D ARGOS. — AOUT
Argos> — - août 1829.
De nombreuses plaintes sont portées par les habitants de la province contre votre administration. Nousaimons à les croire Sans aucun fondement; cependant il est de tiotre devoir dé faire proce'der à un examen dont le re'sultat mettra dans tout son jour la ve'rite'.
C'est à M. À.inian que noua avons confie cet examen, et c'est de lui que vous recevrez la pre'sente. Vous re'signerez entre ses mains vos fonction^, et vous placerez immédiatement sous ses ordres les trbupes de la province. Vous vous retirerez à Nauplie durant Tenquête.
Dès que M. Â^inian viendra nous rendre Compte, tous serez appelé, devant la commission qui devra en juger, à répondre sur les différents articles de l'incrimination.
Nous vous le répétons t nous aimons à espérer que vous vous justifierez alors pleinement, et que vous n'aurez rien perdu par les mesures que nous venons de prendre, ni dans la considération publique, ni dans la confiance du gouvernement.
K$/ Ky/é. d ^(^oui/e e/e ^ai/a^ , à ^aiù
Argos, — aoûl 1829.
M. le baron de Rouen m*a remis la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'ëcrire en- date du 10 avril dernier.
Si j'ai tardé à vous en accuser la réception, c'est que M* de Rouen a été absent pendant quelques semaines , et que je désirais , Monsieur le comte , le charger de vous faire parvenir la présente. Elle vous porte l'expression la plus sincère de notre reconnaissance pour la nouvelle preuve d'intérêt que S. M. se plaît à donner à la Grèce, en accréditant auprès de son gouvernement, dans la personne de M. de Rouen , le résident et consul général de France.
Après son retour, M. de Rouen a fait une apparition à Àrgos durant la session du congrès national. J'aime à espérer qu'en rendant compte à Votre Excellence des observations qu'il peut avoir recueillies lui-même, il vous donnera la mesure du bon esprit dont les députés de la nation ont fait preuve, en discutant et en délibérant sur les plus graves intérêts. Le plus grave de tous, celui qui concerne l'avenir de la Grèce, a été, comme il devait l'être, abandonné à la justice et à la générosité des cours alliées , et par conséquent de votre auguste souverain. En voi\s donnant la peine, Monsieur le comte,
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de jeter les yeux sur les actes du congrès, vous y trouverez, j'espère, la preuve que cette nation sent profondément tout ce qu'elle doit à la munificence de ses augustes bienfaiteurs , et tout ce qu'elle se doit à ellemême. Si Votre Excellence partage cette conviction , elle n'hésitera pas à continuer de protéger les Hellènes auprès du roi et de ses alliés.
Je n'ai pas besoin d'assurer Votre Excellence que je ne négligerai rien de tout ce qui pourra dépendre de moi pour faire avancer graduellement ce peuple vers sa restauration nationale et politique. Je ne doute pas que M. de Rouen, par les relations qu'il doit entretenir avec le gouvernement provisoire , n'y contribue pour sa part.
M. le général Schneider pour ce qui le concerne, comme M. le général Trézel dans la direction des troupes régulières , ne cessent de coopérer très-efficacement à l'accomplissement de cette grande tache. J'oserai prier Votre Excellence de mettre aux pieds de S. M. Thommage de la profonde reconnaissance que nous inspirent les services inappréciables que nous rendent Monsieur le commandant en chef, Monsieur le directeur général du corps régulier, ainsi que tous les autres officiers français qui se plaisent à nous seconder.
AU BARON DE ROUEiN. 263
Argos, -- août 1829.
Je m'empresse de vous transmettre ci-joinle la re'ponse que je dois à la dépêche que S. E. M. le comte de Portalis m'a fait Thonneur de m'adresser, en vous accréditant dans les fonctions que vous gérez actuellement auprès du gouvernement provisoire grec.
Je profiterai de cette même occasion pour vous entretenir encore une fois, Monsieur le baron, de la situation embarrassante , où nous place le retard qu'éprouve le paiement des 500,000 francs , que vous aviez bien voulu m'annoncer comme prochain dès votre arrivée dans ce pays. Je n'ai pas hésité à faire connaître alors dans différents actes le nouveau secours que S. M. T. C. daignait nous accorder, dans, son inépuisable générosité envers la Grèce. J'ai cru même de- mon devoir de communiquer cette heureuse nouvelle aux députés de la nation, qui de retour dans les provinces rendront, s'il se peut, encore plus vifs les sentiments de gratitude dont leurs concitoyens sont pénétrés envers Charles X et envers la France. Je vous laisse maintenant à penser, Monsieur le baron , quel effet moral doit produire la nonréalisation de ces espérances, dans ce moment surtout, où il est à peu près de notoriété publique que le gour
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vernement destinait le montant de ces subsides à solder une partie des arrérages des troupes roumeliotes.
Il m*est impossible de supposer que des ordres venus de Paris aient pu motiver le refus de Moi^sieur le payeur de Tarçaee de mettre à la disposition du gouvernement provisoire les 500,000 francs mentionnés ci-dessus. Ma correspondance avec M. le gênerai Schneider d une part , de Tautre les assurances formelles que par sa lettre du 21 juillet dernier M. le maréchal Maison a été autorisé à me donner de la part de S. E. le ministre des affaires étrangères , ne me laissent aucun doute à cet égard. Monsieur le maréchal m'annonce de la manière la plus positive que les subsides de 1828 nous seraient définitivement payés, si comme il avait lieu de le croire , ils ne Tétaient déjà. Je ne puis donc admettre qu'une seule hypothèse, c'est-à-dire que de simples formalités de comptabilité n'aient pas été strictement observées par quelques employés subalternes. Cette négligence aura fait naître des difficultés, dont les conséquences, je vous le répète, sont de la nature la plus désagréable.
Dans cet état de dioses , je prends la liberté de m'iadresser à vous, Monsieur le baron, pour vous prier d'employer tous les moyens qui sont en votre pouvoir, afin de faire cesser une heure plus tôt cette complication. Vous rendrez pai^ là un service important à ce pays , et vous acquerrez un nouveau titre à la reconnaissance de son gouveraement.
Argos, -- août 1829.
Le général Colocotronis envoie son fils cadet à Paris, et parmi les personnes auxquelles il désire que je le recommande, c'est vous, mon cher Eynard, qu'il a cité en première ligne. Je ne saurais me refiiser au vœu du général, sans priver un jeune Grec du meilleur appui qu'il puisse trouver à l'étranger. Dans l'espoir que VOU5 serez à Paris , je vous recommande donc très-inatamment ce jeune homme , en vous priant de lui procurer les moyens de ne pas se perdre dans l'immense ville qu'il va habiter, et de le placer sous la protection dçs professeurs dont il aura à suivre les cours. Vous jugerez aisément de l'importance que je dois attacher à ce qu'il soit dirigé dans ses études de manière à répandre un jour la consolation dans sa famille , et l'amour du travail et de l'instruction dans sa patrie. Je n'ai pas be* soin de vous en dire davantage, car tout ce que je pourrais ajouter ne saurait accroître le zèle et l'ardeur sans égale , avec lesquelles vous embrassez chaque occasion de prouver le noble intérêt que vous inspirent k Grèce et sa cause.
Je m'arrête ici , en vous priant d'agréer l'expression ^jen sincère de mes amitiés.
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Argos, — août 1829.
Vos rapports en date du 22 juillet me sont arrivés le jour même où le congrès a termine sa session actuelle.
Je regrette par conséquent de n'avoir pu lui notifier le vœu que vous formez d'être naturalisé citoyen de la Grèce. Vos services vous ont déjà assez naturalise, et vous ne devez pas douter qu'en temps et lieu le gouvernement ne s'empresse de vous envoyer le diplôme que vous désirez.
Nous apprécions en même temps toutes les difficultés de votre position , et plus encore les mesures sages que vous prenez pour les aplanir. La réduction que vous avez faîte est très-utile , quels que soient les inconvénients qui en sont résultés et que nous déplorons bien vivement avec vous. Il ne faut pas cependant nous décourager.
Les informations que j'ai reçues directement de Paris et de Londres , me prouvent qu'on se bornera à demander la libre navigation du pavillon ionien et anglais dans le golfe. On prétendra peut-être ne pas être hélé, et il ne vaut pas la peine d'insister de notre part sur ce point. Telle est l'instruction que j'ai fait donner au commandant de la flottille. Mon frère va arriver à Lépante, et il
tachera d'aller au-devant de vos désirs en tout ce qui sera possible dans les circonstances actuelles.
Le gênerai Tre'zel, à qui j'ai parle' de M. Zucarini, m'a promis sous peu une réponse; si ce médecin consent à se rendre à votre invitation, il y arrivera bientôt.
Le congrès a terminé ses travaux. Je vous envoie cijoint un exemplaire en français de ses premiers actes; je vous en enven^ai plus tard la suite.
Parmi les décrets que le congrès a sanctionnés , il y en a qui concernent le sort du soldat, et les indemnités pour tous ceux qui en ont à réclamer. Je vous envoie ci-joints ces décrets en grec; il est bon que les hommes de sens parmi les officiers et les soldats en aient connaissance. Ils se persuaderont que le gouvernement désire les sortir de Tétat nomade oii ils se trouvent ; et qu'il emploiera tous ses efforts pour les rendre citoyens utiles et paisibles; mais pour cela il faut aussi que les circonstances du dehors nous favorisent. Si les nouvelles qui nous arrivent de Syra et de Smyrne sont vraies, nous touchons au terme de nos malheurs. On prétend que l'armée russe est entrée à Andrinople. Quand même cette nouvelle serait prématurée, il est de fait que l'armée russe a passé les Balcans ; il est donc à présumer que le sultan consentira à signer la paix, ou que des événements d'un ordre supérieur favoriseront encore davantage l'avenir de la Grèce. Ce n'est donc pas dans un moment semblable qu'il faut reculer devant les embarras et les difficultés de toute espèce qui nous entourent. Il faut
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tacher de les vaincre graduellement, et surtout il ne faut perdre de terrain , ni dans le sens moral , ni dans le sens matériel.
Argos, -- août 1829.
Je ne vous laisserai pas quitter le sol de la Grèce et arriver en France, sans vous obliger à porter sur vous un sabre turc. Celui que je vous envoie, Karaïskakis Ta pris à Âxachova sur le champ de bataille, et un de ses braves vient de m'en faire hommage.
Ce petit trophée ne saurait être mieux place qu'en vos mains, et je vous prie de l'accepter. Veuillez le garder comme un souvenir des ^e^vioe^ tjije^vous^ aVez rendus à ce pays, et de la reconnaissance qu'il vous doit.
xS^ K^/^. ^ 'Uenetat Jjû^aane/,
Argos ^ 77 ^^^^ ^^^^*
Après la manière dont vous avez servi la Grèce en portant les armes pour son indepeqdance, et après le généreux deVouement que vous avez mis à étouffer le germe pestilentiel dont le développement commençait
AU GHEYALIEK EYNARD. 269
à la désoler de nouveau , rien ne pouvait mieux compléter les preuves de votre bienveillante sollicitude pour ce malheureux pays, que votre démarche auprès de S. E. le ministre de Tinterieur, afin de procurer à notre agriculture des grains et de jeunes arbres à planter.
Je ne saurais vous exprimer combien tant de soins m'inspirent de reconnaissance.
Il me serait agréable, Monsieur le général, de vous adresser des félicitations pour les succès que vous avez obtenus en plaidant avec une généreuse éloquence la cause des Hellènes. Mais je ne le puis. Vous étiez l'interprète de la justice , vous parliez aux princes et aux représentants de la France, votre triomphe était donc nécessaire*
Quant aux choses flatteuses que vous vous plaisez à exprimer sur mon compte, fasse le Ciel que je trouve dans le bonheur de ma patrie une preuve que toutes ne soient point dues à votre trop grande indulgence.
S^ f^^. ^ (ûnf'f/a'Ur^ wynaia, a ^ene\/e.
Argos, -r août 1829.
Vous avez donné à la Grèce des preuves d'intérêt si nombreuses et si touchantes, que nous n'hésitons pas à vous prier d'accepter nos pleins pouvoirs, à l'effet de négocier et de conclure l'emprunt que le gouver-
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nement grec contractera sous la garantie des Puissances alliées.
Veuillez donc considérer la présente comme constituant votre mandat. Nous vous donnerons pour son exe'cution les instructions que les circonstances pourront exiger. Par les lettres ci-jointes nous vous accre'ditons auprès de S. E. M. le comte Portalis et auprès des ambassadeurs de S. M. l'empereur de Russie à Paris et à Londres. Fort de leur assistance et de la garantie que les gouvernements français et russe veulent bien nous donner, nous devons espérer que vous porterez facilement les capitalistes à faire cette utile transaction.
La somme qu'il s'agit d'emprunter est de 60,000,000. Le dividende étant assure, le taux auquel l'emprunt sera fait ne pourra pas être onéreux pour la Grèce , et nous vous laissons pleine et entière faculté pour traiter sur ce point comme vous le jugerez le plus convenable.
Parmi les autres conditions , celles auxquelles les prêteurs devront nécessairement souscrire sont :
1^. Que la dixième partie de l'emprunt nous soit remise en espèces, dans le plus court délai possible, et en un seul versement.
2*. Que le reste soit fourni à raison de 1,000,000 de francs par mois, par période de trois ou quatre mois.
3"*. Que ces remises soient faites aux commissaires que le gouvernement désignera à cet effet.
Il est laissé à votre disposition de prendre avec les
prêteurs tels autres arrangements qui pourront vous paraître nécessaires ou utiles.
Nos besoins sont si pressants, qu'il nous serait impossible d'attendre longtemps la première remise qui sera une conse'quence de l'emprunt, pour que le service ne s'arrête pas dans les différentes branches de l'administration, et pour pre' venir des desordres, sans cela inévitables que les circonstances légitimeraient pour ainsi dire , et dont les conséquences seraient fatales. Il est de la plus urgente nécessite' que le gouvernement reçoive en espèces, vers la fin du mois de septembre, la somme de 2,000,000 de francs, ou de 1,000,000 et demi au moins.
Nous vous prions par conséquent de déployer tout votre zèle et votre activité', pour nous obtenir ce secours, soit des banquiers qui contracteront l'emprunt, soit de la ge'ne'rosite' de S. M. T. C. Son tre'sor ne ferait que nous avancer cette somme, qui lui serait rembourse'e sur les fonds de l'emprunt.
S^ *^T0, ^ ^Àevaue^ ôynam, à Z^e^neve.
Argos, — août 1829.
Je réponds à vos lettres du 31 mai et du 9 juin. Il m'est impossible dans ce moment de vous dire que j'ai reçu notre compte courant. Nous sortons d'une autre forte
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épreuve. Le congrès a eu lieu, et si j'ai le temps de vous envoyer un exemplaire de tous ses actes , vous en serez content. Il reste maintenant beaucoup , mais beaucoup à Élire, pour mettre à exécution ces actes. Je m'en occupe actuellement, et c'est cex|ui ne me laisse pas un instant pour soigner un peu mieux la grande affaire que je vous confie aujourd'hui par les pleins pouvoirs cijoints. J'ose espérer que vous ne vous refuserez pas à vous rendre sans délai à Paris. M. le maréchal Maison m'écrit en date du 21 juillet, qu'il vous a engagé luimême à vous y rendre une heure plus tôt.
La prompte conclusion de l'emprunt est une question de vie ou de mort pour la Grèce , et cette question est désormais entre vos mains.
Les commissaires du gouvernement partiront sous peu ; mais vous aurez déjà avancé et même terminé les négociations.
D'après les communications que j'ai reçues à ce sujet; j'ai lieu de croire qu'on serait bien aise de nous tenir sous une espèce de tutelle , qui ne manquerait pas d'être plus que gênante. Il a été question de verser les fonds de l'emprunt dans la caisse des assignations du trésor français, et de les faire arriver de là en Grèce, sur la demande que le gouvernement adresserait au ministère de S. M. T. C.
Plus tard on dira peut-être que ces mêmes fonds pourront être plus utilement employés tantôt en subsistances, tantôt en objets de guerre, d'équipement, etc.
AU CHEVÀLIEH EVNARD. 273
Je sais ce qui en est des subsides que nous devons à la munificence du roi. Il y a deux mois que 500,000 francs d'arrie're's de 1828 sont arrives à Navarin, et que faute d'ordonnance ou d'autres formalités, le gouvernement ne peut disposer de cette somme.
Il TOUS appartient donc de travailler avec la sagacité et le bon esprit qui vous caractérisent, afin de soustraire le gouvernement grec à la dépendance où il serait place', si les fonds de l'emprunt ne lui étaient pas remis directement par les prêteurs.
Je ne vous en dis pas davantage sur ce chapitre ; mais je vous recommande très-instamment celui du secours que je demande pour la fin de septembre* C'est aussi un sine qua non de vie ou de mort.
Je vous conjure encore une fois d'accepter les pleins pouvoirs, et de porter ce dernier sacrifice à la cause que vous avez si noblement protégée. Nous touchons au moment où de grands eVënements vont enfin décider du sort de la Grèce ; tachons de nous mettre en mesures de justifier l'attente du monde, et la confiance que daignent nous témoigner les augustes protecteurs de ce pays.
Cest S. E. M. de Ribeaupierre, qui aura la bonté' de vous envoyer par courrier la pre'sente expédition à Genève ou à Beaulieu. Comme il est aussi pbilhellène, il fera tout ce qui peut dépendre de lui pour contribuer au succès de votre mission.
J'écris moi-même aujourd'hui au comte Pozzo , et au