AU COMMISSARIAT DS LA MARINE
demande particulière ^ vous facilitera raccomplissement de cette tâche.
Argos, j^ juillet 1829.
En réponse au rapport que vous venez de nous adresser sous le numéro 4,945, nous vous annonçons que le gouvernement approuve la conduite sage du capitaine Criézis, et les instructions dont vous venez de le munir. Vous les lui confirmerez au nom et de la part du gouvernement, en lui recommandant de décliner toutes les explications dans lesquelles M* Hastings, commandant du brick anglais, voudrait entrer avec lui sur la question de Tarmistice. Il réussira d'autant plus facilement, que par le fait il fera observer aux bâtiments sous ses ordres une attitude conforme à celle qu'ils garderaient, si l'armistice existait de droit.
D'un autre côté, si les bâtiments de guerre de la station anglaise n'ont pour but que de garantir la libre navigation des pavillons anglais et ionien dans le golfe Ambracique, dès que cette libre navigation n'est pas enti*avée par la station grecque, il est à espérer que nulle discussion sérieuse ne pourra être élevée par les commandants anglais, et c'est ce que nous désirons pardessus tout.
TOMB m. 14
C'est dans ce principe que vous renouvellerez vos instructions au capitaine Crie'zîs. Vous lui témoignerez à cette occasion le suffrage dont le gouvernement honore sa conduite, et la juste confiance que lui inspirent son patriotisme et sa sagesse.
Argos, — juillet 1829.
Rendons grâces au Seigneur ! Vous êtes enfin réunis, et vous formez lé quatrième congrès national , au moment oïl l'avenir de la Grèce fait l'objet de la sollicitude bienveillante et active des Puissances alliées.
Les circonstances sont graves ; mais pénétrés , comme nous le sommes, du sentiment de nos devoirs, nous devons espérer que Dieu ne nous abandonnera pas. Dans sa miséricorde il a opéré des miracles pour sauver la Grèce; soyons intimement convaincus qu'il ne les aura pas faits en vain.
Secouant le joug de quatre siècles d'esclavage par un concours d'événements que nulle prévoyance et nulle sagesse n'ont pu maîtriser, la Grèce a lutté seule contre de nombreux et formidables ennemis, et contre des adversités sans cesse renaissantes. Son courage, ses malheurs et sa persévérance , ont inspiré en sa faveur des sentiments pleins de philanthropie aux nations chré-
tiennes des deux hémisphères; et elle a reçu de leur part, lorsque sa détresse e'tait extrême et que la crise paraissait fatale, des preuves d'une ge'ne'reuse bienveillance, au moyen desquelles elle a pu de'fendre les inte'rêts sacre's qu'elle s'efforçait de placer sous la sauvegarde du droit des gens.
Cependant une douloureuse expérience lui avait prouve' que ses nobles efforts, que ses sanglants sacrifices, que les secours empresses des nations, manquaient leur but par cela seul que les Puissances européennes ne leur accordaient pas leur sanction.
L'acte du mois d'avril 1826 signé à Saint-Pétersbourg, le traité de Londres du 6 juillet 1827, et la journée à jamais mémorable du 8 (20) octobre, lui annoncèrent enfin que la Grande-Bretagne, la Russie et la France, reconnaissaient la justice de sa cause, et que leur puissante intervention allait mettre un terme honorable à ses longues infortunes.
Ce fut dans le mois de juin de la même année que je reçus le décret du congrès de Trézène du 12 avril. Je crus ne pouvoir mieux justifier la confiance que la nation se plaisait à placer en moi , qu'en tachant de lui procurer, avec quelques chances de réalisation, l'espoir que les cours alliées ne lui refiiseraient par leur généreuse assistance pour sa restauration, du moment que par le rétablissement de l'ordre elle leur aurait donné la garantie qu'elle voulait, et que par conséquent elle pouvait avec des secours, l'accomplir bientôt.
•C'est pour chercher moi-même Toccasion et les moyens de faire naître, de fonder et d'entretenir ces espe'rances^ dont j'ai e'te' heureux de pouvoir me re'jouir avec la nation , que j'ai fait de longs voyages avant de me rendre au milieu d'elle.
Vous connaissez l'état dans lequel se trouvait alors le pays. Vous n'ignorez pas non plus les actes par lesquels, du consentement du conseil législatif et avec les bénédictions du peuple, le gouvernement provisoire fiit installé.
Il est maintenant de mon devoir de vojis rendre compte de son administration, et il vous appartient de la juger.
Quand nous avons institué le Panhellénium, c'est que nous désirions profiter des connaissances dont devaient être dépositaires les magistrats auxquels la nation avait plus d'une fois confié ses intérêts. Nous désirions aussi prouvera TEurope que la Grèce voulait l'ordre, et que pour la seconder le gouvernement ne croyait pouvoir mieux faire que de se préserver lui-même du pouvoir arbitraire. Ce fut de l'armée, de la marine et des finances, que le gouvernement dut avant tout s'occuper.
Le règlement provisoire qui institue les chiliarchies, l'ordonnance qui règle le service de la marine, celles qui instituent la commission de la banque et des finances, et plus tard le commissariat général, furent les premiers développements de l'organisation intérieure. Ces règlements publiés, la caisse publique eut des fonds,
et la banque nationale lui prêta la somme de 2,034,660. piastres (135,644 talaris).
L'Archipel fiit de'Iivre' de la piraterie, dont on fle'ti'is- $ait injustement le nom de la marine grecque. Les camps de Damala et de Me'gare rallièrent tous les braves que la misère et l'anarchie avaient forcement jetés dans les voies du désespoir.
Une division sous les ordres de Tamiral Miaoulis garantit la se'curitë de la navigation dans rArchipet, et alla porter à nos malheureux frères de Chios tous les soulagements qu'il était en notre pouvoir de leur ofirir.
Une seconde division , commandée par le vice-amiral Sactouris, fut chargée du blocus que les amiraux des Puissances alliées nous engageaient à établir.
A peine ces mesures étaient-elles exécutées , à peine commencions-nous à étendre graduellement dans toutes les provinces de Tétat l'action réparatrice d'une administration régulière, qu'un nouveau fléau vint tout com^ promettre.
Ibrahim-Pacha de son camp nous envoya la peste^ Spetzia, Hydra, Argos, et plusieurs districts du Pélopo-v nèse, en fiirent atteints. La nation traversa cette nouvelle épreuve avec le noble courage et la pieuse résignation, qui la caractérisent*. Aussi en est-elle sortie victorieuse.
Malgré les difficultés insurmontables qu'opposaient le& lignes sanitaires , l'organisation intérieure des provinces fiit réglée. Les démogéronties, les conmiissaires extraordÎQQ.ires.et les.gouvei:neurs provisoires furent installe^
214 DARGOS. JUILLET 1829.
L'inspection sanitaire, celles des ports, des douanes et de la police, furent aussi instituées.
A cette e'poque et au moment oîi nos ressources financières étaient épuisées, la Providence nous envoya des consolations. LL. MM. le roi de France et l'empereur de Russie daignèrent nous accorder des subsides, et ceux de la France nous ftirent remis par un agent diplomatique qui venait d'être accre'dité auprès de nous.
Les espérances que nous avions conçues, en mettant aux pieds des souverains alliés les vœux de la Grèce, commençaient ainsi à s'accomplir. Elles se réalisaient aussi par la généreuse coopération de l'amiral Codrington. Ce noble ami de la cause grecque avait déjà obtenu à Alexandrie l'évacuation du Péloponèse, lorsque l'expédition française, en débarquant dans la péninsule, complétait l'œuvre de la délivrance.
Les places de la Messénie et de l'Achaïe furent en effet évacuées par les musulmans ; et les habitants de ces contrées , qui avaient eu la force de survivre à de si longues calamités , purent enfin regagner les ruines et les déserts que l'ennemi leur avait laissés à la place des villes, des villages et des campagnes florissantes, qu'il avait envahis.
Grâce à la présence de l'armée jfrançaise , grâce aux travaux qu'elle a exécutés, et aux secours qu'elle a répandus à pleines mains partout où elle a campé, ces provinces commencent à se restaurer. Les forteresses de Coron , de Modon , de Nayarin et de Fatras sortent de
leurs décombres comme par enchantement, et sont déjà mises en état de défense.
Dans le mois de novembre la peste se déclara de nouveau dans la province de Calavrita, et menaça la presqu'île d'une nouvelle catastrophe. Au premier appel de leur illustre chef, les soldats français sortirent de leurs cantonnements, et en établissant sous les ordres du général Higonet et au milieu des dangers et des privations de tout genre un cordon sanitaire, en fournissant à des centaines de malheureux des vivres et des habillements, ils extirpèrent en peu de jours le germe de ce terrible fléau.
L'armée française s'arrêta dans la péninsule. Les Grecs du continent s'attendaient à la voir franchir ces limites. Ils nous adressèrent leurs vœux , et nous espérions de les voir s'accomplir, car l'acte diplomatique qui en décidait autrement n'avait point été porté à notre connaissance.
Cependant Tarmée d'expédition s'apprêtait à quitter la terre qu'elle avait rappelée à la vie ; mais nous reçûmes en même temps de nouveaux gages de la munificence de Charles X. Sa Majesté nous continue des subsides ; l'armée d'occupation laisse des garnisons dans les places de la Messénie , et nous fournit des éléments. précieux pour donner à l'organisation de nos troupes régulières le développement et la consistance qui leur manquent.
lijes bienfaits de S. M. T. C. yont encore plus loin. Elle
216 d'aRGOS. JUILLET l&2ft.
donne des oi^rea, et les malheureux qui avaient cfte conduits captifs en Egypte sont rendus à la liberté et à leur patrie.
Une commission de savants de Tlnstitut de France et des ingénieurs sont chargés d'explorer le sol classique de la Grèce. L^archéologie^ la géographie, les sciences et les arts font l'objet de leurs travaux, et c'est particulièrement notre patrie qui en recueillera le fruit.
Les représentants des cours alliées arrivèrent à Poros au mois de septembre, et nous fumes invités à leur four^ nir les notions qu'ils jugeraient nécessaires de recueillir sur les questions que les Puissances médiatrices devaient décider d'après les clauses du traité de Londres.
Nous nous acquittâmes de ce devoir, ayant toujours sous les yeux les instructions dont le congrès d'Epidaure avait muni la commission diplomatique , et en nous y conformant autant qu'il a pu dépendre de nous.
S. M. l'empereur de Russie , et plus tard S. M. le roi de la Grande-Bretagne honorèrent aussi la Grèce de l'envoi de leurs agents diplomatiques auprès d,e nous.
Dans le courant de l'automne, la conférence de Londres reprit encore ses travaux, et le protocole du 16 novembre fut signé. Cet acte cependant ne nous a pas été communiqué officiellement. Il n'en est pas de même du protocole du 22 mars de l'année courante. Vous prendrez connaissance de toutes les communications qui ont été faites au gouvernement grec sur ces graves intérêts, et vous honorerez, nous l'espérons, de votre approba-
tien celles que nous avons soumises à la justice des Puissances alliées.
Vous verrez que nous nous sommes eflforce's de ne pas nous écarter des principes qui ont guidé le congrès d'Epidaure, sans cependant perdre de vue ceux qui sont une conséquence nécessaire de la situation de la Grèce à Fégard d'elle-même, de la Porte ottomane, et des Puissances médiatrices. Le traité du 6 juillet indique cette situation; c'est à la fixer pour toujours que sont destinées les négociations actuelles.
Nous croyons superflu de vous entretenir des motifs qui ont rendu impossible l'exécution entière des lois décrétées par les assemblées d'Épidaure, d'Astros et de Trézène. Nous pensons aussi que les mêmes motifs subsisteront, tant que des traités formels ne fixeront pas la circonscription territoriale de la Grèce , ainsi que les relations de son gouvernement avec la Porte ottomane et avec les Puissances médiatrices*
Jusque-là nous ne pouvons, selon notre opinion, que régler provisoirement l'ordre intérieur, garantir par des mesures justes et sévères les droits que les citoyens ont acquis au prix de leur sang, et nous occuper de la révision de nos lois fondamentales, en nous éclairant de bonne foi des leçons de l'expérience.
C'est d'après ces considérations que sont conçus tous les règlements provisoires qui composent l'ensemble des actes du gouvernement actuel* Sur votre demande le secrétaire d'état les m,ettra tous à votre disposilioa*
218 d'aRGOS. JUILLET 1829.
L'ordre judiciaire commence à s'ëtahlir; et ce n'est qu'en aplanissant des difficultés nombreuses que nous sommes parvenus à remplir, autant qu'il était en nous, les vœux que les provinces nous avaient exprimes à plusieurs reprises. Elles nous témoignent maintenant leur reconnaissance d'une manière qui honore le caractère du peuple Grec,
Un grand nombre d'affaires sont terminées à la pleine satisfaction des parties intéressées , et sans que les tri-' bunaux aient eu recours à des moyens coërcitife. Toutefois au nombre de ces afifaires encore arriérées, il y en a qui exigent des règlements spéciaux. Nous en avons arrêté un pour ce qui concerne les anciennes dettes, et vous penserez peut-être que d'autres seront également nécessaires.
L'église a beaucoup soufiPert des longues calamités de la nation. Notre devoir était de nous procurer avant tout un aperçu exact de son état actuel. Le conseil ecclésiastique a été institué à cet effet, et nous sommes dans l'attente de ses rapports.
Dès notre arrivée en Grèce nous nous sommes occupés de cette nombreuse population d'^enfants, que la misère et la destruction du pays livraient au vagabondage et à la perdition. L'orphanotrophe d'Egine en renferme déjà 500, et les écoles d'enseignement mutuel qui sont organisées dans les différentes provinces oi&ent à plus de 6,000 enfants les avantages de l'instruction élémentaire.
Une école normale va être instituée à Egine. Elle doit devenir la pe'pinière des maîtres d'enseignement mutuel dont la nation a besoin.
Nous espérons pouvoir, à Taide de Dieu et des géne'reux amis de la Grèce, procurer sous peu de temps à chaque province et à chaque village le bienfait d'écoles élémentaires.
Lorsque cette base de la régénération nationale sera solidement établie, le gouvernement devra instituer sans retard dans les différentes provinces de Tétat des écoles centi^ales, où les élèves sortant des établissements d'enseignement mutuel puissent recevoir une instruction supérieure dans les lettres, dans les sciences et dans les arts.
Une école centrale militaire est déjà établie à Nauplie sous la direction d'un chef habile et rempli de zèle. Elle ne peut que nous promettre des résultats heureux. Cette institution* fait partie des troupes régulières grecques.
Le rapport que vient de nous adresser M. le colonel Heideck, qui a eu la direction de ce corps, vous fera connaître ce qui a été déjà fait et ce qui reste encore à faire, pour donner à l'organisation de nos troupes régulières, et à celle de tous les services qui sont relatifs aux forteresses, l'étendue et la consistance qui leur sont absolument nécessaires.
Lorsque vous prendrez en considération, à côté de ce rapport, ceux que vient de nous adresser le commissariat général, et les observations dont nous les accom-
220 d'aRGOS. JUILLET 1829.
pagnons, vous pourrez juger de Tëtat actuel de la force armée nationale, ainsi que des mesures qu*il faudra prendre, afin d'assurer un sort convenable aux citoyens qui ont porte' et qui porteront les armes sur terre et sur mer, et afin de donner à Tarmee comme à la flotte une organisation qui cadre avec les ressources et avec la situation du pays.
L'une et l'autre ont rempli leur devoir, et la nation leur doit des témoignages de gratitude pour les services qu'elles ont rendus aux provinces de l'ëtat que les Turcs avaient occupées de nouveau dans des temps de détresse générale. Ces contre'es sont aujourd'hui sous le drapeau de la croix. Dieu et les souverains alliés ne les livreront plus sans doute aux malheurs dont elles ont été pendant si longtemps le théâtre.
Le compte-rendu que la commission des finances vous soumettra, et dont nous allons vous donner ici le résumé, vous présente des résultats qui doivent vous inspirer de nouveaux sentiments de reconnaissance envers les augustes bienfaiteurs de la Grèce, et envers tant d'illustres et de généreux amis de sa cause.
Vous verrez l'état de nos faibles revenus, et vous pourrez calculer en même temps l'immense tache que vous aurez à remplir, pour mettre la caisse publique en état de faire honneur aux engagements de la nation, et de pourvoir à ses besoins les plus urgents.
Nous n'avons négligé aucun soin pour vous procurer des ressources. Vous prendrez connaissance des démar-
ches que nous avons faites auprès des cours alliées , afin de pouvoir négocier sous leurs auspices un emprunt de 60,000,000 de francs. Vous lirez les communications qui nous ont e'te' adresse'es à ce sujet, et vous serez encourages à partager nos espérances.
Nous finirons par vous exprimer les vœux que nous formons pour que, dans les circonstances graves et difficiles du moment, vos délibérations répondent à l'attente de la patrie, à celle des Puissances alliées, et de toutes les nations civilisées.
En comparant le passé au présent, il ne vous sera pas difficile de prendre des mesures sages , au moyen desquelles vous puissiez placer la nation dans l'attitude la plus favorable à son acheminement vers l'avenir que la Providence lui re'serve.
Nous- ne pouvons y contribuer nous-mêmes que par le courage que nous inspire la sainteté de notre cause, et par la pureté et la modération des principes que nous suivrons pour la soutenir.
Des négociations sont ouvertes. Si nous sommes appelés à y prendre part , conformément aux clauses du traité de Londres, il vous appartient de munir le gouvernement des pouvoirs nécessaires. Vous pouvez en délibérer aujourd'hui avec pleine connaissance de cause, attendu que vous avez sous les yeux des documents qui ! ne vous laissent pas de doute sur le plan de pacification que la conférence de Londres a déjà adopté.
Nous le répétons encore ; mettez la main sur votre
222 d'argos. — JUILLET 1829.
conscience, conformez- vous aux devoirs qu'elle vous prescrit, et ne doutez jamais de la justice des Puissances alliées.
Vous devez en second lieu prendre en considération l'administration de Te'tat. Si vous accordez votre suffrage à Topinion que nous vous avons déjà énoncée à ■cet égard, vous jugerez quelle ne pourra être réglée par des lois constitutionnelles et permanentes, que lorsque le sort de la Grèce sera définitivement arrêté. Jusque-là vous serez peut-être portés à sanctionner la continuation du système provisoire actuel , sauf à le modifier de manière à ce que le gouvernement, entouré de nouveaux conseils , puisse affermir Tordre et la tranquillité dans l'intérieur, procéder utilement à la révi sion de nos statuts constitutionnels, et prendre enfin toutes les autres mesures que l'honneur, la justice et une sage prévoyance recommandent plus particulièrement à votre attention. Dans cette catégorie se trouvent celles qui concernent les finances, le crédit, la dette extérieure, les indemnités que le gouvernement est dans l'obligation d'offrir aux citoyens qui ont sacrifié leur fortune au service de l'état, l'exécution des engagements contractés par les congrès d'Épidaure, d'Astros et de Trézène envers ces mêmes citoyens et envers les braves qui ont versé leur sang pour la patrie, enfin les soula- ^gements et les secours qu'il doit procurer aux villes qui ne sont plus que des monceaux de ruines, ainsi qu'à la classe aussi estimable qu'infortunée des laboureurs.
Pour résoudre avec une utilité réelle toutes ces questions et celles qui s'y rattachent , il faut du temps et des notions qui nous manquent, et que nous tâcherons de recueillir.
Mais en arjrétant dès aujourd'hui les principes d'après lesquels le gouvernement, conjointement avec ses conseils, devra s'occuper de chacune de ces grandes questions et des intérêts majeurs qui en dépendent, vous aurez rempli la moitié de votre tâche. Elle le sera complètement, lorsque vous vous réunirez encore pour prendre connaissance des travaux que le gouvernement aura faits, et pour délibérer définitivement sur les projets de lois qu'il vous soumettra.
Si vous adoptez ce plan, ce sera d'après les bases que vous aurez arrêtées, que le gouvernement répondra aux Puissances européennes, toutes les fois qu'il s'agira des arrangements relatifs à l'exécution du traité de Londres. Ces arrangements cependant ne seront obligatoires pour la nation, que lorsque vous les aurez ratifiés.
Nous en disons autant des lois fondamentales ou constitutionnelles ; elles seront mûries, discutées et rédigées d'après les principes que vous aurez posés, et il vous sera réservé de les revêtir de votre sanction.
Vous décréterez enfin les principes et les formes, d'après lesquels tous les autres intérêts devront être réglés jusqu'à la nouvelle convocation du congrès national.
224 d'argos. — JuiLLEt 1829.
Avant de vous séparer, vous serez jaloux sans doute d'être les organes par lesquels la nation of&ira rhommage solennel de sa reconnaissance au souverain Arbitre des destinées des peuples, aux monarques allies, à leurs amiraux, à Farmee d'expédition , à son illustre chef, et aux ge'ne'reux philhellènes qui ont donné tant de preuves d'intérêt à la Grèce et fait tant de sacrifices en sa faveur.
Par l'exposé franc et sincère que je viens de vous faire, je me suis acquitté. Messieurs, de mon. devoir envers la nation , qui a daigné me confier la place de son premier magistrat.
Je serai heureux de lui consacrer le peu de vie qui me reste, quand même je serais appelé, ainsi que je le désire vivement, à la servir encore conune simple citoyen. Je ne saurais mieux lui prouver les sentiments dont me pénètrent les témoignages réitérés de confiance qu'elle s'est plu à me donner.*
S^ t-x^o/^. ^ '^a^n^^n^^aùed eœÂao^cuh-aHeà
^ €eà T^a€€4/Hn€€4id Ai04Jl4àCL^€à,
Argosy — juillet 1829.
Vous trouverez ci-joinls l'allocution et le compte-rendu
* Voyez dans les pièces additionneUes n® 1 la réponse du congrès a ce discours d*ouverlure.
À M. MAVROGOkDÀtOS. 225
par lesquels le gouvernement a ouvert aujourd'hui la session du quatrième congrès national.
Il vous est recommandé de donner connaissance de ces actes aux magistrats, et a ceux des citoyens qui ont des titres à votre confiance. Le compte-tendu leur fera comprendre la situation du pays, et les vœux que forme le gouvernement pour que la nation contribue a l'accomplissement de ses destinées.
Nous aimons a espérer que les travaux du congrès nous fourniront les moyens de procurer a chaque province le soulagement et la prospérité auxquels elles ont tant de titres.
Argos, — juillet 1829.
Vous ne m*en voudrez pas si j'ai tardé jusqu'à aujourd'hui à répondre à votre lettre du 8, que je n'ai reçue cependant que le 11. Si vous ajoutez à mes occupations ordinaires celles que me donne le congrès, vous trouverez que je n'ai pas trop de temps à ma disposition. Je saisis néanmoins le premier instant de liberté, pour ne pas vous faire attendre longtemps ma réponse.
Je vous sais infiniment gré de la franchise avec laquelle vous me parlez de votre situation. Je vous paierai d'un juste retour, en vous indiquant de m'on coté ^vec
226 d'argos. — JUILLET 1829.
un entier abandon le point de vue sous lequel je len visage.
C'est depuis longtemps 9 vous le savez, qu on a vu avec jalousie la part active que je vous ai donnée dans Tadministration publique* Reconnaissant en vous beaucoup de zèle et une grande capacité, appréciant vos travaux et la supériorité de votre esprit, je me suis constamment applaudi d'avoir eu recours à votre coopération. J'ai laissé dire les jaloux, espe'rant que le témoignage des feits et l'expérience mettraient un terme à leurs clameurs* D'après les observations que vous venez de m'adresser, il en est autrement.
Si pour confondre la calomnie vous désirez une enquête, donnez-moi les moyens d'en faire ouvrir une, et en temps et lieu elle sera ouverte. Jusque-la je ne vois pas pourquoi vous vous retireriez des affaires publiques. Quand même vous auriez pris définitivement une résolution semblable, je vous proposerais encore d'attendre paisiblement la fin du congrès. Il y aura nécessairement des changements dans l'administration, et il vous sera réservé de juger alors s'il vous convient d'y prendre part, ou de jouir des agréments de la vie privée.
Les explications que je viens de vous donner vous prouveront, j'espère, que je vous apprécie plus que vous ne paraissez le croire.
Le comte Métaxas m'a parlé du projet relatif au petit fort d'Aclium (Punta). Je m'en occuperai dès que j'en aurai le temps.
A M. RAIKO. 227
Argos, -- juillet 1829.
ou
J'apprends avec satisfaction que le second escadron de cavalerie est enfin arrive' à Patras, et que vous avez re'ussi à abriter provisoirement hommes et chevaux, jusqu à ce que vous puissiez procéder à la construction d'une caserne. Quant aux difficultés que vous éprouvez à pourvoir l'escadron des fourrages nécessaires ^ je ne doute pas que vous ne parveniez a re'gler graduellement avec M. de Saint-Martin cette partie du service; au surplus j'adresse aujourd'hui à M. Axiotis Tordre de vous prêter toute Vassistance que vous seriez dans le cas de lui demander.
Les informations que renferme votre rapport sous le numéro 9, relativement aux malfaiteurs qui commencent à infester les chemins dans les environs de Patras, avaient été portées à ma connaissance. Dès lors le gouvernement a attribué le mal plutôt à Tesprit de faction qui travaille encore certaines provinces de la péninsule, qu'a toute autre cause quelconque. Dans cette conviction, que vos observations rendent maintenant, s'il se peut, encore plus intime 9 il a du chercher le remède de préférence dans lemploi des moyens locaux, qui dirigés avec sagesse devaient déconcerter l'intrigue, et mettre au grand jour à la fois ses coupables desseins et son impuissance. En elTot
j'ai charge de cette mission le général Golocotronis, en sa qaairté de commandant en chef des troupes départementales du Péloponèse. Des hommes ont été envoyés par lui sur les lieux, et j'ose espérer qu à cette heure ils auront mis fin aux désordres que vous me signalez.
S'il en est autrement, et qu à la réception de la présente vous jugiez encore utile ou nécessaire de donner suite à la mesure que vous me proposez^ je vous autorise ii le faire , comptant d'avance sur la capacité et le teie que vous mettrez à vous acquitter de cette tâche»
Argos, —juillet 1829.
Votre rapport en date du 14, ainsi que les explications que m'ont données M. Lassani et le chiliarque Christodoulos, m'ont fait éprouver une peine bien vive. La promesse que vous avez faite à Tarmée vous avait été faite par le gouvernement; et ce qu'il y a de déplorable seulement, c'est que vous ayez été contraint de donner cette promesse par écrit, comme si votre parole ou celle du gouvernement ne suffisait pas.
Après le paiement du trimestre actuel , il sera procède a une nouvelle revue; et cette revue faite, on procédera au paiement des arrérages.
Le désordre cependant, ou de nouvelles mutineries
AU STRATARQUE YPS|LANT(S. 229.
qui auraient lieu dans ces entrefaites, lëgitimerai^t les^ mesures se'vères que le gouvernement devrait nécessairement prendre.
Il &ut que les soldats sachent que la moindre de leurs actions est notée par les agents des Puissances alliées et par le général en chef français qui est dans les places de la Messénie. Il résulte de la que le gouvernement est en quelque sorte responsable, par les délibérations qa\\ prendra à Vegard de l'armée, non-seulement envers la^ nation, mais aussi envei's les Puissances dont l'intervention doit décider du sort de Grèce.
Cette considération, expliquée d'une manière claire aux capitaines et aux soldats, doit leur faire comprendre que le présent ne ressemble pas au passé. Quoique la mu^. tinerie de Lépante ait fini, le général Schneider a cru de son devoir de s'en assurer lui-même; et à cet effet il a envoyé à Lépante une frégate avec deux compagnies de grenadiers sous le commandement d'un officier supérieur. La mission de cet officier consiste a faire déclarer aux Roumeliotes que les troupes françaises étant chargées de garantir la tranquillité intérieure de l'état et notamçoent du Péloponèse, aucun désordre ne sera toléré. Cet antécédent est de nature k éclairer l'armée sur sa posi^ tion, et même sur son avenir, qui est tout entier entre ses mains; et elle ne le devra qu'à sa bonne conduite.
Le lieutenant plénipotentiaire, conjointement avec le commissariat, vous donnera les directions qui concernent votre position militaire.
230 d'aRGOS. JUILLET 1829.
Argos, — juillet 1829.
Votre lettre du 13 m'a fait infiniment de peine. Elle me prouve que les intrigants ont eu des succès auprès des troupes qui sont sous vos ordres.
La réponse d'office que vous recevez aujourd'hui, vous met en e'tat de déclarer aux soldats que le gouvernement prendra toutes les mesures ne'cessaires pour que vous teniez parole*
Le commissariat enverra dès les premiers jours du mois d'août les ordres pour qu'on fasse la revue de Varmée. La revue faite, l'armée recevra ses arrérages.
Cependant la publication de mon compte-rendu, ce qu'il contient en faveur des soldats et des officiers, et sur la nécessité d'assurer aux uns et aux autres un sort honorable, les actes enfin que le congrès émettra à cet égard, prouveront encore une fois à ces hommes que le gouvernement veut leur salut^
Je ne crois pas que le temps noxis permette de proposer aux délibérations du congrès un décret qui corrige et réforme l'organisation de l'armée. Ce que je vais lui proposer, c'est d'arrêter les bases d'après lesquelles cette réorganisation pourra se faire , en consultant sur ce grand travail ce que l'expérience nous aura appris.
Comme le règlement actuel est votre ouvrage, commo
AU STRATARQUE YPSILANTIS. 231
c est VOUS plus que tout autre qui en avez fait l'épreuve , c est vous plus que tout autre que je consulterai , du moment oïl je pourrai m'occuper de cette grande affaire. Jusque-là il importe par-dessus tout de garantir Tarmée des intrigues et des intrigants dont elle est en ce moment Tobjet, et dont elle sera peut-être la victime, si elle ne s'en préserve pas a temps.
Vous me faites observer que les lettres et les messagers deNauplie, d'Argos et d'Égine pervertissent son esprit. Il serait d'un immense intérêt de couper le fil de ces menées perfides. Nous ne le pourrons que lorsque nous aurons des données positives. Les nobles sentiments qui vous animent, m'assurent d'avance que vous ne ne'gligerez aucun soin ni aucun effort pour concourir à ce grand résultat.
Le congrès nous donne de très-bonnes espérances. Ses délibérations ont jusqu'ici déjoué complètement les coupables calculs d'une poignée de misérables. La session ne durera pas longtemps, attendu que la majorité des députés est entièrement convaincue que dans la session actuelle le congrès ne peut que poser les bases d'après lesquelles les grands intérêts de l'état seront réglés. Ces bases, que j'ai déjà assez indiquées dans mon compterendu, vont être discutées et arrêtées.
Du moment que le congrès aura terminé ses travaux, et j'espère que ce sera dans deux ou trois semaines, je m'occuperai exclusivement de l'armée, et j'aime à me flatter que jusque-là vous maintiendrez les choses dans un
232 d'akgos. — AOUT ^829^.
état satisfaisant. J*ai ordonné à M. Spiliadis de voua tenir au courant des actes du congrès ^ à mesure qu its^ seront publiés par les gazettes.
. 22 juillet ^^^^
Argos, ^* , — 1829.
^ 3. août
Puisque Tétat de votre santé vous oblige à résigner les fonctions que vous avez exercées jusqu'ici avec un noble dévouement et une grande utilité pour les intérêts de ce pays^ quels que soient ses regrets^ le gouvernement accepte votre démission.^ et vous autorise à remettre la direction du corps régulier à M. le maréchal de camp Trézel. Vous trouverez ci-jointç la copie du décret relatif à cette disposition,
M. le capitaine Scluiitzlein , qui désire également rentrer dans sa patrie, emporte aussi nos regrets. Nous vous prions de lui exprimer notre reconnaissance pou^r les services qu il a rendus à la Grèce par son zèle, sa, capacité, son cQurage et son infatig2j>le persévérance.
Le quatrième congrès national, dans sa séance du 19 du courant , a entendu le rapport que vous nous avez adressé sur l'administration du golfe Argolique, dont vous avez bien voulu vous charger depuis le mois de mars de Tannée dernière ^ ainsi quç sur la direction du corps régulier, et sur toutes les autres branches du service qui
S y rattachent. D'une voix unanime le congrès vous a volé des remerciements, et nous a engagés à en être Tinterprète,
Nous nous acquittons de ce devoir, et nous nous empressons de vous exprimer a celte occasion la satisfaction avec laquelle nous vous enverrons le brevet de général,du moment qu'il plaira ^\x roi voire souverain de vous autoriser à accepter ce grade au service de la Grèce. Nous transmettrons avec une égale satis&ction à M. le capitaine Schnitzlein le brevet de chef de bataillon.
Ces témoignages de reconnaissance de la Grèce envers deux officiers qui Vont dignement servie prouveront combien le gouvernement les apprécie et désire les voir revenir dans ce pays, pour continuer a coopérer au développement et au perfectionnement de son organisation militaire.
aeneiat aeà K^iai^ted ^e^u^cied aiecOiied,
. 22 juillet ^^^^
Arffos, — ^^ — 1829.
° 3 ûoûl
Nous vous transmettons ci-joint le décret par lequel nous vous conférons la direction et l'inspection générale des troupes régulières grecques.
Nous ne vous exprimerons pas dans ce moment les^ sentiments de reconnaissance que nous inspire le noble
234 d'argos. — AOUT 1829.
intérêt qui vous anime en faveur de la Grèce, et vous
porte à accepter cette charge.
Nous nous dispensons de vous en signaler Timportance ; nous sommes assures que vous Fappre'ciez vousmême sous tous les rapports et dans toute son e'tendue.
Soyez convaincu, Monsieur le gênerai, de la confiance que nous plaçons dans vos lumières, dans votre zèle et dans votre expe'rience. Soyez aussi convaincu de Tespoir sincère que nous avons de voir d'heureux re'sultats couronner vos nobles efforts.
Nous joignons ici une lettre pour S. E. le commandant en chef des forces françaises en More'e. Par elle nous lui notifions votre nomination à la direction et à l'inspection des troupes régulières grecques.
Nous vous transmettons également pour les commandants des forteresses une circulaire , par laquelle nous leur indiquons dans quelle partie du service il leur est enjoint d'entretenir des relations directes avec vous.
\S^ Kyfô, ^ CpoAe/a^he ^^4a?na?t/€J (y/u^n/tten.
23 luillel Argos, — = — ;^ — 1829.
4 août
Les pleins pouvoirs que vous m'adressez au nom de vos braves compatriotes, m'apportent un nouveau témoignage de votre confiance, et j'y suis ti'ès-sensible.
Ni le congrès actuel, ni le gouvernement ne peuvent
AU CAPITAINE DiAMANTlS OLYMPIEN. 235
dans ce moment faire aucun usage des pleins pouvoirs dont il s'agit.
Ainsi que je vous Tai déjà écrit, le sort de votre patrie , comme celui de toute la Grèce , est hors de notre portée. C'est Dieu qui en décidera; et ce sont les événements et les Puissances alliées qui nous diront ce que Dieu aura décidé. Jusque-là il faut que chacun reste tranquille dans la position où il se trouve, quelle qu'elle soit. Tout ce qu'il ferait de son propre mouvement pour la rendre meilleure, pourrait l'empirer et la rendre fatale sans retour.
Je vous répète ici ce que je vous ai dit le 21 juin (3 juillet), et je crois qu'aujourd'hui plus que jamais il est d'un grand intérêt pour vous de maintenir des rapports de bonne intelligence avec les Turcs.
Voilà pour le présent; quant à l'avenir confiez-vous à la Providence, et ne doutez pas de la justice des Puissances alliées; comptez aussi sur l'intérêt sincère avec lequel je ne négligerai aucun moyen de justifier la confiance de vos compatriotes, et de vous être aussi utile qu'il me sera possible.
Le gouverneur provisoire de Scopélos recevra des ordres positifs, pour que vous n'ayez plus de griefs à articuler contre l'administration du pays.