‹ Correspondance du comte J. Capodistrias, président de la Grèce ..., Volume 3Chapitre 1 sur 65 · M DCCC XXX IX · texte numérisé non relu

M DCCC XXX IX

COItlSFOIIBiNCI

DU

COMTE CAPODISTRIAS,

Egioe> — janvier 1829.

J'ai reçu, mon cher Eynard, vos lettres du 11 et du 13 décembre. Elles m'ont fait beaucoup de plaisir, puisqu'elles me donnent de bonnes nouvelles de votre santë et de celle de Madame votre épouse , grâce au soleil de Pise et au repos dont vous jouissez.

Les observations amicales que vous m'adressez sur tout ce qu'on dit de la Grèce et de son gouvernement m'arrivent d'autre part aussi. On m'a écrit même de Paris, en m'engageant à faire des miracles pour obtenir le suffrage des journaux. Les personnes qui m'écrivent semblent partager elles-mêmes l'opinion que vous m'an-

2 d'ÉGINE. JANVIER 1829.

iioncez, savoir : qu'il y a de riiésitation et de la mollesse dans toutes les mesures que prend le gouvernement, que rien n'est fortement organise , que nulle institution n'est faite, et que surtout l'institution des troupes régulières n'avance pas aussi rapidement qu'il le faut, pour que la Grèce fasse la conquête de ses larges frontières au pas de charge et à la pointe de la baïonnette.

En partant de là, chacun se donne la peine de chercher le remède à un si grand mal, et croit le trouver tantôt dans une combinaison, tantôt dans une autre; et pour faire vite, on veut donner au malade ce remède, sans examiner au fond si au lieu de le gue'rir il ne le tuerait pas.

Il m'est impossible d'entrer ici dans des détails qui mettraient au grand Jour l'e'tat des choses, et les raisons par lesquelles on s'obstine à le considérer sous un faux point de vue. Je ne crois ni pouvoir ni devoir sortir de ma ligne de conduite. Elle n'a nullement pour but les applaudissements des gazettes, mais les résultats. Quand même ils seraient, ainsi qu'on le prétend, aussi peu conformes à la justice ou à mes vœux, il me suffira de n'avoir rien sur la conscience , et d'avoir fait tout ce qui dépendait de moi pour remplir avec une religieuse fidélité les devoirs que m'impose la place à laquelle je suis condamné. On nous menace de la continuation de la guerre, et on nous menace aussi d'une prompte paix. Ma confiance en Dieu est si illimitée, que je ne redoute point les conséquences des combinai-

A M. MARINOGLOU. 3

sons qui auraient lieu dans Tune ou dans l'autre de ces deux hypothèses.

Pour ce qui est des bulletins que vous me demandez, il me serait difficile d*en composer un tous les quinze jours , quand même j'en aurais le loisir. En m'imposant cette tâche, je travaillerais pour faire mon bulletin, et non pour soulager les misères extrêmes et de tout genre, dont ce pays est accable. Je pre'fere donc de me taire, parce qu'au fond ce n'est pas d'après ce qu'on dit de nous, mais c'est d'après nos actions, que Ton finit par nous juger. Or il n'y pas d'actions possibles, dont on puisse rendre compte tous les quinze jours.

Je ne vous parle pas de ma santé. Elle est au point de fléchir sous le poids énorme des contrariétés qui se renouvellent tous les jours, et souvent même du côté d'oii ce pays devrait peut-être s'y attendre le moins. Tout ceci cependant ne me décourage pas ; j'épuise mes forces, comme je vous le dis encore , dans la pureté de mes intentions et de ma confiance en Dieu.

K$/ e--//^. •^éai4^eamu , a S^^nrene,

gîne, — janvier 1829.

Cette lettre vous arrive, mon cher Marinoglou, avec le troisième bâtiment qui vient chercher des subsistances, et qui vous apporte 12,000 piastres d'Espagne. Le

4 D*£GINE. — JANVIER 1829.

quatrième partira tout au plus tard dans dix jours, et il vous portera aussi en espèces le reste de l'argent dont vous avez besoin.

Tout ceci ne se fait pas aussi vite que je le voudrais ; mais encore si ces bâtiments vous arrivent assez à temps, c'est parce que je m'en occupe moi-même. Sans cela on vous ferait bien attendre. Monter une administration là oii il n*y en a jamais eu, c'est plus difficile qu'on ne le pense. Il y a déjà un an que nous travaillons à nous mettre un peu en ordre. Maigre tous mes efiforts, tout ce que j'ai pu obtenir, c'est de faire cesser le de'sordre, mais rien de plus. Le reste viendra avec le temps, s'il plaît à Dieu de nous donner ce temps.

Si nous devons prêter Toreille à tous les bruits qui circulent ici , et à toutes les gazettes qu'on nous envoie de toutes palets, ce temps nous serait refuse'. Qji nous menace de la paix , et on nous menace aussi de la continuation de la guerre. Je ne redoute ni Tune ni l'autre, parce que ma confiance en Dieu n'a pas de bornes. C'est là toute ma force. Envoyez-nous donc du pain, et Dieu fera le reste.

Je vous remercie des soins que vous avez donnés à M. Bétant. Je vous remercie aussi des réparations que vous avez fait faire à mes montres. Ce dont je ne vous remercie pas, c'est de l'envoi que vous avez fait d'une malheureuse famille de plus. Elles fourmillent ici , et je n'ai pas les moyens de les caser, de leur donner du travail, et de les nourrir. J'en ai fait exister quelques cen-

AU COLONEL HEIDSGK. 5

laines par la construction de Torphanotrophe ; mais ce bâtiment est achevé, et je n'ai plus d'argent pour en bâtir d'autres.

J'espère dans un mois rassembler dans cet orphanotrophe cinq cents élèves. Y aurait-il moyen d'avoir des pompes toutes faites pour quatre puits que renferment les cours de cet édifice? Mon frère vous enverra une petite note avec les dimensions de ces pompes. Si vous ne les trouvez pas à Ancône , il vous sera facile de les commander à Trieste , et de lea tenir prêtes, pour le quatrième bâtiment.

Egine, — janvier 1829.

Les înfïyrmations favorables dont vous avez accompa:^ gné le projet d'organisation d'une école centrale militaire, ainsi que le rapport que vient de nous faire sur ce travail le commissariat général, nous ont portés à émettre les décrets ci-joints, dont nous vous donnons connaissance, afin que vous veuillez concourir à leur exécution pour la partie qui tous concerne.

Nous vous envoyons aussi une copie des directions que reçoit à ce sujet le commissariat. Vous aurez ainsi l'ensemble de toutes les dispositions qui concernent ce noui- Tel établissement.

6 d'ÉGINE. JANYJER 1829.

Nous vous eugageons à fournir à M. le lieutenant-colonel Pauzië les objets nécessaires à rétablissement de Tecole, et qui se trouveraient dans les magasins de Tetat, tels que draps, armes, e'quipements, bois, fer, etc. Ces objets seront mis sur le compte de Tëcole, dont la caisse paiera également les ouvriers eux-mêmes que vous pourrez être dans le cas de prêter.

Vous mettriez le comble aux services que vous demande cet établissement, si vous chargiez M. Sauquet, quartier-maître du corps régulier, de vérifier les comptes de Técole, confoi'mément aux dispositions du règlement.

]!igine> -- janyier 1829.

Au moment oîi nous allions répondre à vos dépêches et lettres confidentielles du mois de décembre et du 4 janvier, nous recevons celle que vous nous avez adressée en date du 1 1 .

Nous nous empressons de vous donner par les présentes l'autorisation de vous rendre à Egine , conformément au désir que vous nous témoignez.

Vous êtes autorisé à conférer provisoirement le commandement des troupes qui sont sous vos ordres au général Dentzel ; au cas oîi ce général ne se trouve pas à

AU PÂNHELLÉMIUM. 7

portée de votre qxiartier-gene'ral, vous lui expédierez vos ordres, et vous confierez le coiiimaiidement des troupes du quartier-général au plus ancien parmi les capitaines. Dans les circonstances graves du moment, il est diui immense intérêt que les troupes se trouvent cantonnées, de manière à recevoir des vivres et à être réunies dans des positions fortes et avantageuses. La présente vous est transmise par courrier.

Egine^ ~ janvier 1829.

Nous venons de recevoir, dans la lettre dont vous, trouverez ci-joînte la traduction, une proposition qui nous semble devoir mériter votre attention, et l'examen approfondi de la section des finances.

Il s'agit de la confection du billon national, monnaiedont nous avons le plus pressant besoin , et qu'il nous, sera possible d'obtenir, en donnant en échange les canons de bronze qui sont hors de service.

Le rapport que la section des finances, nous^ fera surcette importante question, etTopinion que vous jugerez devoir émettre, donneront lieu aux réponses que le gouvernement désire adresser une heure plus tôt à M. de Sainte-G'oix.

d'eGINE. JANVISR 1829.

Egine, ZZ j^^^®' 1829.

Par la lettre que Votre Excellence m'a fait Thonneur de m'ecrire en date du 18 noyembre, j'ai ëtë informé que M. le baron de Saint-Denis était attaché à Tétat-major de M. le marquis Maison , et que par conséquent sa mission auprès du gouvernement provisoire grec était terminée.

M. de Saint-Denis quitte en effet Egine. Quoique les relations qu'il a été autorisé à entretenir avec moi n'aient produit aucun des résultats satisfaisants dont nous nous flattions^ quoique son arrivée en Grèce ait été accompagnée de gages d'un heureux avenir, et qu'à son départ cet avenir semble menacer le pays d'afl&^uses catastrophes, je me plais néanmoins à reconnaître que M. de Saint-Denis partage sincèrement nos regrets de n'avoir pas vu se réaliser pendant sa mission Us espérances légitimes de la nation Grecque.

Nous lui savons gré de ses intentions bienveillantes en faveur de ce pays, et à ce titre nous vous prions, Monsieur le comte, d'honorer M. de Saint-Denis de votre protection auprès de votre auguste souverain.

A M. GRI8P0S MAVR08.

tJ^c>^. fûUdÂod %yfloatiiaà j ^C4iixei^ne€if^ Att^M'-

E§pine> -- janTÎer 1839.

La lettre d*oflBce que vous recevez aujourd'hui répond en grande partie aux observations que renferme votre lettre particulière, que j'ai reçue par la même occasion et dont je vous sais gre\

L'entretien que vous avez eu avec M. le gênerai Maison est d'un grand intérêt, parce qu'il ajoute im témoignage de plus à ceux que nous avons déjà sur la situation difficile et critique où nous place le non-paiement des subsides arriérés , et sur les conditions auxquelles on nous les fait espérer. Je me suis expliqué sur cette grave question d'une manière claire et positive^ non-seulemtent avec le marquis Maison, mais avec le comte de la Ferronays, ministre des affaires étrangères de S. M. T. C. J'aime à espérer que les réponses dont on voudra m'honorer nous donneront la mesure de l'avenir qui nous attend. Il ne faut pas pour cela se décourager. Dieu ne nous abandonnera pas. Dans sa miséricorde il a fait des miracles en faveur de la Grèce ; il en fera encore. Dans votre particulier vous devez profiter de vos relations avec le général en chef, pour lui faire comprendre que telle est la confiance que nous inspire la générosité et la

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loyauté du gouYernement français, que nous ne doutons pas du paiement des arrérages ; que nous espe'rons par conséquent apprendi^e d'un jour à Tautre que le payeur général a reçu Tordre de les mettre à la disposition du gouvernement grec. Nous y comptons d'autant plus qu'à défaut de ces secours , il nous serait impossible de payer les chevaux, et d'entretenir non-seulement le corps de cavalerie, mais aussi les 2,000 hommes de troupes régulières qui existent déjà.

Vous ne ferez cependant usage de ces observations, que lorsque l'occasion s*en présentera d'elle-même. Vous témoignerez au général la reconnaissance avec laquelle le gouvernement a vu par vos rapports les arrangements pris, quant aux douanes et à toutes les autres branches du service qui vous seront confiées.

La question que vous m'adressez relativement aux démogéronties actuelles de Coron, de Modon et de Navarin, est très-grave. Toutefois ce qui me paraît devoir la décider, c'est la conviction que vous pourrez acquérir de la légitimité des démogérontes actuels, et qui plus est de leur aptitude à gérer leurs fonctions , et des titres qu'ils ont à la confiance des habitants du pays dont ils sont censés être les organes. Après avoir recueilli toutes les notions relatives à cet objet, après en avoir jugé avec impartialité, vous examinerez si de nouvelles élections pourraient vous donner un choix de démogérontes plus satisfaisant. Dans ce cas le gouvernement y consentira, et le motif sur lequel il fondera sa décision sera le rapport que vous

A L^ARGHBVÊQUB DE FATRAS. 11

lui ferez à ce sujet. Rien en e£fet ne saurait être plus juste que de procéder à ces nouvelles élections, au moment où un plus grand nombre d'habitants se trouvent reunis dans leurs propres foyers, et lorsque les de'moge'ronties sont appelées à exercer des fonctions très-importantes, telles que la part qu'elles doivent prendre à l'organisation de Tordre judiciaire, et aux opérations relatives au choix des plénipotentiaires, que les provinces seront incessamment appelées à députer au congrès national.

Ne tardez pas à nous envoyer votre rapport. Nous sommes assurés d'avance qu'il répondra de tout point à notre attente et au bien du service.

Égine, —- janyier 1829.

Les privations qui vous environnent doivent redoubler votre zèle pour les faire partager avec résignation aux citoyens qui viennent chercher leurs foyers au milieu des ruines. Votre Éminence ne doit pas douter du prix que le gouvernement attache aux sacrifices qu'elle porte. Elle doit être persuadée aussi que, du moment cil nous pourrons venir au secours de l'église , nous le ferons avec le plus grand empressement, et avec une satisfaction aussi profonde que sincère. Le temps le plus

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salutaire pour les cbrëtiens, celui même des miracles, a été le temps où Féglise était pauvre , obscure et persécutée. En remplissant donc vos devoirs avec le succès que nous espérons, vous obtiendrez de grands résultats, et la patrie vous en sera reconnaissante.

Egine^ Î7 janvier 1829.

SI

Je m^empresse d'accuser réception des lettres que Votre Excellence m'a fait Fhonneur de m'écrire en date du 22 et du 24 du courant.

Au milieu des incertitudes et des anxiétés dans lesquelles me placent la situation du pays et le non-paiement inattendu des subsides arriérés, les assurances que vous voulez bien me donner. Monsieur le marquis, sont de véritables consolations. Je ne saurais assez vous exprimer ma reconnaissance pour cette nouvelle preuve d'intérêt bienveillant qu'il vous plait de donner à la Grèce et à son gouvernement. Ma confiance aussi, Monsieur le général, dans les sentiments généreux du roi de France est sans bornes.

Je ne reviendrai pas sur les arrangements concernant le corps de cavalerie régulière, attendu que les directions que j'avais déjà données à M. le colonel Heideck, et que M. Alméida doit avoir reçues , répondent en tous

points aux propositions que vous voulez bien me faire. J*aime à espérer au reste que ces arrangements, comme tous ceux qui sont relatif à Tentretien du noyau de cavalerie et à l'augmentation graduelle des troupes régulières grecques, seront complétés et arrêtes définitivement entre nous dans le courant du mois de fe'vrier, époque à laquelle j'espère me trouver à Modon, à moins que ma triste santé' et la saison ne retardent mon voyage. Vous ne doutez pas, Monsieur le marquis, du vif de'sir que j 'éprouve de vous revoir, et de m'expliquer avec vous sur les graves intérêts qui font l'objet de notre correspondance.

Puisque vous avez présenté, depuis le mois de décembre, les vœux que le gouvernement grec a exprimés en dernier lieu au ministère de S. M. T. C. relativement à la prolongation du séjour en Grèce d'une partie des troupes françaises, j'aime à me flatter que Votre Excellence recevra dans peu les réponses qu'elle attend, qu'elle sera autorisée à conférer le commandement de ces troupes à M. le colonel Trézel, ainsi que Votre Excellence me le propose, et qu'à mon arrivée à Modon il ne nous restera qu'à régler définitivement les mesures par lesquelles la Grèce devra encore à la munificence du roi ce nouveau bienfait.

Quant aux ouvertures que vous voulez bien me faire. Monsieur le général, à l'égard des officiers et des sous-officiers, du choix desquels vous vous occupez, je reconnais avec vous la justice de leur ofi&nr un grade supé-

14 d'égime. — jantur 1829.

rieur à celui qu'ils ont actuellement, et je tous prie de leur en donner l'assurance • Veuillez en même temps agréer mes remercîments du choix que vous vous proposez de faire dans la personne de M. le colonel Trezel pour le commandement des troupes qui resteraient en Grèce. Je partage complètement votre opinion à Fe'gard de cet officier distingué, et je suis convaincu que par cette détermination Votre Excellence rend un nouveau service à ce pays.

Le plan de M. le colonel Fabvier ayant fait Tobjet de mes communications au ministère de S. M. T. C. , il ne dépend plus de moi d'utiliser pour le moment les nobles sentiments qui animent ce brave officier en faveur de la Grèce. Je lui ai donné lecture de mes réponses à M. le comte de la Ferronays, et j'ai abandonné à ses propres décisions le parti qu'il jugera convenable de prendre. Puisque Votre Excellence est disposée à l'appeler à son quartier-général, il ne me reste qu'à témoigner le regret que j'éprouve de n'avoir pas pu utiliser les talents dont cet officier a donné tant de preuves. Animés lui et moi du même désir du bien , nos divergences ne prennent leur source que dans le choix des moyens destinés à remplir une tache diversement envisagée. Cette circonstance ne diminue cependant en rien l'estime que je porte à M. le colonel Fabvier, et dont je me plairai toujours à lui donner des témoignages.

Je ne saurais finir cette lettre sans me réserver la satisfaction de vous faire part avec un entier abandon de

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