obligés de céder , outre les autres d>ligalioii8 consignées dans le contrat, une partie du produit de leurs bestiaux.

Les chrétiens avaient aussi différentes espèces de propriétés reconnues comme telles par les Turcs ; ce qui est prouvé d'une manière incontestable par le nusul-avariz (loyer d'un terrain babilé) et de plus par les tapis ou hodjètes (titre authentique de propriété) délivrés par le spahi, le voïvode, ou le cadi, toutes les fois qu'un Grec vendait à un autre Grec ou à un Turc sa propriété foncière.

Les pachas mêmes les plus puissants (on n'en exceptera point Ali, le satrape de Janina), se munissaient comme les particulier! de ces tapis ou hodjètes, lorsqu'ils s'appropriaient les terres des chrétiens, parce qu'ils croyaient pouvoir couvrir par ces titra leurs actes arbitraires et de violence, et faire paraître légitime leur possession.

! Les mêmes conditions ci-dessus indiquées étaient stipulées dans

les baux passés entre les métayers et les propriétaires chrétiens; mais ces derniers assujettissaient rarement leurs coreligionnaires à des corvées onéreuses.

Dixième Question. « Quels étaient d'une part en Grèce Tintérèt « de l'argent avant 1821, et de l'autre le prix moyen de vente et « d'achat des propriétés? »

La loi 'turque n'admettait point d'intérêt pour le prêt d'argent, à moins que le capital emprunté n'appartint à des orphelins. Alon les juges toléraient qu'il fut de 10 pour 100 par an.

Ainsi l'intérêt de l'argent n'éUnt point réglé, variait de 12 à 30 pour 100 selon les temps, les lieux et les besoins des contractants.

Dans les parties de la Grice où le commerce était régulier, actifs et sous quelque protection étrangère, le premier taux, celui de 13 pour 100 était stipulé à l'égard des commerçants grecs et européensi

480 StJPPUBHEWT.

et même à Fégard des personnes non commerçantes qni olfiraient uie garantie particulière par leur conduite.

Au contraire^ le dernier taux^ celui de 30 pour 100^ n'était stipulé que dans des circonstances extraordinaires dans les parties de la Grèce où il y avait peu de capitaux en circulation; et à l'égard des hommes dont la situation politique ou la fortune particulière n'offrait point de garanties suffisantes.

Mais dans les endroits où les capitaux en circulation n'étaient pas très-rares^ où les transactions commerciales n'étaient pas garanties par une protection étrangère^ et où néanmoins les capitalistes trouvaient une certaine sûreté dans le caractère ou dans la fortune de leur débiteur^ le taux de l'intérêt montait à 15 et souvent à 18 pour 100.

Si un créancier^ en citant son débiteur devant des juges turcs produisait un titre obligatoire où l'intérêt convenu fût indiqué à part du capital^ les juges déchargeaient complètement le débiteur des intérêts à moins que le capital n'appartint à des orphelins.

De là vint que dans plusieurs parties de la Grèce on prit l'usage de renouveler chaque semestre les titres de créance en ajoutant l'intérêt au capital.

Quand on recherche la valeur des propriétés foncières en Grèce avant 1821^ on ne doit point se laisser guider par ce qui existait dans les villes maritimes où se trouvaient réunis des capitalistes^ des commerçants et des artisans. Dans ces endroits la demande surpassait V offre. Le prix des terrains propres aux constructions^ celui des constructions elles-mêmes^ montait à mesure que les avantages des opérations industrielles se multipliaient.

De même, il ne faudrait pas se régler sur le prix de quelques propriétés qui donnaient exclusivement des productions d'une valeur très-élevée, telles que les vignobles où l'on récolte les raisins secs.

En général, eu égard à la situation, à la qualité de la terre, et à la proportion de \ offre à la demande, le terme le plus bas de la valeur des terres avant 1821 était de 10 piastres par stremmè, et le plus élevé de 60 piastres.

SrPPLEXCMT. 181

Onsiimê QueUiam. « Dans quelle proportiûii le lenrioe nûKlaire « étiiUil onéreux aux fiefs turcs ? Et quelle était la valeur des au- « très impositions dont ces fiefs pouvaient être chargés? »

Les dîmes appelées timars el siamots^ et qui montaient à environ 6^006^870 piastres^ étaient en majeure partie dépensées dans le service militaire du pays^ une faible partie du reste était versée dans le trésor du sultan, et une autre enfin était offerte aux sultanes ou consacrée à des fondations reli«peuses; mais il nous est ihipossible de savoir au juste dans quelle proportion ces dimes étaient réparties.

Douzième Question. « Dans quel cas une propriété turque re* « venait-^Ue de droit au sultan ? »

Le sultan est de droit propriétaire de tout le territoire conquis. Le sultan le déclare dans son fameux hatti-schérif. Un semblable territoire est inaliénable à titre lucratif. Mais le sultan peut en faire des legs perpétuels; tels sont les vacoufs. Il peut encore en disposer par donations, soit viagères, soit transniissibles par succession. Parmi les musulmans, les ulémas seuls obtiennent ces dernières.

Les propriétés territoriales des sujets (precs, arméniens et autres, sont aussi transmissiblespr succession, moyennant une faible taxe de location que chaque commune est tenue de payer annuellement au trésor.

Excepté celles indiquées ci-dessus, toutes les possessions territoriales des musulmans reviennent au sultan quand les usufruitiers meurent.

Une semblable loi, subversive qu'elle est des principes fondamentaux de toute institution sociale, ne pouvant être exactement observée, le sultan laisse les biens de la majeure partie des particuliers musulmans à leurs héritiers, fnoyennant une faible somme versée comme équivalent au bectoulmaUmiri ou trésor du sultan. Mais le grand seigneur exerce son droit siu* toutes les possessions des fonctionnaires publics. Ordinairement ces possessions sont aussi racbe-

TX>MI IV. 31

482 SUPPLÉMENT

Iéc8 par leurs héritiers à un prix très-modique. Il ne s'élève le plus souvent qu'au triple ou tout au plus au quadruple du revenu annuel.

Indépendanunent de son droit de propriété sur les possessions ter* ritoriales des fonctionnaires publics^ le sultan use toujoitfs d'un autre consacré par le temps et par l'exercice incontesté qu'il en a constanw ment fait> c'est celui de s'emparer après la mort de ces fonction^ naires de tout le reste de leur fortune^ sous prétexte qu'elle a été ga{jnée aux dépens de l'état^ d'où il conclut qu'elle lui appartient.

Quelques-uns des sultans ont voulu à dilTérentes reprises étendre ce droit sur les pi'opriétés des fonctionnaires publics non musulmans^ mais des réclamalions appuyées sur des liatti-schérifs ou des lirmans accordés par leurs prédécesseurs^ ont empêché qu'ils ne ronsacrasseut par l'usage celle spoliation.

Tretzième Question, « Quelles sont l'étendue et la valeur du do- « maine national acquis par les Grecs dans chaque partie émancipée « du pays^ et à combien peut-on évaluer l'élcndue et la valeur de cea lui qui reste à acquérir dans les autres parties de la Grèce? »

L'étendue du domaine national acquis par les Hellènes dans la Grèce occidentale depuis Cravari jusqu'à Aspropotamos^ est d'environ 179^270 stremmes.

Dans la Grèce orientale depuis l'Allique »

jusqu'à Zcilouni^ y compris Nègrepont. . 1,141,690 »

Dans le Péloponèse 3,000,000 »

En Candie 2,280,000 i>

Et h Chins 1^600 »

ToUl, . 6,602,560 »

Quant à l'étendue de celle qui reste à désirer, elle pourrait être

évaluée ainsi qu'il suit :

Dans b Grèce occidentale, à Aria, à Lamari, à Lakis, à Pré-

vésa et à Souli , . 1,150,000 stremmes.

Dans la Grèce orientale, à Armyros, à Domocos, à Olympe, à

Niaousla> à Madcmochoria, et à Cassandra. ' 941,300 stremmes.

SlYPPlisiBNT. 483

La réponte à b quatrième question pourrait être déduite de la valeur approiimative du domaine national ci-dessus indiqué.

Quatorzième Quetiion. « Quelles sont les provinces ou les dis- « tricts de b Grèce continentale qui out pris une part active et soute tenue à Tinsurrection? »

Quinzième Quesiion. « Quels sont les territoires, forteresses et « positions occupées par les Turcs; quels sont ceux où les Grecs se « sont maintenus sans contestation? Quels. sont ceux enfin dont ils « disputent encore les armes à la main la possession aux Turcs? « Et quelle est actuellement la force respective des parties conleu- « dantcs? »

On a ci*u ne pouvoir mieux répondre à ces deux questions qu'en présentant un aperçu historique très-concis, mais en même tanps aussi exact que possible, de la lutte que les Hellènes ont soutenue avec des ckances diverses depuis 1821 jusqu'à ce moment.

On passera en revue toutes les provinces du continent et les ilcs où la présence des parties belligérantes a amené des actions. On ne parlera point du Péloponèse, puisque maintenant il est presque entièrement délivré de la présence des Tiu*cs. On ne comprendra pas non plus dans ce travail celles des iles qui, habitées par des chrétiens exclusivement, ne furent point attaquées par les Turcs.

A la fin de chaque article on parlera des positions et des places occupées par les Turcs, ainsi que de la force de ces derniers.

On doit faire observer cependant que cette force peul varier dans les provinces continentales d'un jour à l'autre, et que si clic est aujourd'hui sur quelques points inférieure à celles des Hclloncs, elle peut néanmoins la dépasser et dans une proportion formidable , dès que le sultan voudra ou pourra diriger sur ces contrées de nouvelles troupes.

484 SUPPliMKNT.

Maeédoine.

Si Fon tire une ligne à peu près droite depub le fond da 'golfe d'Orphano ou de Contessa jusqu'au cap Panomi dans le golfe Thermaîque^ on a au sud exclusivement la partie de cette province dont les. habitants prirent les armes vers la fin de mai 1821. On y compte plus de cent villages habités par des chrétiens^ indépendamment de ceux qui possèdent les trois péninsules du mont Athos, de Longo et de Cassandra. Dans le mois de juin de la même année il y eut des combats très-meurtriers è Sidéro-Kansia^ et au passage de Rendino^ entre la population grecque et des forces considérables venues de G>nstantinoplc et des environs. Un peu plus tard b population se battit encore à Galalée et à Saint-Paraskévi dans Tintérieur du pays, contre les Turcs de Salonique ; obligés de quitter la plaine qui était couverte de forces infiniment supérieures, les Hellènes se retirèrent dans les presqu'îles où ils se défendirent avec beaucoup de courage derrière des retranchements faits à la hâte sur les isthmes. Les Turcs perdirent plus de 15,000 hommes pour 8*emparcr de Cassandra, aussi s'en vengèrent-ils en faisant main basse sur tous ceux qui ne purent se sauver par la fuite. Le mont Athos capitula plus tard. Depuis la fin de décembre 1821 aucun acte d'émancipation ne se manifestait plus ùiius cette partie méridionale de la Macédoine. Au commencement d*avril 1822 les habitants de Kiaousta et de quatre-vingts villages des environs, prirent les armes à l'exemple des Olympiens. Ils auraient pu réussir quelques mois plus tôt lorsque les Turcs assiégeaient encore Cassandra, mais à l'époque où ils commencèrent ils durent succomber au nombre malgré b défense la plus brilbnte.

La bataille de Kiaousta fut une des plus sanglantes dont l'histoire grecque de ces derniers temps ait à faire mention ; plus de 14,000 Turcs et de 10,000 Grecs y tombèrent. Ceux-ci furent enfin obligés d'abandonner entièrement le terrain vers b fin du mois de mai. Les

\, guidés ptr KanUMM d Galtos cl plnikiiri aatm capitiines, firent une retaailc admirable en tf avenant la TliessaEe* Ik Tinrent te réunir aux miliœs d'Aspropolamos, de BadoTÎidi et dei autres diatricts de la Grèce occidentale qui te trooraient alors rassemblés à Petta et à Combotti^ dans rbtention de soutenir les efforts de Souli.

Une grande partie des familles périrent par le icr ou par la misère, le reste se sauva dans les Iles de Skiatbos, de Scopéks, de Skyros, etc.

Olympe.

Les Olympiens ne prirent les armes que vers la fin du mois de mars 1822. Ib se réunirent bientôt aux habitants de Niaousta et des ^virons dont ils partagèrent le sort. Établis plus tard dans les Iles de Skiatbos, de Scopélos et d'autres^ les uns et les autres ne cessèrent de faire une guerre active aux Turcs de la Macédoine, et parviiH rent à sauver de Tesclavage un grand nombre de leurs familles, offrant en échange les prisonniers qui tombaient entre leurs mains. Cette guerre n'a cessé que depuis le commencement de Tannée 1828, époque où le gouvernement dut engager les Olympiens à se rendre au camp dcMégare, pour qu'après avoir combattu en braves guerriers la misère ne les flt point vivre en pirates.

Magnésie ihessalienue.

La Magnésie theâsalicnne prit une part active et soutenue dans la révolution depuis le commencement du mois de mai 1821 jusqu'à la fin de juillet 1824. Les Grecs avaient déjà occupé Zochonia et assiégé le petit fort de Volos, lorsqu'à l'approche de l'armée de Dra* mali qui s'avançait contre le Péloponèse, il furent obligés de lever le siège. On pourrait énumércr plusieurs combats qui eurent des chances diverses. Les plus remarquables sont ceux qui furent livrés

480 SUPPLEMERT.

dans les mois de mai, de juiu ci de juillet 1824 enlre rarmée de Kiutahi-Paclia ci la force {p*ecque commandée par Karatassos. Ces alTaires coulèrent aux Turcs plus de 5,000 hommes. A cette époque roccupallon de TEubée par les Turcs priva les troupes concentrées dans la Magnésie, des moyens de subsistance, et obligfca d'évacuer le pays. Les hommes capables de porter les armes se remirent dans les camps grecs, une partie des familles se dispersèrent dans les lies do r Archipel, les autres restèrent sous le joug. Indi^pendammcnt de la faible garnison de Yolos, les Turcs ont en Magnésie un petit corps de 200 hommes.

Eubée.

La révolution éclata en Eubée vers le dernier jour du mois d'avril 1821. Les Eubéens, maîtres de tout le pays, cernèrent bientôt les Turcs dans les places de Nègrepont et do Caristo. La première était sur le point de capituler lorsqu'elle fut approvisionnée par des bâtiments autrichiens; néanmoins, à rexception de ces deux places, les Hellènes occupèrent tout le reste de Tlle jusqu'à la fin de juillet 1 824. A celle époque la garnison de Nègrepont, renforcée par un corps ionsidérable venu de Zeltouni, se mit en campagne; elle fut battue a Tendroit connu sous le nom de Dervénia, et perdit plus de 1,000 hommes , mais la mésintelligence qui s'établit malheureusement entre les chefs militaires grecs leur fit perdre le fruit de cette victoire. Ils se dispersèrent et les Turcs portèrent le fer et le feu dans tout le pays. Une grande quantité des habitants se réfugièrent dans les Iles, le reste subit le joug. C'est sur l'invitation des habitants mêmes qu6 le I colonel Fabvier se décida vers la fin de 1825 ft se porter en Eubée. I Toute la force actuelle régulière et irrégulière des Turcs sur cette Ile i peut être évaluée à 4,000 combattants sous les ordres d'Omer-Pacha < de Caristo. D'après les demièi*es informations, la force régulière qui ' est la plus considérable est apjielée àConstantinople et sera, dit-on, •* remplacée par des troupes irrégulières.

suppiimnrr. 487

Phihiide ei Loerkk ùpomtiame.

Tout le pays ainn <pe les Wllaget des e&nroiis de lAÊÙmiTjélUMi' ni) prirent les annetaocofiiiiieDcemeolda mou ^am^ 1821, le petit fort de Boodoonitzi te rendit aux Grecs après on siège de q[nelqiiei jours. Lors du passage de f année de Dramali, les babilants de h Locride, en état de porter les armes, oocopèrent des positions fortes lor la partie montagneuse du pays et arrêtèrent les Turcs. Les femmes^ les enfants et les vieillards furent transportés sur file de Talandi d'où ils sortirent après h crise. Ce n'est que lors de l'occupation de l'Eubée par les Turcs en 1824 que les Locricns ne pourant plus être en sureté ilans leur pays, se dispersèrent dans le Péloponèse et dans les lies. Les habitants de b Phtiotide se soutinrent jusqu'à la prise de Messobnghi. D'après les dernières informations les Turcs ont concentré à Patradjik, dans la Phtiotide, presque toute la force qu'ils avaient à Zeitouni et dans les environs ; on l'évalue à 3,000 combattants.

Béotie ei Àllique.

Les habitants de la Béotie et de l'Atlique prirent les armes vers lafin du mois de mai 1821 ; ils s'emparèrent en peu de jours des places de Thèbes et de Livadie, les Turcs ayant capitulé sans opposer une grande résistance. Ccvlx d'Athènes se soutinrent dans l'acropole pendant plus d'un an. Omcr-Vrione et Rischit^Padia firent une première invasion en 1821^ le premier pénétra jusqu'à Athènes pour soutenir h garnison de la citadelle^ l'autre entra dans la ville do Tlièbes^ mais ils furent obligés de se retirer avec beaucoup de perte dans le mois d'octobre do la même annnée.

Ce pays ravagé déjà par celle première invasion fut continuellement exposé après l'occupation désastreuse de l'Eubée à des excursions. Il fut ruiné lorsque^ après la prise de Mcssolonghi^le séraskier turc y entra à la tète d'une armée formidable et mit le siège devant

•488 8DPPLEHBNT.

Atliènes. Une force de 3^500 Turcs occupe aujourd'hui Thèbesji Livadie> et Athènes^ ainsi que quelques postes intermédiaires, pour garder leur ligne de communication.

Phocide.

La révolution de Phocide remonte à la même époque que celle de la Béotie et de TAttique. Les Turcs de Salona qui s'étaient enfermés dans le vieux château de cette ville, se rendirent après un siège de dix-sept jours.

L'alTaire de Han de Gravia (mai 1821) dans laquelle Omer- •Vrione et Rischit-Pacha perdirent Télite de leurs troupes, empêcha rinvasion de cette province et retarda celle de la Béotie et de VAttique. Elle fut également prévenue quelques mois plus tard (août 1821) par la destruction entière du corps de Bahiram-Pacha, qui tâchait de pénétrer par Basilika et par Gialcomata près des Thcrmopylcs.

Rischit-Pacha pénétra pourtant jusqu'à Salona dans le mois d'octobre 1822, pendant qu'Omcr-Vrione et Kiutahi avaient mis le siège devant Messolonghi; mais il fut obligé de l'évacuer avant la fin de b même année. En 1824 la bataille d'AbUani, où l'armée de Dervicli-Pacha fut mise en déroute, prévint une nouvelle invasion.

En 1825 les Turcs occupèrent encore Salona, et ils en furent de nouveau chassés. Après la prise de Messolonghi, Kiutahi fit occuper celte province par une partie de ses troupes. La catastrophe de son kihaya à Arachova obUgea les Turcs de l'évacuer. La ville de Salona est occupée aujourd'hui par un corps de 500 Turcs, qui sont sur le qui vive, çt craignent d'être attaqués par l'armée du stratarque Ypsilantis. On assure qu'ils ont pour deux mois de vivres dans le petit fort qui domine la ville.

DoriJe et Locride ozok.

Depuis le coumieotremcnl de la révolution jusqu'à la prise de Mes-

SUPPUBXBIVT. 489

solongU^ cet provinces ne furent pat occapéet par ks Turcs. Le pacha de Sculari traversa en 1823 avec toute son annde le district de Cravari; mais après ce qui lui était arrivé à Carpénisi^ il eut bien garde d*eu détadier h moindre partie^ pour occuper un pays liérissé de montagnes; il se pressa au contraire d'en sortir, pour arriver devant Messolongfai et Anatolico, dont il entreprit le siège. Maître de Messolonghi, et marchant contre Athènes à la tète d'une armée formidable, Kiutahi ne crut pas prudent de laisser dans cette partie un corps d'occupation, et il se contenta deb soumission apparente du capitaine Schiafaca. Celui-ci fut le premier à se réunir à Karaîskakis, lors de la fameuse campagne de 1826 et de 1827. Après la reddition de l'acropole, Kiutahi se contenta de nouveau de traiter avec le même capitaine, qu'il garda cependant cette fois près de lui, comme otage. Les habitants de ce pays sont encore aujourd'hui sous les armes; plus de 2,000 hommes sous les ordres du chiliarquc TzavcUas ont occupé les positions de Macricampi et d'Oxia, pour observer les forces turques concentrées à Patradjik. Ds viennent d*étrc renforcés par une autre chiliarchic. Ils le sca^nt encore, aiin de mettre les chiliarques Tzavellas et Strates en mesures de faire leur jonction avec le corps d*arniée de la Grèce occidentale. La garnison turque de Lépante ne fait pas des sorties fréquentes; on croit qu'elle se compose de 2,800 combattants.

jégraïde.

Les habitants de l'Agraîde prirent les armes dans les premiers jours de juin 1821. Les Turcs de b Thessalie voulurent d'abord disputer la possession du territoire, marchèrent eu force contre ks habitants, et y exercèrent de grands ravages. Repoussés partout, ils virent l'impossibilité d'occuper un pays montagneux, bravement défendu par les habitants et par les armatoUs, que Karaîskakis et Ranges y tenaient alternativement. Aussi se sont- ils contentés de faire de temjis à autre des conventions avec ces capitaines, pour

«190 SUPFLCnNT.

pit^Tcnir leurs excuraioni dans la plaine^ et de tenir garnison dans los petits forts de Phanari^ de Garditza^ situés aux pieds de TArta. Après la chute do Messolonghi les Turcs ont continué ce système de trêve, et n'ont point envoyé de troupes dans cette province.

Athamanie.

En 1821 les habitants de Zoumerca, de Malacassi et d'Aspropolamo prirent successivement les armes. Kurchid-Paclia, séraskierde Tannée destinée contre Ali-Pacha de Janina ne tarda pas à les faire attaquer par des forces considérables. La ville de Calaritès fut prise et saccagée par les Turcs. Les Hellènes eyrent des avantages à Plaça > et désespérant d'occuper militairement les pays, les Turcs se contentèrent de faire des conventions avec les chefs d'armatolis, qui agirent cependant constamment avec les Grecs, toutes les fois que ccux-d se présentèrent en force; les Turcs ne furent jamais les dupes de celte politique, mais ils trouvèrent qu'il valait mieux feindre de l'ignorer, que de perdre du monde dans une guerre de montagne toujours désavantageuse aux assaillants. Aujourd'hui même les capitaines de ces provinces sont en relation avec les chefs des corps grecs en Acarnanic, et saisiront probablement le premier moment favorable pour faire cause commune avec eux.

Selltide ei Jmphilochie.

La Selléide et une partie de l'Amphilochie étaient déjà depuis quelque temps engagées avec le parti d'Ali-Padia contre les armées de la Porte, lorsque la révolution éclata. Il serait trop long d'énumérer dans cet aperçu les faits héroïques des Souliotes et leur belle défense, lorsque après la fin de la guerre contre Ali-Pacha, touto l'armée turque se précipita sur eux. Ils furent obligés de capituler en 1822, et les Turcs ont depuis lors une garnison dans le fort de Kiafa.

8UPPLKUBMT. 491

Le dUtrid de RadoTÎidi, cl tool le pays des cnTÎroiis d'Aria, furent le théâtre de platieiin aetioni. En 1821 les Grecs oceiqpèrcnt pendant qudqoca jours la tUIc d'Aria. Ib continuèrent d'en oocoper tout le pays jusqu'à raflaire de Petta en 1822. En 1823 et en 1824 les habitants de Radovizdi prirent une part très-actire dans h guerre, et empêchèrent Omer-Padia d'entrer dans fAcamanie. Aujourdliui les forces des Turcs dans Arta et dans Prévésa ne montent pas à 2,000 hommes. Kiutahi s'occupait à rassembler des troupes albanaises h Janina, mais il n'y réussissait pas, faute d'argent On prétend néanmoins qu'indépendamment du contingent qu'il a pu envoyer à la grande armée, il a près de lui 6 à 8,000 combattants disponibles. Ces assertions peuvent paraître un peu exagérées.

Jcamanie et Étolie.

La révolution y commença* dans les derniers jours du mois de mai 1821. Les Turcs do Vrachori et de Zapandi furent bientôt réduits, et l'affaire brillante de Macrinoros empèdia une invasion. En 1822, dans le mois d'août, les Turcs avec des forces considérables pénétrèrent pat Loutraki et Macrinoros. Ils mirent le siège devant Messolonghi vers b fin du mois d'octobre, et furent obligés de le lever à b fin de la même année. Dans leâ premiers mois de 1823 tout le pays était évacué. Le pacha de Scutari y {lénétra cette même année du côté do Carpénisi. Le dévouement héroïque de Marcos Botzaris l'obligea de changer de route, et il fit le tour de Cravari |K)iv entrer dans l'Étolie. Ses efforts devant Anatolico ayant été infructueux, il évacua avant la fin de l'année tout le pays en se retirant sur Arta. En 1824 Omer-Pacha essaya inutilement de pénétrer par Carvassara. En 1825 Kiutahi pénétra de nouveau avec des forces supérieures, et établit son camp devant Messolonghi. L'histoire de ce siège fameux n'est que trop connue. Après la prise do Messolonghi Kiutahi se trouva au milieu d'un désert; il ne négligea rien pour faire revenir dans lé pays des habitants qui l'avaient

492 svmiaBiiT,

aUndooné, oa qui Thnienl sur les BMWlagiiftt il n^y ui jiniito panrena. AtiiiI h fin de 1826 Kmtskakit expédia un eorpi ^ i'empan de Lesâni. En 1827 le général Church t'éUblil à Drago* mestre et à Midca, el fil des efforts pour occuper lot oommunica*^ tiens entre Messolonglii et Carvassara. Le capitaine Ilastings a*em« para de Vassiladi. Maîtres des la(|[unes de Mcssolonglii et d'Analo* lico, le général Church et le capitaine Hastings essayèrent i il y • quelques mois^ de s'emparer de cette dernière ville^ mais Vallaque fut repoussée par les Turcs. Il ne restait d'autre mesure è prendre pour empêcher l'approyisionnement de Messolonghi , que do s'emparer du golfe d'AmbraciCj et Ton y a dernièrement réussi. La par* nison de Messolonglii et d^Anatolico est évaluée à 2j200 hommes | les Turcs occupent en outre les postes de Gouria (sur la rive gaiidie de l'AchéloOs)^ de Paliocatuna^ de Rigani, de Laspi et de Carvassara. Ces postes forment leur ligne de communication sur la rive opposée j défendue [lar 1^000 hommes retranchés et par 150 à 200 chevaux servant d'escorte. 11 est à espérer que les Turcs seroni bientôt obligés d'abandonner toutes ces positions^ et d'évacuer mi^ tièrement les deux provinces.

La lutte commença en Candie^ dans le mne de JMi 1821# MaU gré leurs brillants soeoèf pcndaol les denx prenwers Moie^ ks étié^ tiens forent bienlèC obligés de se reifftr êwr ks mùMêffÊn, §Êmtê de munitions* Os r^rirent roflcnsive dsM le mois de neismir»/ et pjffiureni i Uoqner les Tnrc» dans les places fiiflce^ Im i$9Z U ▼ice-foi d'ÉgypIe expédia en Cendk de» hntê eêmêUiwMtê SM# les ordres de llasi» PiAs^ qui fisi luUm k flesifr» ftfriêtê, ÎM 1823 ks dvéliens /tmfMinM àmtmiàt %\utmwê, H fétiUtntâ wt uèçt devaai les pbccis* kM \Kk>% les Tnrcs feçwent de neeif eems rarfofffs et efc^^fgni ltf«l k pys pbt. Ln fks yawik fQ0im Am cbenlèfeai knr sakl dbus k Mif» néss el dbNie ks is»^

moùîMfueê lef pJM e^arpéet. En 1 825 to CTfatei léfapé» »■ if hon prépfèrcnt mic cyéJition et féoiriffnt i if giinnitr JfeGniwMe, Cen qui miiôenl fous les aimet dans le pays rcpuqU coorage, et fircol QM ([ocm de partisans très-adhre. En 1827 Us purent tenir même la campagne contre les Turcs, et les Spbakiotcs se déclarèrent ourertement* Les Turcs firent une eipéditioo contre tm, mais cernés de tout côté et obligés à la retraite, ik perdirent beau? coup de monde* Encouragés par ce succès les chrétiens s'aTancèrent dans la province d'Apocorona et obtinrent de nouveaux avantages. Le dernier massacre des Grecs soumis, dans la ville de Candie, à Rétbimo et ailleurs, remplit d'indignation tous les habitants chrétiens de rUe. Réthimo était déjà cerné, et des rassemblements considérables faisaient espérer que Candie le serait bientôt*

On suppose que h force des Turcs est de 6 à 7,000 hommes armés, dont la plus grande partie forme les garnisons de Candie, de la Canéc et do Rétliimos* Ib occupent en outre Souda, Kissamos, Spina-Longa, et Iliérapéira.

Chiot.

Les premiers malheurs de Chios sont généralement connus ; les derniers efforts de ses habitants soutenus par le courage et Thabileié du chef de rexpédilion , méritaient un tout autre sort. Cette lie qui comptait jadis plus de 100,000 habitants, est presque déserte aujourd'hui. Les Turcs y tiennent une garnison de 3,000 hommes i peu près, et ont donné de grands soins à la réparation de la forteresse.

Samot*

Les Samiens furent les premiers à prendre les armes JM)ur U cause de la liberté, qu'ils ont constamment soutenue avec un courage et un

•J91 SOPPLÉHKIIT.

déTouemenl remarquablet. Leori eicurnont §iir le# o6les el même à une distance considérable dans rintérieur de YAw mineure^ attirèrent bientôt contre eux toutes les forces^ dont h Porte pouvait disposer dans celte partie de l'empire Ottoman. Au commencement de Tété de 1821 plus de 5^000 Turcs rassemblés à Tzangli, et soutenus par une flotte formidable^ avaient «léjà commencé à débarquer sur rUc de Samos^ lorsque l'arrivée de la flotte grecque arrêta le débarquement. Les Samiens encouragés par ce secours qui leur arriva si à propos^ fondirent sur le corps turc débarqué qu'ils détruisirent entièrement. .

En 1822, après la catastrophe de l'Ue de Œos, la flotta turque était destinée à réduire également Samos ; et la viUe d'Éphèse était le rendez-vous des troupes qui devaient y concourir. Mais tout cet appareil de mort cl de destruction disparut à b lueur des flammes, qui consumèrent à cette é|>oque le chef de l'expédition et son superbe vaisseau.

Les mêmes dangers se renouvelaient presque tous les ans pour rUe de Samos ; mais ils furent heureusement prévenus par le courage et riiabileté de nos maiîns, qui se sont couverts de gloire dans ces parages.

Psara.

Le paviUon de la croix flottait dès le mois d'avril 1821 sur les bâtiments de Psara, et les marins rivalisaient de gloire avec leurs frères d'Hydra et de Spetzia. S'ils furent la victime d'une grande confiance en leur propre courage, leur défense héroïque offre des traits qui ne se présentent que rarement dans l'histoire. Les Turcs avaient déjà presque achevé b destruction de h viUe de Psara, lorsqu'ils furent attaqués par les bâtiments d'Hydra et de Spetzia, et obligés d'évacuer l'Ue. Peu de famiUes y sont retournées depuis deux ans ; le reste des Psariotes s'est fixé provisoirement â Égine, où ils attendent le moment propice pour rentrer dans leurs foyers. Ils ont continué à prendre une part active dans la lutte maritime.

SVPPLJBHfillT. 495

Casioê.

La cfttaâtrophe de file de Cassoi n*a devancé que de qodqiiet jours celle de Piara. Huiteb-Bey qui conduUil celte eiqiéditioD pré- |iarée en Egypte dans le plus grand secret^ se présenta derant Casses au mois de juin 1824. La résistance ne pouvait être longue^ vu la supériorité des forces.

Une escadre composée de quelques bâtiments d'Hydra el de Spct* zia y accourut à la première nouvelle do cette expédition^ mais elle ne put y arriver qu'après coup. Husscin-Bey^ après avoir emmené tous les navires des Cassiotes, ne laissa sur Tile qu'un faible corps qu^il retira en 1825^ lorsqu'il dut suivre avec sa division Tcxpédition contre le Péloponèse. Dès lors les Cassiotcs sont restés libres j et ont continué d'envoyer leurs représentants au corps législatif; mais privés de leurs bâtiments^ ils n'ont pu prendre une part active dans la guerre.

Seizième Question. « Quelle délimitation conviendrait le plus à la « Grèce^ en lui donnant une frontière continentale fortement marie quéCj facile à défendre^ et qui sépare le mieux les populations?»

« Quelle est aussi la frontière insulaire qui conviendrait le mieux « à la Grèce? Et quelles sont les raisons militaires^ politiques et aucc tres^ qui doivent motiver cette doid>le délimitation? »

L^aperçu historique par lequel on a tâché de répondre aux deux questions (14 et 15), a mis sous les yeux de LL. EE. les représentants des cours alliées la situation véritable où s'est trouvé depuis 1821, et où se trouve maintenant le peuple Grec.

Les faits retracés dans cet aperçu marquent le terrain arrosé du sang des Hellènes sur le continent et dans les Iles. Ils marquent aussi les positions et les rapports de population et de force respective des parties belligérantes.

Il reste à considérer quelles frontières peuvent, en séprant pnir

'ipG SUPPliflKRT.

toujours ces deux peuples, leur donner des positions assez fortes pour qu'ils puissent maintenir inviolables les transactions qui les auront rendus à b paix et à la tranquillité.

En supposant que cette œuvre de salut s'accomplisse avec Tacces* sion des Turcs j et d'après les clauses contenues dans Tacte du 6 juillet, cette li{vne serait tracée par suite des négociations que les plénipotentiaires des parties belligérantes auraient entamées, sous la médiation des trois Puissances, afin de donner un résultat réciproquemeni satisfaisant.

Dans celte hypollièse, les Turcs comme les Grecs, éclairés par leurs désastres, ne prendraient dans leur détermination que les sages conseils de celte trop déplorable expérience. Us reconnaîtraient d'un commun accord Timpossibiliié absolue de coexister sur le même terrain où ils ont combattu. Alors la frontière qui devrait les séparer serait tracée pai*lcs convenances mutuelles, et placée sous les auspices de Futilité commune. Elle garantirait ainsi les rapports de bon voisinage.

Quand même par cette délimitation quelques distincts, quelques provinces, où les chrétiens et les musulmans luttèrent avec des chances diverses, se trouveraient hors du territoire grec, les intérêts des habitants de ces districts et de ces provinces pourraient encore être garantis par des stipulations qui leur assureraient du moins le droit de passer eu Grèce, et d'y trans|K)rtcr les débris do leur fortune.

Dans l'hypollièse contraire, c'est-à-dire si les Turcs ne cessent pas de s'obstiner à refuser b médiation dos Puissances, ces motifs et ce moyen de conciliation semblent les premiers perdre une (jrande partie de leur influence, le second ne plus offrir aucune chance de succès.

En effet dans cette hypothèse les Grecs devraient être sans relâche sur la défensive, à Tégard d*un ennemi toujours redoutable, à raison de la supériorité de ses forces, et de sa persévérance dans ses résolutions. L'existence de ceux d*entre les Grecs qui se trou-

tUFPLÉllKNT. 497

▼eraieni encore tous ta domination ne teraii que précaire, et la Péloponèse, quelques lies et quelques districts du continent élant dédarés constituer la Grèce, la population chrétienne des provinces limitrophes, serait obligée de rester en armes jiour se défendre, et dernier résultat d'émigrcr sur le territoire grec.

Ccst en partant de ces considérations générales qu'on essaiera de répondre à la seizième question dans les deux hypothèses indiquées ci-dessous.

Première Hjrpoûièie.

Une fois que la Porte aurait admis le principe de la médiation en faveur des Grecs, non-seulement du Péloponèse et des lies, mab dn continent, il serait h espérer qu'elle n'aurait pas des difficultés insurmontables à la fixation, sur le continent, d'une ligne de délimitation, qui à l'est commencerait au cap Zagora, passerait par la montagne du même nom, et suivant la chaîne des montagnes qui bordent le golfe do Yolos, joindrait le mont Othrys, d*où elle se prolongerait vers le nord, par la crête dos montagnes Gourra-Youni, Varibovo, IIclovo jusqu'au mont Klitzos, et aboutirait au fond du golfe d*Arta, laissant du côté des Grecs tout le territoire d'Agrapha et de Valtos.

Cette frontière présente néanmoins deux grands inconvénients. EnelTet, elle couperait par le milieu, 1% le district de Magnésie habité généralement par des Grecs ; 2% les vallées bordées par 1* Aspropotamos.

La frontière serait par conséquent très-faible pour les Grccs^ sur ce dernier point. Les Turcs resteraient maîtres des montagnes supérieures; Parga, Souli et les cinq Puits leur appartiendraient, tandis que les restes des habitants de ces contrées portent encore ks armes en Grèce.

On obvierait à cet inconvénient si l'on obtenait par les négocia- Lions que du mont Klitzos on tirât une ligne entre Léonlitos et le

TOMt IV. 32

498 suppiiHnrr.

pont de Taiarént josqu'à la montagne de Macrinorot^ et que sm- Tant la crête de cette montagne on arrivât par Dioumerca au mont Aynanda^ Saint-Dimitri, Saint*Élie^ et qu'en suivant la crête des monta{|pae8 Ylachoritcs et Pancrali, on allât joindre la mer Ionienne.

Quant â la frontière bsulaire^ elle semble décidée par le fait. Les Iles qui ont pris les armes et qui se sont agrégées durant la lutte â l'étal Grec en forment une partie intégrante.

Le gouvernement grec ne peut pas s'écarter des actes du congrès de Trézène^ et des congrès antérieurs. Ces actes énoncent explici* temenl les vœux de la nation , relativement â Tlle de Candie. D'ailleurs la possession seule de cette lie donnerait aux Turcs les moyens de menacer sans cesse la sécurité^ Texistence même de l'Archipel et duPéloponèse. Les négociations auxquelles donnerait lieu l'accession de la Porte ^ base de cette hypotlièse^ bisseront sans doute â Téquité et à la prévoyante sagesse des Puissances médiatrices^ les moyens de parvenir à un arrangement qui donne à la Grèce une frontière continentale et une frontière maritime ^ fortement marquées^ faciles â défendre^ et qui séparent le mieux possible les deux populations.

Seconde Hypothèse.

Pour obtenir un résultat semblable dans la seconde hypothèse^ il suffirait de suivre la frontière que la nature elle-même parait avoir assignée aux Grecs. La ligne naturelle de démarcation^ ou plut6t la séparation est celle que trace le mont Olympe depuis Catuna jusqu'aux sommets du Pinde^ sur Zygos^ ou Metzovo ; non loin de Katrin^ cette ligne rencontre le fleuve Haliacmon ou Judje-Karasson^ qu'elle suit à travers Servia et Grévéna.

C'est cette frontière qui séparait anciennement la Grèce des pays limilroplics au nord.

Au moyen âge et même dans les temps modernes la Thessalie s'est toujours conservée grecque, tandis que la &Iacédoine fut occupée

woffiimnr. 499

ptr les SUyet ci par plofieort aotrct paiplet. La TWssalîe doit à n patilMNi géographique d'èlre restée à Fahri de toute inyasion cl de tout mélange avec les peuples étrangers.

Quant à k seconde partie de eeUe ligne de délimitation, sa direction la plus naturdie est celle qui suit le fleuve Aous ou la Voloussa. Hais si des considéralions d'un ordre supérieur portaient les cours alliées i donner une autre direction à cette ligne, la meilleure dans ce cas serait celle que trace à travera Zygos la chaîne des montagnes, et la crête supérieure des monts Paléo-Youni, Mavro-Vouni, les monts Qiaumoussi et Pharmaco, continue jusqu'au village de Leflocaria, d'où elle arrive à la mer en suivant les cours du Tbyamis ou Calamos.

11 est sans doute inutile de faire observer que cette frontière sépare le plus nettement possible les deux populations, et qu'elle ollre à la Grèce dans les habitants belliqueux qu'elle lui laisse, des défenseurs aguerris.

Toutefois celte frontière embrasse quelques parties de la Grèce dont les habitants n'ont pas pris prl à la guerre. Mais en considérant qu'elle ne comprend pas plusieurs contrées qui se sont distinguées par leurs cflbrts, et leurs sacrifices en faveur de rindépcndance, telles que Niaousla, la presqu'île de Cassandra, Madémockoria et le mont Athos, il est évident qu'il y aurait pour l'autre partie une brgc compensation.

On ne fera pas mention ici de Cydoniès ou Ayvali et de Mosconissia sur les côtes de l'Asie. Cependant les habitants de ces malheureuses contrées se sont réfugiés en Grèce.

On terminera par une observation seule. En séparant de h domination musulmane le territoire qui serait compris dans cette frontière, on ne porterait presque aucune atteinte à la puissance militaire, ni aux ressources financières de la Porte ottomane. La Porte au contraire ne peut qu'y gagner sous ces deux rapports. En eflct les capitaines grecs, avec leurs nombreux compagnons d'armes, ont presque sans relâche combattu les Turcs, et ce n'est qu'au

500 SUPPLÉnSNT.

moyen d'arrangements précaires qu'ils ont suivi quelques pachas, et notamment ceux qui se sont montrés le moins soumis aux sultans*

Quant aux ressources financières on citera un exemple seul.

Les revenus que les pêcheries^ les salines et les douanes de Messolonglii donnaient à la Porte ne montaient qu'à 30^000 piastres. En 1824 le gouvernement grec^ malgré la guerre, en a retiré 800,000.

On ne parle point ici de la dclimitalion maritime, les considérations articulées à cet égard dans la première hypolhèse ne semblent pas de nature à motiver des développements ultérieurs.

DîX'Seplième Question. « A combien se montaient les charges « légales, particulières aux rayas, que chacune des divisions du pays « payait annuellement à la Porte, en distinguant le droit de capitale tion, les impôts sur les terres, maisons et tout autre? Et quel « était le mode de perception ?»

CAPITATION NUSUL-AVARIZ 00 ET

Dans la Grèce occidentale, depuis Cra- «aratz. droits réunis.

vari jusqu'à Aspropotamo. • .Piastres. 144,130 30,670

Et ucpuiâ Arta jusqu'à Laka-Botzari • . 69,300 Inconnu. Dans la Grèce orientale, depuis l'At-

tiquc jusqu'à Zeitouni 255,500 266,000

Et depuis Armyro jusqu'à Cassandra . • 398,000 445,000

Pour la Thessalic nous n'avons encore aucune notion.

Dans le Péloponèse 383,000 555,000

En Candie 300,000 450,000

A Chios 220,000 380,000

Dans TArchipcl les sommes que les insulaires payaient au capitanpacha, au bcy de Rhodes et autres, en qualité d*impèts réglés par la Porte, montaient à environ 550,000 piastres.

stfpPLiauT. 501

Quant au mode de pcrecplion de ces imp6U, k Porte envoyait un nombre déterminé de harali-kiajdit, ou hiOets de eapitation^ dani quelques provinces^ qu'elle faisait distribuer selon k nombre des habitants.

Les autres imp6ts étaient perçus par les ^uyemeurs des provinces.

DiX'huitième Qtieilion. « Quelles étaient celles de ces taxes dont « le produit était affecté^ ou censé l'être^ h des dépenses locaks^ et « celles dont le montant devait directanent alimenter le tniri de « Constantinople ? »

Les*ta\es qui étaient versées au miri^ étaient k harati^ k nusulavariz^ la partie des dîmes et des droits réunis^ qui n'était pobt aflcclée aux spahis, accordée à des familles de dislinclionj ou lé- (piée à des fondations religieuses.

Les taxes afleclécs à des dépenses locales étaient : 1% k partie des dîmes et des droits réunis qui revenait aux spahis; 2% k kondoumic (imposition annuelle au profit des pachas); 3% les sakires des capidji-bachis (officiers de police) ; 4% les frais des postes ; 5% les dépenses éventuelles sous le nom de gtièkn-'guétzen et mesiarifs.

Dix-neuvième Questiati. « ()uel était le montant des oontribo- « tiens en nature, que quelques villes ou cantons payaient au sé- « rail ? »

A Chios les vingt-cinq viUages nommés Masticochoria^ à k pkoe du haratz donnaient tous les ans régulièrement au sérail 20,000 oques de mastic, et de 40 à 80 paras par famille.

On ne connaît point d*aulres villes ou cantons de k Grèce qui aient été, ou soient grevées de contributions semblables.

Vingtième Question. « Quelles taxes régulières les propriélairts « turcs payaient-ik à k Porte, et dans quelle proportion à k valeur

502 suppubiKiiT.

« de leurs terres , et aux taxes semblables payées par les rayas P » 11 est impossible de fixer aucune proportion entre les taxes que payaient les propriétaires turcs, et celles payées par les rayas, car les Turcs n'étaient tenus qu'au paiement de la dlme pour le produit de leurs propriétés, tandis que les clirétiens outre la dlme étaient obligés, chacun selon sa fortune mobilière ou immobilière, à contribuer aux dépenses qui survenaient.

Fingt-^tmihftt. Question. « A quoi en général fait^n monter le « revenu clTectif retiré par le sultan de chacune des divisions de la « Grèce? »

Les revenus que touchait le sultan sont indiqués dans la dix-septième réponse, mais nous n'avons point de données suffisantes pour fixer la qualité et la quantité des dîmes versées directement à son trésor.

Vingt-deuxihne Question. « Quel a pu être dans les trois der^ « nières années, et notamment dans le dernier semestre, le monte tant approximatif des revenus, soit pour les parties de la Morée, « soit pour les lies qui ont obéi pendant ce temps au gouvernement « grec? »

Le gouvernement grec à cause des guerres continuelles, qui attirèrent tonte son attention et tous ses soins, n'eût pas le temps d'établir un système d'administration financière. Il continua celui que suivait le gouvernement turc. Selon ce système, les revenus de Tétat ne sont pas perçus directement pour le compte du gouvernement, mais ils sont vemlus à Tencan.

Les revenus de la Grèce consistent principalement dans les dîmes et dans le produits des douanes; on a introduit en 1827, mais avec beaucoup de peine, le dasmos( droit d'importation et d'exportation).

Il était impossible à cause des invasions continuelles de l'ennemi, que les revenus publics ne présentassent de grandes différences dans le total de chaque année. Aussi le tableau suivant pourfa-t-il parât-*

snmiimT, 503

tre irrégdkr, oudi il est prétenlé toi (ptîl le troure dani les liTrei da ministère des finaneet*

oORTnmiTUJU

En 1825. . . Piisira. 3,903,470 6i5,110 1,040,930

Ea 1826 274,727 397,710 978,055

En 1827 847,546 16,025* 769,108

Dans le dernier femestre de 1828, après Farriyée du président, les rerenos pour Fannée 1828 sont :

nAllS DANS

LA HoaiB* us Iles.

Des dîmes Piastres. 2,481,996 631,225

Des douanes 190,520 676,850

Des dasmos 54,800 540,700

DesYiviers 62,775 550

Des droiU divers 5,900 10,640

Total, Piastres. 2,795,991 1,859,965

Le produit des douanes et des dasmos de quelques parties importantes de la Grèce esl recueilli directement pour le compte du gou- ; ▼emement, mais on ne sait pas encore quel en sera le montant.

Fmgt'^roisième Question. « Quelle était la taxe que Tévéqne « diocésain prélevait sur chaque maison grecque, et combien cette « taxe donnait-elle pour produit total ? »

Les évèques diocésains percevaient des revenus appelés les uoi réguliers, les autres casuels. Ces derniers provenant de Tagiasmos (eau bénite), des messes, célébrations de mariages, nominations j et autres, n'avaient rien de fixe. Ils augmentaient ou diminuaient,

* Indëpendamment des 16»eS5 piastres qui sont entrées daus la caissci les proTÎnces du coniinent ont'fouroi leur dîme eo nature À Tarmêe soui les ordres du général Karàiskakis.

504 «uppiiflUT.

selon les drconslances , là fortune des chrétiens, et le eartctère de Tévique. Quelqitcfois il est arrivé que la somme des revenus easuels a balancé , même surpassé dans certaines parties de la Grèce, oeUe des revenus réguliers.

G^ux-ci consistaient dans ce que les évèques, d'apris l'ancienne coutume, reliraient par an, des familles chrétiennes de leur diocèse, savoir, 20 paras de chaque père de famille, et 10 de cha* . que famille privée de son chef.

£n combinant cette donnée avec la réponse faite sur la première question, ou peut reconnaître approximativement le total des droits réguliers que percevaient les évéques.

Ces taxes devinrent aussi irré{julières, car les évéques voyant que la fortune de la majeure partie des familles chrétiennes consistait en produits agricoles, introduisirent dans leur propre intérêt Tusaj^e de retirer annuellement de ces familles une partie fixe des produits qu'elles avaient obtenus.

Ainsi au lieu de 20 ou 10 paras ils prenaient 11 à 12 oques de blé, ou une demi -livre de soie, ou bien une certaine quantité d'huile, etc. On Tappclait redevance, ziiia, ou raya.

Plus lard les évéques la touchèrent en argent, ou eu nature à leur volonté.

Quelquefois même selon l'influence qu'ils avaient, et sdon la fortune des contribuables, ils prenaient en même temps et l'argent, et la part en nature. G; qui faisait que la plupart d*entre eux percevaient, par an, de chaque famille 3 piastres au plus, ou 40 paras au moins.

Fhîgt-^tuUrième Question. « Quelles étaient les autorités otlo- « mânes qui existaient en Grèce depuis le pacha jusqu'au oodja- « bachi, le pouvoir dont elles étaient ro'êtues, ainsi que l'éteodue « de la juridiction que le capitan-pacfaa exerçait sur les Oes de « r Archipel? »

Si l'on voubit remonter aux causes principales qui avaicot déler-

nM»

miné les moiulaMns à établir en Grèce le système administratif qui n*a cessé d'y exister qu'en 1821 , il faudrait faire un Tolumet tandis qu'il s'agit ici d'une note succincte ; en conséquence on se contentera d'exposer ce système tel qu'il existait dans chacime des divisions appelées par les Turcs san^faki ou agiêlélii, et Ton commencera par le Péloponèse.

Cette péninsule était une agiélété^ où la Porte envoyait un paclia à trois queues^ sous le titre de Mora^-valesii ; la durée de son administration dépendait de sa conduite^ ainsi que de la volonté du sultan. Un interprète pour les langues étrangères^ muni directement d'un diplôme du sultan^ était attaché à ce pacha.

Deux autres pachas à deux queues relevant du Mora-valessij étaient préposés à la gardc^ l'un de la forteresse de Nauplie, el l'autre de celle de Modon. Quoique gouverneur civil et militaire^ et en tout absolu^ le pacha devait se conformer aux décrets impérieux qui réglaient l'administration intérieure. Le Péloponèse était divisé en 24 provinces^ savoir : G>rinlhc^ Yonitza^ Calavrila^ Patras, Gastouni, Pyrgos^ Cariléna^ Arcadic^ Néocastron, Modon^ Coron^ Androussa, Nissi^ Calamata, Léondari^ Mîstra^ Moncmbasici Tripolitza^ Ilagios- Pétros^ Argos^ Amblakika^ Phanari^ et Kato-Nakayé. Dans chacuue de ces provinces il y avait un cadi^ un voïvode^ deux codja-bacliiS| un scndouk-émiri (caissier), un capu-buluk-bachi (oflicier de police), n y avait de plus, dans chaque bourg ou village, deux ou trois proéstos (primats). Outre cela, dans celles des provinces où il y avait des habitants turcs, le plus considérable d* entre eux était nommé ayan.

A chaque nouvelle nomination de pacha dans le Péloponèse, toutes ces autorités étaient en devoir d'aller lui présenter leurs hommages à Tripolilza, résidence du gouvernement. Le pacha faisait lire dans son divan, et en présence des employés turcs^ ainsi que des codja-bachis de première classe, les ordres du sultan. Il donnait l'investiture ou le caphtan aux fonctionnaires publics; il formait son conseil composé d'un ou de deut Turcs pris parmi les plus nota-

506 suppiinsNT.

blet^ de dem codja-bacliis les plus infloenU, et de rinterprèie, et enfin il entrait dans l'exercice de ses fonctions^ en faisant connaître^ par des circulaires adressées à toutes les provinces^ son arriyée et les ordres du sultan.

Lorsque le pacfaa voulait introduire quelque innovation^ il devait soumettre son projet à toutes les autorités locales, et s'en remettre à la Porte. Il demandait pour ses actes l'avis du conseil^ mais sa volonté décidait de tout.

Quoique le pacha fût assbté de son conseil, il devait encore convoquer tous les ans à Tripolitza les codja-bachis des provinces, et en assemblée générale leur communiquer les ordres de la Porte, leur indiquer les besoins de l'administration intérieure, et leur faire connaître le montant des impôts, ainsi que les nominations des volvodes. Après avoir demandé et obtenu leur consentement sur ces communications, il émettait les ordres nécessaires.

Dans des circonstances extraordinaires, par exemple si l'on prévoyait une guerre extérieure, ou qu'il y eût quelques troubles intérieurs, le pacha invitait aussi les évéques pour s'assurer de la soumission des chrétiens.

Ces décisions, à l'exception de quelques-unes dictées par les circonstances, devaient être fondées sur Vilam de Mahomet.

La Porte nommait aussi deux officiers auprès du pacha, l'un avait le titre de moucabeiletzi, et l'autre celui de dephter^kihofa. Le premier tenait tous les registres, où étaient indiqués, 1*, les délimitations des provinces, des viUages, des terres cultivées, ou en friche, 2®, le nombre des habitants tel que l'indiquait un déf nombremeut fait depuis fort longtemps. Cet officier devait donner au gouvernement des renseignements sur toutes ces matières; lorsque ces registres étaient ouverts, le dephter-kihaya devait être présent, et il devait aussi les sceller de nouveau. Le moucaheilelzi n'avait point le droit de les ouvrir seul. Ces deux officiers, ainsi que les deux pachas des forteresses, n'avaient aucune participation aux affaires politiques.

surpiinsNT. 507

La Porte enToyiil denx autres offidert^ tout le titre A'akgr'^h dont Ym habitait Tripolitza, et l'autre Miitra. Ik étaient les dieb des deux établissements militaires appelés spahis* Ils n'avaient pai non plus la moindre part aux affaires politiipies.

Chaque province avait un cadij choisi par le Rouméli-'eadilesker dans la classe des hommes de lois. La durée de ses fonctions était de six à douze mois et rarement de dix-huit. 11 jugeait sans appel toutes les alTaircs civiles et commerciales^ de quelque espèce et de quelque importance qu'elles fussent. Il était lui-même Texécuteur de ses sentences dont le pacha seul pouvait suspendre Texécutionj en évoquant Taffaire à Tripolitza^ pour y être révisée; cette évocation facultative n'était cependant qu'un abus d'autorité.

Bien que les sentences du cadi fussent exécutoires^ cependant les procès se prolongeaient indéfiniment^ car la jurisprudence tur« que^ obscure et contradictoire^ était diversement interprétée par la ulémas, ce qui entravait de plus en plus la procédure.

A la nomination d'un nouveau pacha ^ ou d'un nouveau cadi^ les choses jugées pouvaient être remises en question^ et souvent b sentence du nouveau cadi était en opposition avec celle de son prédécesseur; car celui-là prononçait par exemple^ selon l'opinion du moussein^effencli , tandis que celui-ci avait basé son arrêt sur celle Xaly-effettdi; les coutumes locales et le temps pouvaient seuls donner un terme à de pareils procès.

Quant aux affaires criminelles^ le cadi s'en rapportait au pacha^ et ne pouvait en connaître que sur l'ordre exprès de celui-ci.

Le cadi avait de plus le droit d'entendre les plaintes des citoyens et de les exposer aux autorités civiles^ d'exercer un contrôle sur les impôts^ et de constater les erreurs ou les abus^ par un acte adressé au pacha. Cet acte appelé ilam avait un certain poids.

Toutes les ventes de vignobles^ maisons^ arbres^ boutiques^ etc.| étaient soumises au cadi. Le hodjètc (acte de propriété) émané de soo autorité^ était indispensable pour que la vente fût valide; des témoins turcs ou chrétiens attestaient dans cet acte la réalité de la vente.

508 supPiiaiKRT.

Dans les différendi entre les dirétiens et les musulmans , le lé* moi(jna(ve d'un chrétien n'était admis ^ ni à charge ni à décharge.

Le cadl avait encore le droit d'annexer un certificat aux pétitions provinciales adressées au pacha ou à la Porte^ néanmoins il lui était sévèrement défendu de prendre aucune part aux afTaircs politiques.

Avant Tavénement du sultan actuel^ le voTvode étiit nommé par la Porte sur la demande de la communauté^ ou sur celle des ma/fkiœn^ioabi (acheteurs de la dlme); mais en vertu d'un décret du sultan actuel^ les pachas nommaient ces volvodes.

Le voTvode devait percevoir le liaralz (capitation)^ suivre les instructions du pacha I exécuter les sentences du tribunal, et se prêter h ce que demanderaient les codja-bachis relativement i la police intérieure, ou à la perception des impôts.

Pour toute vente de terre il avait le droit de délivrer Tacte de validité nommé taph, acte qui seul rendait la vente inattaquable.

Le volvode était nommé pour un an; Tayan nommé parle pacha était institué pour défendre les droits de ses coreligionnaires.

Le capu-buluk-bachi, élu par les codja-bachis, était avec 10 oa 15 gens d'armes attaché au volvode, mais il ne pouvait exécuter aucun ordre qui ne fut approuvé \m les codja-bachis.

Les codja-bachis étaient élus par les proestos des bourgs et des villages. Ils se réunissaient dans la métropole delà province; là ils procédaient à Télcction qui avait lieu à la pluralité des voix; et sans qu'aucune autorité turque y prit la moindre part. L'élection terminée, les électeurs eux-mêmes en présentaient au cadi le résultat dans un acte revêtu de leurs signatures et de leurs cachets, et demandaient son ilam. Le cadi en présence du volvode, de l'ayan et des Turcs les plus notables qui portaient témoignage de la volonté des proestos, délivrait le certificat demandé, et le tout était envoyé à la ratification du pacha.

Les codja-bachis étaient nommés pour un an. Chacun de ces fonctionnaires devait à la fin de sa gestion en rendre compte à laprovince, pour obtenir un acquit. Les provinces qui étaient ton-

SUPPlittERT. 509

lantet de leuri codj«4>icliiS| le témoigpAaieut dans des adrcsseï présentées au pacha^ qui mainlenail ordinairement ces fonctionnairci dans leurs emplois, pour Tanuéo suivante.

Hs réglaient le modo do perception des impôts^ et pouvaient (aire des dépenses extraordinaires qu'ils soumettaient ensuite à rassemblée provinciale. Ils avaient le droit de postuler en général toutes les affaires des rayas, ainsi que de juger leurs différends, de quelque nature qu'ils fussent; et lorsque les parties étaient satisfaites, au« cune autorité turque ne pouvait s'immiscer dans la connaissance de l'affaire. Les chrétiens, quand ils étaient emprisonnés, pouvaient recourir aux codja-bachis pour obtenir leur délivrance.

Aucune répartition, ou perception d*imp6t, ne pouvait être et* fectuée sans la permission et l'avis des codja-bachis. Leur rapport au pacha était d'un grand poids; toutes les pétitions des bourgs ou vil» lages devaient être envoyées par leur intermédiaire aux autorités turques. Ils ne devaient rendre compte de leur administration à au« cune autre autorité qu'au pacha, qui seul avait le droit de les pu« nir, ou de les récompenser.

La grande influence des codja-bachis dans le Péloponèse venait, 1% de ce que les Turcs y étaient en petit nombre, et constamment divisés entre eux ; 2% de ce que depuis fort longtemps les provinces envoyaient à Constanlinople un ou deux primats, qui, recommandés en qualité de représentants, émettaient librement leur avis à la Porte. Cette recommandation devint avec le temps un droit pour le Péloponèse, qui envoyait des représentants munis de mandats en forme, tant de la part des chrétiens que de la part des Turcs.

La coutume chez les Turcs prévalait à la loi ; c'est par suite de cela que deux ou trois, et quelquefois quatre codja-bacliis, sous le nom de véhils de Morêe, devaient nécessairement résider à Constantinople. Le crédit dont ces envoyés jouissaient auprès de la Porte, par les ressources que leur procurait leur patrie, inspirait une certaine retenue aux pachas, dont quelques-uns ont été destitues par suite de leurs démarches.

510 SUPPliBIElCT.

Le tendouJc'^miri (caissier) gardait toutes les sommes d'argent qui devaient être transmises par st% mains aux autorités turques. Il tenait les registres des comptes de chaque province et conservait les états des impositions qui étaient signés par les codja-bachis. Cet officier^ quoique relevant du pacha, devait se conformer aux ordres de ceux-ci.

Les proestos des bourgs et villages avaient aussi un caissier par« ticulicr nommé capsimali. 11 était élu de la même manière que les eodja-bachis auxquels il était obligé de se rapporter pour les affaires concernant les villages.

Telle était l'administration civile du Péloponèse; mais peut-on croire qu'un pacha, souvent parvenu à ce poste éminent de boucher qu'il était peu de temps avant, ignorant d'ailleurs, délégué d'un maître absolu, peut-on croire qu'un tel homme fut bien capable de se conduire avec clémence, et de se conformer à des règlements administratifs?

Ordinairement ces hommes connus principalement par leur cruau<v té et leur caractère intraitable étaient recommandés à la faveur du sultan, comme plus dignes que tout autre de gouverner le peuple.

Dans les gouvernements arbitraires lout se fait par la volonté des chefs, ils ont la faculté de faire des lois et de les appliquer selon leur bon plaisir; l'intrigue, la fraude et le dol, président à leurs actes. Tout cela existait d'une manière plus elfrayanlc qu'ailleurs, dans ceux du gouvernement turc où l'instruction était proscrite.

Personne ne pouvait parler devant un paclia qui avait di*oit do vie et de mort sur ses adminislrés> et c'était toujours avec un sentiment de frayeur qu'on approchait de son palais ; on était épouvanté avant même de voir ce despote, et d'entendre sa voix menaçante; 150 gens d'armes appelés cavasses, un itz-aga, et le bourreau gardaient constamment la porte du pacha ; un seul signe de sa tète décidait de la vie du suppliant.

La province de Sparte avait un système dilTérent. Elle était administrée avant 1770 par des capitaines, parmi lesquels était choisi

•uppiinsn. 511

le dief portant le titre de badut-eapitan. Cette proviiiee payait à la Porte 4^000 [autres pour la capitation.

Dans la IVhIna il n'a jamais existé aucune autorité turque; ce n'est que depuis 1770 que le capitan-pacha a été autorisé par la sultan à y nommer un gouverneur sous le titre de bey de Màfna^ et depuis lors cette province a été obligée de payer 15^000 piastres de capitation.

Le bey devait veiller au maintien du bon ordre ^ envoyer les inn p6ts au capi tan-pacha j et en cas de besoin lui demander du secours.

Le sandjak de Nègfrepont comprenait Tlle d*Eubée^ TAttique^ Thèbes^ Livadie, Turcochori^ Boudounilsa^ Zeitouni, Salona, Li« doriki^ et Malandrino. Celui de Karéli^ l'Étolie et l'Acamanie^ qui comprenait Messolongbi, Analolico, Viochos^ Xéroméron^ Vallo et Vonitza^ étaient compris dans l'administration du sandjak de Nègrepont; mais comme la dlme du sandjak de Karéli était donnée en apnage à la validé (mère du sultan)^ elle obtint que le gouvemeor en fiit nommé directement par la Porte j et reconnu seulement par le pacha de.Nègreponl^ sous le titre de Karéli'fnussélùn.

Naupacte^ Apocoron> Cravari, Carpénisi^ Patradjik^ et Domooo^ formaient un sandjak séparé. Les provinces d'Aspropotamos et d'Agrapha relevaient du sandjak de Trikah.

Les pachas nommés à ces sandjaks étaient à trois queues ; le système d'administration était semblable à celui du Péloponèse et ne différait qu'à l'égard de l'autorité des codja-bachis^ qui n'y étaient point élus par les provinces ; de plus ces provinces n'avaient point le droit d'envoyer des vékils à Constantinople.

Cette forme du gouvernement intérieur a été observée jusqu'à l'époque d' Ali-Pacha dont le despotisme n'a rien respecté.

L'ile d'Hydra relevait du capitan-pacha et était administrée par des indigènes sous des formes aristocratiques. Les primats de cette Ile, les plus considérables en richesses et en influence, étaient divisés en deux sections, dont chacune administrait alternativement rUe pour un an.

512 SUPPLÉOENT.

Le corps des primats faisait des rèo^emeats pour le maintien de Tordre, pour le commerce et la police maritime. Un des indigènes faisait les fondions de chef de police sous le titre de zapiie; la nomination de cet officier élaiC soumise à Tapprobation du capitan* pacha.

Il y avait aussi une chancellerie composée d'un chancelier et de quelques assesseurs qui jugeaient les différends. Leurs décisions étaient approuvées par les primats, le chancelier faisait aussi les fonctions de notaire.

Enfin un tribunal ecclésiastique jugeait les différends qui s'élevaient au sujet des mariages, divorces, etc.

L'ile de Spetzia avait la même forme d'administration que celle d'IIydra.

L'Ile de Psara relevait du capitan-pacha, et était gouvernée par des déroogérontes élus par le peuple. Tous les citoyens se rassemblaient en assemblée générale et procédaient à l'élection de douze électeurs qui élisaient pour un an trois démogérontes et un caissier.

Le caissier, assisté de deux adjoints appelés dadziers, percevait tous les revenus ; mais lorsqu'il s'agissait d'affaires de grande inw portance, les démogérontes étaient tenus de convoquer le peuple en assemblée pour qu'il les décidât unanimement.

Tous les différends pour affaires civiles ou commerciales étaient soumis a des arbitres.

Le capitan-pacha ratifiait les élections ainsi que les décisions des arbitres, sans y prendre la moindre part. Il ne connaissait que des affaires criminelles.

Les Iles de l'Archipel, Scopélos, Skiathos, Iléliodromia, Skyros, Salaroine, Égine, Poros, Zéa, Tliermia, Sérifo, Sifnos, Amorgo^ Milos, PolycanJro, Silûno, los, Santorini, Anaphi, Casses, Astypaléa, Patmos, Naxos, Paros, Anti-Paros, Rlicono, Trikéri, relevaient aussi du capitan-pacha, qui envoyait à chacune d'elles un préposé & la dlnie, musulman ou chrétien, sous le titre de zapite*

Chacune de ces Iles avait ses proOslos qui devaient être élus

dios b cluse des plas riches ci des plus infloenls^ ils étaient assistés de deux adjoints. Les différends étaient jugés par les proéstos ou par les arbitres^ mais on en appelait au capilan-pacha^ qui prononçait toujours en matière criminelle.

Aucune autre autorité turque n'avait la moindre influence dans ces llcs^ et le sultan lui-même n*y envoyait pas d'ordres directs.

L'Ile de Samos relevait du scheisalam, qui y envoyait tous Ici ans un gouverneur turc; cette Ile avait aussi des proéstos.

L'Ile do Tinos relevait du zarap^ané qui y envoyait un zabite. L'administration de cette Ile était la même que celle des autres, et le zabitc ne pouvait rien sans le consentement du prol^stos.

L'Ile d'Andros relevant d*abord de la sultane, fut donnée après sa mort au zarap-liané, qui y envoyait un zabite pour le maintien de l'ordre et pour juger les différends des indigènes.

Cette Ile avait un codja-baclii qui, aussitôt qu'il était élu par le peuple se rendait à G)nstantinople, où il payait ce qu'on appelait Yeltizitmé de Tile, et, investi dans sa charge par le zarap^anè* émhd, il revenait pour exercer ses fonctions. Ce zabite n'exécutait aucune décision judiciaire sans le consentement des codja-bachis.

Les Iles de Léro, Calymozos, Kissino, Délos, Halky, Scarpathos, Symi, et Castéloriso, étaient soumises au bey deRhode&, qui y envoyait des zabites. Cependant elles avaient aussi leurs proéslos et jouissaient du droit de les élire.

Système administratif de ttle de Chios sous les Turcs.

Lors de la dernière reddition de Chios aux Turcs en 1694, les chrétiens, habitants de Tile, obtinrent par im traité plusieurs privilèges dont voici les principaux :

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