AU SENAT
note officielle qui 1* accompagne. Je ne vous répéterai pas non plus les considérations majeures d'après lesquelles lé gouvernement grec, dans cette grande conjoncr ture, a du se tracer la ligne de conduite qu*il a suivie. Il devait d*une part justifier la confiance dont la nation riionore , et de Tautre faire preuve des sentiments de gratitude qu*inspirent aux Ilellcoes les intentions ge'rïéreuses des augustes souverains allies, et les bienfaits, qu'ils doivent à leur munificence.
Telle est la tuche que mes devoirs m'imposaient de remplir, et j'ose me flatter d'y avoir réussi.
C'est à vous, Messieurs, à en juger, en prenant connaissance des pièces ci-jointes. Vous y trouverez les communications de Messieurs les résidents des cours al* liées , et la minute de ma re'ponse ofliciclle.
J'aime à espérer que vous partagerez, Messieurs, mes efforts et ma responsabilité, et que vous rendrez les uns. plus efficaces et l'autre moins grave, en portant vousmêmes à la connaissance de S. A. R. le prince Lëopold les vœux légitimes de la nation. C'est lui seul qui peut de'sormais avec succès, en devenir l'organe auprès des. cours alliées.
Je vous propose aussi dé vous concerter avec moi sur renvoi d'une députation qui ira au-devant de S. A. R.*
* Voyez piiee» addiliomieiht it* 2» l« repoiita du tciisl el U mêmoH<
8 M EfAUPLIK. -r- ATni.L 183.0.
%$/ Jy. kS^. <s/^. <e c:f^l4^ce J^oAcm.
Nauplie^ ^ «rril 1830.
Etant à la veille de transmettre à Votre Altesse Royale une volumineuse expe'dition par le courrier de M. le baron de Rouen , je profite aujourd'hui de celui que fait partir M. Dawkins pour avoir Tlionneur de mettre sous vos yeux, mon prince, la copie de la note de Messieurs lesre'sidents, ainsi que celle de ma réponse. J*y joins aussi une copie de ma de'pêcbe et de ma lettre particulière du 25 mars (6 avril)^
Le travail du sénat, et les observations dont je raccompagnerai , oflViront à Votre Altesse Royale l'ensemble des vœux que la nation lui exprime.
Je n'en dirai pas davantage aujourd'hui sur ces gcaves intérêts^ Je ne saurais néanmoins me dispenser de vous supplier, mon prince, de pourvoir au plu^ tût aux besoins pressants qui m'entourent.
Nous en sommes aux derniers écus des subsides accordes pour janvier, février et mars. Tout ce que j'ai pu faille, c'est de couvrir les dépenses du mois d'avril; mais, il m'est impossible d'aller plus loin. C'est le 1 1 (23) mal qu'échoit le paiement du trimestre à l'armée; et dans ce moment de crise, il est d'une immense importance de lui donner exactement sa solde. Il nous faut donc au m^oins 1|000,000 de francs pour les premiers jours de mai, et je
'--L ' »■"*■ ■ tàmmmÊmtÊÊmiÊÊ^ÊmÊmÊm
AU PRINCB LKOPOLD. 9
VOUS supplie encore une fois , mon prince ^ de faire arriver à terme cette somme.
Dans une couple de jours je soumettrai à Votre Altesse Uoyale Te'tat de Tarmee et de la flotte ^ ainsi que le budget d*un trimestre pour tous les services.
Si je puis entretenir Tespoir de vous faire trouver^ mon prince, le pays dans un état d^ordre et de tranquillité, ce n*cst qu*à deux conditions. La première, que Votre Altesse Uoyale hâte son arrivée en Grèce; la seconde^ que le gouvernement provisoire soit en mesures de payer régulièrement Tarme'e, la marine et les fonctionnaires publics. Hors de ces deux conditions, je ne pourrai rien; et Votre Altesse Royale ne doit pas me faiix2 Tinjustice de douter des sentiments qui m'engagent à lui faire part de ma conviction à cet e'gard.
P. S. Le sénat approuve enfin ma raponse aux résidents des cours alliées, et s*occupe dans ce moment de Tadresse et du mémoire qu*il mettra par mon organe sous les yeux de Votre Altesse Uoyale. Ainsi que j*ai eu riionneurde vous Taunonccr, mon prince, par lepostscriptum du 2ti mars (7 avril), les dilUcultcs e'iaient grandes, et la note dû Messieurs les re'sidcnts les aurait rendues insurmontables, si la letti*e de Votre Altesse Royale du 28 février ne m*avait donné les moyens de les aplanir.
Voti^ Altesse Royale aura lieu, j*espère, d*étre satisfaite du résultat de mes longues et pénibles conférences
10 DB MAUPLIB. --* AVRIL 1830.
avec les 'sëàateurs et les hommes les plus influents du pays.
. Je voudrais faire davantage. Il me tarde d'envoyer une deputation auprès de Votre Altesse Royale , et de la faire arriver dans le port oîi vous vous embarquei^ez , mon prince, par la frégate et par quelques autres bâtiments grecs.
Quoique le choix de cette ambassade ne soit pas chose facile , et que Texpe'dition de la frégate et de quelques autres bâtiments exige une dépense que notre caisse n'est pas en ëtat de faire, je tâcherai néanmoins de préparer Texëcution de ces mesures, dans Tattente des ordres qu'il plaira à Votre Altesse Royale de me donner. Je la supplie donc de me les faire aiTiver une heure plus tôt , et de me marquer positivement l'ëpoque et le lieu oii elle est décidée à s'embarquer.
%S^ cX^ %S^. c^. ^ c^^4^ce «i^^^i^
Nauplie, -7 «ttU 18S0.
En répondant à la lettre que Votre Altesse Royale m'a it l'honneur de m'écrire en date du 16 (2R) fe'vrier, j'ai cru de mon devoir de mettre sous ses yeux mes observations sur l'acte du 3 feVrier, sur la situation difficile dans laquelle quelques-unes des dispositions de cet acte, et les ordres qu'ont reçus les résidents des cours alliées^
{ ^ 'AU FAINCC LÊOPOLO. 11
Allaient placer lé gouvernement grec ; enfin sur tea efforts que je ferais dans une conjoncture aussi grave, pour justifier et la confiance des Grecs, et celle dont m*honorent les cours alliées et Votre Altesse Royale. En prenant connaissance des pièces que j*ai Thonneur de joindre ici, Votre Altesse aura , j*espère , la mesure de la bonne volonté et du zèle avec lesquels j*ui tuclic d'atteindre ce double but. Je Tnurais atteint peut-être avec plus de succès dans Tesprit des Grecs, si Mcssieui:s les reVidents avaient e'te' autorises à m*en offrir les moyens; mais les termes peremptoires dans lesquels ils exigent Texecution des clauses du protocole du 3 février, et les déterminations spéciales qu'ils annoncent dans leur note, n ont fait que rendre plus diflicile la tache que j'avais à remplir.
Les déterminations que Messieurs les résidents des cours alliées appellent spéciales, décident des intérêts les plus importants, les plus chers de ce pays, et ont fait Tobjet de stipulations tout aussi formelles que celles qui sont renfermées dans l'acte du 3 février.
Les Grecs se demandent donc pourquoi la conférence de Londres leur laisse ignorer le protocole qui confère à Votre Altesse Royale la souveraineté de la Grèce , celui qui concerne l'emprunt, celui enfin qui assure aux catholiques les privilèges dont ils jouissaient sous la domination turque, et qui accorde égalité complète de droits à tous les sujets du nouvel état, quelle que soit leur croyance religieuse.
En subissant la domination musulmane, les Grecs
12 OB MAUPLll. — AVRIL 1830.
n*ont existé que sous la sauvegarde de leuf église. Dis qu*ib se sont constitues en corps de nation , leurs représentants ont déclaré que la religion de Tetat est la religion grecque, en admettant par là même en principe la tolérance de tous les cultes. Les transactions de la conférence de Londres n*ayant fait aucune mention directe de la religion grecque , je laisse considérer à Votre Altesse Royale quelle est Timpression que doivent avoir produit ce silence d*une part , et de Tautre les dispositions spéciales concernant les cultes.
Cest à vous, mon prince, qu*il est réservé de rassurer la Grèce sur ce point majeur, en lui annonçant que Votre Altesse Royale embrassera et professera avant tout sa communion. Cest h Votre Altesse aussi qu*il appartient de lui donner un second gage de ses intentions paternelles, en déclarant que Temprunt ne sera pas exclusivement employé à lever et à entretenir des soldats, mais que la nation y ti*ouvera aussi les ressources qui lui sont indispensables pour indemniser Tarmée et la marine, et faire revivre Tagriculture , le commerce et Tindustrie. , La troisième garantie que les Hellènes ont droit d*attendre : de la sagesse et de la justice de Votre Altesse, ils la trou- i vent déjà dans le vœu que vous avez fait, mon prince, pour qu'ils eussent une part au choix de leur souverain. Votre Altesse ne leur laissera rien à désirer à cet égard, ; du moment qu* elle leur annoncera qu'ils seront appelés à ; jouir de leurs droits civils et politiques, d'après les bases posées par le second décret du congrès d' Argos. Le sénat
AU mmct LiopoLD. IS
TOUS exprime y mon prince y les mêmes vœux 9 et il se porte aussi Tinterprète de ceux que forment les infortunés habitants de la Grèce occidentale, et des iles de Candie, de Samos et de Psara.
Votre Altesse Royale a déjà plaidé leur cause. Elle la plaidera encore , et Dieu la protégera. Si la création du nouvel état Grec a pour but d^affermir sur des bases solides la paix du levant , pourquoi les Puissances laisseraient-elles incomplet leur propre ouvrage, en livrant à des chances périlleuses la navigation de T Archipel, et les relations de Tétat Grec avec les provinces musulmanes du voisinage? Lorsque les commissaires démarcateurs seront sur les lieux, ils ne pourront se dispenser de déclarer que la ligne qu*ils auront à tracer diaprés Tarticle 2 du protocole, ne peut dans aucun cas constituer une frontière. Ils auront de même lieu de se convaincre que les points signalés par la conférence de Londres, se trouvent sur le terrain dans d'autres positions que ne le marquent les cartes qu*elle a consultées.
Quant aux limites maritimes , je n*abuserai pas des moments de Votre Altesse Royale pour lui démontrer que Candie est la clef de TArchipel.
Les clauses de Tarmistice , et en général toutes celles qui concernent les propriétés , ont alarmé à juste titre le sénat. Si en effet les Turcs les expliquent en leur faveur, plus des deux tiers des propriétés nationales leur appartiendront.
Le sultan est hautement intéressé à rendre aux Grecs
14 UK MAUFUC. — " AYKVL 1830.
les terres et les domaines quil leui* a confisques y et il
les leur rend déjà, en les invitant à regagner leurs foyen dans ses e'tats. Sans le retour de ces hommes industrieux
et actifs, que ferait-il des pays qui resteraient déserts el
en friche? En est-il de même de la population que Votre
Altesse Royale a adoptée? Ou trouverait-elle des moyeni
de se refaire? Quel serait le fruit de ses sacrifices?
Les Puissances ont pense soulager la Grèce du fardeau du tribut et des indemnite's. Le sera-t-elle si les Turcfl qui ont porte' les armes pour se défendre peuvent soua les auspices de Tarmistice rentrer dans le nouvel état , et réclamer la restitution de leurs propriétés? Quek sont ces Turs? Ce sont ceux qui se sont acharnés à com* batti^e, parce qu'ils avaient le plus à perdre, et qu'ils ont en efTet perdu le plus.
Il vous appartient, mon prince, de fixer Tattention des cours alliées sur ce point important, et d'obtenir de leur justice qu'elles transmettent à leurs représentants à Constantinople des instructions conformes aux principes qu'elles ont adoptés, en déclarant que les Grecs seront libérés des charges que leur impose l'acte du 22 mars.
Pour que Votre Altesse Royale puisse apprécier au juste l'étendue de nos besoins et la détresse de nos fi* nances, je joindrai ici les états que les différents minis* tères viennent de me présenter.
. Je terminerai cette dépêche comme celle du 28 mars. Je supplierai Votre Altesse Royale de hâter son arrivée en Grèce. Les hommes que vous êtes appelé, mon prince,
.' ' ÂV PAINGB LÉOPOLD« 15
à gouverner vous reconnaîtront comme leur père^ lort« qu*au milieu d*eux et dans un moment de crise 9 vous leur donnerez des gages des sentiments gene'reux qui rous portent à vous charger de leurs destinées.
kS^ Cf. iS^ r^. ^ c^/her ^:M^/icm.
La dépêche que je prends la liberté de mettre sous les yeux de Votre Altesse Royale par le courrier de ce jour^ me dispense de Tentretenir plus particulièrement de mes négociations avec Messieurs les re'sidcnts des cours alliées, et de leur dénouement. Si je ne me trompe, j*ose le croire satisfaisant; mais il Teiit e'të davantage, et pour ce pays et pour Votre Altesse Royale et pour les cours alliées, si leurs résidents avaient reçu Tordre d*executer les actes de la conférence de Londres, en se concertant avec moi sur le choix des formes d*après lesquelles ils auraient pu mieux remplir leur tache. On en a juge' autrement, et j*cn déplore les conséquences. Celles qui pour le moment pèsent le plus sur Tadministration actuelle, et qui entravent de plus en plus sa marche, réclament qu^on y apporte un prompt remède, et il n*appartient qu*à Votre Altesse Royale de le faire.
Les hommes les plus avancés dans la civilisation ne voient la patrie, Tindépendance et la liberté, que dans
16 DE NAUPL». — i ATKIL 1830.
leurs intérêts personnels et ' dans le pre'sent. Comment peut-il se faire que les Grecs ^ à peine délivres du joug musulman , sortis à peine de Tabîme d*une révolution , conçoivent favorablement Tavenir que leur destinent les actes de la conféi^nce de Londres, lorsque ces actes ne leur présentent aucune garantie?
On a statué sur Tégalité des cultes , sans y ajouter au moins répitbète de chrétiens; et Ton ne dit pas le mot de la religion orthodoxe grecque, qui est celle de Tétat.
On a fondé un gouvernement monarchique et héréditaire; mais on n*a pas annoncé en même temps aux citoyens qu^ils ont le droit d*y prendre part.
On a renouvelé la promesse de Temprunt; mais on ne laisse pas même entrevoir que cet emprunt offrira quelques secours au pays qu'il grève d*une nouvelle dette.
Enfin le nouvel état est d*une part soulagé des indemnités que lui imposait le protocole du 22 mars, mais de Tautre Tarticle de Tamnistie le menace de Tobligation onéreuse de rendre aux Turcs qui voudront rentrer en Grèce leurs propriétés.
Ces dispositions sont exprimées de manière à faire appréhender aux Grecs qu*elles tendent à attaquer de front et à compromettre à la fois les intérêts de toutes les classes: marins, soldats, cultivateurs, employés publics, tous se croient à la veille de perdre jusqu'à Tes* ; poir de se refaire de leurs longues infortunes.
Ce sont ces hommes que je suis condamné à voir, à
AU raiNGI LiOFOLD. 17
chaque Instant; mon cabinet ne désemplit pas. Je fais tout ce qui dépend de moi pour les tranquilliser. Je tâche de leur démontrer que leurs alarmes sont sans mo'» tifs; mais la confiance n*est plus de saison. J*aTais ce pressentiment il y a peu de jours, et je me suis fait par conséquent un devoir de supplier Votre Altesse Royale de hâter son arrivée en Grèce. Aujourd'hui mon pressentiment commence h se réaliser, et ce sont les faits qui me portent, mon prince, à vous réitérer la même prière.
Il y a de mauvais esprits et des intrigants en Grèce comme partout ailleurs ; mais ici il y en a plus encore. Des étrangers, qui n*ont cessé depuis longtemps de semer la discorde, continuent aujourd'hui plus que de coutume leurs coupables menées. C'est avec une effronterie qui se donne des airs d'autorité, qu'ils répètent à ceux même qui ne veulent pas les entendre, que si la Gi*cce est réduite à la frontière de l'iVspropotamos, si Candie et Samos sont rendues aux Turcs, et si les autres clauses du protocole ne sont pas plus conformes à ses vœux légitimes , c'est que l'Europe a du se garantir des vastes et ambitieuses combinaisons politiques du gouvernement provisoire actuel. Or ce gouvernement provisoire c'est moi, et ces vastes et ambitieuses combinaisons ce sont mes prétendues relations secrètes avec la Russie.
Quelque absurdes et ridicules que soient ces insinuations, elles ne manquent pas cependant de produire une impression funeste. Il n'y a pas de Gi*ec qui n.'oit souffert des pertes considérables; il n'y en a pas qui n'es-
18 DK ITAUPUB. — • AVRIL 1830.
père des dëdommagements. Tous ceux donc qui se croient près de porter la peine de la confiance cpi^ils ont placée en moi m*accablent de leurs demandes; ils ne voient de salut que dans les concessions que je leur ferai.
Ce n*est pas de quelques individus qu*il s*agit : ce , sont les communautés dliydra, de Spetzia et de Psara ; ! c*est Tarmee, c*est la milice, ce sont leurs che&, ce sont j enfin toutes les provinces.
Rejeter tout à fait leurs demandes , ce serait légitimer \ la me'fîance de ces hommes, les pousser aux partis ex- , trêmes, et donner lieu au de'sordre et à Tanarchie. Les accueillir complètement, ce serait faire preuve de faiblesse, encourager d*autrcs pre'tentions, et léguer au gouvernement de Voti*e Altesse Royale des embarras sans cesse renaissants.
Dans une pareille situation, ce ne sont que des termes moyens, combines de bonne foi et avec quelque saga^ cite, qui peuvent an*éter le débordement ; et jusqu*à ce moment ces termes moyens m*ont re'ussi. Mais je le de'-; clare avec une respectueuse franchise à Votre Altesse; Royale, leur edicacitc ne peut durer que pour peu de temps, et elle sera nulle, si la caisse publique ne reçoit des secoui*s pour le mois de mai.
J*a vais compte' sur les ressources de la banque nationale; mais au lieu des placements que devaient lui pro-, curer les nouvelles garanties offertes aux prêteurs par rhypothèc|ue des domaines nationaux, elle est tous les
AU PKIEICK LÉOPOLD. 19
jours épuisée par les anciens actionnaires , qui lui de* mandent la restitution de leurs capitaux , et le gouver* nement ne peut pas s'y refuser, sans manquer à la foi publique.
Ce n*est pas tout : les fermiers de Tannée dernière doivent encore à Tétat des sommes, dont la commission des finances , malgré ses efforts , n*a pu recouvrer jusqu'ici la moindi^e partie. On peut se rembourser par la vente de leurs biens; mais qui les achètera?
Enfin les revenus des provinces seront-ils affermés cette année avec autant d*avantage qu*ils Tout été Tannée dernière? Cestdans le courant du mois qu*on procédera à cette opération importante, et j*en ignore le résultat. Mais quand même il serait satisfaisant, les nouveaux fermiers seront-ils plus exacts que les anciens? J*en doute.
Telle est la situation critique de la Grèce, de son gouvernement provisoire, et de ses finances. Au moment où j*écris à Votre Altesse Royale, il n*existe dans la caisse qu'environ 600,000 francs, dont 250,000 vont être distribués parmi les marins qui ont des créances sur Tétat , et qui demandent quelques avances pour remettre à flot leurs bâtiments. Nous devons vivi*e le mois d*avril, et préparer le trimestre de Tarmée qui échoit le 11 mai, ce qui en d'autres termes veut dire qu'il faut de toute nécessité faire arriver en Grèce pour les premiers jours de mai , au moins 1 ,000,000 de francs. Si l'évacuation des I provinces occidentales doit s'effectuer dans ces entre-
20 DB ITAUmB. — AVAIL 1830.
laites, il est aussi urgent que d*aubres fonds soient mis l la disposition du gouvernement grec.
Par ma lettre particulière du 25 mars (6 avril) j*a: lait part à Votre Altesse Royale des considérations ma* jeures qui doivent rengager à se trouver sur les lieux < pour diriger en personne les opérations difficiles de U -délimitation. Aujourd*iiui d'autres considérations non moins graves, et qui ont trait à la situation intérieure du pays, m'imposent le devoir de vous re'itërer, mon prince, avec plus d'instance le même vœu. Jusqu'à son •accomplissement je ne négligerai aucun effort, pour maintenir dans les provinces la tranquillité et l'ordre 'dont elles jouissent maintenant. J'aime à espérer qu'avec l'aide de Dieu j'y réussirai, si toutefois les secours pécuniaires arrivent à temps, et si , comme j'ai pris la lil>erté de l'énoncer dans ma lettre particulière, Votre Altesse Royale les apporte elle-même.
Nauplie, -- avril 1830.
Cest à la complaisance de M. de Rouen que je dois la satisfaction de vous écrire ces lignes par le courrier qu'il expédie à sa cour, avec le résultat de la commission que, conjointement avec ses collègues, il a rempli auprès du gouvernement provisoire grec.
àV CHIVÂLIIK ITNAIID, 2t
J)e ne tous parlerai ni des communications que j*ai re^ fues de la part des rësidents des cours alliëes^ ni de la réponse que je leur ai donnée» Vous les connaîtrez , et dans tous les cas je tous en enverrai une copie par la première occasion.
L*ensemble des documents que je mets aujourd'hui sous les yeux du prince Le'opold méritera, j*espère, son approbation. Je serai bien aise de Tapprendre.
Voici en peu de mots les vœux que je lui exprime. Que S. A. amve une heure plus tôt en Grèce, et qu'elle m'envoie , tout au plus tard pour les premiers jours de mai, au moins 1,000,000 de fî*ancs. Ce n'est qu'à ces deux conditions (et ces conditions sont de rigueur), que je pourrai être de quelque utilité à ce pays et à S. A. R«, et pour le présent et pour l'avenir.
La volumineuse expédition que je lui adresse lui prouvera que plus je désire justifîer sa confiance, et plus, je dois lui faire ma profession de foi , et sur la situation critique de ce pays, et sur les moyens que S. A. R. peut et doit employer pour en prévenir les funestes conséquences..
Vous devez avoir reçu à cette heure ma lettre du 21^ mars (6 avril) par le prince de Wrède.
Depuis lors les esprits se sont émus et alarmés, plus des
explications données par la note ofiicielle des résidents,
que par la teneur du protocole du 3 février. J'ai calmé
et je calme tout ce monde, et j'aime à me flatter qu'a* vec l'aide de Dieu j'aurai encore quelque succès. Mais.
22 d'éginb. — MAI 1830,
je le rëpète , si le prince ne hâte pas son arrivée en Grèce 9 et que dans ces entrefaites il ne m*envoie pas les secours que je lui demande , je ne lui reponds plus de rien , car nul n*est tenu h Timposslble.
Tâchez , mon cher Eynard , avec votre infatigable activité de faire arriver à temps ces secours. C*est le 11 (23) mai que je dois payer le trimestre à Tarmee. Jugez quelles seraient les conséquences, si dans ce moment de crise Tarmee se voyait dans la nécessité de se del)ander. Les soldats diraient : Notre terre natale doit rentrer sous la domination des Turcs, et pour nous forcer à y rentrer aussi le gouvernement ne nous paie pas. Ce serait pousser 8,000 hommes au désespoir et au brigandage. Qu*on y prenne garde. J*en ai le cœur serré; mais je ne me décourage pas. Dieu nous aidera.
\S^ %^Ô. ^ {^améc M cian4^, c^c<ftacn^ €tc
cfb€iÂ^<€.
Égîne, —
2> arril mai
Je reçois avec infiniment de reconnaissance les huit lettres de change, pour la valeur de 77,178 francs 13 centimes , que S. M. Tempereur a daigné mettre à ma disposition, à Tefiet de soulager les misères qui accablent encore ce pays«
Gràce à la munificence de S. M. I. les nombreuses fa-
AU CUJ&VALIKII KYflARD, 23
milles qui étaient réduites à mendier leur pain ^ le gagnent maintenant par le travail. Je crois par conséquent que la somme dont S. M. L vient de me rendre dépositaire ne saurait être mieux employée qu*à la fondation de quelques écoles d*enseignement mutuel ^ ou bien d'une école centrale.
Veuillez, Monsieur le comte, en mettant aux pieds de S. M. I. r hommage de ma profonde gratitude , lui rendre compte aussi de T usage que je compte de faire de ce nouveau bienfait.
NaupHe» *- mai IS90.
J*ai sous les yeux, mon cher Eynard, les journaux de France jusqu'au 20 avril. J y vois que le prince Léopold est arrivé à Paris le 8 ; mais par les deux bâtiments qui viennent de nous apporter ces gazettes , je n*ai pas reçu une ligne de votre part.
Vous devez avoir entre vos mains la longue lettre que je vous ai écrite par M. de Wrède , et celle qui est partie plus tard par un courrier de M. de Rouen. Je ne vous répéterai pas leur contenu , mais je le résumerai en deux mots : Que le prince nous envoie le plus tôt possible de l'argent , et qu'il arrive lui-même.
Les personnes qui pensent et parlent des affaires de
24 DE NAUPLIB. •— MAI 1830.
la Grèce 9 comme le Courrier de Smyrne et d*autre journaux que je ne désignerai pas, répandent des bruit alarmants sur la situation intérieure du pays. Ils disen que les chemins sont infestés de brigands, et qii*il y i des insun*ections dans toutes les provinces. Tout cela es fau2(. Ce quMl y a de vrai, c'est que les intrigants contî nuent plus que jamais leur métier, et qu ils n'ont réuss jusqu'ici dans aucune de leurs entreprises. J'ose croin qu'ils ne réussiront pas davantage par la suite, du mo inent que le prince répondra aux longues lettres que j'a pris la liberté de lui adresser, et qu'il y répondra d< manière à déjouer tous les petits complots, dont h Grèce peut à la longue devenir la victime.
Je viens de faire une tournée à Poros, à Syra, à Ëgine et dans la province de Corinthe ; elle n'aura pas été fait sans fruit. Si la diplomatie m'en laisse le temps, j'en fera sous peu de jours une seconde dans l'intérieur du Pélo ponèse, et j'aime à croire qu'elle sera aussi utile.
Les meneurs étrangers et grecs tachent de porter l peuple à l'insurrection et à la mutinerie, dans le bu unique de prouver au prince que le système actuel es improuvé par la nation, et qu'elle le rejette. Ainsi que j vous l'ai dit, cette poignée de misérables n'a rien pi faire , si ce n'est de mettre à l'épreuve ma vieille expé rience , et de m'obliger à redoubler de vigilance et d'ac tivité^ Cependant cet état de choses ne peut pas durer, e il est de toute urgence que le prince y mette un terme Il faut par conséquent qu'il arrive, et qu'il se fasse pré
AU CHEVALIER ETNAKD. 25
céder sans perte de temps par une bonne déclaration. Je me suis explique à ce sujet avec S. A. R. d*une manière assez claire et positive. Ayant ainsi rempli mon devoir en toute conscience , il ne me reste plus qu*à attendre , et h faire des vœux sincères pour que S. A. R. n*aggrave pas involontairement la crise dont ce pays est menace. Le prince se léguera des embarras qui lui rendront bien pénible la tucbe toujours difficile qu*il est appelé à remplir.
Les stipulations de Londres que le sultan vient d'ac— cepter, doivent enfin être execute'es. Celles qui concer— nent la délimitation feront naître une foule de complica^ tions périlleuses, et ce n*est que le prince qui sur les lieux pourra les prévenir, ou du moins en mitiger le funestes conséquences.
Je n*écris pas à S. A. II. par la poste d'aujourd'hui ; j-^ ne fais que de descendre de cheval , et je suis entour— de pétitionnaires, de fonctionnaires publics, et de toutsorte de tracasseries.
Je suis aussi dans Tattcnte des directions, que S. A. IB« a bien voulu m'annonccr par sa lettre du 16 février. Vous pouvez cependant Tassurer que je ne négligerai aucun moyen ni aucun effort, pour maintenir le pays dans une parfaite tranquillité, et pour le lui faire trouver très* disposé à répondre aux intentions bienfaisantes et paternelles qui animent S. A. R. Mais je le répéterai en* corc une fois, et pour la dernière fois; que S. A. R. daigne aussi ne pas me faire attendre au delà du mois
26 DE RAUPLIB. ^^ MAI 1830.
de mai- les subsides et les réponses que j*ai sollicitées.
J*opère aujourd'hui dans mes dispositions financières ^
comme si j*aTais en caisse les 200,000 francs que tous
avez mis à ma disposition, et les 400,000 que S. M. Tem-
pereur de Russie a déjà accordes éventuellement pour
compléter, avec les 600,000 que j'ai touches , 1 ,000,000.
Jugez de Timportance que j'attache à recevoir une
Iieure plus tut ces secours. Grâce à mes économies se'vè-
, j'ai encore 200,000 francs des 600,000 que forme le
uliside du trimestre.
Si l'on m'envoie d'Egine la gazette qui renferme ma
iponse à la communication de Messieurs les re'sidents
descoui*s alliées, je la joindrai ici. Dans le cas contraire
^v^ous la recevrez sous peu de jours.
M. de Rouen et ses employés m'ont fait comprendi*e c|ue ma réponse serait mal accueillie. À qui en est la £iute? J'ai conjure Messieurs les re'sidents de vouloir bien discuter avec moi leur communication. Je leur au- ^is propose' des termes moyens. Chacun de nous au* i^it rempli ses devoirs, et le public ne serait nullement instruit de nos débats diplomatiques. Le prince, et par son entremise les cours allie'es , auraient pris connaissance des vœux de la Grèce. Ces messieurs ont e'té iné- ' hranlables dans leur marche.
Je vous donne , mon cher Eynard , en passant cette notion préliminaire, pour qu'au cas de besoin vous soyez a même de ne pas laisser dans Terreur les personnes qui lû^honorent de leur bienveillance.
A L* AMIRAL RICOKD. 27
Je finis, parce que la poste doit partir. Je tous re* commande de ne pas m*oublier, et de penser que je compte les jours dans Tattente de vos nouvelles.
Naup1ie« -7 mai 18S0.
Je ne saurais assez vous exprimer ma reconnaissance du service important que vous allez rendre à ce pays.
LesMnïnotes, qu'avec grande peine j*ai pu ramènera Tordre en établissant dans leui*s provinces une administration, des gouverneurs civils et des tribunaux, commencent de nouveau à s*agitcr. Leurs chefs, et notamment les Mavromichalis, sont les ressorts des mouvements qui se manifestent, depuis que la Grèce connaît les décisions des cour» alliées sur son sort. Ces che& et peu d'autres attachés à leur parti se proposent de porter le peuple en avant conti*e les fonctionnaires publics, dans la vue de détourner à leur profit les pauvix^ revenus pu-^ blics de ces provinces, et de se montrer contraires au gouvernement actuel.
Des suggestions étrangères leur ont fait croira que de cette manière ils obtiendront la faveur et des avantages considérables de la part du prince souverain. La grande majorité cependant des habitants de Maïna a rejeté et rejette les perfides insinuations des Mavromichalis, et il
28 DK RAUPLIB. — MAI 1830»
tïj a pas de jour que les primats de tous les villages nem*offrent leurs armes pour anéantir le parti 9 et pour en arrêter et proscrire les chefs. Accepter ces offres, ce se^t rait légitimer la guerre civile ; ainsi je les ai constamment refusées, et je me suis efforce de maintenir à Maïna la tranquillité et Tordre par la seule action de Tautorité et de la foi*ce du gouvernement.
C'est dans cette vue que j*envoie aujourd'hui sur les. lieux le sénateur Genovellis , qui a déjà exerce les fonctions de commissaire extraordinaire avec beaucoup de succès et à la satisfaction générale du pays, quelques^ cliefs de parti exceptés.
La ville de Calamata est forte de la garnison du quatrième bataillon des troupes régulières, et M. Genovellis. ^a se rendre à Marathonisi.
Puisque vous voulez bien, Monsieur Tamiral, faire une apparition dans ces parages avec le vaisseau de guerroie AiVladimir, vous ajouterez un grand poids à la mis«^ *iOn dont M. Genovellis est chargé.
Je ne doute pas que quelques primats de Marathonisi' et des environs ne viennent vous présenter leurs respects. 11 suffira qu3 vous vouliez bien leur faire entendre <IUe les coui*s alliées ont des stations en Grèce , afin dcr pi*éter au gouvernement leur coopération la plus active toutes les fois qu il la leur demandera , afin de faii^ respecter les lois et les agents qui sont chargés de leur exécution.
J*avais prié Tamiral comte Heyden d*autoriser le ca-^
AU GHITALIIR MUSTOXIDIS. 29
pitaine Épentchin avec le vaisseau TAlexandre Newsky^ à paraître pour une quinzaine de jours à Blarathonisi , à Calamata et à Kytriès. Le capitaine Épentchin a reçu en effet cet ordre ^ et il est maintenant à Poros pour y chercher des provisions.
Dans ces entrefaites et juscju*à son arrivée, votre présence à Maratlionisi fera le plus grand bien ; elle encouragera la plus gi*ande masse des habitants à demeurer invariable dans ses bonnes dispositions, et elle déjouera tous les petits complots des intrigants; peut-être contribuera-t-elle à ramener ces derniers sur la route du devoir. Je vous réitère par conséquent, Monsieur Tamiral , tous mes remerciements.
i-ftc o/^. ^ (bXciJtaui^ %^/vê>€id/oia>M€à , à wa4<ne.
Nauplie, r- mai 1S30.
Je n*ai pas répondu , mon cher Mustoxidis , à votre bonne lettre du 31 mars; je ne vous ai pas félicité de Tarrivée de votre épouse ; enGn je ne vous ai pas donné signe de vie , parce qu*à côté de mes misères ordinaires j'ai encoi*e la diplomatie. Je vous écris ce peu de mots , parae que pour le moment j*en suis quitte.
J*espère que dans la journée de lundi Messieurs les résidents des cours alliées auront reçu les réponses que leur doit le gouvernement grec, et je pouixai alors faii^
30 DK HAUPLIB. — MAI 1830.
Toile pour Égine^ où je voudrais venir me reposer, no Rki-ce que pour peu de jours.
S*il nous faut publier toutes ces pièces (et je pense que nous ne pouvons pas nous en dispenser) , vous aurez de quoi remplir vos colonnes. Cest moi qui vous remettrai ces pièces.
Dites à M. G)ndostavlos que c'est dans son intérêt, et par conséquent dans celui du gouvernement, que j'ai fait procéder à Tenquéte, et il aurait grand tort de vouloir pour cela se retirer. Je lui conseille donc de se tenir tranquille. La seule manière de repondre aux nombreux parleurs de ce pays, c'est de ne leur faire re'pondre que parTautorité légale.
Les me'dailles sont très-bien. Je crois qu*il faudra aussi ^ distribuer aux enfants de Torphanotrophe et à ceux ^es autres e'coles. Vous verrez la circulaire que j'adresse ^ cette occasion aux maîtres d'Argos et de Nauplie. L'effet de cette mesure ne peut être que très-salutaire. Les Crées sont sensibles, et la corde la plus forte est celle de Famour-propre. Il s'agit de la toucher h propos. Selon moi la médaille donne aux élèves un double gage de l'intérêt que leur porte la patrie. Elle aime à les distinguer dans les écoles élémentaires, et à les voir sur la route qui les mène à l'école centrale.
Nous causerons ensemble de ce qu'il faudra faire à Syra, où l'examen a produit un immense résultat.
Je m'arrête ici h contre-cœur. Ma seule consolation c*est de m'occuper des enfants et des écoles.
AU MARÉCHAL MAlSOlf. Si
If
Nauplle^ 77 mal 1830.
J*ai mille actions de grâce à rendre à Votre Excellence de la lettre qu'elle m*a fait Thonneur de m'ecrire en date du 15 février.
Elle m*est arrivée par le coumer qui était porteur des actes de la confe'rence de Londres.
Ces communications m*ont donné un tel surcroit de travail, elles me placent dans une position si difficile, que je n*ose pas me flatter d*en sortir, à moins que le Ciel ne me donne de la force et des moyens que je ne me connais pas.
Je tache néanmoins de remplir mes devoirs en bonne conscience, et je m'abandonne à la Providence et aux bénédictions des hommes qui vous ressemblent.
Hélas, Monsieur le marquis, qu il y en a peu, mais fort peu! Tous les jours je fais sur ce grand chapitre. des expériences aussi affligeantes qu'instructives.
Vous ne croiriez pas quels sont les correspondants qui fournissent des articles au gazetier de Smyrne. Si un jour j'ai le bonheur de vous revoir, je vous les signalerai; mais jusque-là je ne puis vous en dire davantage.
Les diatribes du journal de Smyrne , comme celles des autres gazettes qui sont de la même école et qui tendent au même but, ne peuvent pas m'atteindre; aussi je ne
32 DB NAUmX. — MAI 1830.
suis jamais descendu dans Tarène pour les combattre. Mais il n*en est pas de même de Teffet que ces gazettes produisent sur certains esprits, ou de Tusage qu^en font quelques hommes qui sont places ici de manière à en imposer. Ces hommes se servent de ce moyen comme de tout autre, afin d'encourager Tesprit de parti et de troubler la tranquillité' et Tordi'e du pays. Ils se flattent de prouver aloi*s par le fait que la Grèce est impatiente de secouer mon joug.
Aucune des manœuvres dirigées dans ce sens n*a rëpondii à Tattente des meneurs, et ils échoueront encore, bien entendu cependant qu*on ne me prive pas des secours pécuniaires que j*ai sollicites depuis le mois de mars, et que le prince Leopold hute son arrivée en Grèce.
Je ne vous fatiguerai pas , Monsieur le maréchal , de détails ulteVieurs sur ces pauvres combinaisons, dont ▼DUS avez vu sur les lieux les premiers effets; j*aime plutôt à vous exprimer ma gratitude pour les services que rend à ce pays le gene'ral Schneider. Il n*y a pas de jour qu*il ne donne au gouvernement une nouvelle preuve i de son noble caractère , de sa franchise , de sa loyauté, et de Tintérct qu*il nous porte.
Il est à espérer que Messieurs les ambassadeurs des cours alliées à Con.Htantinople d*une part, et S. A. R. le prince Leopold de Tautre, ne me laisseront pas longtemps encore sans me procurer les moyens de m*orienter.
Au CUBVALIBH EYNAKD. :)3
Si VOUS pouvez, Monsieur le marëclial, contribuer clé votre cote à ce qu*on nous aide clans ce moment de crise 9 vous le ferez suns doute.
Je vous envoie, mon cher Eynard, ci-jointe Une réponse qui 4net en ordre notre correspondance d^oflice.
Je suis toujotii^ dans Tattente de vos lettres et de vos secours. S. A. R. me laisse ignorer ses intentions, et ne m*envoie aucun subside. Mes moyens sont épuises, et les intrigants vont grand train , dans Tespërance de provoquer des troubles et d*amener ranarcliie. \insi que je vous Tai de'jà dit, ils n'ont pas réussi et ne réussiront pas dans leurs coupables desseins, aussi longtemps que je pourrai payer régulièrement les marins, les soldats et les k I employés publics.
A force de persévérance dans le système d*une sévère économie, j*ai pu couvrir la dépense du trimestre qui est échu hier. La caisse a déboursé environ 500,000 francs, et Tannée est payée ; mais j*ai du réduire la liste civile, et les employés ne reçoivent que la moitié de leur traitement en espèces, et l'autre leur est assurée dans trois mois. Malgré cette réduction , chacun reste à son poste, et l'administration continue d'aller passablement
DE NAUPLIB. — - MAI 1830.
bien. Notre e'tat financier encourage les étrangers titres et non tltre's, qui s*obstinent à vouloir se mêler de nos ^dBfaires, et cette poignée de Grecs dont ils se sont entoures, pour cre'er ce que ces messieurs appellent une opposition.
Après avoir c'choue' deux fois depuis Tannée dernière dans le projet de mettre Tarmëe en pleine insurrection , ils ont essayé , et ils s*efibrccnt même actuellement , de porter les provinces du Pëloponèse à se refuser au paiement des impôts. C*est par les Maïnotes et par les provinces de la Messénie qu'ils ont commence' leurs manœuvres. Heureusement que les Petro-Bey, et d'autres misérables dont ils se sont servis, sont des instruments uses. Toutefois il a fallu prendre des mesures.
Le gênerai Schneider a montre' dans ces circonstances tout ce que peuvent dans un esprit droit et dans une âme noble les sentiments de Thonneur et du devoir. Aux premiers symptômes de la mutinerie, il m*a offert spontane'ment la coopération des troupes françaises. Je fai prie' de les faire parader autour des villages, où des actes d'insubordination avaient eu lieu. Je vous assure que le seul mouvement de ses troupes produira un effet salutaire , et qu'il n'y aura pas besoin d'en faire davantage.
Comme si ces tracasseries ne suffisaient pas , les meneurs se sont tous groupe's maintenant à Nauplie, et j'apprends que dans leurs conciliabules d'Egine ils ont arrête' de faire circuler en secret, au moven de leurs émis-
Au CRIVAI-IU BYNARD. • 35
salreSf un écrit par lequel les signataires adressent leurs remerciements aux Puissances pour Telection du prince Léopold, et supplient le prince de hâter son arrivée en Grèce.
On m'a parle' de cet acte, et j*ai re'pondu aux hommes qui en paraissent préoccupes, que la forme en e'iail illégale; que le gouvernement s*e'tait dejsi acquitte' de ce devoir, soit envers les Puissances alliées, soit envers le prince; et que si les citoyens voulaient de leur cote' exprimer leurs sentiments et leurs vœux, p(Mn*quoi le feraient-ils en secret et par le moyen d*e'mi.ssaires, et pourquoi ne s'adresseraient-ils pas au gouvernement? Celui-ci leur aurait offert le moyen de remplir cette tache d*une manière honorable, en faisant signer Tadresse dans les bureaux des gouverneui\s civils ou d'antres fonctionnaires publics dans toutes les provinces.
J*ignore ce qui adviendra de cette nouvelle intrigue. Elle me parait cependant encouragée et dirigée sous main par une espèce de diplomatie que je ne veux pas qualifier. Ce que je déplore le plus, c'est que la Grèce en portera les conséquences funestes, sans que personne puisse en tirer aucun profit, ni pour le présent ni pour l'avenir.
La haute politique semble redouter les prétentions constitutionnelles des insurgés grecs, dont elle a fait urT état indépendant. Elle a improuvé tacitement et le cougrès d'Argos et les institutions dont cette assemblée a osé poser les bases. Aussi Messieurs les résidents des cours
36 DE NAUPLie. — MAI 1830.
alliées in*ont-iIs souvent entretenu de leurs alarmes, si, pour répondre à leurs communications, je convoquais le congrès. Or d*oii vient que ces messieurs ne s'alarment nullement des adresses signées par des citoyens sans aveu , lesquels prétendent à leur tour représenter la nation et parler en son nom ?
Mais il y a plus. Quelques-uns de ces messieurs, en s*entretenant avec moi de ces adresses, hon-seulement ne i s en sont point montrés alarmés, mais ils m'ont paru ne r pas les désapprouver. \ Tim d'eux j'ai exprimé d'un mot ; seul toute ma pensée à cet égard : c€ Ce que vous me dites. Monsieur le baron, est un trait de lumière; je commence à être sur la voie , et vous m'y mettez. »
Jugez, mon cher Eynard, d'après cet apei^çu comment tes messieurs et leurs clients préparent le terrain où le :; prince doit fonder le nouvel état. Ils divisent de plus en : plus les Grecs qui composent l'administration actuelle, et ceux qui se sont placés en dehors. Ils créent un simulacre de pouvoir national à côté du pouvoir national réel, et ils prétendent par Isi choisir les Hellènes avec lesquels le prince Léopold organisera le pays et y affermira Tordre et la tranquillité.
Toutes ces pauvres combinaisons n'ont qu'un seul but, et quelle que soit ma répugnance, je le signalerai. On veut faire accroire au prince et à l'Europe , que depuis que je m'acquitte de ma pénible tache, rien n'a été fait que dans l'intérêt d*un parti et non dans l'intérêt (le la nation tout entière, et que par conséquent la na*:
AU CHBVAUER KYNARIK S7
tion est impatiente de secouer le joug de ma tyrannie , pour jouir réellement de la liberté- et des droits que les. souverains lui reconnaissent.
Ces pauvres esprits caractérisent ce qu*ik appellent mon parti, de parti russe, et par conséquent ils s^eflforcent d*accréditer Topinion que, si la conférence de Londres a restreint les limites du nouvel état, c*est pour ne. pas donner à ce parti une force et une consistance, qui pourraient troubler la paix de rEurope,maisqu*une foiâi. ce parti chassé des affaires tout s'arrangera, sur le continent et sur la ligne maritime, selon les vœux des Grecs«
D'après ce plan , le prince se hâterait de faire tablerase. Il considérerait comme non-avenu tout acte démon administration. Il fonderait dans d'autres principes son gouvenement, et surtout il se garderait bien d'appeler dans ses conseils ou dans l'exercice des fonctions publiques les hommes qui m'ont aidé dans mes travaux.
C'est avec cette monnaie qu'on paie, jusqu'ici sans succès, quelques coryphées et une nuée d'émissaires qui couvrent le pays. Le fait est que les meneurs étrangers et grecs ont appris avec peine que le prince Léopold comptait sur les services que je pourrais lui rendre. Us font et feront tout au monde pour me mettre dans l'impossibilité de m'acquitter de ce devoir envers la Grèce et envers S. A. R. elle-même.
Je n'entretiens pas dé ces détails le prince ; mais je le ferai du moment que S. A. 11. me témoignera le désir d'être informé par moi de ce qui se passe ici. Comme je
38 DB MAUPLIK. — - MAI 1830.
VOUS Tai écrit , le prince in*a annonce' par sa letti*e du mois de février qu*il allait m*ecrire long^emeut. Je suis toujours dans Tattente des directions qu*il a bien voulu me prometti^e. Je lui ai adresse quatre volumineuses lettres. Je n*ai plus qu*à attendre ses ordres. Jusque-là veuillez vous-même, mon cher Eynard, faire part à S. A. R. de la présente.
La Porte a acce'dé au protocole ; mais rien ne parait arrête' encore quant au mode d'exécution. Je fais des voeux bien sincères pour que les négociations se prolongent jusqu'à ce que le prince lui-même soit sur les lieux. Il dirigera alors les ope'rations relatives à tous ces arrangements; et ces arrangements s'exécuteront, sans que de nouvelles complications compromettent encore une fois les grands intérêts qu'on a voulu concilier par les transactions de Londres. Je ne cesserai pas de répeter ma profession de foi à cet égard, et puis il en sera ce qu'il plaira au bon Dieu.
Je suis de i^etour ici depuis quelques jours. Si je puis me del)arrasser du courant des affaires , je continuerai ma tournée dans les provinces du Péloponèse. Le Courrier anglais dira que c'est pour achever les coups d'état dont il m'accuse.
Que ces braves gens sont mal informés! J'ai vu les ar* ticles par lesquels le Courrier français a répondu. Je joins ici les journaux qui renferment les actes sur lesquels porte l'accusation. Vous verrez s'il s'est agi de faire minuter une constitution au sénat, ou des mesures
A M. MAYROMATIS. S9
[|ui entravent Inexécution des vues des cours alliées. D'ailleurs les travaux dont le sénat doit s*occuper sont prescrits par les décrets du congrès d* Argos , et ces décrets datent du mois de juillet de Tannée dernière, et non du mois de février de cette année.
Les articles cependant du Courrier anglais sont remarquables, et il est bon d^en prendre acte ,^ parce qu'ils jettent un grand jour sur les menées dont je viens de vous donner un aperçu.
is
NaupliOf -- mai ISSO.
Je reçois à T instant votre lettre du tS, et je ne tarde ^ pas à TOUS répondre.
L'adresse dont vous me parles m'est connue ; quelques-r uns dès signataires sont même venus. m'en faire des excuses. Je n'ai pas douté que les coryphées de cette manœuvre feraient aussi chercher des signataires à Hydra et à Spetzia.
Je ne vois dans cet acte qu'une intrigue diplomatique qui a pour but de faire accroire aux cabinets que la réponse du gouvernement et le mémoire du sénat ne sont pas conformes aux vœux de la nation.
Ces hommes qui signent q.^% adresses se constituent
40 DE NAUPLie. — > MAI 183().
eux-mêmes les organes légitimes du pays. Un autre int^r ret les presse. Eu $e mettant à ma place ^ en mesurant mes sentiments d^uprcs les loursy et on jugeant do môme du prince Ldopold^ ils ont esp^rd et ils espèrent ou que je les arrctoruis court dans leurs mondes par quelque acte de rigueur, ou que je me (licherais au point de quitter mon poste, ou enfin que le prince croyant que je suis réprouve par ces messieurs, qui se disent la nation ^ in*epgagcrait h quitter la Grèce,
Ils se trompent très -grossièrement dans tous ces calculs. Je les laisse faire. Ils se jettent volontairement dans un bourbier dont ils ne sortiront pas. Ils deviennent par conséquent eux-m.émes les instruments de leur propre punition.
Je ne me fâche pas , parce que j'ai cinquante-quatre ans, et que j'ai assiste pendant ma carrière publique à bien d'autres cluingements de décoration sur la scène du monde. J'ai vu rivomme dans de pareilles situations. Je connais aussi Tecole à laquelle malheureusement se sont formes les Grecs qui pre'tendent être en première ligne dajis leur.pays« J*ajoute à cela les suggestions dont la politique étrangère environne ces pauvres gens, et je ne m'étonne nullement qu'ils aient perdu la tête.
Je leur ai parle clair comme de coutume , et je leur ai bien démontre que rien de tout cela ne m'affecte au point de me faire transiger avec mes devoirs. C'est poui: cela, et parce que j*aime à m'en acquittei' en conscience,^ que moi le premier j'ai prévenu le prince de tout ceci ,
A M. MAVHOMATUI. 41
et que je l*ai prie très-instamment de hâter son arrivée en Grèce. Je lui ai parld de ces intrigues depuis les derniers jours du mois do mars.
Dans cet état de choses vous n^avez d*autre direction k suivre que celle dont je suis décidé de ne pas mVcarter moi-même. Vous ne ferez rien pour empêcher qui que ce soit de signer telle adresse que Ton voudra. Il est néanmoins de votre devoir de vous expliquer d*une manière loyale et franche envers tous ceux qui vous en parleront tant à Hydra qu*à Spetzia.
Vous leur direz qu*un acte semblable, par sa forme et par le mystère dont on s^efforce de l*en velopper , ne se caractérise que trop. Que si les primats ou d'autres citoyens croient devoir dans ces circonstances expliquer directement leurs sentiments et leurs vœux au prince souverain, ils doivent avant tout en témoigner le désirr au gouvernement, et ils ne doivent pas douter qu*il ap— prouvera toujours que ces citoyens répètent eux-mêmes : les sentiments et les vœux qu*il a exprimés au nom de la nation. Hors de cette marche il n y a qu*intrigue et d^ considération pour les hommes qui s*y prêtent.
Ce devoir rempli , chacun fera ce que bon lui 8enQd>le9 bien entendu que la tranquillité et Tordre n'en soient pas troublés.
Je viens de vous expliquer toute ma pensée, et vous la comprendrez aisément, parce qu'elle est simple et vraie.
42 DC NAUPLIB. — - JUIN 1830.
^ €eJ ^C4ettei^eutd AiciÂ4Ja4ied.
Quelques citoyens , qui cherchent à se placer en première ligne dans leurs pays ^ ont pense qu*il était de leur devoir d^exprimer directement à S. A. R. le prince Léopold les sentiments de gratitude que leur inspirent les bienfaits des Puissances alliées, et les vœux qu*ils forment pour que ces bienfaits s'accomplissent par Torgane de S. À. R. elle-même. Ils la supplient par conséquent de se rendre une heure plus tôt au sein de sa nouvelle patrie.
Vous trouverez ci-jointes les copies de deux de ces adresses.
Plus nous désirons que les Grecs se montrant aux yeux de leur souverain dignes des destinées auxquelles la Providence les appelle , et plus nous regrettons que quelques-uns d'entre eux méconnaissent dans cette circonstance ce qu'ils se doivent h eux-mêmes , afin d'atteindre honorablement le but qu'ils se proposent. Ils Tauraient atteint ce but, si, forts dés intentions pures et nobles dont ils doivent être animés, ils avaient su apprécier dans tous ses rapports l'importance de leur démarche. Ils auraient reconnu qu'il appartenait ait gouvernement seul de lui imprimer un caractère légal, et que ce n'était